Etats-Unis : 31% en faveur d’un coup d’état

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Quoi qu’il fasse (et c’est littéralement l’homme du scandale permanent), quoi qu’il dise ou écrive (avec ses 500 mots, il a été extraordinairement prolifique), quelles que soient ses atteintes à la démocratie et aux institutions des Etats-Unis (que par ailleurs ses supporters prétendent être prêts à défendre de leur vie), il n’est jamais descendu en-dessous de ce socle d’électeurs fanatisés au long des 4 années de sa présidence (il a oscillé, bon an mal an, entre 31 et 47%). Et lors du dernier sondage, 31% des Américains jugent que l'action du président en exercice depuis les élections du 3 novembre est « bonne », voire « excellente ».

Ces 4 années ont révélé l’extraordinaire fragilité de nos démocraties. J’ai déjà longuement disserté sur le sujet dans ce blog et la réalité nous a montré que ce qui paraissait coulé dans le béton (la « démocratie » US) ne tenait que lorsque ses acteurs avaient un minimum de décence personnelle : vous êtes pris la main dans le pot de confiture à vous démissionnez. C’est la règle. Et lorsque tout le monde respecte cette règle, la démocratie fonctionne plus ou moins bien.

Arrive un satrape, qui bénéficie de la majorité au Sénat, qui remplace tout fonctionnaire prêt à respecter les institutions de son pays par des larbins aux ordres, qui jouit d’une incroyable machine de propagande et de désinformation, qui a nommé le ministre de la justice le plus corrompu de l’histoire, qui répond à toutes les tentatives de moralisation de la vie publique par un doigt d’honneur et l’on s’aperçoit qu’il n’y a en fait AUCUN recours, aucun garde-fou, aucune autorité pour lui mettre des limites.

31, C’est donc le pourcentage d’Américains qui sont prêts à suivre Trump en enfer. Malgré tous les scandales. Malgré son refus de reconnaître le résultat des élections. Malgré toutes ses actions en coulisse pour confisquer les élections. Malgré sa volonté inébranlable d’inverser le résultat des élections afin de sauver la face et de se mettre encore 4 années à l’abri de toutes les actions en justice qui l’attendent lorsqu’il ne bénéficiera plus de la complicité active du ministre de l’injustice.

31, c’est le pourcentage incompressible de citoyens US qui ne veulent pas voir la vérité. Et à voir les interventions de nombre de citoyens européens sur les réseaux sociaux et lors d’élections nationales, ce pourcentage ne serait pas très différent s’ils avaient l’occasion de s’exprimer en faveur d’un candidat aussi clivant que Trump.

31, c’est le pourcentage incompressible de citoyens US qui vivent dans une autre réalité, qui croient à tous ses mensonges, qui appellent à un coup d’état d’extrême-droite. Comme si nous n’avions rien appris de l’Histoire. Terrifiant !

Commentaires

  • Bonsoir,
    Votre analyse se révèle très pertinente.
    Vous avez raison de vous inquiéter. Il n'y a qu'a voir certains blogs sur ce site...

  • Triste constat, en effet.

  • Thucydide écrivait déjà il y a 2'400 ans que la démocratie, ce n'est pas la panacée dans le domaine politique...

  • En regle générale, la plupart des adulateurs des margoulins populistes a grande gueule et petite cervelle ont eux-memes une grande gueule et une petite cervelle mais, quand il s`agit d`assumer, ils se rappellent soudain qu`ils ont un rendez-vous urgent chez le dentiste. Il y a tout de meme un ou deux millions d`imbéciles armés et dangereux qui se prennent pour Rambo et haissent l`État fédéral depuis des générations, dont quelques dizaines de milliers de KKK qui revent toujours de lyncher le Noirs qui, selon eux, ne font pas partie du genre humain. C`est ces derniers qui peuvent éventuellement déclencher une guerre civile entre l`Amérique profonde et celle des grandes villes.

  • Napoléon a (ou aurait) traité Talleyrand de "merde dans un bas de soie". Cela signifie que ce dernier avait des manières, ce qui est déjà pas mal. C'est un signe de civilisation, même si cela ne change rien au fait que les rapports de force entre les nations reposent sur une brutalité et un cynisme total, comme le montre l'histoire de tous les empires.
    Trump serait un Talleyrand sans bas de soie, et cela lui rapporte, parce que une grande proportion de naïfs imaginent que sa grossièreté et sa brutalité font de lui quelqu'un de plus honnête et excusent ses mensonges, alors que cela ne démontr que le fait qu'ils aiment cette face sombre de l'Amérique.

  • @Mere-Grand J`ai bien peur que Trump et ses pareils aient peu a voir avec l`honneteté et tout avec le talent de savoir dire ce que les foules les moins futées attendent d`eux. Plus il y a de foules pas futées dans un pays, surtout quand ces foules sont en plus frustrées et en rogne contre les élites dominantes et plus le terrain est favorable a l`éclosion des Trumps. En clair, plus il y a d`inégalités, plus le terrain est favorable aux Trumps. Donald Trump est le symptome, pas la maladie.

  • @Jean Jarogh
    Vous avez certainement raison. Je ne crois pas, cependant, que l'augmentation des inégalités soient suffisantes pour expliquer un tel renversement des pratiques politiques.
    J'y vois aise. en grande partie, une conséquence d'une forme de démocratisation (fâcheuse en l'occurrence) de l'expression des opinions, illustrée par l'usage que Trump fait lui-même de twitter.
    Les opinions les plus absurdes trouvent leurs lecteurs sans passer par un quelconque crible critique et cela dans un pays qui a de plus toujours méprisé les intellectuels et dont une immense proportion se réfère encore à une lecture fondamentaliste de la Bible (ou d'un ouvrage de science-fiction pour une certaine Eglise), plutôt qu'à un savoir issu de la pensée critique moderne.

  • @Mere-Grand Vous avez bien-sur raison aussi. Grace a (a cause de?) l`internet, les idées se propagent a une vitesse grand V, qu`elles soient ou non toxiques. Il est probable que si Hitler avait disposé de l`internet, il aurait pris le pouvoir bien plus vite et aurait donc eu plus de temps pour préparer la guerre.

  • La situation n'est pas nouvelle et les moyens pour la comprendre existent depuis longtemps («Psychologie des foules», Gustave Le Bon, 1895), bien que les marxistes aient pollué la communication durant une cinquantaine d'années. Effectivement, les revenus n'ont d'importance que dans le circuit économique, alors que les différences immanquables ont été récupérées à des fins politiciennes.

  • @rabbit L`idée que les inégalités sociales extremes et les frustrations qui vont avec ne constitue pas un risque de grave déstabilisation pour une société est celle a laquelle voudraient croire notamment les dirigeants chinois dont le pays est devenu un des plus inégalitaires de la planete. Je ne dis pas ca pour critiquer car il se pourrait que la Chine n`ait pas eu d`autre choix, mais je suis certain aussi que Xi - un homme apparemment tres intelligent - n`a pas mis par hasard au centre de ses priorités la nécessité de surveiller de pres sa population.

  • «Inégalité sociale» est une expression de néokeynésiens comme Joseph Stiglitz ou Paul Krugman: de la novlangue marxiste pour moi, désolé de ne pouvoir suivre sur ce registre. En ce qui concerne la Chine, il est indispensable d'y passer le temps nécessaires pour se débarrasser des biais cognitifs et autres projections eurocentristes. Ai-je répondu?

  • @rabbit Si l`on pose que vous etes plus calée en économie que des prix Nobel comme Stiglitz ou Krugman qui rangent l`inégalité sociale au premier rang des maladies de l`économie libérale, notamment aux USA et en Chine (qui n`est communiste que pour la forme), alors je vous rassure, vous avez répondu. A propos, dans cette Chine de reve ou vous dites vivre (sans doute comme prolétaire payée au lance-pierre), a-t-on seulement publiés les livres de ces économistes ?

  • Aucun lien pertinent entre ces deux personnes, accessoirement chroniqueurs au New York Times, et moi, dilettante cosmopolite. Aucune analogie non plus entre le monde que vous connaissez et celui que je décris dans mes commentaires. Par contre, le livre de Stiglitz «The price of inequality: how today's divided society endangers our future» figure, parmi d'autres ouvrages d'économie, dans la bibliothèque numérique que j'emmène partout depuis 8 ans et donc, que l'on peut le trouver en Chine chaque fois que je me trouve dans ce pays.

  • 31% dites-vous ?

    Selon le quotidien Le Temps, qui n'est pas "Rivarol" ou la "Weltwoche"; en termes de votes populaires, Biden a obtenu plus de 74 millions de voix, contre 70 millions pour Donald Trump.

    C'est donc du 51,388 contre du 48,6111 %

    Moi, j'appelle ça, une Amérique carrément coupée en deux. Ce qui est terrifant, c'est qu'aucun des deux camps ne pourra satisfaire le camp adverse.

    On est dans la cas de figure où la démocratie est MORTE; où seul un système politique musclé de l'un ou de l'autre, empêchera une guerre civile entre les deux camps.

  • Ou la démonstration parfaite, selon les royalistes français du début du XXe siècle, que la démocratie mène inévitablement à la guerre civile. Les «Libertarians» pourraient tirer profit de cette situation, à condition d'en avoir la capacité financière.

  • Effectivement, les temps font peurs... J'ai récemment écris un article à ce sujet. Je vous invite à aller le lire, peut-être que celui-ci pourra résonner chez vous?

    https://fabiencadez.blog.tdg.ch/archive/2020/12/03/les-moderes-du-peuple-pris-en-otage-par-des-forces-neo-fasci-311159.html#c574372

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