Covid-19 : le temps des décisions courageuses ?

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Le 2 mars j’ai écrit une note sur ce sujet intitulée « Covid-19 : sachons raison garder. » Force est de constater que ce n’est pas la raison qui a triomphé mais trop souvent la peur. Voire la panique ! Et malheureusement les médias participent à cette diffusion. Cela fait des jours que dans tous les médias suisses romands on lit que la Suisse a un des plus hauts taux d’incidence de cette maladie dans le monde. Ce qu’ils ne disent JAMAIS est que c’est également un des pays qui teste le plus au monde.

La plupart des gouvernements ont appliqué un confinement plus ou moins strict, à l’exception notable de quelques pays du nord de l’Europe. Et ce ne sont pas ceux qui s’en sortent le plus mal :

  • La Suède qui ne confine pas (écoles et crèches sont ouvertes) ne déplore que 86 décès par million d’habitants
  • L’Allemagne (34 décès par million d’habitants) a un confinement très light (mon fils qui vit à Berlin me dit que la vie y est à peu près normale, que le métro est chargé, les magasins pleins, les parcs animés et que très peu de gens portent des masques et qu’il n’y a pas cette lueur de peur que l’on voit dans les yeux des gens que l’on croise. Comme malheureusement à Genève).

Les pays du « sud » ont été à l’extrême du confinement. Cela correspond à leur histoire. Un chercheur dont j’ai oublié le nom disait l’autre jour, je cite de mémoire : « Plus un pays a une tendance à l’anarchie et plus son gouvernement deviendra autoritaire en temps de crise ». Ces pays reflètent exactement ce constat (France comprise) et ils ont des statistiques désastreuses :

  • Espagne : 350 décès par million d’habitants
  • Italie : 322 décès par million d’habitants.

A leur décharge, ce sont des pays devenus des pays de retraités à faible natalité. C’est la Floride de l’Europe. La retraite y est agréable, le coût de la vie raisonnable. Quant aux jeunes, ils partent à l’étranger (Allemagne, Suisse, Grande-Bretagne) pour trouver un emploi digne de leurs compétences.

La Suisse a adopté une sorte d’entre-deux. C’est un peu le compromis helvétique. Par contre la communication est clairement sur le versant de la peur. Celle qui se lit dans les yeux !

Ce que je me demande, c’est comment nous allons sortir de là ? il y a peu d’informations réalistes et crédibles vers une sortie de crise. Nous savons depuis longtemps que l’un des meilleurs moyens (hors vaccins qui ne seront pas disponibles avant longtemps) de lutter contre ce virus est de développer l’immunité collective (on pense qu’il faudrait que 60-70% de la population ait développé une immunité face à ce virus pour empêcher une seconde vague). Mais pour cela il faut qu’il y ait un nombre suffisant de gens qui soient exposés au virus. Comment y parvenir en période de confinement ? C’est exactement l’absurdité de la situation exposée par une infectiologue française il y a 2-3 jours à la radio. Elle disait qu’on pensait que ce taux n’était probablement que de 10-15% (mais on n’en sait rien puisqu’on ne fait pas suffisamment de tests) et que cela était trop bas pour lever le confinement. Et elle blâmait cette situation sur le … confinement. En d’autres mots on ne peut pas lever le confinement à cause du confinement !

Si nous ne voulons pas bientôt nous battre pour trouver une caverne de libre à cause de l’effondrement de nos économies, nous devons rapidement lever le confinement. Pour cela nous devons avoir des stratégies réalistes, efficaces, scientifiques basées sur la raison et pas sur la peur :

  • Les jeunes et les personnes non à risque doivent reprendre le travail
  • Nous devons avoir une politique systématique de test dans toutes les régions du pays afin d’évaluer scientifiquement le degré d’immunité collective (et pas au pifomètre). Il faut tester 1-2% de la population de toutes les régions/classes d’âge/professions, etc.. afin de pouvoir extrapoler cela à l’ensemble de la population
  • Nous devons avoir suffisamment de masques/gel/gants, etc.. afin de protéger les personnes à risque. Qui devront rester confinées dans le cas contraire.

Il est temps de prendre des décisions courageuses afin de bientôt cesser de lire la peur dans les yeux de nos concitoyens !

Commentaires

  • Vous dites, et je vous cite ..."Mais pour cela il faut qu’il y ait un nombre suffisant de gens qui soient exposés au virus... Ce qui veut dire, et si je vous ai bien compris, qu'il faut sacrifier un certain nombre de gens sur l'autel de la mort afin que les autres puissent survivre. Ce que vous dites est effrayant. Car tuer les autres pour subsister, c'est la loi de la jungle qui prévaut chez les animaux. En sommes-nous arrivés là. Malraux qui disait le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas, doit se retourner dans la tombe. Amicalement.

  • @Frenkel : il n'est bien évidemment pas question de "sacrifier" qui que ce soit. D'après les informations que l'on peut lire et recevoir de différentes sources, ce virus ne frappe pas à l'aveugle. Il ne touche heureusement quasiment jamais les enfants (on peur les compter sur les doigts d'une main). Et très peu les personnes de moins de 50 ans.
    Si l'on regarde les statistiques, la moyenne d'âge des personnes décédées en Suisse est de 82.5 ans. De plus, 83% des personnes hospitalisées sont obèses. Voilà ce qui ressort des statistiques depuis le début de la crise: il y a des personnes à risque: personnes âgées, personnes souffrant de maladies chroniques, personnes obèses. Celles-ci doivent se protéger et être protégées !
    Pour les autres, et j'espère que c'est encore la majorité de la population, les risques sont quasiment nuls. Ce sont ces personnes-là qui peuvent s'exposer sans crainte au virus et développer l'immunité collective dont nos Sociétés ont besoin pour sortir de cette crise.
    Nous ne pouvons, collectivement, rester confinés jusqu'à la mise au point d'un vaccin, estimée à 12-18 mois. Sinon les dégâts économiques seront pires que la crise sanitaire.

  • Monsieur Meyer,
    Je n'ai pas la même analyse que votre commentateur qui vous trouve "effrayant". C'est un fait que la plupart des personnes décédées présentaient d'autres pathologies. Je partage votre analyse sans nécessairement partager vos conclusions. Ce que je trouve fort regrettable et véritablement "effrayant" pour la liberté d'opinion, c'est qu'un commentateur par ailleurs blogueur, se précipite sur sa plateforme pour dénoncer l'opinion d'un autre blogueur. On se croirait revenu aux temps des dénonciateurs de la révolution culturelle chinoise. Triste époque.

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