27/10/2016

Nous avons besoin d’une révolution mais elle ne viendra pas de la politique

Dans toutes nos « démocraties » nous assistons jour après jour aux chocs issus de ce que l’on appelle la « polarisation de la politique ». En gros cela veut dire que les camps sont de plus en plus partagés entre des thèses extrêmes, sans recherche de compromis :

  • à gauche cela s’appelle « raser gratis ». Et si l’on objecte à ces projets utopistes des considérations politiques extraordinairement triviales, la justesse de ces thèses est immédiatement soulignée par le fait qu’il suffit de faire « payer les riches »
  • à droite cela correspond à « sécuriser les frontières et défendre l’identité nationale ». Et si l’on objecte à cela que ces politiques sont indéfendables vis-à-vis de l’interdépendance de nos pays et des traités signés avec la communauté internationale « on » nous répond qu’il sera possible de réaliser la « quadrature du cercle ».

Ces deux familles de thèses que l’on retrouve peu ou prou dans tous nos pays « démocratiques », ont-elles une chance quelconque de se réaliser ? A moins de sombrer dans une dictature, aucune ! Et pourtant élection après élection, et pour le cas particulier de la Suisse, votation après votation, nous sommes obligés de nous prononcer sur des objets dont nous savons pertinemment qu’ils ne sont que ce qu’ils sont : des utopies.

Aux USA, le duel entre Mme Clinton qui représente la continuité, màtinée de belles promesses sociales qui ne se réaliseront jamais, et l’ubuesque Trump qui représente le pire du pire de la droite du parti républicain saupoudré de l’infantilisme crasse d’un candidat qui ne mériterait d’apparaître que pour le bonheur des téléspectateurs d’un Muppet Show, démontre cela à l’envi.

En France nous assistons à un pays qui cherche, à gauche, à protéger son « modèle social » alors qu’il se fissure de partout et que malgré « l’alignement des planètes » il n’arrive pas à décoller économiquement et encore moins à intégrer ses minorités. A droite, on assiste à la surenchère identitaire et sécuritaire alors même que la droite « républicaine » ne cherche qu’à supprimer des postes de fonctionnaires, y compris dans la police, l’armée et l’éducation nationale. Quant à la droite plus extrême, la soi-disant dénonciation de traités internationaux entraînerait le pays, et l’Europe, dans des tourmentes difficiles à prévoir.

En Suisse, c’est le spectacle de plus en plus pénible du ver qui se contorsionne dans son bocal. A gauche ce sont des dizaines d’initiatives et de référendums (« Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires », « En faveur du service public », « Pour un revenu de base inconditionnel », « AVSPlus », « Pour des multinationales responsables », etc…, etc..) déposés et rejetés, ou vraisemblablement rejetés pour le dernier exemple, avec « sagesse » par le peuple suisse car si nous adoptions seuls les lois les plus utopistes de l’univers, notre pays ne tarderait pas à être abandonné par les moteurs économiques qui ont fait notre prospérité qui reste un miracle au regard de notre petitesse, des attaques continuelles provenant de voisins et/ou partenaires économiques, jaloux ou profitant de notre taille pour nous tyranniser à loisir (à l’époque des fonds en déshérence, la Suisse était clouée au pilori de la communauté internationale sans aucune mise en perspective historique). A droite, ce sont toutes les volontés sécuritaires et identitaires qui sont parfois acceptées et qui nous mettent en porte-à-faux avec le droit international (« Pour le renvoi des criminels étrangers », « Contre l’immigration de masse », etc…, etc...).

Personnellement, je serais volontiers en faveur du meilleur des propositions de la gauche et de la droite. Et pourtant. La droite est en quelque sorte prise à son propre piège car pour pouvoir gagner des élections et des votations, elle est obligée d’agiter des thèses sécuritaires et identitaires qui vont à l’encontre du modèle économique qu’elle a elle-même largement contribué à mettre en œuvre : l’ultra-libéralisme. Nulle part ce n’est plus criant qu’en Suisse où l’entrepreneur Blocher (pour faire un raccourci) est prêt à scier, avec l’initiative « Contre l’immigration de masse », la branche sur laquelle lui, son entreprise florissante et ses amis politiques et économiques sont assis. Et la gauche européenne rose-verte, souvent laïque, est obligée de soutenir l’arrivée massive de populations très ou ultra religieuses, ce qui devrait être une insulte à leur intelligence et à tout ce contre quoi ils se sont battus : l’obscurantisme religieux qui va nous revenir dans la figure comme un boomerang.

Alors non, la droite ne va pas régler les problèmes de sécurité et d’identité de nos pays car elle a tissé un ensemble de lois régies par l’OMC qui rendent vaines toutes tentatives de remettre de l’ordre dans la mondialisation. Et la gauche ne va pas amener plus de justice dans le fonctionnement de nos pays car ce ne sont pas les Etats qui détiennent le pouvoir à cause de toutes les dérégulations opérées dans nos économies depuis l’ère Reagan/Thatcher.

Nous avons besoin d’une révolution, mais elle ne viendra pas de la politique.

24/11/2014

Suisse: Populisme de gauche et de droite, un danger mortel

Cela fait quelques années que nous parlons de la polarisation toujours plus grande de la vie politique dans notre pays. Cela a, certes, donné une vie politique un peu plus intéressante mais cela a aussi des effets pervers dont nous souffrons tous. Et cela se traduit dans le nombre de plus en plus grand d’initiatives populaires et populistes de gauche et de droite soumises au peuple.

Parmi ce que l’on appelle le populisme de droite, il y a bien sûr le thème récurrent de l’immigration auquel on peut ajouter celui de la sécurité. Et les réponses des partis du centre sont malheureusement si frileuses qu’elles ont plutôt tendance à faire le lit des extrémistes. Et puis il y a celui sur l’or de la BNS. Honnêtement, je suis incapable de me prononcer sur le fond. Par contre, je trouve que cela «sent» tellement la propagande de l’UDC et sa volonté d’utiliser tous les moyens possibles et imaginables pour se mettre en avant dans le débat politique et se profiler pour les prochaines élections que je trouve cela malsain et dangereux. 

Parmi le populisme de gauche, et au plan fédéral, il y a toutes ces initiatives pour moraliser la vie politique et surtout économique de notre pays. L’abolition des forfaits fiscaux est une bonne chose en théorie, mais elle ne tient aucun compte des réalités du monde dans lequel nous vivons. Je suis le premier et je pense l’avoir suffisamment écrit dans ce blog, à m’insurger contre le retour des égoïsmes et contre la complicité de nos gouvernements dans l’accaparement des richesses par un petit groupe de nantis. Mais je trouve que cette poignée de politiciens qui veulent faire de la Suisse un îlot de pureté au milieu de la mare aux requins ne font rien d’autre que de se profiler face à l’UDC et tenter de s’attirer des voix et des sympathies. Comme dans nombre de problèmes, la solution ne pourra pourtant provenir que d’un consensus négocié par tous les pays concernés. Au plan cantonal, nous avons eu cette initiative de l’AVIVO qui croit encore au Père Noël et qui a pour seul effet de remettre en question l’équilibre et le catalogue des prestations des TPG. 

Ne nous laissons pas manipuler par les egos des uns et des autres. La Suisse est un minuscule territoire qui ne peut être gouverné qu’au centre. Or, ce centre qui a perdu le courage d’inventer le futur et se contente de gérer frileusement le futur en utilisant les recettes du passé, offre le champ libre aux populistes de gauche et de droite qui osent des propositions hardies, même si elles sont irréalistes. J’espère que le peuple suisse saura garder sa sagesse et ne se laissera pas aspirer par les extrêmes qui représenteraient un danger mortel pour notre pays.