11/06/2013

Turquie: Le bras de fer continue

Depuis le début de la crise que traverse le pays (voir également la note "Turquie: vers un espoir de changement"), crise qui comme chacun le sait va au-delà du réaménagement de la Place Taksim, le premier ministre réagit en sultan outragé dont une bande de galeux a l'outrecuidance de défier l'autorité.

Ses réactions sont quasi pathétiques et son discours empli de "moi je" et de la liste de tout ce qui lui appartient dans ce pays ("mon pouvoir", "mon maire", "mon gouverneur"…). Ses menaces répétées devant des foules de supporter ne sont rien d'autre que des appels à la violence, à la haine, au meurtre (qui sait à quelles extrémités une foule dont la haine a été attisée peut se laisser aller), en un mot un appel à la guerre civile. C'est tout simplement ahurissant d'inconscience et d'irresponsabilité. Comme si cet homme et ses partisans fanatiques voulaient en finir une bonne fois avec tous ceux qui osent résister à l'islamisation de ce pays. Qu'un chef de gouvernement d'un pays qui se prétend démocratique appelle ses partisans à la guerre civile révèle son vrai visage.  

Il avait préféré, jusqu’à présent, une habile tactique pour mener à bien les changements menant à une Société dont la religion devait être le nouveau fondement. Au fil du temps, le pouvoir était devenu de plus en plus intransigeant et n'hésitait pas à intimider ses opposants. Aujourd'hui la rue a forcé M. Erdogan à révéler sa vraie nature. Si un bain de sang devait être le prochain dénouement de cette contestation, la responsabilité écrasante de ce grand malheur en reviendrait entièrement à cet homme dur, intransigeant et déterminé à mener ses réformes jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix.

M. Erdogan, vous ne faites plus illusion, votre masque de soi-disant démocrate est tombé.

03/06/2013

Turquie: vers un espoir de changement ?

Hasard  de la vie, c'est quasiment avec un billet sur la Turquie, publié le 13 septembre 2010 (voir "Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe") que j'avais entamé ce blog (c'était la deuxième note). Dans ce billet, j'insistais sur l'importance du choix à faire par ce pays entre une société clairement et irrévocablement séculière, apte à entrer dans l'Europe et une Turquie aspirée par l'islamisation méthodique et déterminée de la société et devenant un piège potentiellement mortel pour cette même Europe.

Depuis, derrière quelques actions pour continuer de rendre la Turquie euro-compatible, l'islamisation de la Turquie n'a fait que s'accentuer. Tout le monde est touché: l'armée a été décapitée (elle était ressentie comme une menace potentielle par le pouvoir en place), la Justice a subi le même sort que l'armée, les médias et des intellectuels sont soumis à l'autoritarisme et à l'intimidation.

Or nous assistons depuis quelques jours à de très intéressants développements. Il y a donc bien une jeunesse dans ce pays (et pas seulement à Istanbul), sécularisée, moderne, rejetant les tentatives du pouvoir de remettre en question tout ce que ce pays avait d'original dans le monde musulman. Ces manifestations dont l'ampleur et l'étendue ont surpris un pouvoir de plus en plus autoritaire, sont durement réprimées.

Ce pays est peut-être à un tournant dans ce difficile exercice d'équilibrisme. Fera-t-il enfin un choix entre le passéisme obscurantiste malheureusement plébiscité dans les urnes, et un futur laïque, moderne et civilisé imposé par la force de la rue, où la religion sera à sa juste place, c'est-à-dire une affaire de conscience entre soi et soi ?