20/03/2011

Sur les traces des Etats-Unis ?

Lorsque je suis arrivé aux Etats-Unis en l'an 2000, une des premières choses que mes nouveaux collègues m'ont dite a été : «Si tu dois avoir une entrevue en tête-à-tête avec une collègue féminine, ne ferme pas la porte, tu pourrais ensuite être poursuivi pour harcèlement sexuel ».

Mythe ou réalité, cela m'a brutalement amené dans une autre réalité, celle de ce pays procédurier, peuplé d'armées d'avocats qui, en manque de travail, en inventent avec une créativité digne d'éloge. Cette omniprésence des avocats fait que tout le monde, à tout moment, dans n'importe quelle circonstance de la vie, peut se retrouver poursuivi ou se voir opposer une procédure ne correspondant pas à la réalité. Un exemple authentique cité par mes nouveaux collègues: vous avez un accident de voiture. La partie adverse reconnaît ses torts. Vous établissez un constat à l'amiable et vous envoyez le tout à vos assurances respectives. Vous pensez que tout va bien. Quinze jours plus tard, vous constatez que la partie adverse s'est rétractée sur tout, qu'elle dénonce tout ce qu'elle avait signé, avec l'aide de son avocat. Vous êtes embarqué dans une procédure sans fin qui vire au cauchemar.

Après l'affaire de ce jeune étudiant plagiaire genevois qui avait, me semble-t-il, obtenu gain de cause devant la justice et surtout la très récente affaire de cette avocate genevoise qui a accepté de déposer une plainte pénale surréaliste contre la Police genevoise pour "Délit manqué de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui" au nom d'un des malfrats qui ont attaqué un bureau de change à Thônex et dont le groupe avait riposté à l'arme lourde contre la Police genevoise qui tentait de s'interposer (voir mon billet du 8 mars 2011, «Avocat, un bien joli métier», je me demande si nous ne sommes pas lentement en train de glisser sur la même pente que les Etats-Unis.

Nous avons copié la façon désastreuse de se nourrir des américains et comme par hasard l'obésité explose dans nos pays européens. De la même façon, depuis 30 ans, les pays européens ont adopté le crédo ultra libéral américain pour organiser notre économie et nous en voyons les répercussions sociales. Serions-nous en plus en train d'importer cette mentalité procédurière pour occuper nos avocats désoeuvrés?

Cette dérive ne fait que renforcer l'amoralité de nos Sociétés où un petit groupe d'élus, une oligarchie, a mis nos pays en coupe réglée. Cette déliquescence de la Morale qui devrait présider à l'organisation de nos Sociétés fait que beaucoup ont l'impression d'une rapide régression sociale qui semble nous ramener à une époque où il n'y avait que deux classes sociales : les riches et puissants (la Noblesse avec l'aide de l'Eglise) et les pauvres et miséreux (les paysans). Aujourd'hui, tout a changé, au moins en apparence. La Noblesse a à peu près disparu, elle a été remplacée par ces Familles qui possèdent un capital financier, industriel, patrimonial, intellectuel qui font que quelques centaines de familles détiennent des revenus supérieurs à ceux des deux milliards d'habitants les plus pauvres de la Terre. L'Eglise n'a plus de pouvoir, elle a été remplacée par une classe politique qui a abdiqué tout pouvoir pour être au service de cette «Elite». A l'opposé, la majorité des pauvres, au moins dans nos pays occidentaux, ne sont plus des paysans, mais des travailleurs qui ont de moins en moins le sentiment de détenir toutes les clés de leur avenir.

Les derniers remparts contre cette déliquescence sont une foule de petites gens, gens honnêtes et travailleurs qui continuent de croire en des valeurs supérieures comme l'honnêteté et la solidarité et des chefs d'entreprises petites, moyennes, familiales et à taille humaine qui ont encore la conscience de leur responsabilité sociale.