18/07/2018

Le génie et la double négation

C’est parce qu’il a commis une erreur grammaticale durant sa conférence de presse que Trump n’a pas dit à Poutine que l’ingérence de la Russie dans la vie démocratique US ne devait jamais se reproduire, sous peine de graves conséquences. Outre que c’est un mensonge de plus (on ne les compte plus), cela contredit tout le reste de sa conférence où il s’est montré extraordinairement servile et obséquieux vis-à-vis de Poutine. Plusieurs fois les journalistes américains ont essayé de l’amener sur ce terrain et à chaque fois il s’est défilé, continuant de parler de « chasse aux sorcières » et des emails de Clinton.

Seulement là, il a commis une grossière erreur stratégique puisque depuis vendredi passé, soit avant la réunion avec Poutine, plus personne ne nie l’ingérence de la Russie dans le processus électoral US en 2016. Même pas les éditorialistes de Fox News, pourtant aux ordres d’ordinaire. Quant à l’ex directeur de la CIA, John Brennan, il parle même de « trahison ». Et l’on en apprend presque tous les jours un peu plus sur la façon dont la Russie s’est ingérée dans la vie politique US, avec de nombreuses inculpations à la clé :

  • Michael Flynn, l’éphémère conseiller à la sécurité nationale de Trump, a été inculpé et a accepté de collaborer avec la justice
  • Paul Manafort, ex chef de campagne du président, a été inculpé et se trouve en prison depuis quelques semaines, mais refuse de collaborer avec la justice
  • Michael Cohen, l’avocat de Trump qui a quelques affaires louches sur les bras, a également été inculpé mais refuse, pour l’instant de collaborer avec la justice en plaidant le 5ème amendement (ce que dénonçait vigoureusement Trump pendant sa campagne en disant que « plaider le 5ème » était réservé à la mafia)
  • Il y a quelques semaines, 13 agents russes ont été inculpés
  • Avant que 12 autres travaillant pour le service de renseignement de l’armée russe (GRU) ne soient inculpés vendredi passé, avec tous les détails sur leurs activités et leur mode opératoire.

Ce qui est encourageant c’est que lorsque Rod Rosenstein a annoncé ces 12 inculpations, son « body language » était celui d’un homme en mission, bien décidé à ne pas se laisser intimider par le jeu malsain de certains politiciens républicains. Dès lors, que Trump ait continué de s'enfermer dans ses dénégations lors de la conférence de presse a choqué tout le monde, car il allait totalement en sens contraire de l’histoire qui est en marche.

Et lundi, c’est une espionne russe, Maria Butina, travaillant sur sol américain (et pas derrière des ordinateurs en Russie) qui a été arrêtée. Elle s’est infiltrée jusque au sommet du parti républicain et de la NRA (ce cancer de la démocratie américaine) afin de créer les liens nécessaires pour faciliter l’ingérence russe dans la vie politique US, et qui sait, la collusion. Nul doute que si collusion il y a (eu), Bob Mueller et son équipe vont le découvrir, puisque dans leurs inculpations ils évoquent déjà des « US person 1 » et « US person 2 ».

Même si la collusion entre Trump et/ou son équipe de campagne n’est pas encore avérée Trump ne pourra plus longtemps se cacher derrière son petit doigt ou des erreurs de syntaxe (cela fait désordre pour une « génie ») pour retarder l’avènement de la vérité.

20/09/2017

Trump : course contre la mort

C’est le lapsus qui m’a échappé il y a 15 jours en voulant expliquer à ma fille l’état d’avancement de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les liens entre Trump (et son équipe) et la Russie.

Elle avance à la fois rapidement car de nombreux liens sont désormais établis entre les intérêts de Trump lui-même et la Russie (il négociait pendant la campagne la construction d’une Trump Tower à Moscou tout en prétendant depuis toujours n’avoir aucun intérêt en Russie). Et de multiples contacts ont eu lieu à de nombreuses reprises entre Trump Jr, Paul Manafort (Directeur de campagne), Jared Kushner (beau-fils et Conseiller), etc.., etc.. et différents représentants du pouvoir russe au plus haut niveau. Les liens sont innombrables, avérés, documentés. Les intérêts de Trump en personne le sont également. De plus il a clairement voulu faire obstacle à la justice en licenciant le Directeur du FBI en disant lui-même à la télévision lors d’une interview qu’il avait pris cette décision en lien avec l’enquête sur la Russie. Bref, on en sait de plus en plus sur la mainmise de la Russie sur le processus « démocratique » aux Etats-Unis et comment ils ont réussi à manipuler l’opinion et les élections en faveur de Trump.

En même temps cette enquête avance avec une lenteur désespérante car nous sommes au huitième mois de sa présidence et il n’y a toujours aucune inculpation et la procédure d’impeachment de Trump n’est encore qu’un espoir pour tous ceux qui espèrent que les Etats-Unis vont retrouver la raison. Tout cela par la faute du parti républicain qui continue de le protéger. Certes il lui a mis des freins :

  • obligation lui a été faite de lire un texte où il condamnait sans équivoque les suprémacistes blancs
  • interdiction de licencier son ministre de la justice (et par là-même le procureur spécial)

mais c’est ce parti qui, en détenant la majorité au Congrès, empêche la procédure d’impeachment de commencer.

Hier à la tribune des Nations-Unies il a démontré au Monde l’étendue de sa folie en menaçant la Corée du Nord de destruction totale, ce qui sous-entend un recours massif à l’arme nucléaire. Il a pour cela abondamment fait appel à une pléthore de mots irrationnels pour dépeindre ses ennemis, y compris des mots qui n’ont cours que dans certains cercles religieux, notamment les évangélistes américains.

La course contre la montre est engagée entre tous ceux qui veulent empêcher Trump de continuer de piétiner la démocratie au profit de ses intérêts et de ceux de Poutine et les Illuminés de la Maison-Blanche et du parti républicain qui sont prêts à le suivre jusqu’à ce qu’il déclenche une guerre nucléaire.

Alors, course contre la montre ou contre la mort ?

21/12/2013

M. Poutine doit bien s’amuser

Depuis de trop nombreuses années, je me suis plusieurs fois exprimé sur ce point dans ce blog, l’Occident aime donner des leçons au(x) leader(s) de la Russie. Las, celles-ci ne tombent pas seulement systématiquement à plat. Elles ne font que renforcer l’orgueil de la Russie et de ses dirigeants.

Parmi les dernières péripéties, la Syrie a été l’occasion d’une magnifique leçon de diplomatie de la part de la Russie. Les Occidentaux qui jouaient les va-t’en-guerre, notamment par la bouche bien peu avisée de John Kerry, ont dû avaler les couleuvres préparées par le maître du Kremlin. Quant à L’Ukraine, elle a été un nouveau succès considérable pour la Russie qui a signé avec ce pays un accord au nez et à la barbe de l’Europe.

L’UE adore adopter la posture du continent berceau de la civilisation. Mais quand il s’agit d’aider ses voisins, chaque pays composant cette entité a d’autres priorités. L’Ukraine, au gouvernement corrompu et aux finances plus que chancelantes, avait le choix entre s’allier à une Europe donneuse de bons conseils mais aux mains vides et la Russie prête à mettre du beurre dans les épinards.

 

Nous partageons tout avec la Russie et les Russes depuis des siècles. Nous vivons sur le même continent, avons la même culture (les grands auteurs ou compositeurs russes nous sont aussi familiers que les Victor Hugo, Goethe, Mozart ou Beethoven) et la moindre des choses serait d’avoir des intérêts stratégiques communs.

Hélas, cent fois hélas, nos dirigeants continuent cette course en avant aveugle qui repousse la Russie toujours plus loin. Les derniers développements liés aux prochains Jeux de Sotchi vont encore aggraver les choses. Plusieurs dirigeants occidentaux vont boycotter la cérémonie d’ouverture comme au bon vieux temps de l’Union soviétique. Quant à M. Obama il a, en plus, décidé d’envoyer une représentante connue pour son militantisme en faveur de la cause homosexuelle et lesbienne pour, croit-il, favoriser l’expression de la démocratie dans ce pays. Je trouve cette décision profondément déplacée et relève d’une approche immature de la politique. Elle n’est, en fait, qu’une nouvelle étape dans la longue histoire d’incompréhension de l’Occident vis-à-vis de notre voisin. Depuis la chute de l’URSS, nos dirigeants ont été arrogants, méprisants, paternalistes, agressifs, sourds vis-à-vis de la Russie et de ses dirigeants.

Et pourtant, un continent dont un large pourcentage de la jeunesse est au chômage (60% en Grèce, 50% en Espagne) peut-il donner des leçons de démocratie ? Un continent dont les dirigeants, à tous les échelons du pouvoir légifèrent systématiquement au profit des lobbies les plus puissants et au détriment des peuples composant cette Union est-il habilité à donner des leçons de démocratie ?

Aujourd’hui M. Poutine est un acteur habile et intelligent sur la scène diplomatique mondiale. Il doit bien s’amuser à prendre sa revanche sur nos dirigeants incapables de changer de grille de lecture.