14/08/2011

Emeutes en Angleterre: le mauvais exemple vient d'en-haut

Selon David Cameron, les émeutiers sont, en gros, des voleurs, des brigands, des criminels de droit commun dont la place est devant les Tribunaux.

Si la violence ne se justifie jamais, s'il y a certainement eu une bonne partie de ces émeutiers qui ont profité de ces désordres pour s'approprier des biens auxquels ils n'auraient jamais eu accès par le fruit de leur travail ou leurs allocations sociales diverses, l'explication reste un peu courte.

Car, comme le relève Peter Oborne, l'éditorialiste politique en chef du journal «The Telegraph» : «la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale des plus hauts rangs de la société moderne britannique. Les deux dernières décennies ont vu un déclin terrifiant des standards au sein de l'élite gouvernante britannique. Il est devenu acceptable pour nos politiciens de mentir et de tricher. [...] Il n'y a pas que la jeunesse sauvage de Tottenham qui a oublié qu'elle a des devoirs aussi bien que des droits, mais aussi les riches sauvages de Chelsea et Kensington.»

Ce constat se limite-t-il à la Grande-Bretagne et à son élite politique ? La réponse est clairement non. Cette gangrène morale sévit partout en Occident (je ne parlerai pas ici des pays émergents dont on connaît le penchant pour la corruption...). Et elle ne touche pas que les politiciens, mais aussi beaucoup de hauts responsables de l'économie.

Si l'on prend les Etats-Unis, tout le monde peut encore se rappeler la façon douteuse dont «W» a gagné les élections en 2000. Sans l'aide de son frère gouverneur de Floride et d'une armée de conseillers et d'avocats, pas sûr qu'il aurait été élu. Ensuite, on ne peut être qu'extrêmement préoccupé par la façon dont la droite ultra-libérale, souvent avec l'aide des religieux fondamentalistes a infiltré l'administration américaine, les universités, afin de s'assurer de tenir les leviers du pouvoir même en cas de victoire d'un démocrate. Les Etats-Unis qui se veulent un modèle de démocratie ont un sérieux problème avec celle-ci.

Au niveau économique, on connaît les dérives de beaucoup d'entreprises qui recourent à des spécialistes de PR pour diffuser des informations biaisées. On a vu également les bénéfices scandaleux des banques être redistribués à l'intérieur d'un petit cercle d'élus (140 milliards de $ rien qu'en 2010) alors que ces banques ont été sauvées avec l'argent du contribuable. Et il y a eu le scandale Enron. Mais pour un Enron qui est tombé, il y en a certainement dix qui ont eu la chance, ou l'habileté, de passer entre les gouttes.

Et la Suisse, est-elle mieux lotie ? Pas sûr. Là aussi il y a des liens incestueux entre la classe politique et les grandes entreprises. Et puis quelques jolis scandales qui continuent jour après jour et année après année. Il y a l'assurance maladie par exemple dont tout le système repose sur une soi-disant concurrence alors que l'opacité comptable la plus totale a été organisée avec beaucoup d'habileté par des comptables très créatifs. La gestion des fonds de pension sur lesquels je viens d'écrire un billet "Fonds de pension, un double danger". Un Monsieur Prix qui regarde passer les trains, à savoir la non répercussion de la baisse de l'euro et du dollar sur les produits importés et fait semblant de s'agiter dans son bocal, avec une efficacité inversement proportionnelle à son niveau d'agitation.

Dans le privé, nous avons eu il y a quelques années un ex CEO d'ABB dont j'ai oublié le nom qui, au moment de son départ, avait exigé un versement de plus de 160 million de $ sur son Fonds de pension, au motif que c'était «la seule façon pour lui de maintenir son niveau de vie». Et cela sans rire ! Nous connaissons aussi les salaires indécents de nombreux «capitaines d'industrie». Et le cas très récent de ces ex-directeurs de Swissmetal qui auraient (à ma connaissance encore au conditionnel) touché un confortable parachute doré (il y a eu tellement de lâchers de parachutes dorés dans nos économies occidentales ces dernières années, qu'on aurait bien pu, en 39-45, remplir suffisamment de forteresses volantes de tous ces parachutistes et gagner la guerre plus vite) juste avant de filer à l'anglaise, fortune faite.

Il paraît qu'un  proverbe chinois dit que «le poisson pourrit toujours par la tête». En tous les cas, il n'y a pas que les émeutiers anglais qui devraient être confrontés à la Justice

14:09 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tottenham, peter oborne, le poisson pourrit par la tête | |  Facebook