27/03/2011

La démission de l'Etat

Un éditorial paru le 16 mars dans la TDG sur l'accident nucléaire au Japon, rappelle que le sismologue Takashi Nakata de l'Institut de technologie d'Hiroshima avait confié en 2007, au site d'information Bloomberg, qu'au Japon, en matière de sécurité nucléaire: «ce sont les mêmes personnes qui font les règles, mènent les études et valident les inspections. Et les régulateurs se contentent de signer ce qu'on leur soumet».

Est-ce vraiment une surprise, cela ne se passe-t-il qu'au Japon et cela ne concerne-t-il que l'énergie nucléaire?

Quand on voit la démission générale de l'Etat, obligatoire suite aux innombrables baisses d'impôts (cadeaux au profit de l'économie privée et de ses actionnaires) dans tous les Etats dits «développés» (en tous les cas pas développés dans le sens d'une véritable prise de responsabilités par rapport aux générations futures), je crains fort que la réponse soit non.

Aux Etats-Unis, à Washington, on estime à 100'000 personnes (oui, vous avez bien lu !), le nombre de lobbyistes travaillant à influencer l'appareil législatif de ce pays. Aux Etats-Unis toujours, en 2000, lorsque Bush jr est arrivé au pouvoir, il a fait nommer un ancien de Monsanto à la tête de l'EPA (Environmental Protection Agency). Ce qui correspondait à peu près à nommer Al Capone à la tête du FBI (vous me direz qu'un certain J. Edgar Hoover en a été son directeur pendant 49 ans et le moins que l'on puisse dire est qu'il est un personnage controversé). Cela avait pour but de permettre à cet insider d'influencer très exactement les réglementations qui gênaient cette Industrie (la pharmaco-chimie) aux entournures. Et c'est ce qui a été fait.

Et ne nous faisons aucune espèce d'illusion, ce qui se passe aux Etats-Unis se fait également à Bruxelles (il n'est que de voir avec quelle célérité Manuel Barroso s'est empressé d'annuler le moratoire sur les OGM sitôt réélu à la tête de la Commission européenne). Et se fait également à Berne. La seule différence est une question d'échelle. Mais notre Parlement de milice favorise le recours à des spécialistes des différents domaines concernés par le travail législatif. Et ces experts ne viennent évidemment pas de mouvements alter-mondialistes ou de ce que l'on appelle de différents vocables (Société civile, etc..). Non, ces experts viennent évidemment de l'Industrie, des Pharmas, des Banques, de l'agro-alimentaire, des Assurances, etc.. Et leur but est, bien évidemment aussi, de laisser autant de liberté de manœuvre que possible à la branche économique qu'ils représentent.

Et c'est pourquoi, nous, les simples citoyens, sommes systématiquement perdants car ni nos Droits, ni nos intérêts, ni notre santé, ni notre protection sous une forme ou une autre ne sont défendus dans nos Parlements respectifs. En fait nous élisons des représentants politiques qui s'engagent à nous défendre et qui sitôt élus font collusion avec des Intérêts qui nous sont trop souvent opposés. C'est une autre grande perversion de ce que l'on appelle la «démocratie.»

Nous avons encore cette chance unique, en Suisse, de pouvoir régulièrement voter sur des objets importants et parfois de mettre un frein à des appétits démesurés. C'est pourquoi il est capital à mes yeux de ne pas nous laisser «tyranniser» par l'UE, car une entrée dans cette zone encore non démocratique dans son fonctionnement, signifierait un abandon de cette Liberté et de ce Pouvoir uniques au Monde.

15/03/2011

La perversion de la démocratie

«Problématique» a dit la Conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf pour parler du somptueux cadeau fiscal accordé aux plus riches, à ceux qui bénéficient de façon éhontée et suicidaire depuis 30 de la libéralisation de l'économie: la suppression de l'impôt sur les dividendes.

 «Problématique !» En termes politiques de 2011, cela veut dire à peu près : «On est vraiment embarrassé pendant 5 minutes de devoir annoncer cela à la population suisse qui travaille et qui paye des charges de plus en plus lourdes, mais on ne reviendra pas en arrière». Un moment de honte est si vite oublié.

 Alors reprenons succinctement:

  • Dans les années 2000, le Ministre des finances concocte un plan de réformes pour soutenir les PME
  • Fait partie de ce plan, la suppression de l'impôt sur les dividendes, avec effet rétroactif jusqu'en ... 1997 (pourquoi pas les années 60 après tout, vraiment trop timides ces lobbyistes)
  • Le manque à gagner pour la Confédération est estimé à 84 millions
  • Cette somme est annoncée dans le prospectus envoyé par la Confédération à la population dans l'optique de la votation sur ce projet qui a eu lieu en 2008
  • 3 ans plus tard, et APRES l'entrée en vigueur de cette Loi, on s'aperçoit soudain que le manque à gagner ne sera pas de 84 millions, mais de 7 ... MILLIARDS

 Qui va payer la différence ? Bien vu ! La classe moyenne, bien sûr, qui devra payer cela soit par des charges supplémentaires partout où cela sera possible (transports, essence, assurance maladie, TVA...), soit par la suite des coupes dans les prestations (AVS, AI, chômage...) ou dans les subventions (aux hôpitaux...) ou encore par la suppression de projets d'intérêt général (infrastructures de transport...).

 Voilà où va nous conduire l'incurie (ou le cynisme) d'une partie au moins de la classe politique et économique de ce pays. Car de deux choses l'une :

  • Ou bien ceux qui ont concocté ce plan et l'ont débattu aux Chambres fédérales croyaient vraiment qu'il allait coûter 84 millions et alors ils sont des incapables
  • Ou bien certains le savaient pertinemment et n'ont rien dit pour parvenir plus facilement et rapidement à leurs fins

Dans les 2 cas le résultat est le même et ceux qui ont participé à cette incurie ou à cette manipulation devraient être identifiés et sanctionnés (ce qui n'aura bien évidemment pas lieu mais on peut toujours rêver). Cette Loi devrait être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Peuple, tant celui-ci a voté en connaissance de cause. C'est la seule solution pour respecter ce que nous appelons fièrement: la démocratie

 Car on assiste vraiment là, à un sommet de perversion de la démocratie :

  • Non seulement le Peuple suisse a une nouvelle fois accepté de faire un cadeau fiscal à une minuscule frange de la population (ce qui est détestable), sous le couvert d'aider les PME (ce qui peut être positif sous certaines conditions). Et cela ne peut être qu'une forme de perversion des esprits que la majorité de la population qui souffre tous les jours pour survivre dans une Société de plus en plus dure et compétitive accepte de faire des cadeaux à une frange de la population qui est déjà riche au-delà de l'entendement et de l'éthique qui devrait prévaloir à l'organisation de nos Sociétés (soi-disant) développées
  • Mais en plus le Peuple suisse a été grossièrement induit en erreur, par cynisme ou par incompétence ou les deux à la fois.

 J'ai entendu l'arrogance de Mme Brunschwig-Graf hier soir à Forum (RSR1) défendant ce projet bec et ongles, arguant du fait que la suppression de cet impôt profitait à tout le monde :

  • Premièrement cela est fallacieux car en dessous d'un certain niveau de vie, il est tout simplement impossible d'acheter ne serait-ce qu'une action (on voit que cette personne ne connaît pas les fins de mois difficiles)
  • Pour ceux de la classe moyenne qui peuvent acheter quelques actions, on parle au mieux de portefeuilles de quelques milliers ou de quelques dizaines de milliers de francs. Ce ne sont pas non plus ces personnes qui vont vraiment profiter de cette Loi
  • Les vrais gagnants ce sont les actionnaires de ces grands groupes qui gèrent des portefeuilles qui se chiffrent entre quelques dizaines de millions et plusieurs milliards de francs. Ceux-là sont les seuls vrais gagnants de cette Loi !

L'arrogance de Mme Brunschwig-Graf et sa détermination à les défendre sont vraiment scandaleux et écoeurants. Mais elle n'est, probablement, qu'un bon petit soldat au service de cette oligarchie qui détient le pouvoir économique.

Après le choc très récent annoncé par Mme Leuthard de l'augmentation des prix des transports (notamment du rail), le téléscopage de ces 2 annonces à quelques petites semaines d'intervalle ne peut que rendre cette situation encore plus insupportable. A un  moment où la Confédération aurait besoin d'argent frais pour financer des infrastructures d'intérêt général, l'annonce des avantages accordés à quelques-uns ne peut que rendre la situation encore plus inacceptable.

Cette Loi doit être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Parlement et du Peuple.