01/11/2012

Nouveau cadeau du secteur privé

Après analyse approfondie, la Confédération a dénombré quelque 38'000 sites pollués en Suisse. C’est ce que relate la TDG de ce jour.

Certes ce ne sont pas tous des Seveso en puissance, mais tout de même. L’analyse a démontré que    «50% des 38'000 sites pollués sont des aires industrielles, 40% d'anciennes décharges, 10% des stands de tir et 1% des lieux d'accident». On apprend ensuite que «environ deux tiers [de ces sites] sont situés sur le Plateau, soit là où se trouvent les plus grandes réserves d'eau. Un attention particulière devra donc être portée à la protection de cet environnement: près de 60% des sites pollués se trouvent à proximité d'eaux souterraines exploitables, a indiqué jeudi l'OFEV».

Toute activité humaine a des conséquences sur l’environnement et les activités industrielles ont souvent des conséquences sérieuses sur celui-ci. Ce qui est gênant dans tout cela est que les industriels réclament toujours les meilleures conditions-cadres pour pouvoir se développer, mais qu’ils ne sont jamais appelés à assumer leurs responsabilités lors de la cessation de leurs activités.

C’est exactement ce qui se produit ici, car qu’apprend-on un peu plus loin ?

Certes, «un projet de la commission de l'environnement du Conseil des Etats vise à permettre aux autorités de réclamer une garantie financière aux entreprises responsables pour les frais occasionnés par les mesures d'investigation, de surveillance et d'assainissement». Et un peu plus loin que «à l'heure actuelle, en principe, les collectivités ne prennent les frais d'assainissement à leur charge que si les responsables ne peuvent être identifiés ou sont insolvables».

Magnifique … si c’était vrai ! Dans la réalité, et toujours précisé dans le même article, «de complexes procédures de droit commercial conduisent au final, cantons et communes à devoir payer. La facture peut atteindre dans certains cas des centaines de millions de francs». Nous y voilà ! C’est joliment et brutalement exprimé.

J’aimerais d'alleurs savoir dans quel pourcentage de cas nous suivons la procédure «idéale», selon moi, du pollueur-payeur et dans combien de cas l’Etat, c’est-à-dire nous, doit assumer l’irresponsabilité du secteur privé ?

Je rappelle cela car nous avons, dans tous les pays occidentaux, une gigantesque épée de Damoclès au-dessus de nos têtes: l’industrie nucléaire. Tant qu’il s’agit de s’enrichir avec une industrie hautement problématique, nos brillants industriels sont très fiers de leur outil de travail. Mais quand il s’agira de démanteler le parc nucléaire je parie qu’ils feront tout pour se soustraire à leurs obligations. Le démantèlement des centrales, rien qu’en Suisse, est estimé à 40 milliards de CHF. Les industriels sont censés contribuer à un fonds spécial pour cet effet. Or, à ce jour, ce fonds ne s’élève qu’à 4 malheureux milliards de CHF.

La Suisse ayant décidé de sortir du nucléaire à moyen terme, je vois mal comment nous allons alimenter ce fonds à hauteur des besoins, dans les 10 à 15 prochaines années. Gageons qu’une fois encore nous n’aurons que les yeux pour pleurer: pendant des décennies, des industriels et des actionnaires se seront immensément enrichis puis, avec la fin de cette industrie, nous qui avons déjà payé l’électricité produite à un prix exorbitant pendant des décennies, nous devrons payer une deuxième fois pour démanteler les centrales et assainir les sites.

L’industrie privée qui se gargarise si volontiers de sa supériorité sur le secteur public (écoutons la campagne du candidat républicain aux Etats-Unis) oublie tout simplement volontiers qu’elle:

  • ne construit aucune infrastructure pour développer son business
  • n’assume aucune responsabilité sociale, puisqu’au moindre revers, elle confie à l’Etat le soin de prendre soin des laissés-pour-compte
  • n’assume aucune responsabilité environnementale puisqu’elle s’arrange systématiquement pour laisser la facture finale au même Etat qu’elle fustige si volontiers.

Et malheureusement nos Etats ayant systématiquement abdiqué leurs prérogatives face aux entrepreneurs privés, ce n’est pas près de changer.

21:26 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouveau cadeau du secteur privé, ofev, industrie nucléaire | |  Facebook