20/07/2012

Notre version du «Meilleur des mondes» ? (2)

Ce brutal «retour en arrière»  (voir note d'hier "Notre version du «Meilleur des mondes» ? (1)" est-il si surprenant ? Franchement, si vous aviez été à la place de ces personnages puissants, qui pendant une génération ont dû partager le pouvoir avec des petites gens qu'ils méprisent copieusement, que ces mêmes petites gens aient pu, à cause d'une circonstance historique tout à fait exceptionnelle, imposer des limites et des obstacles à l'expression de votre toute-puissance (lois sur la protection de l'environnement, lois sur la protection des travailleurs, lois sur la protection des consommateurs, lois fiscales en faveur d'une répartition plus juste des richesses...), qu'auriez-vous fait ? Il serait bien arrivé un jour où vous vous seriez écrié que cela suffit, que vous en avez marre, marre de partager avec tous ces pouilleux !

Et c'est exactement ce qui est arrivé. Un plan a été savamment établi (la «révolution conservatrice», appliquée tout d'abord par Margaret Thatcher et Ronald Reagan), la propagande a fait son oeuvre, tous les échelons de la Société ont été noyautés, l'armée américaine a été formidablement renforcée pour premièrement renverser l'Union soviétique et ensuite devenir le bras armé de l'ultralibéralisme.

Aujourd'hui nous nous trouvons dans cette situation parfaitement malade où une poignée d'individus possèdent, chacun, un patrimoine équivalent ou supérieur au PIB d'un pays comme le Danemark alors que des milliards d'habitants vivent avec 1 dollar par jour. Si on prend un exemple largement médiatisé, celui de Bill Gates, c'est un homme qui a certainement du talent, qui a certainement été un visionnaire, qui a certainement travaillé pour arriver à un résultat. Mais cela vaut-il 50-80 milliards de dollars ? Et cette fortune indécente, l'a-t-il construite tout seul ? N'avait-il pas une armée d'ingénieurs, de programmeurs, etc.. pour parvenir à ses fins ?

Et n'est-il pas encore plus scandaleux que des personnes puissent bâtir une fortune colossale en spéculant, y compris sur des biens de première nécessité, en démantelant des entreprises et donc des emplois, en ayant une activité de prédateur économique ?

Ne méritent-ils pas la prison, ceux qui ont créé ces instruments financiers toxiques qui ont failli mener le monde entier à la banqueroute lors de la crise des subprimes et dont les peuples payent aujourd'hui encore la facture en termes de chômage, de baisse du pouvoir d'achat, de perte de leur biens ou de leur maison ou de tout cela à la fois ?

C'est cela qui est assez terrifiant et à méditer:

  • Si vous donnez libre cours à l'appât du gain, à la corruption, à l'exploitation de l'homme par l'homme, en 30 ans, tous ces rouages plus ou moins consciemment au service de ces forces de l'argent, vont travailler ardemment afin de modifier de fond en comble la Société et vont créer un monstre tentaculaire et un totalitarisme qui ne dit pas son nom, caché qu'il est derrière un semblant de démocratie,
  • Si par contre vous cherchez à, par exemple, prendre des mesures efficaces de protection de l'environnement ou à lutter contre cette gangrène qu'est la corruption ou encore à lutter contre l'accaparement du vivant, sous forme de brevets sur les OGM par quelques groupes industriels, les mêmes petits soldats et ceux qui détiennent le pouvoir de l'argent vont gripper le système et il ne se passera rien. Rien de bon en tout cas.

Pendant que le soir nous allons au cinéma, dansons ou regardons la télévision, la machine ultralibérale continue de fonctionner à plein régime. Le soleil ne se couche jamais sur l'empire mondialisé. Les traders et/ou les ordinateurs continuent de boursicoter et de spéculer. Peut-être sur les aliments que nous devrons acheter demain, sur la dette de tel ou tel pays ou sur l'essence que nous devrons mettre dans notre voiture. Ce que je veux dire par là est qu'il suffit: 

  • de quelques personnes immensément riches qui orientent, par leurs investissements, les choix du plus grand nombre,
  • d'une armée de bons petits soldats au service de ces forces de l'argent, 
  • d'une masse de citoyens précarisés par le système diabolique mis en place et fatigués par la compétition quotidienne à laquelle ils sont confrontés malgré eux,
  • d'une masse au moins aussi importante de citoyens paupérisés, malades, éventuellement  (poly-)médicalisés

pour qu'une planète comme notre «bonne vieille Terre» ait tragiquement abdiqué le mot "Liberté" afin de se mettre au service très lucratif de quelques-uns.