19/07/2012

Notre version du «Meilleur des mondes» ? (1)

La crise, qui touche uniquement les petites gens et la classe moyenne est là depuis 2008 et ne semble pas vouloir refluer.

Il fut une parenthèse dans l'Histoire où nos Sociétés ont su établir un partage raisonnable des richesses, où le fort n'a pas systématiquement écrasé le faible. Hélas, ce ne fut qu'une parenthèse imposée par la guerre froide. Sitôt l'ennemi soviétique anéanti et copieusement humilié, le naturel qui veut que le fort domine outrageusement le faible, a repris le dessus, avec la même férocité qu'à l'époque féodale. Quelques seigneurs de l'économie globalisée sont devenus, en 2-3 décennies, plus riches et puissants que les seigneurs féodaux ou même que les Rois ou les Empereurs de nos livres d'histoire.

Pour asseoir leur suprématie absolue, ils ont imposé leurs règles, faites de compétition entre les individus, entre les entreprises, entre les nations ou groupes de nations. Le sentiment de solidarité a été tourné en ridicule au profit de l'individualisme triomphant. La propagande vantant la supériorité de ce somme toute vieux modèle, relooké avec les atours de la modernité, a tourné à plein régime et les institutions politiques et syndicales qui étaient un contre-pouvoir à la loi de la jungle, ont été ridiculisées et décrédibilisées. Les affidés de ce modèle économique, tous ceux qui voulaient profiter de ce vent nouveau de l'Histoire, ont infiltré tous les échelons de nos Sociétés: ils se trouvent dans nos Parlements et dans nos Gouvernements, ils forment la nuée de lobbyistes qui orientent les décisions de notre classe politique, ils détiennent les chaires d'économie, de médecine, etc..., de nos universités, ils utilisent les médias afin d'orienter l'opinion publique, ils sont cadres et consultants dans le secteur privé. Bref, ils profitent eux aussi du système.

Le plan a fonctionné à merveille. Comme dans un manuel.

C'est assez incroyable que nos Sociétés, après avoir vécu dans un passé récent les horreurs du communisme et du nazisme, aient sombré si facilement dans les horreurs de l'ultralibéralisme qui est un système tout aussi aliénant, mais légèrement plus subtil. Et pourtant...

Depuis 30 ans, chacun doit lutter individuellement pour sa survie, la propagande en faveur d'un but collectif supérieur a été remplacée par l'exaltation du «moi» et du «je» (diviser pour régner), les outils de propagande qui étaient avant le fait de gouvernements ont été réunis entre les mains d'une poignée d'affairistes privés (concentration des médias entre quelques mains), les universités produisent «à la pelle» des jeunes loups au cerveau uniformément formaté. Pour ceux qui tombent sur le bas-côté de la route, pour quelque raison que ce soit, le chômage, l'assurance invalidité et les camisoles chimiques ont remplacé le goulag. Une nouvelle version, réelle et non pas romanesque, du «Meilleur des mondes» ?

J'exagère ? En apparence, oui. Et d'ailleurs l'exagération est le propre de la polémique. Mais si l'on demandait à tous ceux, et ils sont nombreux, qui sont broyés par le système si j'exagère, je ne suis pas sûr qu'ils seraient de cet avis.