08/04/2011

La Suisse va-t-elle devenir une Réserve de millionnaires ?

Ce pays connaît un véritable «miracle» économique. Il y a 3 ans, les perspectives étaient sombres :

  • La crise des subprimes venait de faire ses premiers ravages
  • Les 2 grandes banques vacillaient sur leurs bases
  • L'UE assénait ses coups de boutoir contre la Suisse menacée d'être ravalée au rang de vulgaire Paradis fiscal
  • L'UBS était dans le collimateur de l'IRS
  • Kadhafi vitupérait à la Tribune de l'ONU pour demander le démantèlement de la Suisse, dans l'indifférence générale (personne pour le faire taire alors qu'il violait la Charte des Nations Unies)
  • La Suisse était seule et isolée face au tyran libyen qui avait pris 2 compatriotes en otage

Et aujourd'hui, d'un coup de baguette magique, la Suisse est redevenue plus attractive que jamais: le franc suisse s'envole sans que cela pèse sur nos exportations, tout le monde veut venir y vivre et y travailler (une Suisse à 9 millions d'habitants est pour bientôt), il n'y a jamais eu autant de frontaliers à travailler en Suisse. Et tout cela fonctionne apparemment formidablement bien et cela devrait même renflouer les caisses des Assurances sociales grâce aux nouvelles cotisations.

Et pourtant, il y a un hic. Et ce hic, c'est le problème du logement. La Suisse est un minuscule territoire, dont les deux-tiers sont occupés par les Alpes. Le plateau suisse devrait à la fois permettre de loger tout le monde, d'assurer une certaine indépendance alimentaire et de permettre aux marchandises et aux personnes de se déplacer (sans parler des superbes lignes à haute tension qui défigurent le paysage un peu partout).

J'ai l'impression que nous avons affaire à 3 problèmes majeurs (il y en a beaucoup d'autres) :

  • Il n'y a pas une vision d'ensemble de l'aménagement du Territoire. Pour une fois, le fédéralisme joue contre nous car chaque Canton et chaque commune jouent leur propre partition et cherchent à profiter de la manne du développement à leur façon
  • Ce retournement de tendance s'est fait de façon chaotique: entre l'ouverture des frontières qui a créé un appel d'air, la crise des subprimes où tout le monde a paré au plus pressé en espérant éviter la foudre (et sans doute aucun, les Autorités suisses ont plutôt mieux géré la crise que dans d'autres pays: voir mon billet "La Suisse et le risque de se surestimer économiquement") et la formidable embellie actuelle, il ne s'est passé que quelques courtes années, ce qui rend impossible la définition d'objectifs à long terme
  • Nous assistons à des changements dans les flux migratoires: là où pendant des décennies, l'immigration était très majoritairement le fait de populations venant de pays pauvres qui venaient chercher du travail, puis le fait de réfugiés politiques fuyant des zones de guerres civiles ou militaires, nous assistons aujourd'hui à une immigration importante de populations venant occuper des emplois à haute valeur ajoutée. Ces personnes ne vont évidemment pas se loger n'importe où et les entreprises qui font venir ces personnes les aident à trouver des logements dans le haut de gamme (j'ai lu que des entreprises dans la région de Genève prenaient à leur charge les premiers 5'000 francs ( ! ) des loyers de leurs cadres)

La Suisse a passé de 6 à 8 millions d'habitants en 40 ans. Elle va passer de 8 à 9 millions en 10 ans. Cela va évidemment créer des tensions importantes car la place se fait rare et l'immobilier stagne pour le plus grand profit de quelques-uns.

Si nous ne voulons pas que les tensions sur le marché de l'immobilier provoquent une envolée des prix encore plus insupportable pour les classes sociales pauvres et moyennes, au profit des hauts salaires qui sont attirés par les entreprises, nous devrions d'urgence réunir des sortes d'Etats généraux de l'aménagement du territoire pour définir ensemble ce que nous voulons faire de ce pays. Les déséquilibres sociaux, l'insuffisance dans l'offre des transports (les classes moyennes sont obligées d'habiter toujours plus loin de leur lieu de travail à cause de la pénurie de logements abordables), l'augmentation drastique du prix des transports vont provoquer des situations toujours plus difficiles à gérer et potentiellement dangereuses sur le plan social.

Il serait tragique de voir de plus en plus de Suisses pauvres ou d'aînés paupérisés devoir aller habiter hors des frontières car ne trouvant plus à se loger dans un pays habité par les hauts revenus travaillant pour les multinationales ou des seniors fortunés venant prendre une retraite dorée dans un pays ayant la réputation d'être un havre de paix pour certains.