07/08/2011

Tottenham: entre rêve(s) et réalité ?

Ce quartier de Londres a été le théâtre, samedi, de graves émeutes. Un habitant parlant même de scènes lui rappelant la deuxième guerre mondiale.

Pour le néophyte, Tottenham c'est d'abord un club de football et accessoirement un quartier de Londres:

  • Le club a fait briller les yeux de milliers d'enfants et d'innombrables fans
  • Le quartier cumule toutes les dérives de notre (dés)organisation du monde à la sauce néolibérale

Ce qui se passe à Londres pourrait se produire demain n'importe où en Occident, tant les tensions sociales s'accroissent suite à 3 décennies de dérégulation, de délocalisation des moyens de production, de transferts de richesses, d'immigration massive, de pertes de repères.

Un porte-parole du Premier ministre a dénoncé les violences en disant qu'elles sont «totalement inacceptables», ce qui est juste et que «rien ne justifie les agressions subies par la police et le public, ni les atteintes à la propriété» ce qui l'est également, mais reste un peu court car cela n'apporte aucun éclairage sur ce que certains habitants de ce quartier endurent au quotidien. Ni sur ce que les mesures d'austérité prises par ce gouvernement font peser sur la vie quotidienne des plus pauvres et des plus défavorisés.

Entre rêve(s) et réalité, il doit être difficile, pour beaucoup, de faire ce grand écart dans leur vie quotidienne. Même si aucun lien n'existe entre ce club de football et les émeutes, comment accepter un système qui voit quelques sportifs, sous prétexte qu'ils sont les instruments de la machine à broyer les petites gens (le sport comme nouvel opium du peuple), avoir des revenus monstrueux, pendant qu'une large partie de la population vit d'allocations chômage, d'aides sociales diverses et d'expédients. Comment accepter un système qui tous les jours fait l'étalage de la réussite de quelques happy few (on vient, entre autres, d'assister au mariage planétaire de deux personnages ô combien inutiles à la bonne marche du monde) au détriment d'une immense majorité ayant un quotidien de plus en plus difficile.

Tout cela alors que les mauvaises nouvelles s'accumulent un peu plus tous les jours et que ceux-là mêmes qui ont créé le chaos (les banques, les économistes néo-libéraux, les grands actionnaires, les agences de notation, etc...) sont aussi ceux qui continuent de jeter de l'huile sur le feu en exigeant de nos Etats qu'ils éteignent tous les incendies qu'ils ont eux-mêmes allumés.

Ce comportement est inacceptable et est, comme déjà souvent évoqué dans ce blog, suicidaire. Nous ne sortirons pas de cette crise profonde par des rodomontades, du chantage et des menaces de la part de ceux qui détiennent les clés de l'économie. Il n'y a que deux façons de s'en sortir collectivement:

  • ramener les prélèvements obligatoires des plus riches aux niveaux d'avant la dérégulation, afin de rétablir une juste redistribution des richesses produites par le plus grand nombre
  • réindustrialiser nos économies afin que «l'économie réelle» soit à nouveau capable de produire des richesses socialement acceptables et qui profitent au plus grand nombre

Ces 2 actions sont une urgence nationale pour de nombreux pays de la zone euro et pour les Etats-Unis. On voit clairement que les pays qui s'en sortent le mieux (Allemagne et Suisse en tête, même si pour ce dernier pays la force de sa monnaie est une menace réelle), sont aussi ceux qui ont réussi à conserver un tissu industriel fait de PME actives, dynamiques, inventives et socialement responsables.