04/01/2014

Le Tiers-Monde au cœur de l’Europe

Je viens d’entendre le reportage de la RSR: «Grèce: survivre sans l’Etat». Un reportage hallucinant qui montre à quelles extrémités (près de 30% des Grecs n’ont plus accès à la santé publique), mènent les politiques économiques et financières en vigueur depuis la chute de l’Union soviétique.

Le Tiers-Monde est caractérisé par un Etat faible et corrompu qui n’assume pas les tâches de base dont un pays a besoin pour fonctionner et permettre à chacun de vivre dans la dignité. C’est exactement ce qui est en train de se développer en Europe, en Grèce bien sûr, mais aussi dans de nombreux autres pays (Espagne, Portugal…) touchés violemment par la crise économique qui a frappé l’Occident en 2008-2009.

Et quand la réponse à la crise est celle voulue par les économistes du FMI et les technocrates de Bruxelles, cela favorise le développement de régions européennes entières qui glissent vers le Tiers-Monde.

Pendant ce temps, condition sine qua non, les ultras-riches font tout ce qui est en leur pouvoir et leur pouvoir est grand, pour diminuer leur participation à la solidarité nationale par l’impôt. Ils paient des armées d’avocats et de fiscalistes pour contourner leurs obligations et last but not least, créent des Fondations philanthropiques qui ont pour effet:

  • De permettre une «optimisation» supplémentaire de leurs impôts
  • De flatter leur ego

Et le monde et l’Europe restent impuissants à mettre un terme à ces scandales qui se développent sous nos yeux depuis 3 décennies. Jusqu’où l’Europe s’abaissera-t-elle dans sa tiers-mondisation?

13/02/2012

Paupérisation: un avertissement de plus

Après une nuit d'émeute à Athènes, la situation montre que le cours des événements reste extrêmement préoccupant et que les réponses apportées à presque 30 années de dérégulation sont mauvaises, inadaptées et aussi dangereuses que la dérégulation elle-même.

Pour l'instant, la Grèce est le pays européen le plus sauvagement touché par l'indifférence et l'égoïsme monstrueux des élites politiques et économiques. Mais le temps est sans doute proche où l'exaspération, et même la rage (l'indignation ne suffira plus), vont s'emparer d'autres populations européennes. Et ce jour-là il fera vilain temps sur l'Europe.

Pour l'instant la situation reste étonnamment "sous contrôle" même dans les autres pays eux aussi au bord de l'asphyxie, à savoir l'Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne et bientôt l'Italie et la France. Il faut croire que dans ces pays, la classe moyenne arrive encore tant bien que mal à survivre et qu'elle peut prendre en charge ses enfants pas encore tombés du nid. Mais pour combien de temps ? Vous ne pouvez pas vivre jusqu'à 40 ans chez vos parents et dépendre d'eux pour tout, tout en étant éventuellement surdiplômé.

Et aujourd'hui il y avait un très intéressant article dans le New York Times sur la situation sociale aux Etats-Unis (ici le lien: "Even Critics of Safety Net Increasingly Depend on It").

Cet article montre de façon éloquente le glissement progressif de couches entières de la Société américaine d'une strate sociale à une autre. Le rêve américain ne fonctionne plus. Il n'est plus qu'une incantation sans réelle substance. La réalité frappe, y compris des citoyens qui continuent de croire et de voter pour ceux-là mêmes qui les poignardent socialement et politiquement dans le dos.

Quelques exemples cités dans cet article:

  • Un homme de 57 ans, qui a soutenu en 2010 la campagne d'un membre du Tea Party  et qui soutient les réductions du train de vie de l'Etat se voit contraint de recevoir, depuis plusieurs années déjà, des subsides du gouvernement permettant à ses trois enfants en âge d'être scolarisés, de petit-déjeuner et de déjeuner aux frais de l'Etat fédéral. Sa mère de 88 ans a également été opérée deux fois de la hanche aux frais de Medicare (le système d'assurance-santé géré par le gouvernement des États-Unis au bénéfice des personnes de plus de 65 ans ou répondant à certains critères, mis en place en 1965 par le Président démocrate Lyndon B Johnson, successeur de JFK). Et il ne paye plus d'impôts fédéraux, ses revenus étant trop bas,
  • Au départ, ces subsides fédéraux avaient été créés pour protéger les américains de la pauvreté extrême ("abject poverty"). De nos jours, la mission de ces programmes consiste de plus en plus en la création de filets pour empêcher que la classe moyenne ne tombe dans la pauvreté (les pauvres ne touchaient plus, en 2007, soit AVANT la crise des subprimes mais après les très généreux programmes de réduction des impôts pour les ultras riches voulus par W, le "compassionate republican" (!) que 36% des fonds alloués à ces programmes contre 54% en 1979,
  • En 2010, près de la moitié (48.5 %) des ménages américains vivaient dans des foyers recevant des subsides fédéraux contre 37.7% en 1998,
  • En 2000, le gouvernement fédéral et les Etats américains dépensaient 37 cents pour chaque $ touché en revenus. Dix ans plus tard, après 3 lois de réduction d'impôts des plus riches, 2 récessions et l'extension du programme Medicare, c'est 66 cents pour chaque $ de revenus qui sont dépensés.

C'est exactement les ingrédients pour nous mener au désastre social et aux émeutes qui l'accompagneront.

Nos élites politiques et financières continuent de souffrir d'un autisme social et politique, pathologique. Cet autisme est en train de détruire le tissu social de nos pays pour le seul bénéfice d'une infime minorité qui se goberge sur la ruine de pans entiers de la Société.

J'ai souvent écrit sur cet autisme et sur les mécanismes de l'exclusion sociale. Je vois que la crise grecque (et occidentale) continue dans l'indifférence générale.

Les émeutes d'hier soir sont un avertissement de plus. Que faudra-t-il pour sortir nos élites de leur autisme profond et de leur égoïsme monstrueux ?