29/11/2013

Etats-Unis: un pays fatigué ?

Le récent accord sur le nucléaire iranien est peut-être un bon début d'accord permettant, à terme, de ramener l'Iran à de meilleures intentions mais je me demande surtout si ce n'est pas le signe de la grande fatigue des Etats-Unis.

Ce pays a été sur tous les fronts et de toutes les guerres du 20ème et du 21ème siècle naissant. Génération après génération, des millions d'hommes sont partis se battre contre la peste nazie, le communisme triomphant ou l'islamisme radical. Ils sont revenus blessés, drogués, handicapés physiques ou mentaux à vie, ou dans des cercueils. Cela a pesé sur ce pays de devoir faire un effort de guerre inouï et quasiment sans partage, puisque l'Europe, à l'exception notable de la Grande-Bretagne et épisodiquement de la France, s'est surtout distinguée par sa frilosité, voire sa lâcheté.

Les guerres mal motivées et mal conduites, mais aux coûts financier et humain exorbitant, en Afghanistan et en Irak, conjuguées à l'appauvrissement du pays dû à la mondialisation, aux iniques cadeaux fiscaux faits aux ultra-riches par W et à la crise économique (que des cadeaux de la droite républicaine) ont mis ce pays à genoux. Le Président Obama l'a bien compris et c'est pourquoi il rechigne à engager son pays dans de nouvelles aventures hasardeuses en Syrie et en Iran.

Certes, ce pays peut encore faire mal  (La Suisse en sait quelque chose et l'Iran aurait tort de se réjouir trop vite et d'oublier de respecter ses engagements), mais il est au minimum durablement affaibli.

Seul l'avenir nous dira s'il rejoindra d'autres empires dans leur déchéance.

03/06/2011

Le b.a.-ba de la manipulation

En page 4 de la TDG de ce jour, un article sur Oskar Freysinger, homme politique qui fascine vraiment ses ennemis. Pour illustrer l'article, une photo qui montre M. Freysinger la bouche grande ouverte, le verbe probablement haut (c'est ce que la photo veut suggérer) et qui s'apprête à taper sur la table pour mettre les points sur les i.

Je constate que c'est vraiment une habitude de montrer, par l'image, ceux que l'on veut discréditer, en tapant toujours sur le même clou. Quelques exemples :

  • Christophe Blocher: Sur toutes les photos paraissant dans la presse romande, Il a l'air à la limite de l'arriération mentale. Or, que je sache, il a été un brillant entrepreneur et je doute que cela soit à la portée d'une personne souffrant d'un tel handicap
  • Georges W Bush: à partir des attentats du 11 septembre 2001, on n'a plus vu qu'une seule photo, celle du va-t-en-guerre, agressif et teigneux
  • Oskar Freysinger: la photo choisie indique, peut-être, que la presse veut dorénavant en faire un leader de l'extrême droite européenne

Je trouve ce procédé journalistique vraiment navrant de paresse. Et les vraies questions ne sont même pas abordées :

  • Christophe Blocher: j'ai de sérieux doutes par rapport à ce Monsieur, car j'ai la furieuse impression que sa volonté farouche de défendre la Suisse contre certains excès de l'ouverture des frontières cache un autre agenda qui est la libéralisation, à outrance, de l'économie suisse. Je serais beaucoup plus intéressé par un article qui ferait un véritable travail d'investigation pour nous démontrer qui est vraiment Christophe Blocher et si oui ou non il utilise le thème porteur de la lutte contre l'immigration pour faire avancer un autre dossier. Hélas, peut-être que d'aller fouiller dans ces dossiers-là serait plus inconfortable pour les médias concernés et leurs propriétaires
  • Georges W Bush: c'est un constat semblable en ce qui concerne l'ancien président. Voilà un personnage qui a incarné le pouvoir suprême pendant 8 années, alors qu'il n'était que la marionnette de ceux qui avaient une vision, ô combien nuisible, pour la Société américaine et pour le Monde (voir mes précédents billets «Les Etats-Unis au bord de la banqueroute?», «La démission de l'Etat» et «Le (non) sens des responsabilités du secteur privé». J'aurais aimé lire une étude vraiment critique sur les liens incestueux entre le pouvoir politique et l'économie. J'aurais aimé lire une étude fouillée sur tous les dégâts législatifs à l'encontre du droit du travail, de la protection de l'environnement, de la protection des consommateurs, du monstrueux transfert de richesse des pauvres et de la classe moyenne en faveur des ultras riches. De tout cela, rien, ou si peu. Il est tellement plus facile de dire des choses convenues et qui recueilleront d'emblée l'assentiment de tous les européens, que de faire un véritable travail d'investigation pour montrer comment les idées ultra-libérales sont en train de mener les Etats-Unis, et l'Occident par la même occasion, à un déclin brutal, violent et inéluctable. Mais là aussi, il serait sans doute moins confortable d'aller fouiller dans ces dossiers-là pour les médias concernés et leurs propriétaires
  • Oskar Freysinger: j'apprécie ce Monsieur lorsqu'il met en garde les Européens contre une islamisation rampante de l'Europe. A mon avis ce risque est réel (voir mes billets "Faut-il accueillir toute la misère du monde ?" et "De quoi parle-t-on ?"). Ce n'est pas être d'extrême droite que d'oser dire tout haut ce que la plupart pensent tout bas (le «politiquement correct» oblige). Cette façon de jeter l'opprobre sur ceux qui osent évoquer de vraies questions de société est une sorte de terrorisme du bien-penser avec lequel la gauche croit naïvement résoudre certaines problématiques. Maintenant, si M. Freysinger dérivait vraiment vers l'extrême droite, cela me serait parfaitement insupportable. Mais cela n'est pas le cas aujourd'hui et c'est lui faire un procès d'intention que de suggérer cela. J'aimerais que les médias écoutent ce qu'il dit au lieu de lui coller une étiquette infamante. L'avenir nous dira quelle sera son évolution réelle et je ne suis pas intéressé par les fantasmes des journalistes