26/06/2012

En Angleterre, des millions d'enfants ne sont pas assez nourris (2)

Pour les uns, l'ultra-libéralisme est la solution à un Etat qui coûte cher et qui ne produit rien. Pour les autres, l'ultra-libéralisme est le fossoyeur de nos sociétés et la cause de la souffrance de ces enfants (voir mon billet d'hier: "En Angleterre, des millions d'enfants ne sont pas assez nourris (1)", au profit d'une petite caste de nantis.

Que l'on soit d'accord avec une assertion ou avec l'autre, ce que tout le monde peut constater est que nos sociétés ont profondément changé depuis la chute du Mur. La redistribution relativement équitable des richesses, vécue et acquise de haute lutte pendant les 30 glorieuses, a été remplacée par la compétition, la précarité, le chômage, les working poors et les revenus indécents d'une minuscule frange de la population.

Ce qui a marqué ces 2 dernières décennies est le transfert systématique des richesses, des pauvres et des classes moyennes, vers les plus riches. Tout le monde peut constater que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Et l'Etat, nos Etats occidentaux, se sont systématiquement appauvris par la baisse systématique des recettes fiscales voulues par la droite. Il est facile ensuite de venir accuser l'Etat d'avoir des dettes.  Et je rappelle volontiers au passage, que c'est sous Ronald Reagan et «W» que l'Etat fédéral américain s'est le plus endetté, alors qu'à la fin du double mandat de Bill Clinton, on entrevoyait la possibilité, dans les 10 années à venir, que l'Etat fédéral ait remboursé TOUTES ses dettes.

La politique ultra-libérale qui a saccagé l'état social et qui a paupérisé de larges franges de nos sociétés a eu le double effet d'augmenter le nombre de récipiendaires des aides de l'Etat et de diminuer les recettes de celui-ci. Situation qui a évidemment poussé la droite à réclamer de nouvelles diminutions des tâches de l'Etat, dans un cercle vicieux absolument voulu et parfaitement orchestré. Cette diminution des tâches de l'Etat a laissé le champ libre aux entreprises privées qui ont pu prendre leurs aises dans tous les domaines («quand le chat est parti, les souris dansent»). Aujourd'hui, nous souffrons tous de l'abaissement des normes de protection de l'environnement ou des travailleurs ou des consommateurs. Ou du viol de ces normes. Ou du copinage entre ce qui reste de l'Etat et les entrepreneurs privés. La démission très récente de M. Marcos Buser de la Commission fédérale de la sécurité nucléaire (CSN) en est une énième illustration.

Nos pays sont confrontés à la compétition avec des pays où la main d'œuvre ne coûte rien, ne jouit d'aucune protection sociale, ne sait pas ce que sont les vacances et les samedis. Où l'aîné mâle est l'assurance vie de ses parents (c'est pourquoi tant de fœtus femelles sont avortés ou tués en Inde et en Chine). Où le travail n'est réglementé d'aucune façon, où la protection de l'environnement est une idée qui n'a encore fait son chemin nulle part.

La compétition voulue et organisée par les brillants penseurs de l'ultra-libéralisme est en train de miner les fondements mêmes de nos pays. Cette compétition, totalement absurde dans les faits mais diabolique dans son essence, est en train de faire revenir nos Sociétés en arrière, en démantelant pièce par pièce les avancées sociales de l'époque de la guerre froide. Nous allons à marche forcée vers une sorte de société féodale mâtinée des conditions sociales des débuts de la révolution industrielle.

Cette involution fait peur et la sidération des populations de nos pays montre non pas une grande sagesse, mais la profondeur de l'effroi et de l'incompréhension qui nous saisissent toutes et tous. Nous voyons que nous allons dans le mur, nous voyons que nos gouvernements sont, au mieux, impuissants, au pire, corrompus jusqu'à la moelle. Il n'y a plus de recours envers une Autorité ou une puissance quelconque. Plus d'alternative. Plus de solution de rechange. Le processus a été si loin, il est si définitivement engagé, qu'il n'y a plus de retour en arrière possible.

Ceux qui profitent largement ou plus modestement de ce système, en mangeant les miettes qui tombent de la table des puissants, ont l'illusion que tout va bien. Que le système est parfaitement cohérent et légitime.

J'aimerais tant n'être qu'un radoteur atteint de sénilité précoce.