18/12/2011

Encore raté ?

Le changement de réseau et d'horaires des TPG n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre. Le courroux de beaucoup d'usagers est-il mérité ou non, seul l'avenir répondra vraiment à cette question, car il y a, à ce jour, trop d'émotions négatives qui empoisonnent le débat.

Au-delà de ces questions, il y a aussi le réaménagement de la place Bel-Air qui ne laisse pas indifférent. Encore une fois, l'aménagement d'une place ou d'un rond-point à Genève laisse un sentiment, au mieux, d'amateurisme, au pire d'incompétence crasse. Il n'est que de penser à la tristement «célèbre» place Cornavin. Et puis, si l'on suit les voies du tram 12, on a le privilège de passer, depuis Carouge, à la place des Augustins, puis au rond-point de Plainpalais, près de la place Bel-Air, et ensuite, après avoir suivi la tristounette rue du Marché (qui devrait être la plus belle de Genève mais qui n'est qu'une triste rue faite de bric et de broc), on arrive au non moins inénarrable rond-point de Rive. Un collier de «perles», mais de perles dignes de la foire aux cancres.

Qu'est-ce qui fait que Genève semble incapable d'insuffler un peu d'imagination, de perspective, de beauté, de saine « grandeur» dans son développement ? Pourquoi penser si «petit», si étriqué, si dénué d'imagination ? Est-ce encore le terrible esprit puritain de Calvin qui pèse sur la ville et qui bride les esprits et interdit aux uns et aux autres de se donner le droit de créer et de s'offrir un cadre de vie agréable et digne de la réputation, par ailleurs planétaire, de Genève ? Si tel devait être le cas, alors il serait largement temps de secouer ces résidus de mauvaise conscience et de culpabilité mal placées et mal vécues.

J'ai déjà écrit sur le développement de Genève (voir «Genève a mal à son développement») et je vois que rien n'avance. Comme d'habitude. Si ce n'est pas l'esprit de Calvin qui nous joue des tours, je suis en tous les cas plus que jamais convaincu qu'il y a trop de niveaux de décisions et trop d'acteurs dans ce petit mouchoir de poche que représente Genève. Pensez qu'il y a 48 (!) communes dans ce minuscule territoire. Et comme il y a aussi un gouvernement cantonal, il y a donc, pour tout projet ou presque, 49 exécutifs à convaincre, dont tous défendent leur pré-carré et des intérêts parfois largement égoïstes. Cela en plus de toutes les Associations privées qui se font et se défont au gré de leurs intérêts pour bloquer quasiment tous les projets. Et comme nous parlons volontiers d'agglomération franco-valdo-genevoise (je préférerais pour ma part parler tout simplement de l'«agglomération genevoise»), cela veut dire qu'il faut non seulement mettre d'accord 49 exécutifs, mais qu'il faut, du côté suisse, négocier avec le canton de Vaud, avec la Confédération (qui a été trop longtemps, pour les genevois, une entité ressentie comme étant aussi proche que la planète Mars), avec les Régies fédérales comme les CFF et du côté français, avec les communes limitrophes, et éventuellement avec l'état français, et on a vu trop souvent que le partenaire français savait largement manier la mauvaise foi dans ses rapports avec Genève et avec la Suisse.

Alors a-t-on vraiment besoin de 49 exécutifs ? Personnellement, et je vais cette fois-ci beaucoup plus loin que dans le billet cité plus haut, je serais favorable à la suppression de 48 de ces exécutifs, afin d'administrer ce territoire avec un seul Exécutif de magistrats compétents et qui n'auraient pas besoin de respecter les susceptibilités, les atermoiements et les bâtons dans les roues de tous ces acteurs qui voient midi à leur porte. La structure actuelle bloque tout, étouffe Genève et l'empêche de se développer au rythme nécessaire aux changements de plus en plus rapides que la marche du Monde nous impose.

Comment voulez-vous faire avancer un projet, quel qu'il soit, lorsqu'il faut négocier avec 49 exécutifs genevois plus le Canton de Vaud, plus la Confédération, plus l'une ou l'autre Régie fédérale plus les communes françaises, voire l'état centralisé français ? Rien d'étonnant qu'il faille plus de 80 (!) ans pour arriver à donner enfin le premier coup de pioche au CEVA (et encore les derniers recours n'ont pas été levés), comme cela avait été le cas pour la réhabilitation du quartier des Grottes et il est à craindre qu'il en faudra autant pour le contournement autoroutier est de Genève. Quant au PAV, il semble déjà qu'on épuisera autant de directeurs du projet que Christian Constantin épuise d'entraîneurs, avant de parvenir, ne serait-ce qu'à dessiner un projet quelque peu cohérent sur le papier.

Je trouve cela dramatique et infiniment triste et stérile et je serais d'avis de mettre un grand coup de balai dans tous ces petits royaumes qui empêchent Genève de vivre et de grandir intelligemment et en accord avec sa réputation planétaire. Un seul exécutif permettrait d'avoir une vision globale, courageuse et déterminée du développement de cette ville-canton, ou de ce canton-ville, et de négocier d'une seule voix, forte, avec la Confédération et avec les voisins vaudois et français.