10/11/2016

Trump : la responsabilité historique de nos « élites »

Après 8 années d’un président digne à tous égards et ayant redonné de la dignité et à son pays et à sa politique, après l’aventurisme délirant du minuscule rejeton Bush, les votants ont choisi le pire individu que ce pays a pu produire. A part tout et son contraire, il a promis de « nettoyer le marigot » (« drain the swamp »). Eh bien, en fait de marigot, nous sommes gâtés. La droite républicaine est un repère d’ultra-libéraux, de conservateurs de la pire espèce, de défenseurs du port d’armes et d’ultra religieux qui seraient prêts à faire de leur pays une véritable théocratie.

Ce qu’il y a de pire, si c’est possible, est que contrairement à ce que disent certains, peut-être pour se rassurer, il n’y a plus de contre-pouvoir aux Etats-Unis : la Chambre des représentants et le Sénat sont restés conservateurs, et ils vont pouvoir nommer 1, 2 voire les 3 prochains juges à la Cour suprême, faisant ainsi pencher la balance en faveur des thèses les plus conservatrices et rétrogrades pour au moins les 10 prochaines années. Quant aux médias, ils sont concentrés entre les mains de ceux qui ont les moyens de se les payer. C’est ainsi que l’on parvient à vider une démocratie de sa substance.

Dans tous nos pays, la social-démocratie qui a cherché une troisième voie entre le communisme et le capitalisme le plus brutal, est dans une grave crise de conscience, victime de son intimité croissante avec les puissances de l’argent. En gros, cela se traduit par : belles promesses pendant les campagnes électorales et alignement sur les lois du marché le reste du temps. Cette schizophrénie entre les discours « de gauche » et les actes « de droite », ce mélange intenable entre une morale politique se voulant humaniste (au point de laisser les frontières ouvertes à tous les pays et surtout à ceux du sud musulman) et un saccage de nos états sociaux au profit d’une minuscule caste de nantis a fonctionné un temps mais est en train de rendre les peuples fous, au point d’élire un extraterrestre comme Trump.

Le Brexit et Trump devraient nous servir de signaux d’alerte. Ils représentent des mesures de l’exaspération des peuples se sentant ignorés des « élites ». En délocalisant le travail dans les pays à bas coûts afin de casser les reins des syndicats et de s’enrichir au maximum, ils ont créé le Frankenstein chinois qui risque un jour de dévorer son créateur et rendu fou de colère tous les citoyens se sentant à juste titre méprisés par ceux qui détiennent tous les pouvoirs.

Ce qui se passe aux USA est proprement effrayant ! Mettons encore un peu de charbon dans la chaudière de nos Sociétés à force d’égoïsme, de lâcheté et de compromissions et nous risquons de retomber dans les mêmes folies communistes ou fascistes que par un passé pas si lointain. Le Brexit était déjà grave. L’élection de Trump, qui a réussi le plus grand hold-up de l’histoire de nos démocraties est un événement de portée infiniment plus considérable. Son élection devrait nous servir d’électrochoc. Si nos « élites » refusent de sortir de leur isolement arrogant, hautain et monstrueusement égoïste, elles continueront de créer le lit de la prochaine vague totalitaire, communiste ou plus vraisemblablement fasciste, qui nous emportera tous. Ce sera leur responsabilité historique !

09/02/2011

Une leçon de démocratie ?

Nous assistons depuis quelques semaines à un réveil de la rue dans certains pays arabes et je continue d'être frappé par la maturité politique dont font preuve les manifestants.

Après avoir été bafoués dans leurs droits et maintenus sous une chape de plomb à cause de la peur (au moins en partie justifiée) d'une  montée de l'islamisme radical, ces peuples sont en train de se réinventer un futur qui semble pour l'instant éviter les pièges tendus à la fois par une tentative désespérée de sauver les structures anciennes et de basculer dans une révolution islamiste à la mode iranienne (Khomeiny).

Nos Sociétés occidentales, apparemment gavées de démocratie (nous prenons cela pour un acquis désormais éternel) et jouissant d'une     
apparente liberté (et pourtant le concept de "liberté" est sérieusement en question lorsque l'on voit à quel point nos systèmes "démocratiques" tournent à l'avantage d'une si petite frange de la population) assistent, médusées, à ce bouillonnement en Afrique du Nord.

Si nos "Elites" financières, politiques et intellectuelles ne prennent pas la mesure de ce qui est en train de se passer dans cette région du monde et si elles n'acceptent pas de voir à quels extrêmes d'égoïsme et d'accaparement des richesses leur politique mènent nos pays, je ne serais pas étonné qu'un jour pas si éloigné que cela, elles assistent elles aussi à une nouvelle Révolution, cette fois-ci au Nord de la mer Méditerranée.

Je n'aurais jamais imaginé voir un jour la possibilité qu'un "réveil" de nos Sociétés occidentales puisse être inspiré par des mouvements sociaux venant du Sud de la Méditerranée. Et pourtant, nos Sociétés et les maux qui les rongent sont-ils si différents que cela ?

Au Sud, très schématiquement, nous avons:

  • une petite élite, un clan, qui détient les clés du pouvoir et qui s'en met plein les poches
  • une jeunesse bien formée qui ne trouve pas un emploi digne de ses qualifications
  • une restriction des libertés due à des influences religieuses, politiques et à une absence de moyens financiers

Au Nord, tout aussi schématiquement, nous voyons:

  • une petite élite, un clan, qui détient les clés de l'économie et qui s'en met plein les poches
  • une élite politique qui est au service de cette nouvelle "aristocratie", économique cette fois-ci (par opposition à l'aristocratie d'avant la Révolution française)
  • une jeunesse bien formée qui ne trouve pas un emploi digne de ses qualifications: c'est le cas dans beaucoup de nos pays comme la France (où en étant bac+7 on n'est pas sûr de décrocher l'emploi de ses rêves), de l'Espagne, de la Grèce, etc..
  • une restriction des libertés due à une absence de moyens financiers (combien de jeunes sont obligés de vivre chez leurs parents jusqu'à 30 ans car ils sont incapables de s'insérer durablement dans le monde du travail, allant d'emplois précaires en emplois précaires
  • une réelle aliénation d'une partie de la population par une télévision à la qualité navrante, un agenda sportif surdimensionné (du pain et des jeux), une distribution généreuse des médicaments de confort par nos systèmes de santé
  • la présence sur nos territoires de groupuscules d'islamistes radicaux qui pourraient à terme, "crisper" nos Sociétés

Pour l'instant, le système tient encore car il assure un minimum vital au plus grand nombre, y compris l'accès au système de santé, mais je ne suis pas certain que nos pays résisteront à une nouvelle crise économique. Or celle-ci, du fait même des fondements structurels et idéologiques de nos économies, est d'ores et déjà programmée:

  • quelle forme prendra-t-elle ?
  • quand aura-t-elle lieu (n'oublions pas toutefois que nous ne sommes pas encore sortis de la crise des subprimes) ?
  • quelles en seront les causes ?

nul ne le sait bien évidemment. Mais ce jour-là, le réveil risque d'être brutal.

Dans ce catalogue, il faut accorder une mention spéciale à l'Italie qui cumule à la fois les tares connues de l'économie libérale dans ce qu'elle a de plus "sauvage", une classe politique corrompue et un "père de la nation" incarné par un vieillard que certains qualifient de lubrique. Ainsi, on se demande quand les Italiens , lobotomisés par la télévision la plus bête du monde et aux ordres dudit vieillard, vont se lever pour dire à ce triste personnage: "Berlusconi, dégage" !

Encore une fois, nous avons toutes les connaissances historiques, tous les moyens de prospective, toutes les connaissances politiques, économiques et sociologiques pour éviter la catastrophe mais je continue, malheureusement, de craindre que l'égoïsme de quelques-uns ne soit plus fort que les leçons de l'Histoire.