24/07/2012

Notre version du «Meilleur des mondes» ? (3)

21'000 milliards de Dollars (fourchette basse et 35'000 milliards de dollars, fourchette haute), c'est le montant de l'évasion fiscale abritée sur des comptes «offshore», tel que calculé sur 139 pays par un ancien expert du bureau McKinsey pour le compte du collectif «Tax Justice Network».

Cette somme représente le PIB des Etats-Unis et du Japon COMBINES !

Cette somme, si elle était imposée correctement, rapporterait, selon le rapport, chaque année aux Etats spoliés, entre 190 et 280 milliards de recettes fiscales supplémentaires. Je ne suis pas un expert fiscaliste, mais cette somme me paraît ridiculement basse.

Je ne pensais pas écrire une troisième partie à cette note, mais difficile de ne pas s'indigner une nouvelle fois face à l'ampleur du scandale.

Nos amis les riches et les puissants ont donc, il faut le rappeler, spolié les Etats plusieurs fois :

  • Evasion fiscale grâce à des paradis fiscaux
  • Intense lobbyisme auprès de nos parlements et de nos gouvernements pour obtenir des réductions d'impôts continuelles et systématiques sur l'argent qu'ils n'ont pas pu dissimuler au fisc (ce qui a pour effet, en Suisse, de diminuer régulièrement, depuis 30 ans, les recettes de l'Etat qui va ensuite couper dans tous les budgets, y compris sociaux bien sûr, pour rééquilibrer ses finances
  • Déplacement de la production industrielle dans des pays à bas coûts pour décupler (au minimum) les marges encaissées par les actionnaires de ces groupes industriels, d'où baisse des recettes fiscales des Etats
  • Obligation faite aux Etats et donc aux contribuables, de venir sauver le secteur bancaire mis à mal par les immondes manœuvres spéculatives inventées par de brillants cerveaux de la finance. Spéculation malheureusement approuvée par nos gouvernements corrompus.

Si l'on additionne tous ces avantages fiscaux cumulés, on parle sans doute d'une somme ANNUELLE qui doit se trouver entre 400 et 1'000 milliards de dollars. Assez pour renflouer les Etats, et cela ne serait que pure justice.

Ils ont donc gagné sur tous les tableaux et nous, peuples d'Occident, pouvons payer les dégâts à la sueur de notre front. La seule chose qui soit biblique dans tout cela.

20/07/2012

Notre version du «Meilleur des mondes» ? (2)

Ce brutal «retour en arrière»  (voir note d'hier "Notre version du «Meilleur des mondes» ? (1)" est-il si surprenant ? Franchement, si vous aviez été à la place de ces personnages puissants, qui pendant une génération ont dû partager le pouvoir avec des petites gens qu'ils méprisent copieusement, que ces mêmes petites gens aient pu, à cause d'une circonstance historique tout à fait exceptionnelle, imposer des limites et des obstacles à l'expression de votre toute-puissance (lois sur la protection de l'environnement, lois sur la protection des travailleurs, lois sur la protection des consommateurs, lois fiscales en faveur d'une répartition plus juste des richesses...), qu'auriez-vous fait ? Il serait bien arrivé un jour où vous vous seriez écrié que cela suffit, que vous en avez marre, marre de partager avec tous ces pouilleux !

Et c'est exactement ce qui est arrivé. Un plan a été savamment établi (la «révolution conservatrice», appliquée tout d'abord par Margaret Thatcher et Ronald Reagan), la propagande a fait son oeuvre, tous les échelons de la Société ont été noyautés, l'armée américaine a été formidablement renforcée pour premièrement renverser l'Union soviétique et ensuite devenir le bras armé de l'ultralibéralisme.

Aujourd'hui nous nous trouvons dans cette situation parfaitement malade où une poignée d'individus possèdent, chacun, un patrimoine équivalent ou supérieur au PIB d'un pays comme le Danemark alors que des milliards d'habitants vivent avec 1 dollar par jour. Si on prend un exemple largement médiatisé, celui de Bill Gates, c'est un homme qui a certainement du talent, qui a certainement été un visionnaire, qui a certainement travaillé pour arriver à un résultat. Mais cela vaut-il 50-80 milliards de dollars ? Et cette fortune indécente, l'a-t-il construite tout seul ? N'avait-il pas une armée d'ingénieurs, de programmeurs, etc.. pour parvenir à ses fins ?

Et n'est-il pas encore plus scandaleux que des personnes puissent bâtir une fortune colossale en spéculant, y compris sur des biens de première nécessité, en démantelant des entreprises et donc des emplois, en ayant une activité de prédateur économique ?

Ne méritent-ils pas la prison, ceux qui ont créé ces instruments financiers toxiques qui ont failli mener le monde entier à la banqueroute lors de la crise des subprimes et dont les peuples payent aujourd'hui encore la facture en termes de chômage, de baisse du pouvoir d'achat, de perte de leur biens ou de leur maison ou de tout cela à la fois ?

C'est cela qui est assez terrifiant et à méditer:

  • Si vous donnez libre cours à l'appât du gain, à la corruption, à l'exploitation de l'homme par l'homme, en 30 ans, tous ces rouages plus ou moins consciemment au service de ces forces de l'argent, vont travailler ardemment afin de modifier de fond en comble la Société et vont créer un monstre tentaculaire et un totalitarisme qui ne dit pas son nom, caché qu'il est derrière un semblant de démocratie,
  • Si par contre vous cherchez à, par exemple, prendre des mesures efficaces de protection de l'environnement ou à lutter contre cette gangrène qu'est la corruption ou encore à lutter contre l'accaparement du vivant, sous forme de brevets sur les OGM par quelques groupes industriels, les mêmes petits soldats et ceux qui détiennent le pouvoir de l'argent vont gripper le système et il ne se passera rien. Rien de bon en tout cas.

Pendant que le soir nous allons au cinéma, dansons ou regardons la télévision, la machine ultralibérale continue de fonctionner à plein régime. Le soleil ne se couche jamais sur l'empire mondialisé. Les traders et/ou les ordinateurs continuent de boursicoter et de spéculer. Peut-être sur les aliments que nous devrons acheter demain, sur la dette de tel ou tel pays ou sur l'essence que nous devrons mettre dans notre voiture. Ce que je veux dire par là est qu'il suffit: 

  • de quelques personnes immensément riches qui orientent, par leurs investissements, les choix du plus grand nombre,
  • d'une armée de bons petits soldats au service de ces forces de l'argent, 
  • d'une masse de citoyens précarisés par le système diabolique mis en place et fatigués par la compétition quotidienne à laquelle ils sont confrontés malgré eux,
  • d'une masse au moins aussi importante de citoyens paupérisés, malades, éventuellement  (poly-)médicalisés

pour qu'une planète comme notre «bonne vieille Terre» ait tragiquement abdiqué le mot "Liberté" afin de se mettre au service très lucratif de quelques-uns.

19/07/2012

Notre version du «Meilleur des mondes» ? (1)

La crise, qui touche uniquement les petites gens et la classe moyenne est là depuis 2008 et ne semble pas vouloir refluer.

Il fut une parenthèse dans l'Histoire où nos Sociétés ont su établir un partage raisonnable des richesses, où le fort n'a pas systématiquement écrasé le faible. Hélas, ce ne fut qu'une parenthèse imposée par la guerre froide. Sitôt l'ennemi soviétique anéanti et copieusement humilié, le naturel qui veut que le fort domine outrageusement le faible, a repris le dessus, avec la même férocité qu'à l'époque féodale. Quelques seigneurs de l'économie globalisée sont devenus, en 2-3 décennies, plus riches et puissants que les seigneurs féodaux ou même que les Rois ou les Empereurs de nos livres d'histoire.

Pour asseoir leur suprématie absolue, ils ont imposé leurs règles, faites de compétition entre les individus, entre les entreprises, entre les nations ou groupes de nations. Le sentiment de solidarité a été tourné en ridicule au profit de l'individualisme triomphant. La propagande vantant la supériorité de ce somme toute vieux modèle, relooké avec les atours de la modernité, a tourné à plein régime et les institutions politiques et syndicales qui étaient un contre-pouvoir à la loi de la jungle, ont été ridiculisées et décrédibilisées. Les affidés de ce modèle économique, tous ceux qui voulaient profiter de ce vent nouveau de l'Histoire, ont infiltré tous les échelons de nos Sociétés: ils se trouvent dans nos Parlements et dans nos Gouvernements, ils forment la nuée de lobbyistes qui orientent les décisions de notre classe politique, ils détiennent les chaires d'économie, de médecine, etc..., de nos universités, ils utilisent les médias afin d'orienter l'opinion publique, ils sont cadres et consultants dans le secteur privé. Bref, ils profitent eux aussi du système.

Le plan a fonctionné à merveille. Comme dans un manuel.

C'est assez incroyable que nos Sociétés, après avoir vécu dans un passé récent les horreurs du communisme et du nazisme, aient sombré si facilement dans les horreurs de l'ultralibéralisme qui est un système tout aussi aliénant, mais légèrement plus subtil. Et pourtant...

Depuis 30 ans, chacun doit lutter individuellement pour sa survie, la propagande en faveur d'un but collectif supérieur a été remplacée par l'exaltation du «moi» et du «je» (diviser pour régner), les outils de propagande qui étaient avant le fait de gouvernements ont été réunis entre les mains d'une poignée d'affairistes privés (concentration des médias entre quelques mains), les universités produisent «à la pelle» des jeunes loups au cerveau uniformément formaté. Pour ceux qui tombent sur le bas-côté de la route, pour quelque raison que ce soit, le chômage, l'assurance invalidité et les camisoles chimiques ont remplacé le goulag. Une nouvelle version, réelle et non pas romanesque, du «Meilleur des mondes» ?

J'exagère ? En apparence, oui. Et d'ailleurs l'exagération est le propre de la polémique. Mais si l'on demandait à tous ceux, et ils sont nombreux, qui sont broyés par le système si j'exagère, je ne suis pas sûr qu'ils seraient de cet avis.