08/03/2011

Avocat, un bien joli métier

Je viens d'entendre à la radio (RSR1) qu'un avocat genevois avait accepté de déposer plainte pénale contre la Police genevoise pour "Délit manqué de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui". Jusque-là, cela paraît plausible, car les bavures policières, cela existe, malheureusement.

Et puis, on apprend les circonstances qui ont amené la Police à tirer sur un des malfrats qui avait attaqué le bureau de change de Thônex. De la bouche  du journaliste qui interrogeait cet avocat, on apprend que lesdits malfrats ont tiré à l'arme lourde sur les policiers qui intervenaient et ceci n'a pas été démenti par l'avocat qui a déposé cette plainte. Ensuite le client de cet avocat a cherché à s'échapper, il s'est apparemment séparé du groupe, et non armé à ce moment-là en tout cas, a cherché à voler une voiture dans laquelle se trouvait une femme au volant. C'est à ce moment-là que la police a tiré, à hauteur de la poitrine selon les termes de la plainte.

Je n'étais pas là pour assister à la scène, ni vous très vraisemblablement. Mais je vous laisse imaginer la scène:

  • des brigands attaquent une succursule bancaire
  • lorsque la police intervient, les malfratas n'hésitent pas à leur tirer dessus à l'arme lourde
  • lorsque la police repère un des malfrats en train de voler une voiture occupée par une femme, elle tire pour l'immobiliser (pour le tuer selon les termes de la plainte)

Alors je me demande vraiment si, dans le feu de l'action (c'est le cas de le dire), la police a eu le temps de s'assurer que cet homme (pour rappel un ou plusieurs membres du groupe ont tiré sur la Police à l'arme lourde (!) quelques minutes ou secondes auparavant) était désarmé. Les Policiers sont certes formés et payés pour intervenir dans des situations difficiles. Mais sont-ils des surhommes capables de clairvoyance en toute circonstance, même lorsque leur vie est clairement menacée ?

C'est un bien beau métier que celui d'avocat qui permet, dans le calme d'un bureau feutré, de déposer plainte contre des hommes qui risquent leur vie tous les jours sur le terrain, dans une ville où la délinquance augmente chaque année.

Je suggère à la Police d'intervenir désormais avec des pistolets à eau et une équipe de soutien psychologique pour porter immédiatement assistance aux brigands qui n'auraient pu accomplir leurs forfaits. En effet, imaginez Mesdames et Messieurs les membres du jury, la terrible déception que cela doit représenter pour ce pauvre homme qui rêvait depuis des mois, des années peut-être, de tout ce qu'il allait pouvoir accomplir grâce aux biens astucieusement dérobés par un cambriolage (au fond, un simple transfert de richesse) audacieux et patiemment organisé. Cela doit représenter un tel traumatisme qu'il est indispensable que la Société apporte immédiatement assistance et soutien psychologique.

Oui, c'est un bien beau métier que celui d'avocat. Et Genève nous a déjà démontré qu'elle regorge d'avocats prêts à s'engager pour de nobles causes. Un certain avocat, localement célèbre, n'a-t-il pas soutenu la très sympathique famille Kadhafi qui avait subi les ignobles exactions de la Police genevoise, alors qu'un des membres de cette respectable famille était en train de tenter patiemment d'inculquer quelques rudiments de politesse à des employés de maison peu versés dans cet art. Heureusement qu'une veille démocratique existe pour éviter ces dérives qui ne pourraient que nous emmener vers un Etat totalitaire si l'on n'y prenait garde.