22/05/2011

Genève a mal à son développement

Ce constat n'a rien d'original et pas besoin de diplôme en urbanisme pour s'en rendre compte. Mais bravo à la TDG pour tous ses dossiers thématiques concernant le développement de Genève.

Il apparaît malheureusement trop souvent qu'il est plus facile de déplacer les Alpes que de faire bouger Genève. Entre les multiples projets souvent intéressants, les non moins multiples oppositions souvent très égoïstes, cette satanée frontière qui rend tout projet beaucoup plus difficile et ces épices si particulières que sont les « Genferei », on arrive à une situation digne de Kafka.

Genève a une réputation mondiale dont peu de villes au monde peuvent se targuer. Et Genève hésite visiblement entre se développer pour être enfin à la hauteur de sa réputation et rester un grand village écartelé entre le dynamisme de son économie et des tracas administratifs apparemment sans fin.

L'agglomération genevoise compte près de 800'000 habitants. Cela commence à être respectable mais c'est aussi un seuil  à partir duquel cela commence à générer de grosses difficultés, de logement et de transport notamment. D'infrastructures en général.

Il est temps, me semble-t-il d'être courageux et ambitieux. Certes, des projets sont en cours, mais :

  • Sont-ils suffisants?
  • Les projets immobiliers sont tous au point mort
  • La construction de nouvelles lignes de tram, pour être une bonne chose, ne vont pas répondre aux besoins de mobilité de la population. A la vitesse à laquelle les trams avancent dans cette ville, on va presque aussi vite à pied. Donc ce n'est qu'une demi-solution.

Genève a besoin de se moderniser. Genève a besoin d'une véritable vision pour son avenir. Le CEVA (même s'il n'est pas parfait) doit en faire partie. La plage Cramer (à défaut d'un autre nom) aussi. Le projet PAV également. Et l'autoroute de contournement de Genève, par l'est, est un excellent projet, mais prévu à l'horizon 2030-2040 (autant dire dans une autre vie). Hélas, tous ces projets (et de nombreux autres) sont englués comme chacun sait. Et si tous ces projets sont intéressants, ils ne suffiront même pas, car la ville a pris tellement de retard dans certains domaines qu'il lui faut faire un grand « bond en avant ».

Côté transport

Genève a besoin d'un véritable réseau de RER, avec passage en souterrain sous la ville. Le CEVA pourrait être le début de ce réseau, mais il ne suffira pas. On ne peut plus résoudre les problèmes de transport d'une agglomération de 800'000 habitants avec des trams. Il faut un système de métro/RER afin de relier les grands centres de développement de l'habitat avec les centres d'affaires, même s'il faut encourager le développement de projets qui offrent, sur un même site, des emplois et des logements.

Genève a besoin de terminer l'autoroute de contournement par l'est et ne peut attendre 2030 ou même 2040 ou une échéance tellement déraisonnable.

Côté logement

Nous connaissons les projets en cours. Je n'y reviendrai pas.

Je trouve qu'il serait intéressant de construire un véritable campus universitaire,  en campagne, qui réunirait toutes les Facultés et des logements pour étudiants en quantité suffisante (pourrait même servir de village olympique si Genève devait conserver l'espoir d'organiser un jour les Jeux olympiques). Le tout relié au centre-ville par une ligne de RER efficace. Les bâtiments universitaires désaffectés, qui se trouvent tous au centre de la ville, pourraient être transformés en logements (les surfaces concernées pourraient représenter des centaines, voire des milliers de logements) et/ou en surfaces commerciales, industrielles ou de bureaux.

Côté aménagement de la ville

Genève a besoin d'un bâtiment ou d'un quartier emblématique. Le jet d'eau (magnifique) et l'horloge fleurie (désuète)  ne suffisent plus. Il faut construire quelque chose qui sera une image de la ville qui pourra identifier Genève partout dans le monde.

Genève  a totalement raté le virage des zones piétonnes. Oui, il existe un projet et il est temps de l'amener à la vie. Nous sommes très forts pour générer des richesses, mais quand il s'agit de créer un environnement convivial et quelque peu (n'exagérons pas tout de même...smile) festif  dans la ville, alors là, les imaginations sont comme mortes. C'est un des causes de l'absence de vraies zones piétonnes.

Même constat avec la rade de Genève. S'il y a un léger mieux (par rapport à ce qui était un désastre), on est encore loin du compte pour faire de ce site fabuleux l'endroit convivial, inoubliable de beauté, que les genevois et les touristes auront plaisir à fréquenter. De l'audace et de l'imagination pour repenser totalement ce site.

Rue du Marché : à force de rafistolages bon marché et de bricolages de fortune, cette rue qui devrait être un des lieux conviviaux de la ville, ne ressemble plus à rien. Plus que tristounet.

Il reste dans la ville des verrues épouvantables. Avez-vous regardé une fois le Rond-point de Rive avec un œil un tout petit peu critique. Indigne d'une sous-sous-sous-préfecture française.

Et je ne vous parle pas de l'abri TPG de la Gare Cornavin côté Basilique Notre-Dame, trop souvent « habité » par une faune urbaine de la pire espèce et jonché de détritus. Un vrai bonheur.

Ce que je dis par rapport à l'aménagement de la ville de Genève peut être dit de toutes les villes suisses d'ailleurs, qui ont toutes des problèmes d'absence de convivialité. Elles sont à peu près fonctionnelles, présentent quelques jolis quartiers et ensembles architecturaux, mais sont trop souvent dénuées de « vie ». A-t-on peur de l'expression de la vie dans ce pays ?

Financement

Alors que Genève a besoin de financements conséquents pour assurer son grand « bond en avant », certains milieux ont cru bon de demander et d'obtenir une réduction d'impôts. Ce sont ainsi 350-400 millions de CHF qui sont « perdus » chaque année. Vraiment un très mauvais timing.

Je ne suis pas systématiquement contre le principe d'une baisse d'impôts, mais les égoïsmes individuels devraient s'effacer face aux besoins légitimes de la Collectivité. N'aurait-il pas été plus sage d'accepter le principe d'une réduction, mais de repousser son entrée en vigueur de 10, 15 ou 20 ans, le temps d'avoir mené à bien ces grands chantiers indispensables. Et n'oublions pas la dette encore abyssale de Genève qui rend tout projet plus difficile.

Alors on pourrait imaginer l'instauration d'une taxe exceptionnelle sur certaines activités pour compenser momentanément cette perte fiscale malencontreuse.

Quant à l'autoroute de contournement, dont le financement et la construction sont du ressort de la Confédération, Genève pourrait avancer l'argent et instaurer un péage pour le financer.

Gouvernance

A de trop nombreuses reprises en écrivant ce billet, j'ai été bien en peine en parlant du développement de Genève, de savoir si je parlais de la Ville ou du Canton. En fait, on ne peut dissocier les deux. Face à cette évidence, je me demande vraiment s'il est pertinent, dans un si petit espace, de conserver deux échelons d'Exécutif. Le gouvernement cantonal ne devrait-il pas en même temps assumer l'exécutif de la ville de Genève. Cela éviterait des redondances, des sources de conflits potentiels et permettrait d'avoir une vision plus globale, plus dynamique du développement de Genève

A l'adresse des "neinsager" compulsifs 

Je leur rappelle tout de même, qu'ils le veuillent ou non, qu'ils profitent d'une façon ou d'une autre, de l'exceptionnel dynamisme et notoriété de Genève. Et qu'une ville, une communauté, un pays ne se construisent pas avec des "neinsager", mais avec des gens qui osent, qui aiment, qui s'engagent, qui se battent pour une cause, une idée ou un projet. Pourvu que Genève ait la force de passer outre à tous les obstacles dressés par ces "neinsager" afin de parvenir à faire aboutir des projets intelligents, équilibrés et bénéfiques au rayonnement de cette ville magnifique !