24/01/2011

Voilà pourquoi la droite voulait le DETEC

Avec la présentation des propositions de D. Leuthard, nous venons d'assister à un bel exemple de distorsion de concurrence entre les transports publics et le transport privé, même si le discours officiel prétend que tout le monde participera à l'effort de façon équitable et équilibrée: d'un côté on parle de doubler le prix de la vignette et de renchérir le prix de l'essence de quelques centimes, de l'autre on se rend compte (pas grâce au discours de Mme Leuthard d'ailleurs) que les prix des transports par le rail vont augmenter de 50%.

Alors reprenons:

  • doublement du prix de la vignette: à première vue, cela semble une mesure très défavorable à la voiture, une vignette qui DOUBLE son prix. Mais dès que l'on y regarde de plus près, on ne parle que de 40.- par année, soit pour une voiture de classe moyenne, une augmentation du budget de 0.04 % (en admettant qu'une telle voiture coûte environ 10'000 CHF par an, amortissement compris)
  • augmentation du prix de l'essence: on parle de 10cts par litre si je ne m'abuse. cela représente une augmentation de 6,5 % sur le seul prix de l'essence, donc une augmentation de très approximativement 1% sur le budget annuel (calculé sur 15'000 kms par an avec une voiture consommant 7l. aux 100 kms).

Donc le rail va augmenter de 50% et la route va augmenter de 1,04% (estimation en l'état actuel des connaissances). Cherchez l'erreur !

Entre la relance du programme nucléaire et ce scandaleux avantage donné aux transports privés on comprend mieux pourquoi Mr. Leuenberger donnait des insomnies aux milieux qui ont favorisé le "putsch" de Mme Leuthard à la tête du DETEC.

Mr. Leuenberger n'était sans doute pas un Ministre très spectaculaire dans son action, mais que savons-nous des obstacles auxquels il a été confronté et du rempart qu'il a pu représenter contre ces mesures scandaleuses. Et une fois de plus c'est la classe moyenne qui n'a soit pas les moyens de se payer une voiture (ou en tout cas une deuxième voiture) ou qui a fait le choix des transports publics pour une raison ou une autre qui devra supporter le poids le plus lourd de ces mesures d'un aveuglement coupable.

Aujourd'hui nous savons que les Ministres de notre pays (et de tous les pays occidentaux d'ailleurs) adorent pérorer sur la protection de l'environnement, mais que dès qu'il faut prendre une décision, elle est toujours en faveur de ce qui pollue le plus (la voiture, le pétrole), de ce qui est le plus dangereux pour les générations futures (le nucléaire) et de ce qui rapporte le plus à l'économie privée dont la puissance des lobbies n'est plus à démontrer. Nous allons finir par amèrement regretter Mr. Leuenberger !

21/01/2011

Où conduit la Révolution tunisienne ?

Force est de reconnaître que ces dernières décennies, dans le Monde arabe, nous n'avons assisté qu'à deux tentations extrémistes, la dictature (politique et/ou militaire) et l'extrémisme religieux.

La Société tunisienne, en renversant la dictature mafieuse et corrompue de Ben Ali (ce constat est unanimement accepté) saura-t-elle trouver une autre voie et évitera-t-elle de retomber dans les ornières de l'Histoire ? C'est une grande et grave question pour la Tunisie, pour le Monde arabe, pour l'Europe (au vu de sa proximité géographique et des liens tissés de longue date) et pour le Monde, tant les soubresauts et les profonds déséquilibres de ces Sociétés peuvent affecter le reste de la Planète.

Ce matin, à la RSR, j'ai entendu un intervenant tunisien dire que les Sociétés arabes avaient toujours besoin d'un Père, d'un Guide. Si c'est vrai, alors le danger est grand de voir rapidement la Tunisie remplacer un Père abuseur et tyrannique par un autre Père tout aussi abuseur et tout aussi tyrannique. Alors d'où vient ce besoin au fond immature ? Cela viendrait-il de la Religion ? Une Religion qui interdit aux simples citoyens de réfléchir de façon critique au sens de la vie, au sens et à l'origine des Ecritures (toute remise en question est un blasphème et tout blasphème mérite la mort, comme on l'a vu ces derniers jours au Pakistan) est-elle une Religion qui conduit à la Liberté, celle justement que les Tunisiens appellent de toutes leurs forces ?

L'Europe a aussi eu ses bûchers de l'Inquisition. Ils ont fait frémir l'Europe d'une onde de "Sainte" Terreur. Et puis il y a eu le siècle des Lumières. Cela a été la Révolution européenne contre la tyrannie religieuse. On croyait en avoir fini avec la Terreur, on croyait en avoir fini avec l'obscurantisme des idées et la dictature d'un petit groupe d'élus sur le plus grand nombre.

L'Histoire européenne nous a montré depuis qu'elle n'a pas été avare de nouvelles abominations: nous avons eu droit au communisme qui a rapidement dérapé dans ses versions stalinienne et maoïste et au nazisme, deux monstruosités qui ont ravagé l'Europe et le Monde. Quand enfin nous avons réussi à nous libérer de ces abominations (sauf en Chine) on pensait qu'un Monde nouveau nous était offert et que cette fois, vraiment, nous serions libres de tout ce qui nous avait asservis jusque-là.

Deux décennies après la chute du mur de Berlin où en sommes-nous ? En ce qui me concerne, je suis consterné de voir que c'est encore une fois raté. Aux tyrannies clairement identifiées et identifiables, aux tyrannies incarnées par des leaders charismatiques (qu'ils se soient appelés Suzerain, aristocrates, Roi, Empereur, Führer, Petit Père des Peuples ou Grand Timonier), a succédé une nouvelle forme de tyrannie, beaucoup plus pernicieuse parce qu'anonyme. A la dictature des Systèmes politiques ou Religieux a succédé la dictature économique, celle des tout-puissants "Marchés", celle de l'économie libérale, celle des Conseils d'administration où s'active un petit noyau de gens, toujours les mêmes, qui règnent en Maîtres sur le Monde. La grande différence est que ces nouveaux Maîtres du Monde sont anonymes, cachés au sein des sphères les plus anonymes de notre économie mondialisée. De là, ils tirent les ficelles, toutes les ficelles:

  • un jour ils nous imposent la dérégulation de l'économie
  • le lendemain ils nous font miroiter les bienfaits de l'ouverture des frontières aux produits manufacturés (on n'a pas le temps de réaliser ce que cela veut dire que déjà des millions d'emplois sont délocalisés en Chine et en Inde)
  • puis ils s'attaquent à nos assurances sociales et reprennent tout ce que 2-3 décennies de revendications syndicales avaient réussi à répartir plus équitablement
  • ils nous imposent une filière agro-alimentaire produisant une alimentation totalement dénaturée et dangereuse pour la santé
  • ils spéculent sur les denrées alimentaires ou sur l'Immobilier
  • provoquent la crise des subprimes et obligent nos Etats à rembourser le prix de leur folie
  • organisent une panique mondiale autour de la grippe H1N1 pour obliger nos Etats, complaisants, à acheter pour des milliards de $ de doses de vaccins (Il faut bien embellir les bilans des grands groupes pharmaceutiques)

Pendant que cette dramatique sarabande a lieu, nous, simples citoyens, sommes gavés de Télé-Réalité, de spectacles de starlettes dénudées et de sportifs bodybuildés et anabolisés dans un grand show planétaire savamment organisé. Les Romains, précurseurs, avaient inventé ce concept :  "du pain et des jeux". L'économie marchande le pousse à ses extrêmes, générant profits mirifiques  et anesthésie des consciences.

Vous pensez que j'exagère, que cela sent les légendes urbaines à plein nez, que tout ceci n'est qu'une nouvelle version du soi-disant grand complot mondial ? Alors essayez de répondre à 2-3 questions et constatations :

  • Pour ceux qui ont l'âge de l'avoir vécu, au lendemain (et il faut prendre ce mot dans son sens littéral) de la chute du mur de Berlin et de l'explosion de l'Union soviétique, les changements dans notre tissu économique (pour faire court: le libéralisme économique et la mondialisation) se sont faits à une vitesse extraordinaire, de manière coordonnée et concertée dans toutes nos économies et dans toutes nos entreprises (ne serait-ce que parce que depuis quelques années déjà, c'était ce que l'on enseignait dans nos Facultés de Sciences économiques). Ce remarquable ensemble n'était-il que le fruit du hasard?
  • Toujours au lendemain des mêmes événements, partout, dans les Parlements de toutes nos démocraties, les mêmes Lois ont été proposées pour s'attaquer à l'Etat social, redistribuer les richesses en faveur des plus riches, diminuer les impôts des entreprises au motif qu'elles pourraient créer plus d'emplois si l'Etat leur redonnait leur liberté d'entreprendre (on sait, depuis, à quelles extrémités le chômage en est arrivé)
  • Dans tous nos pays, en même temps, nous avons entendu le même discours, répété ad nauseam, qui s'attaquait aux fondements de l'organisation de nos Sociétés. Nous venions de vivre une parenthèse historique dans l'Histoire: pendant 3 décennies, la répartition des richesses (au sein du monde occidental) s'était faite dans le respect de la dignité de chacun (mais cela ne s'était gagné que par des luttes syndicales homériques)
  • Combien de médias sont aujourd'hui dignes d'être encore qualifiés de 4ème pouvoir? Partout les Lois du Marché ont permis leur concentration dans les mains de quelques patrons avisés et désireux de les utiliser pour promouvoir leur agenda: il n'est que de citer Rupert Murdoch, omniprésent dans le monde anglophone et Silvio Berlusconi en Italie pour se rendre compte à quelles extrémités nous en sommes arrivés. Pouvez-vous citer un média (sous quelque forme que ce soit), d'une certaine importance, dans le monde occidental, qui ait encore le temps, les moyens et l'indépendance nécessaires pour faire un vrai journalisme d'investigation?
  • Est-il normal à votre avis que ce soit l'économie privée qui dicte les Règles à nos Etats ruinés (je pense par exemple à la si importante procédure d'autorisation de mise sur le marché d'un nouveau médicament qui est, de nos jours, faite par les Laboratoires eux-mêmes)?

Alors, pour en revenir à la Tunisie, je suis vraiment impressionné par la maturité politique d'un Peuple pourtant privé de débat démocratique depuis si longtemps. En particulier par ces Comités populaires spontanés qui se sont dressés dans les quartiers pour défendre leur Révolution. Je souhaite de tout coeur à ce pays de pouvoir échapper à la tyrannie d'un nouveau Père fouettard. Mais s'il évite cet écueil, saura-t-il éviter celui dressé par les nouveaux Maîtres du Monde ?

La Terre et les Terriens, en 2011, sont pris en tenaille entre deux capitalismes, celui anonyme de nos Conseils d'administration et celui d'Etat à la mode chinoise (pensons, entre autres, à toutes ces terres arables achetées ou louées pour 99 ans par la Chine à des pays pauvres). Deux perspectives aussi enthousiasmantes l'une que l'autre.

02/01/2011

De quoi parle-t-on ?

Maintenant que les scories des votations sur le renvoi des criminels étrangers sont un peu retombées, il est peut-être enfin possible de «parler» de ce sujet avec un minimum de mesure et une plus juste mise en perspective.

Je dis bien «peut-être», car dès que l'on aborde ces sujets, il semble que l'intelligence s'arrête de fonctionner et que l'émotionnel prend possession de tout le champ de conscience. Que n'a-t-on pas en effet entendu avant, pendant et après ces votations. L'UDC était une fois de plus comparée à un Parti de chemises brunes et le Peuple suisse, dans le meilleur des cas, à une bande d'imbéciles facilement manipulés par des gens sans scrupules.

Rappelons une fois de plus que le texte de l'initiative portait sur le renvoi des CRIMINELS étrangers. Or, à entendre certains, on avait vraiment l'impression que les Suisses s'étaient exprimés pour renvoyer TOUS les étrangers, dans un grand élan xénophobe. Pourtant, également entendu pendant les débats autour de cet objet, à population égale, la Suisse (pays soi-disant si «fermé») naturalise plus que les Etats-Unis (pays que l'on croyait champion toute catégorie dans ce domaine).

Comment mener un débat démocratique si l'on bascule constamment dans le psychodrame, le mensonge et la manipulation ? Si vous vous rendez au square de votre quartier et que dans le bac à sable un petit se met à frapper les autres enfants, y compris le vôtre, quelle sera votre réaction ? Allez-vous le regarder tabasser votre enfant en pensant: «le pauvre, il doit avoir une enfance perturbée ?» Non, je pense que vous allez faire en sorte de mettre fin à ce comportement, au besoin en expulsant cet enfant du bac à sable. Et vous aurez parfaitement raison.

La Suisse n'est pas xénophobe. Mais je pense que beaucoup de Suisses (et d'Européens qui n'ont pas les moyens démocratiques de s'exprimer) sont excédés de voir que certains comportements ne sont pas sanctionnés. Fatigués de voir des dealers se livrer ouvertement à leur trafic au milieu de nos villes et que la pire sanction qu'ils encourent est celle de passer quelques heures au Poste de Police avant d'être relâchés dans la nature. Fatigués de voir certains venir demander à bénéficier d'un statut de réfugié pour finalement refuser toute forme d'intégration. Heureusement, ces abus dans le droit d'asile ou ces comportements déviants ne concernent qu'une petite frange des immigrés. Mais le fait que cela concerne relativement peu de personnes ne signifie pas que l'on doive rester impuissant face à elles.

C'est une vraie difficulté pour nos Sociétés. Et visiblement aucun de nos Pays n'a trouvé la solution miraculeuse. Alors je me demande comment résoudre ce problème de plus en plus pressant ?

Une possibilité serait que nos Pays établissent une sorte de cadre ou plus précisément une sorte de «Contrat», permettant aux uns et aux autres de vivre ensemble. Je trouve qu'il serait sain et légitime d'établir une sorte de «Contrat» qui définirait clairement, dans un langage compréhensible par tous, les Droits et les Devoirs de chacun. La Société évolue, et très rapidement. Ce Contrat, entre nous et les immigrants, manque visiblement. En gens raisonnables, nous devrions être capables de nous mettre d'accord sur un ensemble de valeurs qui devraient être le socle commun de nos démocraties (ce devrait être le rôle de la Constitution) et de proposer ce pacte à ceux qui viennent chercher un refuge politique, religieux ou une nouvelle chance sur le plan économique. Il n'y a rien de scandaleux à cela. Et les comportements criminels ne sont certainement pas en accord avec ce socle commun.

L'autre difficulté, dans ce débat sur de vraies questions de Société, sont les réactions d'une partie de la classe politique et des intellectuels de nos pays. En gros je les regroupe en 2 grandes catégories :

  • celle de ceux qui sont prompts à jeter l'anathème à la face de ceux qui osent exprimer certaines problématiques. Immédiatement les mots outranciers sont jetés dans le débat: racisme, xénophobie, fascisme, propos nauséabonds, retour des Chemises brunes, etc..
  • celle de passablement de politiciens qui prétendent reconnaître la réalité de la criminalité, et qui finissent systématiquement leur discours par un «mais». Un «mais» qui veut bien évidemment dire qu'ils n'entreprendront rien (car penser que l'on réglera la criminalité dans nos pays en réglant les problèmes sociaux, politiques, économiques et religieux des pays pourvoyeurs d'immigrants revient à dire qu'il ne se passera rien de significatif avant un ou deux siècles).

Un «Contrat» qui devrait être endossé et signé par les immigrants permettrait de nommer les choses qui dérangent et de faire un pas en avant constructif vers un mieux-vivre ensemble.

13/12/2010

Marchands d'aliénation

Dans un billet précédent, j'ai longuement abordé la question de ce qui apparaît à mes yeux comme le (non) sens des responsabilités du secteur privé. Dans ce billet, je voudrais mettre en lumière le côté parfois machiavélique de l'esprit marchand qui pousse certaines entreprises à vendre leurs produits (matériels ou virtuels) avec un cynisme sans bornes. Et face à leurs menées, nos Sociétés sans boussoles et qui ont depuis longtemps rejeté toute référence à un Esprit supérieur, sont bien démunies pour imposer des limites. Et je n'évoquerai même pas la collusion qui peut exister entre nos gouvernants et ces entreprises apparemment toute puissantes, tant ce serait enfoncer des portes ouvertes.

Nous parlons beaucoup du dopage dans le domaine du sport et dissertons à l'envi sur tel ou tel sportif lorsqu'il se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Mais ne devrions-nous pas admettre que le dopage (et qui parle de dopage parle aussi d'addiction) dépasse largement le domaine du sport d'élite et même du sport tout court ?

Si l'on se réfère au dopage comme étant la prise de substances pouvant affecter positivement (au moins dans un premier temps) nos
performances et/ou modifier les perceptions de nos limites et/ou nous permettre de supporter un quotidien qui serait autrement trop  problématique, alors force est de constater que le dopage, légal ou illégal, est beaucoup plus répandu que communément admis. Qu'il est là, tout près de nous. Que pour beaucoup, le premier geste du matin est d'allumer une cigarette ou de se faire chauffer un café. Et que notre journée se déroule ainsi, de stimuli en stimuli, à chaque baisse de régime.

Et des substances nous permettant de booster nos performances ou de surmonter une frustration, il en existe des quantités (quelques exemples connus):

  • alcool: voici une drogue légale (je ne parle pas de la personne qui boit un verre de temps en temps en connaisseur) qui après des succès remarquables dans la lutte contre sa surconsommation a un succès de plus en plus important parmi la jeunesse. Certes il y a quelques cantons qui ont tenté d'édicter des lois pour essayer de limiter l'accès à l'alcool, des adolescents. Cette politique a-t-elle réussi ? Non, bien sûr. Et je dirais même que l'Etat a une attitude ambiguë. En effet, d'un côté il cherche à limiter l'accès des jeunes à ce produit et de l'autre il autorise les fabriquants à mettre sur le marché des substances alcoolisées particulièrement perverses qui sont clairement faites (je pense ici aux alcools forts et hyper sucrés, appelés alcopop) pour habituer un public de plus en plus jeune à boire de plus en plus, tout en étant trompé sur la nature réelle de ces produits grâce aux quantités énormes de sucre qu'ils contiennent. Ne doit-on pas s'alarmer en constatant que de nos jours, on trouve des pré-ados de 10-12 ans qui sont déjà profondément (et probablement irréversiblement) alcooliques ?
  • tabac: le même constat prévaut dans le domaine du tabac. D'un côté l'Etat cherche à limiter la consommation de tabac en en augmentant le prix et en limitant les espaces publics où l'usage du tabac est autorisé. Mais de l'autre nous savons que l'Etat autorise les fabriquants à ajouter toutes sortes de substances dans les cigarettes qui augmentent la dépendance. Et le résultat est que l'on peut vraiment douter des statistiques tendant à démontrer que le pourcentage de fumeurs diminue régulièrement. Au contraire, j'ai l'impression subjective que les fumeurs sont, après une baisse relative, à nouveau de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes
  • fumette: là aussi nous assistons à une banalisation impensable il y a encore une génération, de cette pratique parmi les jeunes (et les moins jeunes). Et la fumette qui touche une proportion inouïe de jeunes est évidemment intimement liée à l'usage précoce du tabac
  • café: une industrie planétaire est organisée autour de notre consommation de café. Cette substance a un cours sur les marchés mondiaux et des pays entiers ont le commerce du café comme principale source de devises
  • médicaments de "confort": que d'argent dépensé pour acheter des substances qui certes apportent une illusion de soulagement, mais qui souvent conduisent à une intoxication de notre milieu intérieur, un ralentissement de notre métabolisme et à une aggravation de nos symptômes initiaux
  • sport(-spectacle): je ne pense pas ici au sport de plein air qui fait le plus grand bien s'il est pratiqué dans un bon esprit. Non je pense à ces milliers de spectateurs qui chaque week-end envahissent les stades de football et les patinoires de nos pays. Là ils y apprennent les instincts les plus rudimentaires et parfois les plus bas , ils y apprennent la haine de l'autre  (ma dernière visite, en 2004, à une patinoire, s'est soldée par une sortie encadrée par la police anti-émeutes en grande tenue). Et bien sûr l'alcool y coule à flots (en une autre occasion j'ai vraiment eu peur dans un train lorsqu'à la gare de Fribourg le train dans lequel je me trouvais a été soudain envahi par quelques centaines de spectateurs fortement alcoolisés, d'une équipe de hockey). Je pense aussi aux centaines de rendez-vous internationaux qui rythment le calendrier toute l'année, qui mettent en scène des sportifs surmédiatisés et scandaleusement bien payés. Entre le sport local et les grands rendez-vous internationaux on peut vraiment en conclure que le sport-spectacle est devenu le nouvel opium du peuple: aujourd'hui les églises sont presque vides et les foules "communient" à d'autres (s)cènes
  • variétés/divertissements: là aussi l'industrie spécialisée produit à l'année de nouveaux "artistes" plus ou moins talentueux et, lorsqu'il s'agit de jeunes femmes, fort jolies et passablement dévêtues. Et je ne parle pas du "modèle" proposé à nos enfants par des spectacles ou des clips faisant la promotion d'une décadence des moeurs et des esprits qui devrait nous faire tous réfléchir
  • télé(-réalité): une autre façon de visiter les abîmes de la conscience humaine et d'abrutir des foules fatiguées par une vie harassante et qui n'aspirent qu'à se "vider l'esprit"
  • internet: encore un outil qui aurait pu être formidable par l'accès à l'information pour le plus grand nombre. Mais si l'on parle volontiers de cela et de la fracture numérique entre le Nord et le Sud, on omet souvent de dire que 80% du trafic sur internet va vers des sites pornographiques
  • téléphonie mobile: encore une"merveilleuse" invention. Mais lorsque l'on pense que l'industrie a couvert (avec notre aide enthousiaste de consommateurs) la planète d'antennes de téléphonie mobile, donc d'un smog électromagnétique dont les effets sont encore minimisés, on se demande vraiment s'il valait la peine de faire tout cela et de se mettre tous en danger, lorsque l'on entend la nature de 99% des conversations


Suite à ce catalogue non exhaustif, on peut se demander où et quand, dans un tel modèle de société, les êtres (vous, moi) trouvent le temps et l'énergie pour se retrouver, retrouver leur "centre", retrouver leur "musique" intérieure alors que tout est fait pour nous attirer à l'extérieur de nous-mêmes afin de devenir des consommateurs de plus en plus effrénés de satisfactions matérielles et matérialistes? Quelle est la légitimité d'un modèle de société qui nous fournit tous les moyens pour éviter de "risquer" d'accéder à notre silence intérieur, à notre conscience, tout cela au profit d'acteurs économiques qui s'enrichissent de notre aliénation ?

 

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23/11/2010

Le (non) sens des responsabilités du secteur privé

En ces temps économiques plus que troublés, tout le monde s'interroge sur le sens des responsabilités (sociales, économiques, civiques) de larges pans de l'économie privée. Et l'interrogation est légitime, tant ce sens des responsabilités semble inversement proportionnel à la somme des bénéfices que les entreprises génèrent : autant les petites et moyennes entreprises ont un véritable esprit à la fois entrepreneurial et socialement responsable, autant les grands groupes ne répondent qu'à la pression de leurs actionnaires qui récompensent, par des envolées boursières, tout ce qui détruit la cohésion sociale et la solidarité considérées comme des charges insupportables (on l'a vu encore le 17 novembre 2010, avec l'annonce des résultats de Roche et bientôt peut-être avec ceux de Novartis). Et, parallèlement, attribuent des salaires indécents et des parachutes dorés à ceux qui mettent en œuvre ces politiques.

Ce projet politique et économique, aussi appelé la «Révolution conservatrice», s'est dessiné aux Etats-Unis dans les années (19)70 et a permis, en empruntant à la Gauche qu'elle combattait avec acharnement son arme suprême, la propagande, de porter au pouvoir Ronald Reagan, un Président charismatique et particulièrement bien conseillé dans cette tâche.

L'Administration Reagan s'est lancée avec enthousiasme dans 2 tâches lourdes de sens au regard de l'Histoire :

  • Sur le plan militaire, la course aux armements a placé la barre si haut avec le fameux, et probablement fumeux, projet dit de la «Guerre des étoiles» que l'Union soviétique a implosé
  • Sur le plan économique, la Révolution conservatrice a essaimé dans toutes les économies occidentales et a eu des effets parfois particulièrement pervers en favorisant «la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes»

La fameuse propagande, pour schématiser, dit que l'Etat est lourd, inefficace, coûte cher, qu'il est un frein à l'initiative individuelle et à la Liberté (rien que cela) et que la meilleure des choses serait qu'il soit le plus mince et le plus discret possible. Bref, qu'il est le problème et pas la solution. A l'inverse, l'économie privée est parée de toutes les vertus en ce qu'elle crée des richesses, des emplois et assure le bonheur de tous en laissant libre cours à la créativité et à l'esprit d'initiative de chacun.

Après une trentaine d'années d'application presque systématique de cette politique et le recul que le temps permet, les résultats répondent-ils aux promesses ? Le citoyen moyen est-il plus heureux, plus libre, plus créatif, plus responsable, plus riche éventuellement qu'il y a 30 ans ?

Entre la propagande et la réalité à quoi a-t-on véritablement assisté ?

  • Sous l'égide de l'OMC, une ouverture systématique des économies jusqu'alors nationales et protégées de la concurrence, pour arriver à une sorte de grand marché où tout acteur économique peut être actif partout
  • une délocalisation massive des emplois industriels et de service, vers des économies où la main d'œuvre est bon marché et corvéable à merci (ce qui a permis de casser les reins des syndicats, un contre-pouvoir jugé intolérable)
  • des investissements tout aussi massifs dans ces économies qui n'étaient pas encore émergentes
  • une mise en concurrence des travailleurs de tous les pays avec la menace de délocalisation au cas où les travailleurs occidentaux n'accepteraient pas de réduire leurs acquis sociaux
  • une lutte âpre dans les Parlements de toutes nos Nations occidentales pour faire accepter à la classe moyenne la diminution de ses avantages et la hausse de ses charges (on y assiste également en Suisse: les Lois sont modifiées pour diminuer les prestations de l'assurance chômage, ou tenter de raboter celles du 2ème pilier, on s'attaque à l'AI ou au marché de l'électricité. Et l'on augmente la TVA. Et une fois que tout ceci est acquis, on retourne à la case départ pour initier un nouveau cycle de coupes dans les budgets et les programmes sociaux)
  • un phénoménal transfert de richesse légal (car légiféré) des classes pauvres et moyennes vers le 1% des gens les plus riches de nos sociétés respectives
  • une augmentation qualifiée par beaucoup, d'indécente, y compris par les économistes dits «de droite», des salaires des grands patrons
  • un affaiblissement concerté, voulu et légalisé par nos Parlements nationaux, de toutes les Lois de protection des travailleurs, de l'environnement, des consommateurs, etc..
  • la crise des subprimes, qui n'est que le résultat de 30 années de dérégulation, qui a failli tout emporter sur son passage (même si cette crise est loin, très loin, d'être terminée)

Par l'énumération de ce petit catalogue, on constate qu'on est assez loin des lendemains qui chantent annoncés  par nos brillants penseurs. Pour enfoncer un peu plus le clou, je vais prendre 2-3 exemples qui me paraissent assez significatifs :

  • Attentats du 11 septembre : que n'a-t-on déjà dit sur cet événement dramatique. On sait ce qu'il en est advenu avec les guerres en Afghanistan et en Irak qui sont en train d'enliser la puissante armée des Etats-Unis et de ruiner le pays (voir le livre de Joseph Stiglitz : «Une guerre à 3'000 milliards de $»). Or si lors de cet événement tragique l'Etat a pris ses responsabilités (je ne juge pas ici du bien-fondé ou non d'entrer en guerre, c'est un autre débat), si les Etats-Unis ont été noyés sous un délire patriotique qui a muselé la plupart des voix qui auraient pu (ou dû) s'opposer à la guerre en Irak (exemple : le New-York Times), qu'a fait le secteur privé pendant ce temps ? Il a au mieux gelé les embauches et au pire licencié en masse, profitant assez cyniquement de ce tragique événement pour continuer de diminuer ses coûts de production et augmenter ses bénéfices
  • Crise des subprimes : après avoir transformé l'économie mondiale en un gigantesque casino et avoir vu tout le système au bord de l'effondrement, il n'y eut d'autre recours que d'appeler l'Etat au secours pour venir renflouer des banques au bord de la faillite. Qu'a fait depuis l'économie privée ? Elle a recommencé, comme avant, à engranger des bénéfices monstrueux, à distribuer des bonus qui dépassent l'entendement (140 milliards de $ pour les seules banques américaines en 2010), à licencier à tour de bras, à expulser de leurs maisons les gens qui se sont faits prendre au piège, en bref : elle n'a rien compris et en refusant le jeu de la solidarité, en refusant de créer des emplois, elle aggrave et prolonge une crise qu'elle a elle-même provoquée
  • Chine : là aussi, le secteur privé, dans son avidité à engranger des profits faciles et sa volonté implacable de casser les reins des syndicats, a créé par ses investissements massifs et ses transferts de technologie, un «monstre» à la Frankenstein qui se retournera un jour prochain contre ses créateurs (la célèbre phrase de Lénine «les capitalistes nous vendront un jour la corde avec laquelle nous allons les pendre» trouvera peut-être son épilogue prophétique avec la Chine plutôt qu'avec l'Union soviétique. En fait, nous ne leur avons même pas vendu la corde, nous la leur avons donnée). Un pays devenu incontournable, de plus en plus arrogant politiquement et puissant militairement et technologiquement, et qui tient aujourd'hui les cordons de la bourse mondiale (que feraient les Etats-Unis sans les prêts chinois ?)

Et l'Etat dans tout cela ? Il est, comme rêvé par nos mages de l'économie libérale, de plus en plus faible : les innombrables baisses d'impôts ont entraîné des réductions proportionnelles des budgets de tous les Ministères, y compris de ceux censés contrôler l'économie privée. Et de plus en plus inféodé aux puissances de l'argent.

Quant au secteur privé, il est comme un enfant, sans limites, ne sachant pas s'imposer des règles du jeu (car la compétition et le profit maximum régissent tout). Il est devenu l'un de ces enfants-rois qui cassent leurs jouets (si vous refusez de faire ce que l'on veut nous allons délocaliser), font des crises de nerfs dès qu'une limite s'oppose à leurs désirs (si vous augmentez nos impôts nous allons déménager) et qui mettent leurs parents sous une pression constante (nous voulons payer moins d'impôts, nous voulons moins de règles contraignantes) afin de satisfaire tous leurs caprices.

Mais on a vu avec la crise des subprimes que lorsque l'enfant-roi a cassé ses jouets il a été bien content d'appeler ses parents au secours pour que ceux-ci viennent les réparer. Les parents se sont exécutés, mais ceux-ci n'ayant pas d'assurance en responsabilité civile, la famille entière (vous, moi) va devoir payer pendant au moins 10-20 ans les dégâts causés par ce sale gosse capricieux.

Alors où tout cela nous mène-t-il ?

Paupériser les classes les plus défavorisées de la Société ainsi que les classes moyennes, permet sans doute à quelques-uns de faire de très profitables bénéfices à court et à moyen terme, mais la crise des subprimes a montré de façon dramatique les limites de ce modèle économique car c'est toute la dynamique économique de nos sociétés, basée sur la consommation, qui est mise en péril : lorsque des millions ou des dizaines de millions de gens, selon la taille des pays, sont touchés dans leur pouvoir d'achat, des pans entiers de l'économie s'effondrent (immobilier, automobile, etc..). C'est aussi vrai de la cohésion sociale fondée sur le principe que chacun devrait avoir une chance de vivre dans la dignité.

Il est grave de la part de nos décideurs qui ont les moyens politiques, économiques et intellectuels de modifier le cours des événements, de continuer jour après jour, loi après loi, d'aggraver la situation économique et sociale, au risque de se diriger vers un état de guerre entre couches sociales (les terribles cures d'austérité de certains pays, PIGS et Grande-Bretagne en tête, pourraient initier de graves conflits sociaux) et/ou entre Etats, car jamais probablement dans l'histoire de l' Humanité les grands déséquilibres ne se sont (ne serait-ce que momentanément) dénoués autrement que dans des conflits sanglants.

Aujourd'hui nous avons la chance d'être informés comme jamais, nous avons accès à toutes les leçons de l'histoire pour nous prévenir du danger et pourtant nous continuons, dans tous les domaines, à foncer dans le mur !

La dérégulation a été si loin qu'il est littéralement impossible de revenir en arrière. Et s'il paraît logique que l'Etat ne joue pas le rôle d'entrepreneur (on connaît la faillite totale de tous les systèmes où l'Etat a voulu jouer tous les rôles), il faut d'urgence redéfinir les devoirs et les responsabilités de chacun :

  • à l'Etat de définir et de faire respecter les règles du jeu (en s'en donnant les moyens)
  • aux entrepreneurs privés de créer de la richesse socialement responsable

 

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01/11/2010

La Suisse et le risque de se surestimer économiquement

Je me sens généralement très éloigné des positions de "Think Tanks" comme Avenir Suisse. Mais  je ne peux qu'abonder dans le sens de la prise de position de Mr. Thomas Held, le bientôt ancien Président de cette Fondation, lorsqu'il met la Suisse en garde en disant : «La Suisse ne doit pas se surestimer [sur le plan économique]».

Lors de cette crise économique majeure et qui est loin d'avoir déployé tous ses effets pervers, la Suisse a pu compter sur ses forces qui sont importantes:

  • frein à l'endettement des particuliers et des Collectivités publiques (Confédération, Cantons, etc..) qui a prévenu et empêché la dette cumulée de ces différents acteurs économiques de prendre les proportions abyssales connues par d'autres Etats
  • tissu extraordinairement dense de petites et moyennes entreprises innovantes et tournées vers l'exportation au travers de marchés de niche
  • remarquable souplesse et intelligence de la part des entreprises et de la Confédération dans le recours au chômage partiel (plutôt qu'aux licenciements brutaux et massifs connus ailleurs)
  • réservoir de main d'œuvre particulièrement qualifiée (grâce au recours important à l'apprentissage en lieu et place du «tout académique» de certains de nos voisins)
  • immigration massive, à l'échelle de ce pays, de cadres et de travailleurs en provenance de l'UE, ce qui a stimulé la croissance intérieure (il a fallu les loger, les nourrir, accueillir leurs enfants à l'école, etc...).

Tout ceci est absolument remarquable et a permis à la Suisse de faire mieux que la plupart des économies occidentales dans cette tourmente qui a failli tout emporter. Pour donner une meilleure perspective de cette performance, il suffit de se remémorer le fait suivant : bien qu'il ait souvent été reproché à la Suisse de tirer sa prospérité de l'évasion fiscale de ses voisins, il faut se souvenir qu'en 2009, alors que les grandes banques accumulaient les pertes depuis 2 ans (> 60 milliards de CHF entre UBS et Crédit Suisse) et n'avaient plus payé le moindre impôt, la Confédération a remboursé 10 milliards de CHF de sa dette (qui dit mieux !). Ceci prouve magistralement que la Suisse ne vit pas que de l'évasion fiscale. C'est un point particulièrement important à souligner au vu des multiples pressions internes et externes contre le secteur bancaire !

Cela dit,  je rejoins Mr Held, dans sa mise en garde, car l'équilibre économique est un exercice périlleux où rien n'est jamais acquis. La Suisse a aussi ses faiblesses parmi lesquelles :

  • un secteur bancaire surdimensionné qui représente plusieurs fois le PIB de la Suisse, et qui en cas de nouvelle crise grave pourrait entraîner tout le pays dans sa chute, un peu sur le mode islandais
  • une grande dépendance par rapport à la santé économique de nos voisins, Allemagne en tête (le marché intérieur est très petit: 3% des ventes mondiales de Nestlé par exemple)
  • une économie si florissante que le franc suisse est redevenu une valeur refuge, ce qui peut prétériter notre industrie d'exportation (même si celle-ci bénéficie de l'achat de matières premières à moindre coût)
  • corollaire au point précédent, l'engagement formidable de la BNS sur le marché des changes (près de 100 milliards d'Euros achetés en quelques semaines, au moment de la crise grecque) pour tenter d'empêcher la surévaluation du franc suisse par rapport aux monnaies de nos principaux partenaires économiques, ce qui fait courir un risque assez terrifiant (plusieurs dizaines de milliards dans le pire des cas, et ce qui se passe ces jours avec la crise irlandaise, portugaise et la révision à la hausse des déficts de la Grèce n'est fait pour rassurer personne)
  • des Fonds de pension beaucoup trop profondément affectés par l'évolution du marché des actions

Tout ceci amène à féliciter ce pays pour les remarquables performances de son économie mais à l'inciter à rester particulièrement vigilant et à ne surtout pas s'endormir sur ses lauriers.

 

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29/09/2010

Modeste contribution à la résolution du plus long conflit du 20ème siècle

Au petit matin, j'ai caressé l'idée d'une grande Initiative planétaire, populaire ((j'espère), silencieuse (pour donner plus de dignité) et pacifique. Son but viserait à transmettre, par la rue, un message de

                                     «Nous en avons assez de ce conflit»

 à toutes les forces qui de près ou de loin ont un intérêt quelconque au Proche-Orient, et Dieu sait (il doit le savoir, surtout, là, au cœur des 3 Religions monothéistes) que ces forces sont nombreuses.

 En réalité, nous sommes tous concernés par ce conflit. Nous vivons un sorte de 3ème guerre mondiale qui ne dit pas (encore ?) son nom. Le Monde entier est pris en otage par ce conflit et ce serait bien la moindre des choses qu'après plus de soixante années de cauchemar, nous ayons tous le droit de dire

                                     «STOP, cela a assez duré !».

 Pour ceux qui ont déjà un peu vécu, ce conflit les a accompagnés pratiquement depuis leur berceau :

  • on ne compte plus les guerres proches et éloignées dans le temps et dans l'espace (dans une des dernières en date, les Talibans afghans qui ont vaincu l'armée soviétique et sont en train d'enliser celle des Etats-Unis, ne sont-ils pas un des nombreux sous-produits du conflit Israélo-Palestinien? De même que bien d'autres groupuscules d'islamistes radicaux qui mettent, ou ont mis, leur pays à feu et à sang)
  • nous avons subi des actes terroristes sur terre, sur mer et dans les airs jusqu'à la nausée
  • nous avons assisté, médusés, à l'assassinat froidement perpétré, des rares hommes de bonne volonté (l' égyptien Anouar El Sadate et l'israélien Menahem Begin)
  • l'arme du pétrole a failli réussir à asphyxier les économies occidentales
  • cette problématique est au centre de la politique étrangère et militaire de nombre de pays
  • très récemment, nous avons été stupéfaits par l'usage d'une force brutale et disprortionnée contre des civils sans défense de la part de l'une des armées les plus puissantes du monde
  • la propagande de l'un ou l'autre camp est partout et empoisonne littéralement l'air de cette malheureuse planète et en a radicalisé plus d'un
  • aujourd'hui, la question iranienne donne des nuits d'insomnie à plus d'un dirigeant politique et devrait en donner à plus d'un citoyen conscient des risques planétaires liés à la situation particulière de l'Iran
  • et ne parlons pas des millions de morts, de sans-abris, de femmes violées (notamment en Algérie), de réfugiés, engendrés par ce chaos savamment orchestré et entretenu par ceux à qui ce crime permanent profite.

 Ce spectacle lamentable est insupportable et indigne de la Planète dont nous avons hérité. Je ne suis pas là pour juger et bien malin serait celui qui pourrait dénouer l'enchevêtrement des actions et des réactions, des crimes et des vengeances qui ont jalonné ce conflit.

 C'est pourquoi il serait important et profitable de voir se lever aujourd'hui une armée pacifiste, silencieuse, sans jugement, qui placarderait son désir de PAIX à la face du Monde et de ceux qui l'ensanglantent jour après jour et détruisent sciemment tout Espoir. Une foule qui se lèverait de façon coordonnée, dans une ville du Monde après l'autre, en n'ayant pas peur d' afficher les morts et les souffrances des deux côtés, d'une manifestation à l'autre (une foule qui ne devrait pas faillir, afin que son attachement à la Paix soit plus durable et fort que l'entêtement de ceux qui veulent gagner cette guerre absurde). Cela donnerait une sorte d'onde de paix qui parcourrait la Terre, comme les vagues parcourent les océans, en espérant que ce silence ardent frappe les esprits qui en ont un urgent besoin. Puissent ces esprits comprendre que les temps ont changé : que bien qu'ils ne veuillent pas la Paix et les concessions qui vont forcément avec, le reste du Monde ne veut plus être les otages de leurs calculs et intérêts égoïstes.

 Une question demeure: Sommes-nous prêts à cela, y a-t-il suffisamment d'âmes de bonne volonté pour réussir là où tant d'autres ont échoué ?

13/09/2010

Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe

J'ai eu l'occasion d'entendre l'émission de la RSR, le «Grand-Huit», du mardi 27 juillet (je sais, c'est un peu daté, mais la problématique est, et restera, actuelle pendant encore des lustres) et j'ai été stupéfait par les propos incroyables de candeur (?) de M. Andreas Gross (Conseiller National) comparant les relations du gouvernement turc avec sa religion à celles de Mme Angela Merkel avec la sienne. 

Ce Monsieur, jusqu'à preuve du contraire, est un homme intelligent et parfaitement informé. Il est un vieux routinier de la vie politique et siège dans plusieurs instances suisses et internationales. A partir de là, ses remarques sont simplement ahurissantes, car tout le monde a entendu les propos de M. Erdogan (Premier Ministre) en décembre 2007 : «Les mosquées sont nos casernes, les croyants nos soldats, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes». J'imagine que M. Gross a pu lire ou entendre ces propos aussi bien si ce n'est mieux que moi. A contrario, a-t-il jamais entendu Mme Merkel tenir des propos guerriers concernant sa religion ? J'en doute fort et c'est un euphémisme bien évidemment. Alors qu'est-ce qui fait que ce Monsieur a décidé d'être sourd et aveugle à certaines réalités ? Je ne peux bien évidemment pas répondre à sa place, mais il a perdu beaucoup de sa crédibilité à mes yeux.

 Pour ma part, je suis contre l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne (une adhésion aurait de profondes répercussions sur la Suisse) tant qu'elle n'aura pas clarifié une fois pour toutes ses relations avec la religion. C'est un pays encore laïque, certes, mais les tentations sont de plus en plus fortes de le faire basculer vers un islamisme beaucoup plus militant (les propos de M. Erdogan sont très clairs à ce sujet). Et si cela arrivait alors que la Turquie était dans l'UE, elle représenterait un danger mortel.

 Donc plutôt que de mener des négociations à rallonge avec ce pays, de lui imposer sans arrêt de nouvelles exigences (tout cela dans le but, selon certains, de perdre du temps et de remettre son entrée dans l'UE aux Calendes Grecques), soyons clairs avec ce pays et ses habitants. Disons-lui ce qui nous préoccupe, parlons le langage de la vérité, exprimons clairement qu'une Turquie laïque pourrait être acceptée dans l'UE, mais qu'à la seconde où elle basculerait dans le camp des islamistes elle en serait automatiquement exclue (à l'Europe d'inventer ce mécanisme totalement inédit). Et exigeons que le Peuple turc soit consulté par référendum (avec vote obligatoire) sur sa vision des rapports entre l'Etat et la Religion, avant toute adhésion à l'UE et que cette vision soit inscrite dans la Constitution.

Ce mécanisme devrait permettre à l'UE de se protéger de l'évolution préoccupante d'une partie de la population et de la classe politique de ce pays. Et cela aurait le mérite de la clarté et permettrait un débat assaini car reposant sur des problématiques clairement établies et exprimées.

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30/08/2010

la Suisse et l'Europe

 Je suis, comme beaucoup de Suisses, catastrophé du peu de vision de notre classe politique quant à nos rapports avec l'Union Européenne et scandalisé par les pressions de celle-ci pour nous forcer à adhérer à ce club de nations dirigé par les seuls technocrates.

Parler de cela (et ne parlons même pas de la délicieuse attitude des pays européens lors de nos démêlés avec un certain dictateur) suffit à montrer les difficultés qu'il y a à négocier un accord quel qu'il soit: entre un pays qui ne sait pas ce qu'il veut et un club qui se comporte sans respect aucun pour notre souveraineté, l'échec est une nouvelle fois programmé (voir la nouvelle astuce politique de Ch. Blocher).

Or où est véritablement le problème ? A mon avis (et celui de beaucoup d'autres j'espère) il repose essentiellement dans le déficit démocratique de l'Union Européenne: cela en serait fini de la démocratie directe et du droit fondamental du peuple à s'exprimer sur des sujets complexes, fondamentaux, vitaux parfois. Fini la possibilité d'imposer un moratoire sur les OGM (on a vu avec quelle arrogance Monsieur Barroso a levé celui-ci dans l'UE), finie l'interdiction de la libéralisation du marché de l'électricité (même si tout est fait en Suisse, à cause de nos engagements européens,  pour annuler cette volonté populaire pourtant clairement exprimée), fini le droit de s'exprimer sur l'avenir de notre défense nationale, sur l'énergie nucléaire, sur les flux migratoires et que sais-je encore.

En résumé, adhérer à l'Europe, serait pour le peuple suisse une terrible régression politique et démocratique ! Il est capital de dire ces choses, de les nommer clairement, de mettre le doigt là où cela fait mal, afin de sortir de ce psychodrame presque quotidien que nous vivons depuis le rejet de l'accord sur l'EEE en 1992.

C'est cela que notre classe politique devrait avoir le courage de dire et de marteler dans nos négociations avec Bruxelles: vous voulez que nous reprenions l'acquis communautaire ? Eh bien reprenez aussi, et parallèlement, notre acquis démocratique. Le jour où le droit des peuples européens sera reconnu et respecté dans le cadre de la construction européenne et dans son fonctionnement au jour le jour, alors la Suisse pourra envisager avec une certaine sérénité son entrée dans ce grand marché en sachant qu'elle pourra (et saura) insuffler une vie démocratique nouvelle dans ce club jusqu'ici aux mains des politiques et des technocrates.

J'espère que cette vision pourra un jour toucher notre classe politique qui jusqu'à présent vit notre rapport à l'Europe dans le non-dit, la névrose ou la poursuite d'intérêts particuliers.

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