18/12/2011

Encore raté ?

Le changement de réseau et d'horaires des TPG n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre. Le courroux de beaucoup d'usagers est-il mérité ou non, seul l'avenir répondra vraiment à cette question, car il y a, à ce jour, trop d'émotions négatives qui empoisonnent le débat.

Au-delà de ces questions, il y a aussi le réaménagement de la place Bel-Air qui ne laisse pas indifférent. Encore une fois, l'aménagement d'une place ou d'un rond-point à Genève laisse un sentiment, au mieux, d'amateurisme, au pire d'incompétence crasse. Il n'est que de penser à la tristement «célèbre» place Cornavin. Et puis, si l'on suit les voies du tram 12, on a le privilège de passer, depuis Carouge, à la place des Augustins, puis au rond-point de Plainpalais, près de la place Bel-Air, et ensuite, après avoir suivi la tristounette rue du Marché (qui devrait être la plus belle de Genève mais qui n'est qu'une triste rue faite de bric et de broc), on arrive au non moins inénarrable rond-point de Rive. Un collier de «perles», mais de perles dignes de la foire aux cancres.

Qu'est-ce qui fait que Genève semble incapable d'insuffler un peu d'imagination, de perspective, de beauté, de saine « grandeur» dans son développement ? Pourquoi penser si «petit», si étriqué, si dénué d'imagination ? Est-ce encore le terrible esprit puritain de Calvin qui pèse sur la ville et qui bride les esprits et interdit aux uns et aux autres de se donner le droit de créer et de s'offrir un cadre de vie agréable et digne de la réputation, par ailleurs planétaire, de Genève ? Si tel devait être le cas, alors il serait largement temps de secouer ces résidus de mauvaise conscience et de culpabilité mal placées et mal vécues.

J'ai déjà écrit sur le développement de Genève (voir «Genève a mal à son développement») et je vois que rien n'avance. Comme d'habitude. Si ce n'est pas l'esprit de Calvin qui nous joue des tours, je suis en tous les cas plus que jamais convaincu qu'il y a trop de niveaux de décisions et trop d'acteurs dans ce petit mouchoir de poche que représente Genève. Pensez qu'il y a 48 (!) communes dans ce minuscule territoire. Et comme il y a aussi un gouvernement cantonal, il y a donc, pour tout projet ou presque, 49 exécutifs à convaincre, dont tous défendent leur pré-carré et des intérêts parfois largement égoïstes. Cela en plus de toutes les Associations privées qui se font et se défont au gré de leurs intérêts pour bloquer quasiment tous les projets. Et comme nous parlons volontiers d'agglomération franco-valdo-genevoise (je préférerais pour ma part parler tout simplement de l'«agglomération genevoise»), cela veut dire qu'il faut non seulement mettre d'accord 49 exécutifs, mais qu'il faut, du côté suisse, négocier avec le canton de Vaud, avec la Confédération (qui a été trop longtemps, pour les genevois, une entité ressentie comme étant aussi proche que la planète Mars), avec les Régies fédérales comme les CFF et du côté français, avec les communes limitrophes, et éventuellement avec l'état français, et on a vu trop souvent que le partenaire français savait largement manier la mauvaise foi dans ses rapports avec Genève et avec la Suisse.

Alors a-t-on vraiment besoin de 49 exécutifs ? Personnellement, et je vais cette fois-ci beaucoup plus loin que dans le billet cité plus haut, je serais favorable à la suppression de 48 de ces exécutifs, afin d'administrer ce territoire avec un seul Exécutif de magistrats compétents et qui n'auraient pas besoin de respecter les susceptibilités, les atermoiements et les bâtons dans les roues de tous ces acteurs qui voient midi à leur porte. La structure actuelle bloque tout, étouffe Genève et l'empêche de se développer au rythme nécessaire aux changements de plus en plus rapides que la marche du Monde nous impose.

Comment voulez-vous faire avancer un projet, quel qu'il soit, lorsqu'il faut négocier avec 49 exécutifs genevois plus le Canton de Vaud, plus la Confédération, plus l'une ou l'autre Régie fédérale plus les communes françaises, voire l'état centralisé français ? Rien d'étonnant qu'il faille plus de 80 (!) ans pour arriver à donner enfin le premier coup de pioche au CEVA (et encore les derniers recours n'ont pas été levés), comme cela avait été le cas pour la réhabilitation du quartier des Grottes et il est à craindre qu'il en faudra autant pour le contournement autoroutier est de Genève. Quant au PAV, il semble déjà qu'on épuisera autant de directeurs du projet que Christian Constantin épuise d'entraîneurs, avant de parvenir, ne serait-ce qu'à dessiner un projet quelque peu cohérent sur le papier.

Je trouve cela dramatique et infiniment triste et stérile et je serais d'avis de mettre un grand coup de balai dans tous ces petits royaumes qui empêchent Genève de vivre et de grandir intelligemment et en accord avec sa réputation planétaire. Un seul exécutif permettrait d'avoir une vision globale, courageuse et déterminée du développement de cette ville-canton, ou de ce canton-ville, et de négocier d'une seule voix, forte, avec la Confédération et avec les voisins vaudois et français.

14/12/2011

Un souvenir de Noël

C'est bientôt Noël et je vais proposer un texte qui est radicalement différent de ceux que je propose régulièrement dans mon blog. Il concerne Noël, une façon de le fêter, c'est peut-être autobiographique. Peu importe finalement.

Mon frère et moi sommes dans le hall de l'appartement, à la porte du salon, à attendre, le cœur haletant et les yeux brillants, l'ouverture du Saint des Saints.

Ce moment tant attendu ne survenait pas sans une longue attente et une minutieuse préparation.

Tout commençait par un calendrier rituellement suspendu au-dessus du lit. Chaque jour c'était la joie d'ouvrir une nouvelle fenêtre contenant une petite image: bougie ou décoration de Noël. Dieu qu'il était difficile de résister à l'envie d'ouvrir la plus grande, celle du 24, qui devait renfermer à elle seule tout le mystère de Noël.

Ensuite il y avait, avec ma mère, des visites discrètes, mais ciblées, dans les magasins pour permettre à mes parents de trouver LE cadeau qui allait combler tous mes vœux. Je me rappelle notamment de ce camion avec ses larges roues et sa remorque transportant une grue. Ah que je l'ai voulu ce camion !

Mais le chemin vers Noël n'était pas toujours de tout repos. Il me revient cette scène se déroulant dans un grand magasin: une estrade, dessus un gros bonhomme tout habillé de rouge. Je fais la queue, impatient d'aller vers lui. Tout semble bien se passer pour les autres enfants. Mais lorsque ce géant caché derrière une barbe blanche, avec sa voix grave, osa d'autorité m'empoigner et me poser sur ses genoux, il provoqua en moi une véritable terreur. J'ai hoqueté jusqu'à ce qu'il me relâche et me laisse courir vers ma mère. Heureusement, mon frère plus âgé que moi de 3 ans, a rapidement mis un terme aux maléfices du Père Noël en me révélant, sans ambages, qu'il n'existait pas et qu'il n'était qu'une invention des grandes personnes.

Ce fut à la fois un soulagement et une grande déception de constater que mes parents pouvaient me mentir avec tant d'aplomb.

Enfin, après un temps qui semblait durer une éternité, c'était LE grand jour. Le jour de l'ouverture de cette fameuse 24ème porte. Et même s'il fallait encore patienter jusqu'au soir, ça y était, le moment tant espéré était là, à portée de main. Ma journée se déroulait dans la fièvre, alors que je faisais semblant d'être raisonnable.

Ce soir-là, la grand-tante de Berne était invitée. Je ne l'ai jamais connue qu'âgée, même si elle ne l'était pas tant qu'elle ne l'apparaissait à mes yeux d'enfant. Une petite dame légèrement voûtée, avec une bonté lumineuse sur le visage, sous un chignon uniformément blanc. Mais à certains moments, ce visage pouvait aussi laisser transparaître tout le puritanisme d'une religion vécue dans la Foi et la peur. Si elle avait été catholique, elle serait sans doute entrée dans les Ordres, tant elle était pieuse. Mais étant protestante, elle a finalement vécu une vie digne d'une religieuse, tout en la menant dans le monde profane. Elle ne venait jamais les mains vides et étant une pâtissière exceptionnelle, amenait toujours avec elle des spécialités bernoises dont nous raffolions.

Lorsque tout le monde était prêt, nous étions, mon frère et moi, éloignés temporairement de la porte du salon pendant que l'un de nos parents s'y glissait pour allumer toutes les bougies du sapin.

Cette fois était la bonne et la porte du salon s'ouvrait enfin sur la scène absolument féerique de ce grand sapin croulant sous les guirlandes et les boules multicolores et dont seule la flamme des bougies illuminait la pièce d'une lueur magique.

Maintenant, bien que l'attente se poursuivit jusqu'à la fin du repas et la traditionnelle récitation d'une poésie, moment vécu comme un ultime supplice sur le chemin de la Félicité, nous pouvions, mon frère et moi, supporter ces quelques heures qui nous séparaient encore de l'ouverture des cadeaux sagement disposés sous le sapin.

Leur ouverture, lorsqu'elle survenait enfin, ressemblait au repas des grands fauves. Tout devait aller le plus vite possible et après avoir tout ouvert et jonché le sol des beaux papiers d'emballage, nous passions le reste de la soirée à jouer avec les ficelles et  les cartons.

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08/12/2011

Entre la peste et le choléra

Ce qui était à craindre (voir mon billet "Va-t-on vraiment vers la démocratie") est en train de se dérouler sous nos yeux, le printemps arabe amène au pouvoir les islamistes que les dictateurs tunisiens, égyptiens, libyens avaient tenu à l'écart.

Nos gouvernements ont cautionné, en son temps, ces dictateurs pour des raisons de real politique. Aujourd'hui, face à la révolte légitime de ces peuples opprimés et martyrisés par des régimes iniques, ces mêmes gouvernements ont retourné leur veste et soutenu la révolte de la rue. Y compris par des moyens militaires considérables dans le cas libyen.

Nous avons tous suivi ces événements dramatiques et avions tous l'espoir que ces révoltes déboucheraient sur une véritable démocratisation de ces pays. Hélas, ces pays ont répondu à une autre logique et les islamistes étant les seules formations structurées et prêtes à revendiquer le pouvoir après 20 ou 30 années de dictature ont connu les succès électoraux que l'on connaît. Et ces mouvements islamistes, souvent avec l'argent saoudien toujours prêt à encourager le développement d'un Islam conquérant et militant, ont su tisser un filet social nécessaire face à des régimes fondamentalement producteurs d'injustices.

Un des derniers dictateurs encore en place se trouve en Syrie et là aussi, nous savons que la rue réclame sa démission en appelant à la démocratie. Mais il y a fort à parier que si le gouvernement de Bachar el-Assad devait tomber, il serait remplacé par des islamistes comme dans tous les autres pays arabes récemment «libérés». Et, poursuivant sur leur lancée «vertueuse», nos gouvernements font pression sur le régime syrien pour le pousser vers la porte. Israël et l'Europe, le monde même, se trouveraient alors confrontés à une toute nouvelle réalité, remplie d'incertitudes.

Mais force est de reconnaître que le soutien de nos Etats à des dictateurs créant des Sociétés socialement fondamentalement injustes et l'intransigeance politique extrême d'Israël ont fait le lit des Islamistes.

Le remplacement des dictateurs politiques par des dictateurs religieux est évidemment une perspective cauchemardesque pour nos démocraties et pour Israël. Et seul l'avenir nous dira si ce cauchemar deviendra réalité.

28/11/2011

Sourds aux prophètes

C'est malheureusement une vieille chanson qui veut que les meilleur(e)s d'entre nous nous préviennent des dangers et que leur voix, sauf rare exception soit systématiquement ignorée. Et lorsqu'elle l'est, au mieux, elle devient un dogme et on passe les 2'000 années suivantes à se chamailler comme des chiffonniers sur chaque mot et chaque virgule.

J'ai déjà écrit sur ce sujet («Il nous manque un homme providentiel») et comme je viens de lire un texte («Le pèlerinage aux sources») de Lanza del Vasto, écrit en 1937 lors d'un voyage à Ceylan (ex Sri Lanka) et en Inde auprès de Gandhi, qui résonne assez bien, je trouve, avec ce que nous vivons en ce moment, cette domination implacable de l'homme par l'homme à travers un «système» de plus en plus effréné et inhumain, j'ai eu envie de le partager avec vous.

Chacun pourra actualiser ce texte à loisir, et les adaptations à notre temps et à la mondialisation sont fort faciles:

«Si les gens d'aujourd'hui ne sont pas convaincus du caractère fâcheux d'un système qui les a menés de crise en krach, de faillite en révolte, de révolution en conflagration; qui gâte la paix, la rend affairée et soucieuse; qui fait de la guerre un cataclysme universel, presque aussi désastreux pour les vainqueurs que pour les vaincus; qui ôte son sens à la vie et sa valeur à l'effort; qui consomme l'enlaidissement du monde et l'abrutissement du peuple; si les gens d'aujourd'hui accusent n'importe qui des grands maux qui les accablent, en attribuant la cause à n'importe quoi plutôt qu'au développement de la machine, c'est qu'il n'est pas de sourd mieux bouché que celui qui ne veut rien entendre.

Il faut que la puérile admiration pour les brillants jouets qui les amusent, il faut que l'exaltation fanatique pour l'idole qu'ils se sont forgée, et à laquelle ils sont prêts à sacrifier leurs enfants, leur ait tourné la tête et fermé les yeux à l'évidence pour qu'ils continuent d'espérer du progrès indéfini de la machine, l'avènement d'un âge d'or.

Ne parlons pas des bouleversements que le progrès des machines fait sans cesse subir aux institutions humaines, parlons seulement des avantages par lesquels elles allèchent le sot.

Elles épargnent du temps, elles épargnent des peines, elles produisent l'abondance, elles multiplient les échanges et amènent un contact plus intime entre les peuples, elles finiront par assurer à tous les hommes un loisir perpétuel, dit-on.

S'il est vrai qu'elles épargnent du temps, comment se fait-il que dans les pays où les machines règnent, on ne rencontre que des gens pressés et qui n'ont jamais le temps ? Alors que dans ceux où l'homme fait tout de ses mains, il trouve le temps de tout faire et du temps en outre, autant qu'il en veut, pour ne rien faire.

S'il est vrai qu'elles épargnent de la peine, pourquoi tout le monde se montre-t-il affairé là où elles règnent, attelé à des tâches ingrates, fragmentées, précipitées par le mouvement des machines, à des travaux qui usent l'homme, l'étriquent, l'affolent et l'ennuyent ? Cette épargne de peine, en vaut-elle la peine ?

S'il est vrai qu'elles produisent l'abondance, comment se fait-il que là où elles règnent, règne aussi, dans tel quartier bien caché, la misère la plus atroce et la plus étrange ? Comment, si elles produisent l'abondance, ne peuvent-elles produire la satisfaction ? La surproduction et le chômage ont logiquement accompagné le progrès des machines, tant qu'on n'a pas fait une guerre, trouvé un trou pour y jeter le trop-plein.

S'il est vrai qu'elles ont multiplié les échanges et rendu les contacts plus intimes entre les peuples, il ne faut pas s'étonner que lesdits peuples en éprouvent les uns pour les autres, une irritation sans précédents.

[...]

A dire vrai, l'homme a besoin du travail plus encore que du salaire. [...] Car le but du travail n'est pas tant de faire des objets que de faire des hommes. L'homme se fait en faisant quelque chose.

[...]

Mais pour que le travail même, et non le payement seul, profite à l'homme il faut que ce soit un travail humain, un travail où l'homme entier soit engagé: son corps, son cœur, son intellect, son goût. L'artisan qui façonne un objet, le polit, le décore, le vend, l'approprie aux désirs de celui à qui il le destine, accomplit un travail humain. Le paysan qui donne vie aux champs et fait prospérer le bétail par une œuvre accordée aux saisons, mène à bien une tâche d'homme libre. Tandis que l'ouvrier enchaîné au travail à la chaîne, qui de seconde en seconde répète le même geste à la vitesse dictée par la machine, s'émiette en un travail sans but pour lui, sans fin, sans goût ni sens. Le temps qu'il y passe est temps perdu, vendu: il vend non son œuvre mais le temps de sa vie. Il vend ce qu'un homme libre ne vend pas: sa vie. C'est un esclave».

 

Heureux ceux qui, dans cette économie mondialisée, peuvent encore revendiquer leur plein statut d'Homme libre ?

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24/11/2011

Le (bientôt) vrai prix du nucléaire

Intéressante information (ou utile rappel) communiquée aujourd'hui par l'Office fédéral de l'énergie, «la désaffectation des centrales nucléaires en Suisse, devrait coûter au moins 20,65 milliards de francs pour les cinq centrales», soit 10% de plus qu'annoncé précédemment.

Plus de 20 milliards (!) et cela ne concerne QUE la Suisse.

A noter encore que ces coûts ne concernent que «la phase qui suit immédiatement (c'est moi qui souligne) la mise hors service ainsi que la désaffectation de l'installation et la gestion des déchets radioactifs». Et ne concernent donc pas, j'insiste lourdement, les coûts à TRES long terme, de surveillance des sites d'entreposage des déchets radioactifs, sites qu'il faudra surveiller pendant des centaines, voire des milliers d'années, ce qui dépasse de toute façon l'entendement humain.

Leur financement est assuré par «deux fonds indépendants financés par les exploitants», précise l'OFEN. Ce que cette agence omet pudiquement de préciser ici est que ces 2 fonds sont à peu près vides, puisqu'ils ne contiennent qu'un peu plus de 4 milliards de CHF. On est donc très loin du compte. Et je trouve que c'est là un véritable scandale. Un de plus.

Au vu de l'expérience que l'on a de ce genre de dossiers, j'en conclus 2-3 choses:

  • une fois de plus l'Etat se met à plat ventre devant l'économie privée en n'osant pas exiger de cette dernière d'assumer en temps et en heure, la totalité de ses responsabilités
  • le prix soi-disant bas du kwh nucléaire est une arnaque car il ne correspond pas au coût réel de l'énergie nucléaire (cela fait longtemps que de nombreuses voix dénoncent cette manipulation de l'opinion publique)
  • il est urgentissime que l'Etat récupère la différence entre le coût réel et le montant qui a été collecté jusqu'à présent.

Le jour où il s'agira de démanteler les centrales, la question se posera, en effet, de savoir qui paiera vraiment ces coûts. Si le coût supplémentaire (différence entre le montant placé dans ces fonds et le coût réel du démantèlement) devait n'être que de 2-3 milliards de francs, nous (nous les citoyens contribuables) pourrions encore espérer voir la couleur de cet argent. Mais si la différence est de 20 milliards (ou plus), je suis prêt à parier gros que l'économie privée fera ce qu'elle sait très bien faire dans ce genre de situation: elle se déclarera en faillite et l'Etat, c'est-à-dire NOUS, devra assumer la totalité des coûts. En résumé: les électriciens se seront fait une fortune colossale pendant 30-40 ans et nous devrons payer pour le démantèlement. Une nouvelle version, une de plus, de ce que l'on appelle à très juste titre «la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes».

J'ai déjà écrit sur le sujet du nucléaire dans 2 billets («Sortir du nucléaire» et «Qui paye(ra) pour Tchernobyl»). J'y explique plus ou moins mon sentiment à ce sujet et je posais quelques questions basiques sur un sujet complexe. Puisque nous sommes rentrés dans ce système pervers il y a plus de 30 ans, avec l'assurance que la science allait trouver la solution technologique pour retraiter les déchets, ce qui n'est toujours pas le cas comme chacun sait, et qu'aucun investissement n'a été engagé dans des énergies plus propres mais sans doute moins juteuses pour les propriétaires, il va falloir sortir avec intelligence de ce guêpier car il n'y a pas de solution simple.

Mais je suis, une fois de plus, scandalisé par la légèreté ou l'inconséquence ou la complicité de nos Etats avec l'économie privée. Quand donc aurons-nous le courage politique de mettre en place des Etats qui exerceront véritablement leur pouvoir et cesseront de se faire danser sur le ventre par une minuscule «élite» (peut-on vraiment appeler «élite» des êtres qui utilisent leur intelligence, la chance qu'ils ont eue de naître dans la bonne famille, de faire de bonnes études dans les meilleures universités pour manipuler à leur guise le reste de la population ?) de requins prêts à tout pour s'enrichir sur le dos de l'immense majorité de la population, honnête et laborieuse.

Ce scandale (la domination de l'immense majorité de la population par une minuscule frange de prédateurs) qui dure depuis toujours et qui est en train, dans sa version moderne, de nous mener au bord d'une des pires crises économiques de l'histoire de l'Humanité doit cesser. Si nos gouvernants continuent de se limiter à faire de beaux discours et à se montrer incapables de reprendre le pouvoir, des lendemains très douloureux s'annoncent pour tout le monde.

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17/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (3)

Il est toujours plus facile de critiquer un système que de le réformer. C'est bien connu et c'est exactement ce que je fais ici, même si je pense que depuis que j'ai initié ce blog, j'ai proposé de nombreuses réponses à de nombreuses questions.

Alors "comment faire pour sortir du capitalisme?", c'est la question que me pose Androïde.

La première difficulté est que tous les autres systèmes qui ont été expérimentés ont été au moins aussi totalitaires et dictatoriaux que le capitalisme triomphant.

Même si le capitalisme, dans sa version actuelle, n'a pas encore révélé toutes ses potentialités à devenir la nouvelle tyrannie, son potentiel à le devenir est tout simplement stupéfiant et n'a sans doute jamais été égalé dans l'histoire de l'Humanité. Non seulement il est tyrannique par définition, mais en plus il peut profiter de toutes les avancées technologiques à sa disposition.

Si l'on veut dresser un tableau apocalyptique de la situation, on peut relever les points suivants :

  • concentration, je me répète, de plus en plus étroite des pouvoirs et des richesses entre un nombre de plus en plus restreint d'individus et d'entreprises,
  • lobbyisme intense: on considère qu'à Washington, 100'000 (oui, une ville de la taille de Winterthur) personnes travaillent à faire du lobbyisme auprès des représentants au Congrès. Ils sont spécialistes (il y a aussi des secrétaires, etc..) dans tous les domaines et ont de l'argent à profusion, des connaissances techniques hyper pointues dans leurs domaines respectifs, largement supérieures à celles des membres du Congrès qu'ils sont chargés de convaincre ou d'épauler dans les différentes commissions (ne nous leurrons pas, il se passe exactement la même chose à Bruxelles, à Paris ou à Berne),
  • les think tanks de droite sont abondamment dotés en financement et sont payés pour produire des idées, fallacieuses pour la plupart,
  • ceux qui détiennent le pouvoir économique ont les moyens d'«acheter» littéralement n'importe qui et ne s'en privent pas. Entre les lobbyistes, les membres des think tanks, des (pseudo-)journalistes peu scrupuleux, des spin doctors, des boîtes de public relations, ils détiennent tous les leviers afin de formater, de manipuler et de mettre en boîte n'importe quelle information, y compris la plus biaisée, en lui donnant l'apparence d'une information neutre et objective, issue d'une rédaction (journal, télévision, etc..) indépendante de toute pression,
  • pulvérisation de la solidarité entre travailleurs par les méthodes déjà évoquées dans les 2 billets précédents,
  • une agriculture qui marche sur la tête,
  • savant entretien de la pauvreté et de la pénurie dans les pays du tiers-monde, là où le pillage des ressources naturelles et la spéculation insensée et abjecte sur les produits de première nécessité et le soutien à des gouvernements corrompus obligent des millions d'habitants à tenter l'immigration dans nos pays, à un coût social, culturel et humain de plus en plus insupportable
  • société du spectacle omniprésente capable de participer à la manipulation des foules fatiguées et stressées par la compétition permanente qui lui/nous est imposée,
  • lorsque l'un d'entre nous «tombe», le «gentil» système (assurances maladie/sécurité sociale + pharmas) vient à notre «secours» en distribuant gratuitement (façon de parler) force neuroleptiques et autres camisoles chimiques, propres à nous rendre définitivement passifs et aliénés (ce qui est double bénéfice pour les pharmas), ce qui me fait m'interroger, certains jours, sur les «bienfaits» d'un accès garanti et facilité au système de (pseudo)santé,
  • les quelques «phares» de l'Humanité, comme Jean Ziegler, sont traînés devant les Tribunaux car ils osent dire certaines vérités, alors que les oligarques qui organisent l'aliénation de l'Humanité et devraient comparaître devant les Tribunaux pour crimes contre l'Humanité reçoivent tous les honneurs et toutes les récompenses.

Je m'arrêterai là.

Alors "comment faire pour sortir du capitalisme?"

Le problème n'est pas le capitalisme, ou le socialisme ou le communisme. Le problème c'est l'homme. Le problème est dissimulé en l'homme. C'est cette force de compétition, ce besoin forcené de reconnaissance, ce désir viscéral d'être au-dessus des autres, meilleur, plus beau, plus grand, plus riche, avec un plus grand zizi, une plus belle voiture, un plus gros yacht.

Regardez les rues de nos villes, regardez la comédie humaine qui se joue tous les jours sous nos yeux: partout, du bas en haut de l'échelle sociale on retrouve cette vanité, ce besoin inextinguible de se démarquer des autres, ce besoin d'écraser celui que l'on ressent comme plus faible que soi (ses employés, sa femme ou son chien). Ce n'est pas l'esprit de solidarité qui domine la plupart du temps dans le cœur des êtres humains, c'est la compétition et l'égoïsme. Nous avons donc tous une part de responsabilité dans ce qui nous arrive aujourd'hui, même s'il est évident que plus l'on monte dans la pyramide, plus grande est notre responsabilité.

Ce n'est pas un énième système politique qui changera les choses. Ce énième système échouera comme tous les autres. Le communisme a essayé de «rééduquer» l'être humain, on a vu comment tout cela s'est terminé. Pourquoi un nouveau système parviendrait-il à changer l'homme, là où tous les autres ont échoué ?

Non, il faudrait une sorte d'immense prise de conscience collective, il faudrait que chacun d'entre nous vive son propre «Chemin de Damas», comme celui qui allait devenir St Paul, peu après la mort du Christ. Seule une transformation de nos consciences et de nos cœurs parviendra à changer le destin de l'Humanité. Pas un système politique, quel qu'il soit.

Et là je sais que je nage en pleine utopie. En attendant, essayons de faire ce que nous pouvons, là où nous le pouvons, afin de résister à ce système pervers et aliénant en ne comptant pas sur la classe politique, elle-même aliénée. Si tous, nous arrêtions d'acheter les produits des grandes entreprises les plus dangereuses, les plus perverses et aliénantes, ce système arrogant pourrait s'effondrer en un rien de temps. Résistons également aux faux prophètes, à tous ceux qui font profession de nous manipuler d'une façon ou d'une autre. Ce serait un début. Une prise de conscience salutaire. Peut-être la perspective de cette impasse sera-t-elle l'occasion de ce bouleversement des consciences ? C'est notre plus grand (et seul ?) espoir.

15/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (2)

Mme Merkel vient de dire que "l'Europe traverse sa pire crise depuis 1945". Et on peut bien évidemment dire exactement la même chose des Etats-Unis.

Alors, est-ce le fruit du hasard ou de la malchance ou d'une malédiction plus ou moins divine ?

Non, c'est le résultat exact, mathématique, économique autant que sociologique de plus de 20 années de dérégulation: de l'économie, de la protection de l'environnement, de la protection des travailleurs, de la morale (comme évoqué dans le billet précédent). Nous sommes arrivés au stade où nos Sociétés sont sur le point de basculer vers l'abîme. Je crois, je veux croire, que nous avons encore le choix, même si ce choix est essentiellement entre les mains d'une petite poignée d'oligarques qui tiennent à leurs privilèges par-dessus tout.

L'histoire n'est qu'une succession de conflits où la défense des intérêts des puissants était déguisée en intérêt national, patriotique, afin d'entraîner l'adhésion des sans grades à la défense de leurs intérêts. Combien d'hommes, de femmes et d'enfants, en Europe, en Asie, ou ailleurs sont morts pour défendre l'intérêt étroit d'empereurs, de rois, de princes, de ducs, de  comtes, de seigneurs ou de potentats locaux. Même l'Eglise a utilisé la manipulation des consciences pour parvenir à des fins de puissance séculière.

Et lorsque les intérêts de ces puissants étaient vraiment menacés, eh bien on n'a pas hésité à utiliser les grands moyens, y compris au 20ème siècle: Franco en Espagne a été le bras armé de ceux qui défendaient leurs privilèges. Idem pour Pinochet au Chili. Et Hitler a eu, au moins au début, la bienveillance de ceux qui le voyaient comme le meilleur rempart au bolchévisme.

Aujourd'hui, ces mêmes forces, ont déguisé leurs paroles en tenant un discours de propagande en faveur de la "liberté d'entreprendre", liberté savamment confondue avec la liberté tout court. Nous tous, ou presque, avons foncé dans ce piège, tout cela pour nous apercevoir, mais un peu tard, que nous étions devenus les jouets d'une nouvelle aliénation: fruit de l'hyper individualisme, de l'égoïsme décomplexé, du refus de la solidarité sociale, de la mise en compétition de travailleurs vivant dans des univers sociaux, culturels et économiques diamétralement opposés. Tout cela a créé une situation insupportable pour beaucoup et potentiellement explosive, car ceux qui, en Occident, profitent encore du système, sont de moins en moins nombreux.

Les anciens seigneurs féodaux ont été remplacés par les membres des conseils d'administration des grandes sociétés multinationales. Les nouveaux seigneurs portent costume/cravate, sont anonymes, voyagent en jet privé, et tutoient la classe politique qu'ils considèrent comme étant à leur service.

Le but de ces nouveaux seigneurs, ceux qui détiennent une grande partie des clés de notre avenir commun à travers les choix d'investissement qu'ils feront et ne feront pas, n'est pas d'améliorer notre environnement social, ni de favoriser la protection de l'environnement. Leur but est de continuer de s'enrichir et de concentrer les pouvoirs. Quel qu'en soit le coût social et environnemental. C'est pourquoi ils nous mènent à cette impasse totale, sur tous les plans, car les intérêts égoïstes de quelques-uns ne peuvent en aucun cas représenter des forces positives, des forces de vie, des forces au service de ce que l'on appelle communément la "vie", même si on ignore son essence profonde, ou qu'on l'affuble de noms divers et variés.

Le but d'une pharma n'est pas de guérir, son but est de vendre de plus en plus de médicaments. Le but d'un cigarettier est de vendre de plus en plus de cigarettes, Celui d'un fournisseur d'électricité..., y compris d'origine nucléaire. Etc.., etc..

C'est un étrange aspect de cette force de vie: quel que soit le système, que l'on parle d'une plante, d'un animal, d'un être humain ou d'une entreprise, une fois «en vie», il/elle va faire tout ce qui est en son pouvoir pour vivre, grandir, se développer y compris au détriment de ses voisins. Un animal prédateur n'a aucun état d'âme lorsqu'il attaque puis dévore sa proie. Au fond, une entreprise ne se comporte pas autrement.

Il n'y a que lorsque l'humain intègre une dimension supérieure, la liberté de conscience apportée par l'Amour qu'il peut surmonter les pulsions de mort qui font apparemment partie de la vie.

14/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (1)

J'ai longuement décrit ce que je pense du système politico-économique dans lequel nous vivons, et ses dérapages spectaculaires depuis la fin de l'empire soviétique. L'effondrement du communisme, de sa surpuissante armée et des sortes de métastases du communisme que représentaient les partis communistes et certains syndicats au cœur même de nos démocraties, a été un tournant historique qui a mis fin à 30 années magiques sur le plan économique pour nos sociétés occidentales (appelées, assez justement, les «30 glorieuses»).

Aujourd'hui, beaucoup s'interrogent. Heureusement.

J'ai entendu le philosophe Dany Robert Dufour dire en résumé, que l'on n'avait pas seulement dérégulé l'économie, mais également «dérégulé la morale». C'est effectivement un des grands pièges proposés par les tenants du système néo-libéral à travers un message sous-jacent, je cite encore M. Dufour : «jouissez, on s'occupe du reste», le «reste» étant bien évidemment le verrouillage total du système politico-économique au profit d'une caste minuscule (le «on»). Nous voyons cela tous les jours (version moderne du fameux «panem et circenses») dans la façon, entre mille autres exemples, dont la société du spectacle s'occupe de nous distraire, de mille façons également, en nous détournant de notre responsabilité de prendre notre destin en main. Je suis littéralement horrifié, par exemple, par le «modèle» décadent et pervers proposé à nos enfants, filles et garçons, à travers des artistes certes doué(e)s, la plupart du temps, mais qui poussent la provocation, la décadence et l'érotisation de leurs prestations de plus ou plus loin.

Jusqu'à présent, et je me suis souvent exprimé sur ce point dans ce blog à travers un grand nombre de billets, je pensais que les concepteurs du néo-libéralisme avaient certes une haine profonde des «gauchistes» et des pauvres, de tous ceux qui les avaient obligés à partager leurs précieuses richesses pendant ces 30 années de parenthèses dans l'interminable histoire des monstruosités commises par l'homme contre les autres hommes. Qu'ils avaient décidé d'y mettre bon ordre et avaient pour cela inventé le concept de «révolution conservatrice» (voir entre autres le billet «Le (non) sens des responsabilités du secteur privé»). Qu'ils avaient décidé de «briser la nuque» des syndicats, des pauvres et des classes moyennes en délocalisant la production des biens matériels vers des pays du tiers-monde, afin d'instaurer la précarité, la division («diviser pour régner»), la concurrence, la précarité dans nos sociétés par trop vindicatives et revendicatrices. Mais je pensais que la crise qui sévit depuis 2007-2008 était le fait d'un dérapage imprévu, que personne n'avait pu avoir l'esprit suffisamment pervers pour avoir sciemment orchestré un scénario du pire aussi catastrophique.

Las, selon certains penseurs, cette situation est délibérée. Ce n'est pas un dérapage. Le but du néo-libéralisme était, dès le début, de ramener la masse des citoyens de nos sociétés occidentales au même niveau de vie et d'absence de protection sociale que les sociétés du tiers-monde. En clair, de recréer une société féodale.

Cette vision est terrifiante quant à ses conséquences et éclaire d'une lumière encore plus glauque les événements tragiques que traversent nos pays. Par contre elle explique beaucoup mieux l'enchaînement des décisions politiques et économiques depuis le lendemain (au sens littéral du mot) de la chute du mur de Berlin. Cela donne le vertige de penser ainsi mais tout devient plus clair.

La suite dans un prochain billet.

11/11/2011

Les «Marchés», ces nouveaux dictateurs

Nos pays subissent de nouvelles attaques, violentes, des fameux «Marchés» depuis quelques mois, au point que déjà deux gouvernements sont tombés, en Grèce et en Italie. Là où l'indignation populaire a malheureusement échoué à faire partir les gouvernements en place, il a suffi que les agences de notation abaissent la note de certains pays et que quelques manipulations bien senties soient opérées sur les taux d'intérêt pour réussir une sorte de «coup d'état»: faire démissionner des gouvernements démocratiquement élus.

C'est une vraie question qui se pose ici car quelle est la légitimité des acteurs du «Marché» pour faire tomber des gouvernements ?

Premièrement, nous autres citoyens lambda, aurions aimé que ces agences de notation soient aussi exigeantes avec les banques dans les années qui ont précédé la crise des subprimes. Or non seulement elles n'ont pas fait preuve de vigilance avec celles qui prenaient des risques insensés, mais encore sont-elles soupçonnées d'avoir couvert certains agissements.

Deuxièmement, ces fiers redresseurs de tort qui mettent nos pays socialement à feu et à sang (abaisser la note d'un pays c'est faire augmenter les taux d'intérêt auxquels un pays peut emprunter de l'argent et c'est donc le pousser à appliquer de cruels plans d'austérité qui frappent durement les plus fragiles d'entre nous), oublient à la vitesse de l'éclair que si les Etats sont endettés à des hauteurs stratosphériques, ce n'est pas uniquement parce que nos pays vivaient depuis longtemps au-dessus de leurs moyens, mais aussi parce qu'ils sont venus au secours des banques qui menaçaient de tout emporter dans leur chute. Chacun sait cela.

Cette arrogance est vraiment inacceptable. Et il est triste de constater que tous nos gouvernements se plient docilement au dictat de ces quelques soi-disant «experts» qui imposent une forme de dictature sur le fonctionnement de nos Etats, avec toutes les conséquences sociales qui en découleront forcément.

L'économie privée qui est cause de tous nos maux actuels avec sa façon de tout exiger de l'Etat (infrastructures optimales, baisses d'impôts, niveau élevé de l'enseignement, prise en charge des salariés licenciés, service de santé de première classe, etc, etc..) et de ne rien vouloir partager de ses gigantesques profits n'est jamais sanctionnée pour ses comportements antisociaux par les «Marchés». Bien au contraire: plus une entreprise se comportera de manière prédatrice et antisociale et plus elle sera récompensée. Alors que lorsqu'un Etat assume ses responsabilités sociales, il est cruellement sanctionné. Nous marchons donc sur la tête pour le plus grand profit d'une poignée d'individus.

Ces nouveaux dictateurs jouent un jeu politique et économique extrêmement dangereux et socialement totalement irresponsable.

Quand donc les «Autorités» politiques se décideront-elles à remettre de l'ordre dans cette chienlit qui gangrène la vie politique, économique et sociale à l'échelle planétaire ?

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02/11/2011

Vivement un siècle des Lumières

L'aveuglement, l'obscurantisme, cette façon très particulière qu'a l'être humain de s'identifier à tel point à une cause qu'il en perd toute forme d'intelligence pour n'être plus qu'un être prêt à frapper tous ceux qui ne sont pas d'accord avec sa supposée vérité, a encore frappé.

On a pu entendre, heureusement, quelques représentants d'un Islam qui se veut modéré, venir condamner l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo. C'est heureux. Malheureusement, dans la bouche de certains il y avait un «mais» qui parlait des convictions profondes de certains qui avaient été heurtées. Et de nous expliquer les divers aspects du blasphème dans cette religion.

Ce qui me chagrine justement, est que l'on peut lui faire dire à peu près n'importe quoi. Selon les jours, selon l'interlocuteur, selon les circonstances, on nous parlera soit d'une religion de paix, soit l'on exaltera le fanatisme pour pousser à la guerre sainte, aux attentats, aux bombes humaines et que sais-je encore. Tout cela à partir des mêmes textes. Pour être une religion de paix, c'est néanmoins, depuis 50 ans, la religion au nom de laquelle le plus de crimes auront été commis. Et le message lancé en même temps que les 2 cocktails Molotov (c'est l'état des connaissances sur cette affaire à l'heure où j'écris) est clair: "Tremblez tous ceux qui faites usage de votre liberté de penser, nous ferons régner la terreur, au besoin, pour vous faire taire".

La deuxième chose qui me chagrine est cette notion de blasphème. Qu'un être humain puisse s'arroger le droit de décider ce qu'est un blasphème et ce qui ne l'est pas est le signe d'un orgueil parfaitement aveuglant. Qui sommes-nous pour discriminer ainsi et condamner à mort celui qui sera considéré comme ayant blasphémé ? Le blasphème, si blasphème il devait y avoir, est une chose qui ne regarde que Dieu et/ou ses Saints et la personne qui a éventuellement blasphémé. Mais certainement pas des êtres ordinaires, le plus souvent incapables de vivre à la hauteur des exigences de leur propre religion, et vivant avec tous les aveuglements ordinaires.

Le christianisme, il y a fort longtemps heureusement, a connu les mêmes dérives et en a mené plus d'un au bûcher sous ce même prétexte. Depuis lors, et à cause même de ses excès, l'Occident a donné naissance au siècle des Lumières et à la science, reléguant la religion à une question privée ne regardant que Dieu et le croyant.

Croire que l'homme peut faire justice lui-même, au nom de Dieu, est aberrant et le signe d'un obscurantisme moyenâgeux. Car en définitive, c'est à Dieu et à LUI SEUL, de reconnaître les siens.

Il est urgent que l'Islam vive son siècle des Lumières.

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28/10/2011

Le monstre froid a encore frappé

Deux mille emplois en moins chez Novartis, alors que l'entreprise vient de réaliser un bénéfice record ! Et l'on nous explique que l'entreprise doir préparer l'avenir et que les brevets de nombreux médicaments arrivent bientôt à échéance.

Il n'empêche que c'est avec ce genre de comportements que le monstre froid et anonyme (c'est tellement plus pratique de se cacher derrière l'anonymat) va se faire détester encore un peu plus et peut-être un jour faire descendre des nuées d' «indignés» dans les rues de nos villes. Et ce jour-là, ce ne sera pas pour lui conter fleurette.

Je persiste à ne pas comprendre l'aveuglement de nos décideurs car tout prouve que c'est la désindustrialisation de l'Occident qui nous entraîne au bord du gouffre. Cette désindustrialisation voulue par ces mêmes décideurs.

Pas besoin, pourtant, d'être prix Nobel d'économie pour se rendre compte qu'une économie qui paupérise ses propres consommateurs est, par définition, condamnée à la faillite. N'avons-nous pas suffisamment d'exemples criants depuis la crise des subprimes qui a jeté tant d'Américains à la rue ? Que faudra-t-il encore pour ramener ne serait-ce qu'une minuscule lueur de conscience dans les rouages de nos économies et dans les cerveaux des décideurs ?

C'est tout le problème de l'économie privée. Chaque entreprise et chaque Conseil d'administration voit midi à sa porte et n'a que faire des conséquences de ses décisions en dehors de son petit cercle. Supprimer ces emplois va faire gagner 200 millions aux actionnaires de cette entreprise. C'est tout ce qui les intéresse. L'image globale de ses autres conséquences sur le tissu social et économique de ce pays n'a aucune importance à leurs yeux. Pas plus que les cascades de conséquences que cela aura sur :

  • ces employés et leurs familles dans leur comportement de consommateurs
  • les pertes fiscales pour l'Etat
  • les pertes pour tout une série de sous-traitants, etc.., etc..

Le comportement anti-social et aveugle de ces poignées d'actionnaires obscénement riches est en train de tuer nos pays non sans que ceux-ci, et leurs habitants, risquent d'abord de passer par de douloureuses convulsions.

Pour prendre une simple analogie: si dans une forêt un arbre était vraiment plus grand que les autres, étendait ses racines dans toutes les directions pour pomper l'eau et les nutriments du sol et étendait ses branchages loin à la ronde, il tuerait toute vie autour de lui. Cela, le premier imbécile venu le comprendrait.

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22/10/2011

On a les icônes que l'on se donne

Après le décès attendu de Steve Jobs, on a assisté aux scènes qui sont devenues habituelles, chaque fois qu'une personnalité appréciée du grand public, décède: des fleurs, des larmes, des messages sur la toile, la création d'une sorte de transe collective passablement irrationnelle.

On l'a vécu en son temps avec la Princesse Diana qui était certes une très jolie femme et qui a eu la bonté de serrer un ou deux enfants sidéens dans ses bras, mais méritait-elle les démonstrations  médiatiques et populaires qui ont entouré son décès dans les circonstances tragiques que tout le monde connaît ?

Plus récemment, ce furent des scènes tout aussi excessives après le décès de Michael Jackson. Alors, oui, il était un grand danseur et un musicien exceptionnel. Mais après ? En tant qu'icône, qu'avait-il à proposer ? Sa fin montre surtout une extrême souffrance, une immense solitude et certainement une perte de ses repères.

Concernant Steve Jobs, le «génie» qui a changé la vie de tant d'internautes (dixit certains témoignages), je viens d'entendre une émission sur la RSR1 («La pomme qui empoisonne les Chinois»), qui dénonce les terribles dégâts environnementaux causés par les usines Apple en Chine. Et le fait qu'Apple a longtemps refusé de coopérer. C'est la face cachée d'Apple.

Nous acclamons cet homme comme une sorte de Messie de la Toile alors qu'il a activement favorisé la création d'usines extrêmement polluantes en Chine, qui ont causé de graves troubles de la santé (jusqu'à des cancers) des habitants voisins de ses usines. Le Messie n'avait pas les mains vraiment propres.

C'est un des autres méfaits de la globalisation de l'économie: non seulement cela a eu pour effet de détruire le tissu industriel producteur de richesses dans nos pays, au profit des seuls actionnaires des entreprises ayant délocalisé, mais ces mêmes entreprises en ont profité pour produire non seulement à très bas prix, mais en violation flagrante et scandaleuse de toutes les Lois (non existantes dans ces pays émergents) de protection des travailleurs et de l'environnement.

L'économie mondialisée est une absurdité à tous points de vue: chaque jour des milliers de navires, sillonnent les mers du monde pour transporter les matières premières d'un coin à l'autre. Et autant qui transportent des biens de consommation d'un pays à l'autre, à la recherche du moindre coût :

  • Des animaux élevés en Europe pour profiter des subventions partent au Liban (par exemple) pour être équarris, avant de revenir en Europe pour y être vendus
  • Idem pour les crevettes pêchées ici, décortiquées là et revendues encore ailleurs
  • Et bien sûr tous les produits venant de l'usine du monde, la Chine, vendus en Occident.

Tout cela (les exemples pullulent) utilise des quantités monstrueuses de pétrole, une ressource que l'on sait limitée, et prouve encore plus l'absurdité du système. Pourra-t-on encore longtemps accepter un système qui:

  • Met en compétition des travailleurs vivant dans des époques différentes (nos entreprises profitent, en Chine, de conditions cadres qui existaient en Europe à l'époque de la Révolution industrielle, au milieu du 19ème siècle),
  • Détruit notre tissu industriel et, par là-même, va détruire tout ce que les grands combats syndicaux ont réussi à arracher aux tenants du capital (on voit à quel point le filet social est attaqué dans nos pays et est en passe d'être détruit dans les pays qui sont aux abois, comme la Grèce)
  • Détruit l'environnement en profitant de la soif de développement des pays du Tiers-Monde et de la cupidité inextinguible des potentats locaux

Si je reconnais que Steve Jobs avait un génie industriel qui lui était propre, je ne peux oublier la face sombre du personnage et de l'entreprise qu'il a créée.

20:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : on a les icônes que l'on se donne, steve jobs | |  Facebook

20/10/2011

Va-t-on vraiment vers la démocratie ?

Pour tous ceux pour qui la laïcité et la liberté de conscience sont des valeurs indispensables à la vie en Société, ce qui se prépare dans de nombreux pays musulmans a de quoi inquiéter.

De partout, en effet, on reçoit des nouvelles qui vont dans le sens opposé à celui ouvertement recherché par nos «démocraties» depuis les attentats de 2011, à savoir la démocratisation des pays musulmans:

  • Afghanistan: les Talibans sont en train de tisser leur toile, de constituer un gouvernement de l'ombre, d'amadouer les populations qui ont pourtant déjà subi leur joug. Mais face au gouvernement fantoche, corrompu et impuissant mis en place par les Américains, ils n'auront aucune peine à reprendre le pouvoir, avant même que le dernier soldat de l'OTAN ait quitté le territoire
  • Pakistan: l'infiltration des islamistes aux plus hauts niveaux de l'Etat (administration, armée, services secrets) est si importante que les Etats-Unis sont régulièrement trahis par cet «allié» au double jeu
  • Iran: il faudrait être très naïf pour croire que le programme nucléaire est exclusivement civil
  • Tunisie: c'est le premier pays ayant fait sa «révolution» qui va aller voter, le 23 octobre. Las, on apprend que le parti islamiste est le seul à être structuré, ce qui n'est pas une surprise, et le seul à présenter un programme politique digne de ce nom. Ce que les naïfs ou les désespérés qui vont aller voter pour lui ne savent pas est que le vrai programme politique de ce parti ne se trouve pas inscrit sur les affiches électorales. Il est à craindre que l'avenir de la Libye et de l'Egypte (on connaît par exemple, la force des frères musulmans ou la violence que subissent les Coptes) ne soit pas plus rose
  • Yémen: les rebelles chiites qui attaquent le régime en place ne sont pas là pour permettre une transition démocratique
  • Turquie: ce pays qui se veut le champion d'un Islam «modéré» (un oxymore) et qui donne volontiers des leçons dans sa région, donne des signes inquiétants. Non seulement l'armée, gardienne de la laïcité de ce pays a été mise au pas, mais des bruits inquiétants courent sur les pressions faites sur les médias pour qu'ils se taisent. L'autocensure règne et de nombreux journalistes récalcitrants (on parle de 61) sont emprisonnés. Je m'étais permis, en septembre 2010, d'émettre une opinion dans ce blog sur la possible entrée de la Turquie dans l'UE (voir "Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe"). les derniers développements ne font que renforcer ma conviction de l'époque.

A ce rythme, si les tendances actuelles se confirment, nous allons nous retrouver dans quelques mois avec une situation complètement nouvelle et très inquiétante avec tous ces pays passés dans le camp des ennemis de la laïcité, de la liberté de conscience, de la femme.

Tout cela au moment où nos pays sont ruinés à cause de la cupidité congénitale et aveugle de quelques-uns et par les guerres coûteuses et sans issues en Irak et en Afghanistan.

Je ne sais si Ben Laden avait conçu les attentats du 11 septembre comme l'amorce d'un piège dans lequel faire tomber la puissante armée des Etats-Unis. Si tel était le cas, il était un génie et son plan diabolique a fonctionné au-delà de toutes ses espérances.

Nous allons peut-être devoir faire face à une situation de plus en plus incertaine et dangereuse dans les mois et les années qui viennent, qui plus est dans un état de totale impréparation.

 

18/10/2011

La cupidité est plus forte que les leçons de l'Histoire

Souvent, dans ce blog, je me suis ouvert de ce qui me scandalise, me chagrine et m'inquiète dans la marche du Monde (voir parmi beaucoup d'autres le billet "Le (non) sens des responsabilités du secteur privé"). La liste des déséquilibres et des dysfonctionnements est une interminable litanie et la Terre qui pourrait être un endroit somme toute agréable est transformée en champ de bataille par la cupidité de quelques-uns et la violence de trop nombreux autres.

Nous avons déjà vécu de nombreux cycles qui se sont presque tous mal terminés. Je ne suis pas historien, mais point besoin d'un Doctorat dans cette branche pour se rendre compte que quelques-uns d'entre nous sont en train de créer les conditions d'un nouveau désastre. Quelle forme prendra ce désastre est encore largement ouvert mais je crains que nous ne tracions notre route avec beaucoup de détermination.

De nombreux dangers nous menacent et cela ne vient pas du ciel: pas de météorite monstrueuse à l'horizon, non, juste notre cupidité et/ou notre manque d'amour les uns pour les autres.

Et je dis «notre» car il semblerait que cela fasse partie de ce qu'il faut bien appeler la «nature humaine». En effet, à toutes les époques, sous toutes les latitudes, il y a toujours eu une classe, un groupe, un sexe, une religion qui a dominé l'autre, ou les autres, et souvent avec beaucoup de violence.

Qu'y a-t-il de vicié au cœur de notre espèce pour qu'à chaque fois que nous croyons avoir tué le dragon il renaît sous une autre forme ? Qu'à chaque fois qu'une Révolution renverse un groupe despotique, un autre groupe tout aussi despotique prenne le relais ?

Aujourd'hui les menaces sur notre espèce sont partout:

  • Des financiers/économistes véreux et/ou dogmatiques et leurs affidés politiciens ont mis l'économie planétaire en coupe réglée,
  • Le lobby de l'industrie pharmaceutique dicte l'agenda de la recherche médicale, fait la pluie et le beau temps dans les Académies de médecine et bien sûr nos Ministères de la Santé, et a trop souvent transformé les médecins en simples représentants de commerce de leur industrie,
  • Ces mêmes lobbies travaillent sur des souches de bactéries et de virus en les recombinant, pour des vaccins notamment, dans une grande soupe du diable dont personne ne peut garantir que nous ne nous retrouverons pas un jour face à des souches virales ou bactériennes totalement inconnues de notre système immunitaire, résistantes à tous les traitements et face auxquelles nous serons totalement démunis, d'autant que l'abus d'antibiotiques et de médicaments immuno réducteurs comme la cortisone, affaiblit de nombreux systèmes immunitaires,
  • Le lobby de l'agro-alimentaire modifie de façon irréversible notre façon de produire nos aliments, dénature lesdits aliments, manipule le vivant, s'approprie celui-ci par des brevets et transforme de nombreux agriculteurs en serfs impuissants, voire les pousse au suicide, comme cela arrive souvent en Inde,
  • Le lobby de l'industrie chimique produit tous les jours des tonnes de substances chimiques éminemment nocives qui sont en train d'impacter de façon irréversible également, notre santé et nos capacités de reproduction (la qualité du sperme des nouvelles générations est en baisse dramatique),
  • L'électro-smog est un danger sournois encore mal identifié,
  • Ces atteintes multiples à notre santé par les points cités plus haut font exploser les maladies inflammatoires, allergiques, métaboliques et dégénératives (maladies articulaires, sclérose en plaques, cardiovasculaires, asthme, obésité, diabète, Parkinson, Alzheimer, cancer)
  • Notre appétit frénétique d'énergie nous amène à saccager la nature de multiples façons et les déchets nucléaires sont un terrible fardeau pour l'avenir (au très long cours?) de l'Humanité
  • La criminalité, depuis la petite délinquance jusqu'aux pires maffias du crime organisé, induit une souffrance insupportable pour des millions de gens (pensons ne serait-ce qu'à toutes ces femmes trompées, kidnappées, violées, battues et forcées à la prostitution dans des conditions de violence inimaginables)
  • La misère imposée à tant de milliards d'habitants force un nombre toujours plus grand de pauvres à migrer vers les pays qui apparaissent à leurs yeux d'une insolente richesse. Ces déplacements massifs de population créent des déséquilibres qui, lorsqu'ils atteindront leur paroxysme, risqueront de jeter les communautés les unes contre les autres, sans régler en rien la misère congénitale de leurs pays d'origine

Tout cela nous le voyons tous les jours sous nos yeux. Et pourtant nous sommes comme un train fou, fonçant sans pilote vers l'abîme. Et ceux qui pourraient modifier la course de notre convoi, ne semblent pas vouloir ou pouvoir modifier sa direction. C'est la faillite du capitalisme, comme de tous les autres systèmes avant lui.

Ce système n'a jamais été aussi efficace et «juste» que lorsqu'il avait un puissant contre-pouvoir, le communisme, qui menaçait nos pays par sa surpuissante armée et l'infiltration de ses idéaux dans nos pays, auprès de nombreux intellectuels et de larges couches de la population. En ce temps-là, les tenants du pouvoir économique savaient qu'ils devaient partager leurs richesses, au risque de créer les conditions de l'arrivée au pouvoir des communistes par des voies démocratiques.

Ce partage forcé des richesses a dû créer une grande souffrance chez les ultras riches. Un jour ils ont décidé que cela suffisait. Qu'ils en avaient marre de partager avec tous ces culs terreux. Nous. Et une fantastique opération de propagande, pour faire accréditer les fallacieuses idées de la droite économique la plus extrémiste, a été entreprise auprès des médias par des agences de com, puis des Universités en finançant des chaires d'économie qui ont, depuis, formé des générations d'économistes inféodés à ces cercles et enfin auprès des pouvoirs politiques dans tous les pays «démocratiques» à la fois.

Cela a fonctionné du feu de Dieu et depuis la chute du mur de Berlin les ultras riches nous font payer le prix fort pour toutes leurs souffrances endurées pendant les «trente glorieuses».

Ils ne semblent pas réaliser que la fête n'est pas éternelle et que leurs excès mêmes sont en train de détruire les fondements de leur propre richesse, voire les conditions mêmes de la vie sur Terre.

Jusqu'à quand la cupidité sera-t-elle plus forte que les leçons de l'Histoire ?

 

15/10/2011

Les Banques continuent leurs jérémiades

Selon une simulation effectuée par la banque Goldman Sachs, «les besoins de recapitalisation des Banques européennes pourraient s'élever à 298 milliards d'euros».

Plus un jour sans que les Banques pleurnichent sur leur sort et organisent, savamment (elles ont de bonnes agences de com), leur chantage habituel. Elles parviennent même à occulter (très) momentanément les difficultés des Etats européens. Très momentanément, car il est bien évident que dès que les Etats européens se seront endettés encore plus pour recapitaliser les Banques, les Marchés vont leur tomber dessus pour dénoncer leur inconséquence.

Vraiment un système de fous où les pyromanes sont systématiquement récompensés et où les honnêtes citoyens qui souffrent des dérives des transactions opaques des établissements financiers sont obligés, avec la complicité de leurs gouvernements élus et autistes à leurs peuples, de sauver ceux qui les étouffent.

A l'heure où une action citoyenne est peut-être en train de voir le jour, qui sait à l'échelle mondiale, les Banquiers, les financiers de haut vol, tous les prédateurs et les profiteurs du système, où qu'ils sévissent à la surface de la planète, qu'ils soient voleurs er manipulateurs institutionnalisés à Wall Street, Banquiers apparemment honorables à la Paradeplatz ou communistes «encapitalisés» en Chine, devraient peut-être réfléchir deux fois avant de continuer leurs entreprises de détournement des Institutions en faveur d'une minuscule caste de nantis.

Pour l'instant les Indignés sont encore relativement inaudibles sur la place publique, mais la pression monte petit à petit. Cette colère qui s'accumule contre l'injustice, les mensonges, les manipulations pourrait ressembler à l'accumulation d'énergie qui a lieu pendant des années dans la chambre magmatique sous un volcan: en surface, tout paraît calme et un jour, sans signes avant-coureurs ou presque (visibles seulement par des instruments sophistiqués), c'est l'explosion, dévastatrice généralement.

Pourquoi met-on des instruments aussi sophistiqués pour surveiller des volcans comme le Vésuve et n'a-t-on apparemment aucun instrument sociologique et politique pour comprendre et prévenir la future et peut-être prochaine grosse colère des citoyens qui se sentent de plus en plus floués, abusés, trahis par un système qui ne fonctionne que pour le bénéfice d'une grosse poignée de profiteurs ?

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06/10/2011

Ce sont les mêmes

Le FMI, les experts économiques et les inévitables «Marchés» s'inquiètent ouvertement de l'ampleur de la dette européenne (pour ne pas parler de celle tout aussi «monstrueuse» des Etats-Unis) et du manque de réaction concertée des autorités publiques pour juguler son impact sur l'économie en général et sur les banques qui sont à la veille de connaître une crise de même nature et de même ampleur qu'en 2008.

Ces mêmes «experts» appellent à une réponse massive et concertée de nos Etats pour sauver une nouvelle fois l'économie du gouffre au bord duquel elle se trouve.

Si le diagnostic est malheureusement probablement exact, cela ne dit rien des responsabilités des uns et des autres et les recettes qui ont à peu près fonctionné en 2008 ne sont plus applicables en 2011.

Pour mémoire et au risque de me répéter (plusieurs billets sur ce sujet dans ce blog), ce sont ces mêmes experts qui crient au loup qui ont dirigé nos économies, depuis la fin des années 70, vers le gouffre au bord duquel nous nous trouvons tous aujourd'hui, par des mesures qui ont profondément, et pour toujours, modifié les rapports de force économiques, et donc politiques, à la surface de la planète:

  • Dérégulation massive des économie occidentales, dans tous les secteurs
  • Diminution tout aussi massive du rôle de l'Etat en tant qu'arbitre du fonctionnement de l'économie
  • Transfert systématique de nos outils de production vers les pays à très faibles coûts de main d'œuvre, pour le plus grand profit des actionnaires
  • Transformation des économies occidentales en économies de services
  • Transfert tout aussi systématique et massif de richesse des classes pauvres et moyennes vers le 1% le plus riche de la population

Après 30 années de profits monstrueux, de rémunérations et de bonus obscènes, de mise en semi esclavage des laissés-pour-compte de la dérégulation (je pense, par exemple, aux working poors qui tout en ayant un travail à plein temps sont obligés de vivre dans leur voiture car ils ne peuvent plus se payer un loyer, ou à tous ceux qui vivent d'expédients, étranglés par un endettement personnel devenu insupportable, etc..), nous avons connu une première crise gravissime, la crise des suprimes, la plus grave depuis les années 30.

Plutôt que de chercher à trouver des solutions, nos gouvernements ont mis des emplâtres sur des jambes de bois. Gros les emplâtres. Au total, des milliers de milliards de dollars pour sauver les Banques qui, du fait de leur folie spéculative et d'outils financiers pervers et dont elles avaient perdu la maîtrise, ont pris la population et nos Etats en otage: «Soit vous intervenez pour nous sauver, soit ce sera l'Apocalypse».

Nous avons évité l'Apocalypse en 2008. Qu'avons-nous fait depuis ? Rien ou à peu près. Sitôt les Banques sauvées, elles se sont remises à faire des profits monstrueux et à distribuer des bonus obscènes. Parallèlement elles faisaient pression sur nos gouvernements et nos parlements pour les empêcher de prendre des mesures législatives pour empêcher une telle situation à l'avenir. Et elles ont fort bien réussi.

Nos économies ne sont pas malades de l'endettement de nos Etats. Cela n'est que le symptôme. Nos économies sont malades de la désindustrialisation, à l'exception notable de la Suisse et de l'Allemagne, deux pays qui ont su conserver un tissu de PME actives et socialement responsables et qui sont les deux pays qui s'en sortent le mieux, pour l'instant tout du moins.

Ces milliers de milliards de dollars investis en Chine et en Inde, depuis 30 ans, manquent cruellement à nos économies. Des dizaines de millions d'Américains vivent en-dessous du seuil de pauvreté. De même que des dizaines de millions d'Européens. Et des dizaines de millions d'autres ont un pouvoir d'achat à peine supérieur. Au total, cela veut dire qu'il y a probablement plus de 200 millions d'Occidentaux qui ont un pouvoir d'achat qui ne leur permet plus que de survivre. Ces laissés-pour-compte sont obligés de consommer bon marché, donc chinois, ce qui aggrave encore la désindustrialisation.

Tant que nos brillants économistes refuseront de voir qu'ils ont eux-mêmes créé le problème qu'ils dénoncent, tant que les ultras riches refuseront de partager leur richesse plus équitablement, nos Etats continueront d'être ruinés en s'endettant toujours plus pour financer leurs déficits.

La recette qui a fonctionné en 2008 ne pourra pas fonctionner en 2011 car justement les Etats se sont tellement endettés pour sauver les Banques, qu'ils sont aujourd'hui ruinés. Croire que l'on pourra sauver le malade en en remettant une couche, ou en appliquant des cures d'austérité qui vont paupériser des pans encore plus larges de la population c'est un peu comme le médecin qui voyant son malade s'affaiblir de plus en plus va appliquer des remèdes de plus en plus puissants, ceux-là mêmes qui vont tuer le malade. Tout cela parce que le médecin n'a pas compris, ou pas voulu comprendre, la genèse de la maladie.

Ce dont nos économies ont besoin est d'une révision en profondeur de notre tissu économique en les réindustrialisant par l'assèchement des investissements privés en Chine et en Inde au profit de nos économies sinistrées et d'une refonte de la solidarité entre ceux qui ont, qui savent et qui pourraient et ceux qui souffrent de situations qu'ils subissent et sur lesquelles ils ont peu de prise (nous, citoyens ordinaires, avons toutes les peines du monde à nous faire entendre de ceux qui nous gouvernent).

Tout le reste ne sert qu'à prolonger l'agonie du malade et ne permettra pas de quitter longtemps le bord du gouffre.

19:57 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ce sont les mêmes, crise de la dette | |  Facebook

01/10/2011

La chute des superflics

Sans tomber dans le romantisme, force m'est de dire que j'admire ces policiers qui font un des métiers les plus durs et les plus ingrats qui soient au monde. Tous les jours ils sont confrontés à ce qu'il y a de plus tordu en l'être humain, à l'hypocrisie de la classe politique et aux impuissances de la «Justice».

Effectuant un métier qui peut être stressant, je ne peux que me sentir très humble face à ces hommes et ces femmes qui, tous les jours, risquent leur vie sur le terrain, entre l'indifférence de la population et les effets de manche de nos élus.

Il y a certainement des ripoux parmi eux et l'enquête devra l'établir. Mais est-ce si étonnant et qui pourrait leur jeter la première pierre ?

Lorsque tous les jours:

  • vous êtes confrontés à des malfrats de plus ou moins haut vol,
  • vous devez trouver un moyen terme entre la répression pure et dure et le besoin de tisser des liens afin de pénétrer le milieu,
  • vous voyez votre dur travail être anéanti par des politiciens au double langage (en gros:  je suis pour la tolérance zéro mais il faut relâcher les criminels car il n'y a plus de place en prison ou que cela fait tache dans les statistiques) ou des Juges complaisants ou motivés par d'autres agendas,
  • que vous êtes confrontés au cynisme de criminels qui profitent de leur impunité pour s'enrichir ignominieusement,
  • que vous voyez les élites perdre tout sens moral pour piller légalement le pays dans lequel vous vivez, à coup de détournements de subventions, de cadeaux fiscaux, de transferts de richesse des pauvres et de la classe moyenne vers les riches, de bonus extravagants et de parachutes dorés, de copinage entre amis, de spéculation effrénée y compris sur les produits de première nécessité. Que la déliquescence morale desdites élites atteint des proportions que l'on espérait appartenir définitivement au côté sombre de l'histoire de l'Humanité

Ne faudrait-il pas avoir une conscience surhumaine de sa mission  pour résister à la tentation de tirer également un avantage personnel de cette proximité quotidienne avec le crime ?

Jusqu'à preuve du contraire, je serais tenté de penser qu'il y a plus de droiture dans la police que chez nos élites corrompues.

20:15 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : la chute des superflics de lyon | |  Facebook

26/09/2011

Qui sont les vrais dangers pour la sécurité à Genève

Intéressant article aujourd'hui, dans la TDG, sur ces courageux citoyens qui tentent, au prix de leur propre sécurité (voir l'article listant toutes les intimidations subies), de sauvegarder ce qui reste de la (bonne) réputation de Genève, en empêchant, autant que faire se peut, les joueurs de bonneteau de sévir.

Nous savons tous que ce «manège» ridicule et inacceptable dure depuis de trop nombreuses années et que nos «autorités» (je mets toujours ce mot d' «autorité» entre guillemets, car en Suisse, ce mot est vraiment tellement galvaudé que je ne peux l'utiliser sans rire).

Je trouve extrêmement triste et inquiétant que de braves gens se voient obligés de faire ce que l'Etat est incapable de faire. Et je félicite ces honnêtes citoyens de s'engager, avec leur courage comme seule arme, contre ces bandits des rues et en faveur d'une certaine image qu'ils se font de leur ville.

Où l'article me fait bondir, c'est lorsque je lis les conclusions de M. Laurent Paoliello, responsable de la communication pour la conseillère d'Etat responsable de la Police, Mme Isabel Rochat: «[...] D'un sentiment d'insécurité, cette milice crée une véritable insécurité et la renforce.»

Formidable, magnifique ! Maintenant nous savons enfin qui crée l'insécurité à Genève. Peut-être ont-ils trouvé cette inspiration à New-York !

Vraiment, avec des commentaires aussi inspirés et une telle attitude de la part des responsables de la sécurité, Genève n'est pas au bout de ses peines. Les joueurs de bonneteau, les dealers, les malfrats, le petit et le grand banditisme ont encore de beaux jours devant eux. Et nous, honnêtes citoyens, payons tous le prix de l'impéritie de nos «autorités». Avant que ce soit la ville de Genève, dans sa globalité.

Alors qui sont les vrais dangers pour la sécurité à Genève ? L'article y répond magistralement. Par l'absurde. La situation de déliquescence créée par nos «autorités» montre où se trouvent les vrais responsables.

Et merveille de la démocratie, on apprend un peu plus loin, par la bouche du même M. Paoliello que : «Nous souhaitons procéder à une modification du règlement d'application pour permettre aux agents de la police municipale d'intervenir contre les bonneteurs». L'initiative doit être validée par le Conseil d'Etat.

Voilà la réalité, d'un côté nous avons nos démocraties qui, pour chaque problème, même brûlant, doivent passer par tous les méandres des voies législatives: des mois et des mois pour interdire la mendicité, combien d'années faudra-t-il pour réaménager le Code pénal pour qu'il retrouve un caractère plus dissuasif (et là, cela se complique car il faut passer par Berne), etc.. De l'autre, des petites frappes, mobiles, déterminées, ayant un mépris abyssal pour nos coutumes et nos institutions, qui se partagent un nouveau marché du crime en 2-3 coups de téléphone portable ou en 2-3 coups de couteau.

C'est un drame dont je ne vois pas l'issue car nos Sociétés n'ont jamais trouvé une voie entre la démocratie veule et la dictature la plus abjecte.

22/09/2011

Trop de mots, pas assez d'actes

Officiellement, le trafic sur les routes nationales a doublé ces 20 dernières années.

Je crains qu'il en soit à peu près de même dans nos villes. En tous les cas, mon nez est convaincu de la hausse constante et considérable de la pollution dans notre pays et dans nos villes. Je suis effaré de l'explosion du nombre de mobylettes qui sillonnent nos rues, été comme hiver, des engins littéralement monstrueux tant ils sont une agression systématique pour nos poumons et nos oreilles. Tout aussi effaré par l'augmentation de vieilles voitures poussives, évidemment sans pot catalytique, dont, même lorsqu'elles se cachent derrière le doux euphémisme de «old timer», n'en sont pas moins des bombes à retardement ruinant tous nos efforts pour améliorer la qualité de l'air. Comme en plus la part des voitures roulant au diesel a également explosé dans le parc automobile, passant de 4-5% il y a 20 ans à près de 40% aujourd'hui , et en n'oubliant pas que le parc automobile suisse détient le triste privilège d'être le plus polluant d'Europe, on comprend que l'air de nos finalement petites villes, devient irrespirable. Tout cela alors que 80% des Suisses se disent «prêts à faire quelque chose pour l'environnement».

Il serait temps de commencer à faire ce quelque chose. Certes, à partir de 2012, les nouvelles voitures diesel devront être équipées d'un filtre à particules, comme dans le reste de l'Europe, mais cela ne suffira pas. De loin pas.

Il faut prendre des décisions courageuses et pourquoi ne pas commencer par ces milliers de camions et de bus qui circulent tous les jours dans notre pays et qui étouffent nos villes.

Il y a des centaines d'automobiles postales et de bus des transports publics qui circulent la journée sur des itinéraires fixes et qui passent la nuit dans un hangar, toujours le même. La même chose peut être dite de milliers de camions de livraison qui ne font que quelques dizaines de kilomètres par jour, depuis leur entrepôt jusqu'à leurs clients. Ces engins extraordinairement bruyants et polluants seraient des candidats parfaits pour introduire les moteurs électriques dans leur exploitation quotidienne. Je suis persuadé qu'avec de la bonne volonté et des décisions ambitieuses, nous pourrions utiliser les milliers de m2  de toits de ces hangars et de ces entrepôts pour produire l'énergie électrique d'origine solaire qui ferait circuler ces véhicules, pour le plus grand bénéfice de nos oreilles et de nos poumons. En bref de notre santé.

Doit-on attendre d'être tous encore plus malades du bruit et de la pollution pour oser enfin prendre des mesures  volontaristes, coercitives au besoin, pour faire avancer les choses dans la bonne direction.

La nature humaine est ainsi faite, comme on l'a vu avec la fumée dans les lieux publics, que si l'on attend sur la bonne volonté des uns et des autres eh bien on peut attendre pour l'éternité. A un moment donné, il faut que l'Etat, qui devrait incarner le rôle de garant du bien vivre ensemble, impose, par toutes les mesures appropriées, un bond en avant qualitatif, que cela plaise ou non à certains.

13/09/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (6)

J'ai essayé d'énoncer aussi honnêtement que possible les limites d'un système, le végétalisme, qui se veut holistique mais qui ne l'est pas, au vu des risques pour la santé qu'il occasionne et des dégâts incalculables occasionnés par l'agriculture, telle qu'elle est pratiquée.

Heureusement, des pionniers existent qui ont su travailler dans l'inclusion et non pas dans l'exclusion.

D'après ce que je comprends et qui peut se vérifier facilement, le système des monocultures intensives n'est pas un système durable et doit être remplacé par des méthodes qui respectent l'équilibre bactériologique des sols et permettent à la couche arable, gravement amincie, de se régénérer, partout où cela est encore possible.

Lierre Keith expose un système qui intègre des plantes pérennes et des animaux dans la production de nos aliments. Elle fait notamment référence à un fermier de Virginie, très anticonformiste, Joel Salatin qui sur sa Polyface Farm produit des aliments (vendus exclusivement localement), qui respectent les équilibres des sols, des plantes qui poussent sur ces sols et des animaux qui s'en nourrissent, afin que chaque espèce mange la nourriture qui lui est le plus appropriée et que les déchets ne soient pas une charge pour les sols mais l'occasion de se régénérer.

Il y a visiblement différentes solutions qui méritent notre attention et notre soutien. Mentionnons également:

  • Le magnifique travail de cet agriculteur-philosophe-humaniste qu'est Pierre Rabhi. Celui-ci a écrit plusieurs livres passionnants et a contribué à produire le très beau film de Coline Serreau: «Solutions locales pour un désordre global» qui parle avec grande intelligence et sensibilité des dérives dangereuses de l'agriculture et de l'élevage intensifs et propose des solutions faites de bon sens et de sagesse
  • Le travail sur les permacultures qui semble assez proche dans sa philosophie de celle de Joel Salatin

Des solutions existent donc. Est-ce qu'elles suffiront à nourrir 7 et bientôt 9 milliards d'habitants, c'est une vraie question. Mais l'illusion de solution actuelle avec son recours massif au pétrole pour produire des engrais et pour travailler la terre nous mène à une catastrophe planétaire. Et les OGM qui permettent aux grands acteurs de l'agro business de s'approprier le vivant et de mettre les agriculteurs en quasi esclavage, achèveront de détruire la Vie sur cette magnifique Planète.

12/09/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (5)

Je continue dans ce billet à présenter les limites, en termes de santé, d'une alimentation végétalienne. C'est déjà le cinquième billet sur ce thème et je ne pensais pas écrire autant en m'attaquant à ce sujet.

Peu de plantes contiennent du tryptophane, qui est un précurseur de la sérotonine (neurotransmetteur). Or tous nos neurotransmetteurs, qui règlent tant de fonctions capitales, sont produits à partir des acides aminés (il y en a 20 de connus). Certains de ces acides aminés peuvent être produits, au besoin, par notre organisme, d'autres non. Ceux-là doivent être trouvés dans notre alimentation. Les 8 acides aminés concernés sont dits, à cause de cela, «essentiels». Et certains acides aminés essentiels ne se trouvent presque que dans la viande et les oeufs. Certes, il y en a dans la banane (ou les tomates) par exemple, mais les quantités sont si faibles qu'il faudrait en manger un régime entier pour que nos besoins soient satisfaits. A noter toutefois, que même les animaux nourris au grain dans des usines à produire de la viande, produisent des aliments carencés en tryptophane.

Les végétaliens sont au moins doublement à risque de manquer de sérotonine: premièrement à cause d'une alimentation carencée en précurseurs de la sérotonine et deuxièmement à cause d'un déficit en vitamine B12. Cette vitamine ne se trouve que dans les produits d'origine animale et est indispensable (avec la B9) au cycle de la méthylation de la méthionine en homocystéine puis en différents neuromédiateurs dont la sérotonine. Ce manque pourra conduire à des états dépressifs, à des troubles plus ou moins graves du sommeil, à des accès de colère ou de panique et à des troubles de l'alimentation.

En effet, il semble que les désordres alimentaires (anorexie, boulimie) soient aggravés par un faible taux de sérotonine, surtout lorsque ajouté à un apport insuffisant en zinc (vient en grande partie de la viande rouge et du jaune d'œuf) et en niacine (vit. B3 qui se trouve surtout dans les produits d'origine animale). C'est une sorte de cercle vicieux qui peut démarrer très tôt dans la mise en place de régimes et/ou d'une alimentation végétalienne. Une alimentation nous privant de sérotonine qui est le neurotransmetteur qui nous apporte le sentiment du bien-être et de l'estime de soi, va faire baisser ces sentiments et entraîner une jeune fille en pleine construction de son identité vers des comportements autodestructeurs.

La vitamine B12, est une vitamine extraordinaire qui a tant de fonctions dans l'organisme que l'on pourrait écrire un livre rien que sur elle. S'en priver, en refusant les produits d'origine animale, a des conséquences tragiques. Comme déjà évoqué elle est indispensable à la production des neurotransmetteurs, indispensable à la fertilité, INDISPENSABLE à un bon métabolisme des acides gras, afin que ceux-ci soient harmonieusement transformés en prostaglandines. Dans le cas contraire, c'est la porte ouverte aux phénomènes d'allergie (déséquilibre des prostaglandines du groupe 1), aux maladies inflammatoires (déséquilibre des prostaglandines du groupe 2), aux maladies cardiovasculaires et dégénératives (prostaglandines du groupe 3).

J'ai déjà évoqué dans le quatrième billet le danger d'une surexposition aux glucides dans une alimentation végétalienne. Pour clarifier un peu plus les choses, cette surexposition va faire travailler notre pancréas et on va rapidement entrer dans un cycle pervers de résistance à l'insuline. Cette résistance entraînera une plus grande production d'insuline. Le sucre dans notre sang va faire le yoyo entre un excès et un déficit. Ce yoyo mène à ce que l'on appelle l'hypoglycémie (une insuffisance de sucre suite à une trop grande production d'insuline par le pancréas). Les symptômes de l'hypoglycémie sont des désordres alimentaires, des fringales impérieuses surtout pour des produits à haute teneur en glucides, de l'irritabilité, des «coups de pompe» durant la journée, des changements brusques de l'humeur, des difficultés à se concentrer, à dormir, de l'anxiété, de la tristesse et de la dépression sans raisons objectives, des tremblements, des vertiges, des palpitations, de la confusion mentale.

Et puis il y a encore le cas du glutathion qui est le principal antioxydant de nos cellules. C'est un tri-peptide (petite protéine formée de 3 acides aminés) soufré. Or les acides aminés soufrés (méthionine, cystéine) ne se trouvent que dans les produits d'origine animale. Se passer de ceux-là, c'est courir le risque de se priver de ce fantastique protecteur de nos cellules.

Notre organisme est une formidable et immensément complexe machinerie cellulaire (entre autres merveilles et mystères). Ces milliards de mécanismes qui s'effectuent chaque seconde dans nos cellules, nécessitent des «matières premières» qui proviennent essentiellement de notre alimentation. Se priver, pour des raisons idéologiques, d'éléments indispensables comme certains acides gras saturés, comme les acides aminés essentiels, comme la vitamine B12, comme une quantité suffisante de protéines, empêche un fonctionnement optimal de notre organisme et conduit à toutes sortes de manifestations désagréables, sur les plans physiques et psychiques, comme les sautes d'humeur, une extrême rigidité mentale, de l'agressivité, l'impression d'être sur une corde raide et qu'un mot peut nous faire basculer vers le négatif.

Je crains de devoir consacrer un 6ème billet aux solutions proposées par Lierre Keith, dans le domaine de la production de nos aliments.

11/09/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (4)

En n'oubliant jamais que nous sommes tous différents et que les mêmes causes, lorsque l'on parle de la santé humaine, ne créent pas toujours les mêmes conséquences, et en n'oubliant pas non plus que nombres de thèses sont sujettes à grandes polémiques, car dans le domaine de la santé comme partout ailleurs, difficile de réconcilier des adversaires qui se déchirent souvent âprement, je souhaite soulever quelques questions préoccupantes concernant notre santé, abordées par Lierre Keith et d'autres auteurs cités dans son livre.

  • Céréales: comme déjà évoqué dans le précédant billet, chaque fois que l'on diminue le pourcentage d'apports d'un groupe d'aliments, on augmente proportionnellement l'apport d'un autre groupe d'aliments. Dans le cas qui nous occupe, la suppression des produits d'origine animale force à augmenter massivement la consommation de céréales (et de pommes de terre). Ce qui n'est pas sans conséquences:
  • Premièrement, le bilan écologique de ces millions d'hectares de mono cultures de céréales est catastrophique en termes de pollution, d'assèchement des fleuves et de disparition de la bio diversité
  • Deuxièmement, les céréales, sans rentrer dans tous les détails techniques compliqués, contiennent des composants (phytates, gluten, lectines) qui provoquent des réactions négatives de notre appareil digestif: les phytates tendent à se lier aux minéraux, aux vitamines et aux enzymes, les rendant inutilisables par le corps, le gluten est connu pour causer des réactions d'hypersensibilité retardée de la part de notre système immunitaire et favoriser le développement de maladies auto-immunes et les lectines sont volontiers associées au développement de la porosité intestinale, c'est-à-dire à une diminution de notre protection digestive contre des éléments potentiellement hostiles se trouvant dans nos intestins
  • Troisièmement, les céréales contiennent énormément de glucides, environ 70-80%, sous forme d'amidon. La teneur élevée d'un régime végéta(r/l)ien en céréales et en pommes de terre pose toute la problématique de notre rapport au sucre. Même si les glucides des céréales non raffinées sont considérés comme des sucres lents, un régime à haute teneur en céréales et en pommes de terre aura tendance à surcharger notre organisme de sucres et fatiguera notre pancréas chargé de faire baisser le niveau de celui-ci dans le sang. Un usage immodéré des aliments contenant des (ou se transformant en) glucides favorisera, parallèlement, le développement d'une résistance à l'insuline de nos cellules, conduisant, dans le pire des cas, au diabète
  • Quatrièmement, les céréales sont réputées pour contenir des substances qui se comportent dans notre organisme comme des substances opiacées ce qui peut sérieusement affecter la chimie de notre cerveau et mener à des maladies dites psychiques (on parle d'autisme, d'hyperactivité, d'agressivité, etc..) 
  • Et enfin on constate un développement de mauvaises bactéries: un régime contenant une grande quantité de céréales est associé au développement d'une flore microbienne intestinale pathogène, notamment des levures (le candida albicans adore le lait et ... le sucre)
  • L'autre aliment vedette qui remplace la viande est incontestablement le soja, paré de toutes les vertus. En Chine, il n'était pas destiné à l'alimentation humaine mais servait à la rotation des cultures car il a la capacité de fixer certains éléments (l'azote) dans le sol. Or le soja est beaucoup plus controversé qu'il n'y paraît au premier abord et les accusations sont graves. Voyez plutôt:
  • Le soja, comme les céréales, contient beaucoup de phytates
  • Il est accusé de causer des dommages parfois irréversibles à la thyroïde (dans le sens d'une hypothyroïdie), chez les adultes et spécialement chez les enfants (!) qui seraient nourris au lait de soja et cela provient de sa concentration élevée en phyto-estrogènes qui inhibent la biosynthèse de l'hormone thyroïdienne. De toute façon il n'est jamais bon de «jouer» avec des éléments qui miment nos propres hormones, car même à faibles quantités, les hormones donnent des signaux à nos organes, dans un sens ou dans un autre
  • Ces mêmes phyto-estrogènes dans le soja sont reconnues pour affecter notre vie reproductive. D'un côté elles sont accusées de modifier le milieu utérin et l'équilibre acido-basique du col de l'utérus. D'un autre, d'être capables de favoriser l'hyperplasie de l'endomètre. Et il existe un débat, honnête ou non, pour savoir si les phyto-estrogènes protègent les femmes ou au contraire contribuent à l'augmentation du risque de cancer du sein. A noter que le soja affecte aussi la capacité des hommes (mâles) à se reproduire
  • Il abaisse la testostérone et la libido or la testostérone sert à la croissance, à la réparation, à la formation des globules rouges. Au système immunitaire et au désir sexuel
  • Il est accusé de causer des dommages au cerveau et de favoriser des pertes de mémoire, voire la maladie d'Alzheimer. Il semble que là aussi ce sont les phyto-estrogènes qui soient à blâmer en réduisant la création de nouvelles cellules nerveuses et en augmentant la destruction de cellules nerveuses (n'oublions pas que les estrogènes ont un rôle dans la fonction de reproduction, mais aussi sur le développement d'organes comme le cerveau ou le système cardio-vasculaire)
  • Il altère le développement des nourrissons lorsque ceux-ci sont nourris au lait de soja en remplacement du lait de vache (qui provoque également de sérieux problèmes). Nourrir un nourrisson au lait de soja c'est lui faire ingurgiter, chaque jour, autant d'estrogènes que dans 3-5 pilules contraceptives (!), et comme, on l'a déjà vu, elles agissent sur le développement de nombreux organes comme le cerveau et le système cardio-vasculaire, on comprend immédiatement le risque. Il semble que l'Office fédéral de la santé ait émis une mise en garde par rapport à l'alimentation des nourrissons exclusivement au lait de soja: «l'alimentation des nourrissons au lait de soja ne doit être utilisée que s'il y a une raison médicale claire et jamais pour des raisons écologiques ou idéologiques, comme le végétalisme»

Dans un prochain billet je continuerai avec d'autres questions préoccupantes concernant la santé, comme le manque de vitamine B12 et la baisse du glutathion

05/09/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (3)

L'agriculture a certes permis à l'Humanité de planifier ses récoltes et donc son alimentation, mais cela a un coût (social, environnemental et sur la santé):

  • Depuis les débuts de l'agriculture, les surfaces de terres arables rendues peut-être définitivement stériles ou carrément transformées en déserts, ne se comptent plus. Cela s'explique par le fait que transformer des terres où régnait une polyculture naturelle avec des échanges de bons procédés entre le règne végétal et le règne animal, par des monocultures intensives de plantes gourmandes en eau comme le blé, le maïs, le riz ou le soja est évidemment un bouleversement majeur de la qualité du sol. Cela était déjà vrai à l'époque des romains. C'est encore plus vrai aujourd'hui avec l'usage des intrants chimiques,
  • Irriguer massivement ces cultures a tendance à saliniser les terres (même l'eau douce contient une certaine quantité de sel(s)), ce qui accélère la désertification
  • Pour faire de la place aux cultures on a abattu des surfaces colossales de forêts (et cela continue encore aujourd'hui, en Amazonie par exemple) sur tous les continents
  • On a également asséché des surfaces importantes de zones humides. Les 2 biotopes étaient des milieux d'une richesse biologique qui ne sont pratiquement plus que des souvenirs
  • On cultive à peu près n'importe où, sans se préoccuper si l'endroit convient. Au fond, l'agriculture, si elle voulait avoir un éco bilan neutre, ne devrait se pratiquer que là où les conditions le permettent (qualité des sols, hygrométrie, températures, pluviométrie, etc...). Ce n'est absolument pas le cas et l'homme a causé des dégâts irréversibles pour pouvoir cultiver n'importe quoi, n'importe où. Pensons à l'assèchement de la mer d'Aral à cause du détournement de 2 fleuves, pour cultiver du coton. Pensons aux grandes plaines américaines qui sont devenues le grenier du monde alors que les [... étés y sont beaucoup trop chauds, les tempêtes beaucoup trop fréquentes et les pluies trop irrégulières]. Ceci est compensé, ici comme ailleurs, en asséchant des fleuves et en puisant dans des réserves d'eau fossile qui seront définitivement perdues.

L'être humain vit des 3 principaux groupes de nutriments que sont les lipides, les glucides et les protéines. Lorsque l'on diminue une source de nutriments comme le font les végétaliens on est obligé de compenser en augmentant les apports d'un autre groupe, typiquement les céréales. Outre que les céréales ne sont pas dénuées d'effets parfois néfastes sur la santé individuelle (on le verra dans un autre billet), les végétaliens oublient ou omettent de se confronter au fait que si la production de viande est, sous certaines conditions, désastreuse pour l'environnement, la production massive de céréales pose des problèmes au moins aussi importants. Chaque terre transformée en désert depuis les débuts de l'agriculture, est une perte sèche en termes de biodiversité et signe la mort de milliers d'espèces vivantes, depuis les micro-organismes vivants dans les sols jusqu'aux animaux qui vivaient dans les forêts primaires.

Un autre facteur déterminant qui n'est jamais abordé est le fait que les plantes ne poussent pas par miracle. Elles ont besoin de trouver leurs nutriments dans le sol. Et pour cela, il n'y a pas 30'000 solutions. Ou bien on établit un vrai cycle où les animaux jouent un rôle essentiel pour nourrir les sols et favoriser leur vie microbienne, ou bien on apporte des engrais organiques sous forme d'os et de sang d'animaux ou bien on recourt aux engrais chimiques. Comme les 2 premières solutions sont inacceptables pour les végétaliens, il ne reste presque que la troisième solution. Or les engrais chimiques sont doublement faits à partir de pétrole dont les réserves ne sont pas éternelles. La découverte et l'utilisation massive desdits engrais, cela s'est appelé la révolution verte et cela a été un grand désastre écologique. Il est connu que l'épaisseur de la couche arable, à cause des intrants chimiques à la place des excréments d'animaux et d'un labourage beaucoup trop profond, diminue chaque année.

C'est vrai qu'il existe l'agriculture biologique, mais elle n'est pas exempte de problèmes. Cette agriculture repose sur un cahier des charges qui fixe une obligation de moyens à mettre en œuvre, mais qui ne fixe pas une obligation de résultats. Le recours parfois massif à des engrais d'origine végétale a tendance à favoriser le développement de moisissures dans le sol, ce qui se répercute sur les cultures. L'emploi d'huiles essentielles pour essayer de venir à bout de ces micro-organismes n'est pas forcément une garantie de qualité pour le consommateur final, même si cela fait moins peur que les produits chimiques utilisés dans l'agriculture intensive.

Mais dans un monde idéal, seule une terre en bonne santé peut donner des plantes en bonne santé et les animaux qui vivront dessus le seront également. Les humains, au bout de la chaîne seront alors eux aussi en bonne santé. A l'inverse, comment peut-on imaginer être en bonne santé si nous mangeons des plantes et des animaux malades ayant grandi sur des terres malades ?

L'absurdité dans l'agriculture et dans l'élevage est que nous avons tout compartimenté. Les cultures d'un côté, les animaux de l'autre, dans des camps de concentration. Ce qui rompt totalement les échanges entre les animaux et les plantes et mène à tous les déséquilibres: d'un côté il faut des engrais chimiques pour nourrir les plantes et de l'autre, les déjections animales concentrées dans des espaces restreints, provoquent une pollution épouvantable, ce qui ne serait pas le cas si les cultures et l'élevage étaient mieux intégrés, l'un nourrissant l'autre. En fait, c'est justement à cause des engrais chimiques que les animaux sont devenus inutiles sur les propriétés agricoles. Et pourtant les engrais chimiques sont un leurre, car ils ont transformé l'énergie fossile du pétrole en calories alimentaires. Nous vivons dans une grande illusion, celle d'un approvisionnement constant et éternel, alors que ce n'est pas le cas. Loin s'en faut. Qu'adviendra-t-il de notre approvisionnement alimentaire lorsque les réserves de pétrole seront épuisées ou même proches de l'épuisement et que nos terres agricoles seront biologiquement mortes ?

L'élevage est problématique car pour améliorer les rendements, on a modifié l'alimentation des bovins. Ce sont fondamentalement des ruminants, avec un appareil digestif fait pour digérer la cellulose (qu'ils trouvent dans les pâturages). Les 4 estomacs de ces animaux contiennent les bactéries nécessaires à cette dégradation, ce qui n'est pas notre cas par exemple. Or, pour augmenter la production de lait (production multipliée par 10 en 50 ans), on donne du maïs et des tourteaux de soja (quand ce n'est pas des farines animales) à ces bêtes, d'où les 70% de terres agricoles nécessaires à les nourrir. Etant des ruminants, elles n'ont absolument pas l'appareil digestif pour digérer du maïs ou du soja, ni les bactéries et enzymes digestifs appropriées, ce qui les rend malades. D'où grande production de méthane, un gaz qui ne se forme que lorsque l'appareil digestif est peuplé de bactéries pathogènes. Il est donc critique de revenir aux pâturages pour l'élevage des ruminants (c'est assez rassurant de voir encore des troupeaux de vaches dans les alpages suisses durant la belle saison).

La vraie question

Le vrai débat n'est donc pas de savoir s'il faut manger ou non des produits d'origine animale. Refuser d'intégrer les animaux dans la production d'aliments est une mauvaise réponse à une bonne question. Les animaux, depuis les plus petits animalcules jusqu'aux bovins, sont indispensables à la bonne santé naturelle des sols.

Le véritable et seul enjeu est de savoir comment créer un environnement favorable et durable à la production responsable d'aliments qui assurent le meilleur équilibre pour tous, pour les sols, pour les nappes phréatiques, les rivières et les fleuves, pour les plantes, pour les animaux et pour l'homme. Et pas de continuer de produire des aliments qui apportent seulement de confortables bénéfices économiques à la filière de l'agro business (par l'entremise des généreuses subventions payées avec nos impôts, subventions dont ces entreprises connaissent tous les rouages législatifs et les meilleures façons de les récolter légalement), mettent les agriculteurs en quasi esclavage (et c'est encore pire avec les OGM) et détruisent l'environnement.

Dans le prochain billet, j'essayerai d'exposer quelques solutions telles qu'exposées par Lierre Keith et les conséquences parfois préoccupantes d'une alimentation sans produits d'origine animale sur la santé individuelle, même si ces sujets sont extrêmement controversés.

01/09/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (2)

Au-delà de mon expérience personnelle avec la philosophie végétalienne, je viens de lire un livre absolument fascinant sur ce sujet, de la part d'une ancienne végétalienne «repentie». La lecture de ce livre m'a permis de comprendre ce que je n'avais pas compris en temps et en heure. Mais précisons tout de suite qu'il n'y a pas de solution simple à un problème complexe.

Dans son livre, «The Vegetarian Myth», pas encore traduit en français me semble-t-il, l'auteure, Lierre Keith, expose très sincèrement son parcours: quels étaient les tourments sincères qui assaillaient son âme et pourquoi elle est devenue végétalienne. Elle explique aussi comment et pourquoi ses yeux se sont douloureusement ouverts, suite à une dégradation constante de son état de santé, sur une autre réalité. Et il n'y a personne de plus qualifié pour dénoncer un fondamentalisme qu'un(e) ancien(ne) fondamentaliste.

Quelques données fondamentales

Une des données fondamentales à la base du végétalisme est qu'il faut x (5-16 selon les variétés) protéines végétales pour produire une protéine animale. Une deuxième est la quantité d'eau qu'il faut pour produire un kilo de viande, de bœuf par exemple. On parle de plusieurs milliers de litres d'eau dans un monde où l'eau potable est de plus en plus rare. Troisièmement, il faut citer un fait tout à fait reconnu par la Food and Agriculture Organization (FAO) des Nations Unies qui est que 70% des terres agricoles servent à l'alimentation du bétail. Ce qui est, à l'évidence, un immense gaspillage.

Et je ne développerai pas la querelle sur la configuration de notre appareil digestif car chacun prêche pour sa chapelle (notre appareil digestif va, selon les uns ou les autres, du parfait frugivore à l'omnivore). Je laisse cette querelle aux experts.

Une donnée systématiquement avancée par les végétaliens est, qu'avec la même surface de terre agricole, on peut nourrir plus d'êtres humains se nourrissant sans produits d'origine animale, qu'avec. Les chiffres avancés sont que, sur une surface de 4 hectares par exemple, on pourrait nourrir 60 personnes si l'on y cultivait du soja, 24 si l'on y cultivait du blé et seulement 2 si l'on y élevait du bétail.

Bigre ! Cela paraît effectivement incontournable et toute personne de bonne volonté, après avoir lu ces chiffres, ne peut que franchir le pas en changeant son alimentation.

Et pourtant il y a un problème. C'est toujours la même chose avec les statistiques. On peut leur faire dire ce que l'on veut et c'est une vision à travers un tout petit bout de la lorgnette.

Quelques causes de l'explosion de la population mondiale

C'est une donnée fondamentale pour situer les problèmes rencontrés à l'heure actuelle. L'Humanité a connu des moments clés :

  • Le développement de l'agriculture (il y a 10'000 ans) qui a sédentarisé les populations en est un, absolument déterminant. Jusque-là, la majorité des populations humaines était composée de chasseurs-cueilleurs qui se déplaçaient en fonction des saisons et de l'abondance ou de la raréfaction du gibier. Soudain, l'agriculture a permis de planifier les sources d'alimentation ce qui a permis une explosion de la population mondiale
  • Un deuxième moment clé est l'invention du moteur à explosion. Ceci a permis à l'humanité de mécaniser un nombre infini de tâches, y compris l'agriculture
  • Un troisième moment est la première guerre mondiale. Pour remplacer les agriculteurs européens largement engagés dans cette guerre en tant que soldats, les Etats-Unis se sont engagés massivement dans une agriculture intensive et subventionnée (subventions qui existent encore aujourd'hui comme chacun sait et qui sont la cause de déséquilibres absurdes entre paysans du Nord et du Sud)
  • La découverte des engrais azotés qui est venue de la nécessité de recycler d'immenses quantités de produits chimiques qui avaient servi pendant les 2 guerres mondiales pour fabriquer des bombes et le fameux gaz moutarde
  • La découverte de la pénicilline, à peu près à la même période (en 1928 par Flemming, mais vraiment utilisée en thérapie seulement vers la fin de la seconde guerre mondiale)

Ce sont 5 événements, parmi beaucoup d'autres, qui ont permis à l'Humanité d'atteindre le chiffre phénoménal de 7 milliards d'habitants (bientôt 9). Un chiffre à peu près insoutenable pour cette somme toute petite planète aux ressources très limitées, et ce fait sera le plus grand défi que nous aurons à affronter dans les années à venir. La crise de la dette risque, en comparaison, de ressembler à une aimable promenade de santé.

Dans le prochain billet, nous essayerons d'y voir un tout petit peu plus clair dans un domaine d'une complexité folle.

31/08/2011

Agriculture: la plus grande conquête de l'Humanité ? (1)

Je suis profondément habité par le sentiment des dangers qui menacent l'avenir de l'Humanité. Souvent j'ai le sentiment que nous sommes corsetés dans un habit dont les coutures cèdent de partout. Pendant ces dernières années, nos gouvernements ont essayé de colmater certaines brèches, mais l'exercice devient de plus en plus difficile et périlleux.

Sur le plan de l'environnement, on entend souvent dire que la production de viande est le plus grand désastre écologique qui soit et que seuls la diminution de sa consommation et son remplacement par une alimentation plus végétarienne, voire strictement végétalienne, pourra sauver la Planète et ses habitants.

Le végétalisme offre une explication des rapports de force dans la Société qui va au-delà des stricts principes de la diététique. C'est un système qui se veut complet, cohérent, respectueux du vivant sous toutes ses formes (ex: un strict végétalien ne mange aucun produit d'origine animale et ira jusqu'à ne pas manger de miel sous prétexte que c'est le fruit de l'exploitation du travail des abeilles). Il promet qu'en mangeant des plantes et des graines plutôt que de la viande, on pourra créer la justice pour les animaux, pour les pauvres et pour la Terre. C'est un système qui parle à l'âme car, au prix d'un sacrifice personnel, on peut améliorer sa santé, celle de la Planète et sauvegarder nos amis les animaux qui souffrent tant de nos folies (animaux élevés dans de véritables camps de concentration, vivisection, etc..).

Les vrais végétaliens ont une éthique exigeante et sont prêts à faire des sacrifices pour atteindre un but. Ils ont une passion pour la justice, pour les animaux,  pour la planète.

En même temps, ce système est, comme toute entreprise humaine, une médaille à deux faces. Une des faces est cette admirable éthique qui dit en gros : «nous sommes si aimants de nos frères et sœurs les animaux que nous ne pouvons rien entreprendre qui leur porterait atteinte». Le revers de la médaille est une sorte d'immense orgueil qui jette à la face du monde : «nous sommes les justes, nous sommes ceux qui sont dans la main de Dieu. Vous vous êtes les tyrans, les tortionnaires».

Alors, ce système est-il l'avenir ou une dangereuse illusion ?

Pour avoir moi-même bien connu une adepte de cette philosophie et avoir moi-même pratiqué le végétalisme, même si ce n'était pas dans tous ses aspects les plus extrémistes, je crois pouvoir me prononcer à peu près en connaissance de cause. Je connais de l'intérieur les excès auxquels cette philosophie peut mener.

Et les dangers que cela peut représenter pour la santé. J'ai connaissance d'un homme (seulement sur photo) très actif dans ce milieu. Au début, n'ayant vu qu'une photo de son visage, rien ne m'avait frappé. Un jour, j'ai vu une photo de lui en pieds et là, j'ai été choqué: cet homme semblait être sorti fraîchement d'un camp de concentration (cela s'explique médicalement par le manque d'apport en protéines, entraînant une auto-protéolyse). Mais je connais aussi d'autres végétalien/nes qui semblent, beaucoup mieux supporter cette façon de s'alimenter.

C'est le propre de tous les fondamentalismes: on en arrive à être si identifié à une cause que celle-ci devient notre identité. Et toute remise en question de cette cause devient une remise en question de notre identité même. C'est généralement si insupportable que l'on en perd ses capacités de discernement et que l'on va continuer de soutenir le système même qui nous détruit. De toutes nos forces.

Dans un prochain billet je vais parler plus avant des thèses erronées proférées par cette philosophie  à la fois admirable en apparence et malheureusement, trop souvent, basée sur de fausses prémisses.  

30/08/2011

La Suisse n'est plus un havre de sécurité

C'est ce qu'a souligné le professeur Martin Killias aujourd'hui devant les médias à Berne. Il présentait les résultats d'une étude qu'il a dirigée au sein de l'Institut de criminologie de l'Université de Zurich et qui était mandatée par la Conférence des commandants des polices cantonales (CCPCS).

C'est même un des cancres de l'Europe. Et ce soir, durant l'émission Forum sur la RSR, le Professeur Killias a encore précisé : «Le sentiment d'insécurité de la population correspond à la réalité».

ENFIN ! Tous ceux qui, depuis des années,  dénoncent la montée de la violence et de l'insécurité ne sont ni des fous, ni des malades, ni des fascistes, ce sont simplement des personnes qui ont une conscience claire des soubresauts qui agitent nos Sociétés et notre pays en particulier. Sans langue de bois.

Puissent les tenants de l'angélisme forcené, comme par exemple beaucoup trop de socialistes et  la totalité des verts,  ouvrir enfin les yeux.

Si cette étude pouvait être le révélateur permettant d'avoir enfin un débat lucide, réaliste et constructif sur l'insécurité dans ce pays, alors il pourrait être possible d'enfin inverser la tendance, en réformant notamment d'urgence le nouveau code pénal surréaliste qui est un mélange d'angélisme, de lâcheté et de pingrerie.

L'angélisme et la lâcheté on comprend fort bien ce que cela veut dire. La pingrerie, elle, vient de ce que nos partis politiques ne veulent pas investir l'argent nécessaire à construire des places de prison en quantité suffisante.  C'est vrai qu'il vaut mieux relâcher ces braves gens avec une «peine» symbolique, avec sursis de surcroit. Effectivement, 10 francs d'amende avec sursis est une peine qui va à coup sûr dissuader un loubard lyonnais de venir faire un mauvais coup à Genève.

Quant au fait que ce sont les moins de 26 ans les plus à risque de subir de la violence et des menaces, cela prouve le malaise qui règne dans une certaine jeunesse en perte de modèles (ou des modèles plus que frelatés) et où l'alcool (et autres substances) coule trop souvent à flots. Entre parenthèses, cela rejoint la violence qui entoure les manifestations sportives dans notre pays. Qu'un vulgaire match de football ou de hockey sur glace entre des villes qui, certes aiment depuis longtemps entretenir une petite rivalité de clocher, tourne quasiment à l'émeute avec des scènes de plus en plus violentes et plus dignes de la haine qui sépare certaines communautés étrangères (ex: Balkans) que de nos rivalités bon enfant, est un développement extrêmement préoccupant et qui pourrait rapidement être hors contrôle si rien n'est entrepris.

Alors espérons qu'il n'est pas trop tard. Mais, quoi qu'il en soit, nous aurons perdu un temps précieux.

29/08/2011

Un an déjà

Demain, le 30 août, cela fera exactement un an que j'ai créé ce blog.

Tout a commencé parce que, coup sur coup, deux de mes lettres destinées au courrier des lecteurs ont été refusées sous prétexte qu'elles contenaient trop de mots. Le prétexte à créer un blog était tout trouvé et ces deux lettres sont devenues les deux premiers billets publiés. Une belle aventure commençait.

Depuis, 49 billets et quelques milliers de lecteurs chaque mois. Merci à tous, à ceux qui reviennent de temps en temps ainsi qu'aux lecteurs occasionnels.

Je continuerai d'alimenter ce blog tant que j'en éprouverai du plaisir. C'est le meilleur des moteurs. Même si j'avoue que c'est, trop souvent aussi, la colère face à certaines injustices qui me pousse à écrire.

Bonne rentrée et bel automne à toutes et à tous

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23/08/2011

Y aurait-il mensonge et mensonge ?

La saga new-yorkaise de DSK touche probablement à sa fin. Dans un document adressé au juge, le procureur explique que des éléments prouvent qu'elle [Mme Diallo] a eu «une relation sexuelle précipitée» avec l'ancien patron du FMI, mais que ses mensonges ont «sérieusement entamé sa crédibilité».

Bigre ! Voilà une situation qui serait très intéressante si elle n'était potentiellement tragique.

D'un côté vous avez un homme qui est proche des sommets du pouvoir et cela depuis des décennies, qui connaît absolument tous les rouages de nos systèmes politiques, économiques et judiciaires. Qui est riche à nombreux millions notamment par sa femme. Qui sait à quelles portes influentes il peut frapper de jour comme de nuit.

Face à lui, et sans vouloir abuser de la corde sensible, vous avez une pauvresse arrivée clandestinement d'Afrique, qui ne jouit d'aucune connexion, doit difficilement gagner sa vie et subit même l'opprobre de la part de sa propre communauté à l'égard des femmes qui ont «fauté».

Rarement l'expression de pot de terre contre pot de fer n'aura été aussi justifiée.

Si cette femme a probablement émis, même sous serment, des mensonges, s'est contredite, peut-on vraiment lui en tenir tout à fait rigueur ? Imaginez la scène: vous arrivez, plus ou moins inculte d'un des pays les plus pauvres du monde, vous vivez clandestinement. Depuis votre arrivée sur le sol américain vous avez dû trouver des expédients pour survivre et passer entre les mailles du filet policier qui aurait eu tôt fait de vous expulser et un jour, vous vous retrouvez sous les feux cruels et inquisiteurs de la Justice, face à un des hommes les plus puissants de la planète.

Pensez-vous qu'à sa place, vous auriez été totalement serein(e), vous auriez fait face à cette machine judiciaire avec tous vos moyens psychiques, émotionnels et intellectuels, que vous auriez su éviter avec finesse tous les pièges tendus par la partie adverse (et nous avions été rendus attentifs dès le début de l'instruction que les avocats de DSK allaient chercher par TOUS les moyens à la discréditer) ? Honnêtement, si j'avais été à sa place, vraiment «à sa place», j'en doute fort.

Quant à DSK, même s'il s'est apparemment sorti de ce coup (si j'ose dire),  il ne semble pas être un ange pour autant. Et ses dénégations sont sujettes à caution, puisque le procureur lui-même admet que des éléments prouvent qu'elle a eu «une relation sexuelle précipitée» avec l'ancien patron du FMI. Et lui a eu la sagesse de se taire et de passer son temps à discréditer cette femme par avocats interposés.

Je doute que DSK ait dit toute la vérité dans cette affaire, tout comme il est clair que Mme Diallo n'a pas su défendre sa vérité avec toute la rigueur voulue pour parvenir à la faire éclater au grand jour. Dès lors, il est à penser que nous ne saurons jamais la vérité dans cette affaire.

Mais j'ai tout de même la fâcheuse impression que les mensonges des uns pèsent plus que les mensonges des autres.

21:39 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : y aurait-il mensonge et mensonge, diallo, affaire dsk | |  Facebook

19/08/2011

La sécurité à Genève: tout le monde en parle

Je suis pour la libre circulation, mais je suis contre la gangrène qui s'installe insidieusement dans cette ville. 

Concernant la qualité de la vie à Genève et le rayonnement international de cette ville, l'accélération des événements touchant à la sécurité des habitants donne une fâcheuse image de cette ville que nous aimons tant. Entre les agressions de personnes, l'explosion des vols avec/sans effraction, les «petites frappes» des banlieues françaises venant faire leurs emplettes à Genève, les joueurs de bonneteau, les coups de feu, les mendiants interdits mais qui continuent de mendier, les dealers qui occupent des lieux fréquentés et «travaillent» en toute impunité, la saleté dans les rues, les débarras sauvages, les campements sauvages sous les ponts et ailleurs, le dumping salarial en faveur des migrants et des frontaliers, tout cela donne une fâcheuse image de l'ouverture des frontières.

Dans leur hâte frénétique à l'enrichissement personnel et leur haine farouche de l'Etat-arbitre protecteur de l'environnement, des travailleurs, des consommateurs et d'une certaine éthique, nos brillants esprits néo-libéraux ont juste oublié que si l'Etat était par trop affaibli, il ne pourrait certes plus assumer son rôle d'arbitre et de régulateur, ce qui était leur but et est tout bénéfice pour les prédateurs en question, mais qu'il serait également trop affaibli pour assurer sa sécurité. Et la sécurité des honnêtes citoyens par la même occasion.

La comparaison qui suit vous paraîtra peut-être abusive, mais je suis personnellement convaincu que l'on peut tirer des parallèles entre une nation à travers le corps social qui le constitue et le microcosme que représente, en comparaison, un corps humain. Dans les 2 cas nous avons:

  • un gouvernement central: ici un exécutif, là un cerveau
  • des gouvernements régionaux: ce n'est pas parce que nous n'avons pas encore su identifier le siège du «gouvernement» de nos organes que celui-ci n'existe pas. On voit bien à quel point un organe sain a une identité qui fait qu'il se comporte de façon différente de tous les autres organes: un cœur est un cœur et ne se comporte jamais comme un rein ou un estomac, et cela dès les premières divisions cellulaires de l'embryon qui vont amener les premières cellules, toutes identiques, à se spécialiser, selon une modalité encore (à ma connaissance) totalement mystérieuse
  • un système de protection qui assure la sécurité: ici une armée et une police, là un système immunitaire qui s'assure en permanence que ce qui n'appartient pas au «soi» (bactérie, virus, etc..) ou qui dévie du «soi» (cellule ayant perdu son identité et devenant cancéreuse) est promptement détruit
  • une production de biens et de services: ici des usines et des entreprises diverses et variées, là des cellules qui travaillent 24/24 à produire des protéines, des hormones, des enzymes, des cellules de notre système immunitaire, etc...
  • un système de transport: d'un côté nos routes, autoroutes, aéroports et de l'autre notre système vasculaire et veineux, notre système lymphatique, qui apportent les nutriments et emportent les déchets (sans oublier qu'il y a même un système de transport à l'intérieur de chacune de nos cellules)

Je pourrais multiplier ces analogies presque à l'infini, mais ce n'est pas le but.

Ce que je souhaite juste montrer ici, c'est qu'un organisme humain est un ensemble cohérent et que ce qui rompt cette cohérence s'appelle «maladie». La maladie pouvant être plus ou moins sérieuse, depuis la simple inflammation locale jusqu'à celles qui emportent encore trop souvent la vie comme le cancer (voir mes billets "Quatre Suisses sur dix feront un cancer (1)" et suivants) et le sida.

Je ne vois pas de différence notable, si ce n'est l'échelle, entre un organisme humain et une nation  (voire même l'ensemble de la planète).

Aujourd'hui, nous, simples citoyens qui aspirons à vivre dans une ville correctement gérée y compris au plan de la sécurité, sommes pris en otage entre des forces irréconciliables:

  • d'un côté, les tenants du libéralisme effréné qui veulent affaiblir l'Etat par tous les moyens, y compris au prix de la sécurité de tous (à l'exception notable des USA qui se sont arrogés le rôle de gendarmes du monde avec leur armée surdimensionnée mais qui, avec leurs difficultés budgétaires, risquent de devoir revoir, drastiquement, leurs prétentions à la baisse)
  • de l'autre, les tenants de l'angélisme, vivants avec des utopies plein les mirettes

Le message sous-jacent systématique des tenants de l'angélisme est que ceux qui veulent s'attaquer aux problèmes sont des racistes et des xénophobes. Ce message répété jusqu'à l'absurde est suffisamment pernicieux pour parvenir à paralyser les âmes de bonne volonté qui auraient le désir de faire quelque chose. Cette incapacité à agir crée une situation qui deviendra de plus en plus difficile à vivre et peut-être même explosive, et cela partout en Occident.

Bien sûr, personne n'a envie des revivre les ignominies qui ont si profondément bouleversé l'Europe pendant la 2ème guerre mondiale et le racisme et la xénophobie doivent être combattus. Mais cela doit-il nous rendre aveugles aujourd'hui ?

Un Etat sans armée (ou une armée croupion comme l'armée suisse) et sans police (ou une police qui n'en a plus que le nom, passant le plus clair de son temps à effectuer des tâches administratives) c'est comme un corps humain sans système immunitaire. Et comment appelle-t-on cela dans le corps humain: le sida !

20:32 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sécurité à genève en question | |  Facebook

15/08/2011

Le futile pèse plus que l'essentiel

Avez-vous remarqué comme l'Humanité (il y a finalement peu de différences entre les peuples sur ces sujets) peut être formidablement efficace pour le développement de choses majoritairement futiles et illusoires et peine à développer des stratégies (méthodes, lois, technologies, etc..) qui, au sens propre du terme, seraient d'importance vitale.

Je me faisais une fois de plus cette réflexion l'autre jour, en voyant le développement extraordinaire et fulgurant des technologies de l'information et la lenteur affligeante des changements en faveur de la sauvegarde de l'environnement.

D'un côté, en quelques courtes décennies, on est passé de rien (littéralement) à un maillage incroyablement serré de réseaux terrestres, aériens, satellitaires même, permettant de transporter l'information, la voix et l'image. Plus une seule personne à la surface de cette planète ne peut, ni ne veut, vivre sans être dans la situation de pouvoir se connecter instantanément, par ordinateur ou téléphone portable interposés (etc..), à tout et parfois n'importe quoi.

Le discours officiel veut que ces nouvelles technologies permettent, comme jamais, d'accéder au savoir, comblent le fossé entre les gens et les communautés, permettent d'être en permanence connecté à ses proches, d'évoluer dans des réseaux sociaux et même de conduire et de réussir des Révolutions. Nous serions donc entrés dans un Monde féerique, où il suffirait de se connecter à la Toile pour être un génie baignant dans la félicité procurée par la présence réelle et virtuelle de sa famille et de ses amis.

La réalité est toutefois nettement plus prosaïque. On a beau avoir une foule d' «amis» sur Facebook on peut être aussi seul qu'avant l'invention de ces réseaux. L'accès au savoir est une réalité et est une bénédiction (même s'il est parfois bien difficile de séparer le bon grain de l'ivraie) mais c'est à relativiser lorsque l'on pense que 80% du trafic sur internet sert à la pornographie et que probablement 98% des appels téléphoniques sur nos portables servent à des conversations futiles qui auraient pu attendre le moment d'accéder à un téléphone fixe.

Et pourtant, malgré toutes ces réserves, ce formidable maillage planétaire a été accompli en un rien de temps. Les investisseurs ont profité de notre besoin, parfois compulsif, de communiquer pour développer un business qui génère des centaines de milliards de chiffre d'affaires annuel.

De l'autre côté, la protection de l'environnement qui est pourtant une nécessité existentielle pour nous, nos enfants et toutes les générations qui suivront, reste considérée comme une charge dont personne ne veut assumer les coûts. Les nouvelles technologies qui pourraient remplacer les centrales nucléaires, ces «monstres» centralisés entre les mains de quelques-uns, sont vues comme une menace par les investisseurs, car ces unités nouvelles pourraient être beaucoup plus décentralisées et échapper, en partie au moins, aux mains de ces entreprises monopolistiques.

Et pourtant, nous disons tous aimer les enfants et encore plus nos enfants. Nous les chérissons. Rêvons de vivre au moins jusqu'au moment où nous verrons nos petits-enfants démontrer qu'ils font leur chemin dans leur propre vie à travers leur scolarité, leurs études, leur profession, leur mariage, etc..

Tout cela alors que notre façon de vivre prépare une planète qui sera de plus en plus dégradée, par notre propre faute, l'environnement étant chargé de polluants de toutes sortes dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons et avec laquelle nous irriguons nos cultures, dans la terre où poussent nos légumes et sur laquelle se développent les animaux qui nous donnent tant d'éléments nutritifs indispensables. Même l'investisseur au cœur sec a des enfants et petits-enfants qu'il dit aimer et pour lesquels il veut le meilleur. Et les enfants et petits-enfants de ce même investisseur respirent le même air que nos enfants, boivent la même eau que nos enfants, même si elle est de source, mangent les mêmes aliments même s'ils peuvent se payer le meilleur du bio. Mais ils ne vivent pas hors sol. Ils grandissent sur cette Terre et risquent de souffrir des mêmes eczémas, du même asthme que les enfants de parents moins fortunés. Et le plus coûteux des médecins ne leur donnera que de la cortisone pour «soigner» tout cela. Or une vie sous cortisone n'est pas une vie enviable. Que l'on soit riche ou pauvre.

Et pourtant, nous tous, globalement (même s'il y a quelques pionniers généreux qui payent de leur personne pour un monde meilleur), au moment de faire des choix vitaux, nous optons pratiquement systématiquement pour la mauvaise solution, celle qui pèsera sur l'avenir de nos enfants et de l'Humanité au sens large.  Un exemple parmi des centaines d'autres possibles: qui serait prêt à payer 20, 30 ou 40 centimes sur chaque litre d'essence afin de financer un véritable programme, ambitieux et courageux, visant à nous faire sortir de notre dépendance extrême et pathologique aux énergies fossiles ?

Cette forme de schizophrénie, celle qui prétend que nous sommes prêts à tout pour le bien de nos enfants alors que nous aggravons jour après jour l'état de la planète que nous allons leur donner en héritage (et ne parlons pas de l'état des finances, des dettes, des charges sociales, etc que nous allons leur léguer par la même occasion) est vraiment préoccupante.

Pourquoi sommes-nous si extraordinairement efficaces globalement à produire de la futilité et tout aussi extraordinairement incapables de trouver et mettre en œuvre les solutions INDISPENSABLES à l'avenir de la Planète et de nos enfants ?

Vraie et grave question !