07/03/2013

Pendant que nous regardons ailleurs

Pendant que nous regardons ailleurs, happés par les 1’001 sollicitations d’une vie quotidienne parfois frénétique, le lobby du nucléaire continue son travail de sape pour tenter d’affaiblir la volonté de notre classe politique de sortir du nucléaire. Et l’on nous répète inlassablement que notre pays ne peut pas se passer de cette source d’énergie « bon marché ».

Les pays traumatisés que sont l’Ukraine et le Japon connaissent le prix exorbitant d’un accident nucléaire. Et ce coût est appelé à se perpétuer pendant des centaines d’années (la durée du seul « nettoyage » de la centrale de Fukushima est estimée à 40 (!) ans). Le sarcophage de ces 2 centrales devra être construit (dans le cas de Fukushima), entretenu et renouvelé régulièrement pendant des siècles.

Mais sans parler de catastrophe, la simple sortie du nucléaire coûtera cher. Très cher. En Allemagne, la facture est évaluée, selon les experts, entre 250 et 1'700 milliards d’euros. Cette dernière somme, avancée par le groupe Siemens, englobe les investissements dans le renouvelable en plus du démantèlement des centrales. Y a-t-il une part d’intox dans cette somme effrayante, je suis incapable de me prononcer.

Prenons garde à rester vigilant et à ne pas nous laisser endormir par les manœuvres d’une industrie dangereuse pour l’avenir de notre pays et de l’Humanité et qui se cache derrière des prix artificiellement bas pour mieux nous séduire. 

Ces lobbies sont riches et ils ont les moyens de s’acheter les services des meilleurs avocats pour faire le siège de nos parlementaires et des meilleures agences de PR pour séduire la classe politique et la population. On le voit tous les jours malheureusement et dans tous les domaines :

  • Après Fukushima, on pensait que l’industrie nucléaire ne s’en remettrait jamais. Deux ans plus tard, le souvenir de l’accident devient de plus en plus flou et l’intense lobbyisme commence à porter le doute dans beaucoup d’esprits,
  • Après le scandale de la « vache folle », on pensait que l’emploi de farines animales pour nourrir les animaux était une aberration du passé. Il vient d’être accepté à nouveau à l’échelle européenne. Certes avec certaines restrictions, mais ce n’est qu’une question de temps,
  • Idem pour les OGM. Un travail inlassable est effectué pour faire admettre leur innocuité. Là aussi le peuple suisse doit être vigilant s’il veut que le moratoire actuel soit prolongé à son échéance,
  • Etc..

Restons vigilants sur de nombreux fronts afin de participer aux choix qui influencent notre avenir et celui de nos enfants.

 

19/02/2013

Le carnage économique de l’Occident continue

Pas un jour sans que les médias ne nous apportent des « images » déchirantes du déclin économique de l’Occident. Le même mal frappe partout. Il a pour noms égoïsme forcené, haine des plus faibles que soi, collusion entre les élites politiques et économiques, corruption, cartels, lobbies, manipulation des institutions démocratiques au profit d’une minuscule caste de super nantis et de leurs affidés, mondialisation sans garde-fous. 

Depuis l’explosion du bloc de l’Est, nous assistons à la désindustrialisation à marche forcée de l’Occident. Au nom du seul profit de quelques-uns. Pendant 10-20 ans la majorité de la population a cru que cela pouvait fonctionner car cela ne touchait, durement, que les plus fragiles d’entre nous. Puis la peste de la précarité et de la pauvreté a commencé à remonter l’échelle sociale. De plus en plus d’Américains sont assistés d’une façon ou d’une autre par l’Etat (en 2010, près de la moitié (48.5 %) des ménages américains vivaient dans des foyers recevant des subsides fédéraux contre 37.7% en 1998: voir mon billet du 13.2.2012:  " Paupérisation: un avertissement de plus "). Plus près de nous, il y a eu les émeutes en Angleterre (voir mes 2 billets des 25 et 26 juin 2012 « En Angleterre, des millions d'enfants ne sont pas assez nourris »). Il y a un mois environ, dans la TDG, ce bouleversant article sur ces enfants portugais qui vont le ventre vide à l’école (et ce n’est qu’un symptôme parmi beaucoup d’autres), comme dans un pays du Tiers-Monde. 

La même précarité se constate dans de larges franges de la population en Grèce bien sûr, en Espagne, en Italie, en France également où une portion de plus en plus importante de la population doit être assistée et risque d’entraîner le pays dans une spirale sans issue. Quand de nombreux citoyens ne sont pas carrément abandonnés par l’Etat. 

Aujourd’hui, dans la TDG 3 articles très intéressants et hautement symptomatiques de cette peste sociale et économique : 

  • Italie : l’usine Fiat de Turin a passé en 5 ans (!) d’une production de 209'000 voitures à 37'000. On peut imaginer la répercussion sur l’emploi et sur le niveau de vie de toute la région,
  • Angleterre : l’usine Jaguar de Halewood près de Liverpool qui a été rachetée par les Indiens de Tata a vu sa force de travail passer de 50'000 ouvriers lors de ses belles années à 4'000 environ aujourd’hui (et au plus fort de la crise en 2008, on était descendu à 1'800),
  • Suisse : c’est un tableau plus contrasté mais tout aussi dangereux. Plus contrasté car notre pays n’a jamais connu ces géants industriels monomaniaques. Les forces de la Suisse ayant toujours été l’innovation, l’excellence, la paix sociale et la diversification dans des niches à forte valeur ajoutée. Aujourd’hui ce modèle est lui aussi en danger. L’année passée, plusieurs fleurons de nos PME (dont 2 dans le domaine de l’appareillage médical) sont passés en mains étrangères. Et cette année le tourisme des prédateurs continue. Les financiers étrangers ont compris qu’il y avait des bijoux à acheter, qu’on pouvait transférer le know-how à l’étranger afin de produire les merveilles du génie helvétique dans des usines travaillant à bas coûts. Et puis, composante importante de ce tourisme des prédateurs, grâce ou à cause de la naïveté indécrottable de notre attachement à l’économie de marché, ces prédateurs savent que personne ne viendra protéger nos perles industrielles, menaçant ainsi l’exception industrielle suisse, au milieu d’un continent en pleine déliquescence. Encore un petit effort et nous rejoindrons les autres pays européens et les Etats-Unis dans ce désert industriel qui entraîne dans l’inexorable pauvreté des pans entiers de la Société. Avant que cela n’entraîne le plus grand nombre.

Et pendant ce temps, nos élites continuent de pérorer sur les bienfaits du libéralisme économique et M. Vasella a essayé (mais qui sait quelle est la véritable nature de l’accord signé avec Novartis) le hold-up (presque) parfait.

12/12/2012

Rendre la vie impossible aux délinquants qu’on ne peut renvoyer

C’est le dernier acte de foi de M. Pierre Maudet, en charge de la sécurité à Genève. Il semble que par cet aveu il commence à réaliser l’impossibilité institutionnelle de faire quelque chose de sérieux face à cette problématique. Cette proposition m’en rappelle une autre, tout aussi pathétique, formulée en son temps à Lausanne (voir mon billet «Interdiction de périmètre»).

M. Maudet représentait un des derniers espoirs, pour beaucoup de Genevois, de faire enfin quelque chose pour lutter contre l’insécurité dans notre Canton. Mais entre ses amis de droite qui ne veulent pas ouvrir le porte-monnaie et ses opposants de gauche qui vivent encore au pays des grandes illusions, rien ne bouge et rien n’avance.

La Suisse en général et Genève en particulier, en tant qu’hôte des institutions de l’ONU pour la protection des réfugiés, est dans une situation encore plus délicate que le reste de l’Europe où règne déjà une belle hypocrisie dans ces domaines. Il est excessivement malheureux, absurde et stupide de confondre la protection des vrais réfugiés et la coupable passivité avec laquelle nous refusons de traiter les questions de délinquance liée (la plupart du temps) aux faux réfugiés qui ne viennent ici que pour s’enrichir de la façon la plus vile et la plus rapide.

N’y a-t-il aucune voie de la raison entre ce laxisme insupportable et le fascisme ?

Malheureusement, lorsque nos Sociétés jouent avec le feu, refusent de s’attaquer avec conscience et dignité à certaines problématiques, elles finissent par récolter le fascisme.

 

 

30/11/2012

Politique et insécurité: paroles, paroles, paroles

La sécurité est un thème qui préoccupe les citoyens de notre pays (et de tous les pays européens), et la réponse de la classe politique est tout sauf satisfaisante.

A gauche, on connaît les a priori idéologiques qui empêchent toute évolution pragmatique et raisonnable du débat: ils attendent encore le grand soir qui va révolutionner les relations sociales à un  degré tel que cela va régler tous les problèmes à la fois. Je schématisme bien évidemment, mais penser que l'on va régler les problèmes d'insécurité en Suisse (et en Europe) en changeant fondamentalement l'organisation du Monde et la structure sociale, économique et politique des pays dont proviennent les immigrants (dont quelques représentants, on parle de 3 à 400 personnes à Genève,  gonflent démesurément les statistiques de la criminalité) est à peu près aussi réaliste que d'attendre le retour du Messie.

Quant à la droite, au-delà des propos musclés de certains de ses ténors (entre Sarkozy qui voulait "nettoyer les banlieues au Kärcher" et Blocher dont on connaît la rhétorique), eh bien on attend encore. Ils ont tous les deux occupé des positions leur permettant de faire avancer leurs idées et pourtant on n'a rien vu. Ou si peu. M. Blocher s'est même permis le luxe de refuser la création d'une véritable police fédérale qui serait bien utile aujourd'hui pour lutter plus efficacement contre le crime organisé (argent de la mafia, blanchiment d'argent, trafic de drogue, réseaux criminels de traite d'êtres humains, etc..) qui a profité de l'ouverture des frontières pour s'implanter en Suisse.

C'est tout le problème de la droite qui est également enfermée dans ses a priori idéologiques. Ce ne sont pas les mêmes que ceux de la gauche, mais ils sont tout aussi tenaces. On touche ici au rôle de l'Etat, à l'étendue de ses pouvoirs et de sa puissance. Pour la droite, l'Etat doit rester aussi "mince" que possible et ne surtout pas risquer de retrouver une place qui pourrait le rendre dérangeant pour tous ceux qui profitent d'un Etat faible. Et ils sont nombreux. Depuis 2008 et la plus formidable crise économique depuis 1929, nous en payons tous les jours le prix.

Et pour engager des policiers et construire des places de prison, seules façons connues et pragmatiques de lutter contre la criminalité, il faut de l'argent. Beaucoup d'argent. Et là on rentre en conflit frontal avec un des autres dogmes de la droite: le refus acharné d'augmenter les impôts de ceux qui seuls pourraient économiquement le supporter, est le tabou suprême qui a rang de véritable religion.

Tant que nous, citoyens honnêtes et payant nos impôts sans possibilité aucune de frauder le fisc, serons pris en otages entre les tenants de ces 2 idéologies, nous paierons le prix élevé de l'insécurité, partout où elle s'exerce. Cela peut nous toucher à la maison, dans notre voiture, dans la rue, etc… Cela peut nous toucher nous-même ou n'importe quel membre de notre famille. Et penser que le crime organisé s'implante en Suisse est une perspective effrayante qui devrait créer une sorte d'union nationale pour l'enrayer s'il en est encore temps.

Alors que le temps presse sur tous les fronts, certains de nos élus ont cru bon de renvoyer la très urgente révision du code de procédure pénale en commission. Encore une occasion gâchée de ramener un peu de bon sens dans ce pays.

10/10/2012

Retours forcés: Un témoignage important

Intéressante interview du Conseiller d'Etat Philippe Leuba qui a accompagné incognito un vol de retour vers Moscou de ressortissants russes déboutés de la procédure d'asile.

L'image réaliste et crédible dressée par M. Leuba est celle d'un monde difficile, dans lequel les intervenants tentent de faire de leur mieux un travail hautement sensible sur tous les plans. Les hommes et les femmes qui organisent et participent à ces renvois doivent être touchés personnellement sur le plan humain et nous tous, majorité silencieuse, qui soutenons le principe du renvoi des réfugiés déboutés, ne pouvons que remercier ces personnes de faire ce travail avec autant de professionnalisme.

On est loin des fantasmes véhiculés dimanche passé lors de "La soupe", pardon "l'agence", voulant faire accroire que la Suisse traite plus durement les réfugiés que les terroristes. Bien sûr on reconnaissait dans ces outrances grotesques et mensongères la fine délicatesse humoristique de l'amuseur publique Laurent Flütsch. Humoriste qui est à cet art ce que le McDo est à la gastronomie ou le Panzer à la Ferrari.

Je regrette que cette émission continue avec les mêmes poncifs que la précédente:

  • La Suisse est un pays qui traite les réfugiés de manière inhumaine
  • Les banques sont la seule richesse de notre pays et elles ne sont qu'à honnir
  • L'UDC et ses chemises brunes est le mal absolu
  • Les suisses alémaniques sont des arriérés tarés et xénophobes, etc, etc, etc..

Avec ces quelques hochets répétés en boucle, on a réussi à faire une émission satirique qui a duré 10 ans (je crois). Et maintenant on tente d'en redémarrer une autre sous de mauvais auspices.

Dommage !

Il y a certainement de la place pour une émission satirique à la RSR. Notre personnel politique, y compris (ou particulièrement) jusqu'au plus haut "sommet" de l'Etat offre gracieusement une matière première quasi inépuisable pour des personnes manifestant un minimum d'esprit. Mais l'esprit n'est pas donné à tout le monde: confondre la hargne (voire la haine), la grossièreté, les amalgames, le manichéisme, les poncifs éculés avec de l'esprit est malheureusement ce qui semble plomber cette émission naissante (exactement comme cela avait plombé "La soupe", drôle au début par sa nouveauté, mais tournant en boucle avec les années).

J'espère encore que Mme Durand-Vallade saura percevoir le danger et donnera rapidement un nouveau souffle et une identité à cette émission qui en manque encore cruellement.

23/08/2012

Conseil fédéral: la dream team ?

Au lendemain de l'élection du CF ayant vu l'arrivée de Mme Simonetta Sommaruga et de M. Johann Schneider-Ammann, j'ai pensé bien naïvement, que nous avions un Collège idéal dans sa structure et son équilibre, pour diriger le pays.

Hélas, trois fois hélas, la réalité est cruelle car elle démontre chaque jour un peu plus l'inefficacité, l'amateurisme et la mollesse dudit Collège. Sept sages ? Non, six personnes tellement transparentes qu'on a parfois de la peine à se souvenir de leur nom et une seule ministre digne de son poste.

Vous me direz qu'il est trop facile de tirer sur une ambulance. C'est vrai. Malheureusement, si ces personnes mal à l'aise dans leurs habits professionnels étaient responsables de la buvette du stade, cela ne prêterait pas trop à conséquence. Mais avec les responsabilités et les tâches qui sont les leurs, chaque manquement, chaque tergiversation, chaque dossier mal préparé, mal ficelé, mal négocié (et tout le monde a pu constater que la liste s'allonge tous les jours) et c'est l'avenir de notre pays qui est en danger.

Nous avons l'habitude, en Suisse, de rechercher un gouvernement du plus petit dénominateur commun, ayant le moins d'aspérités possible. Ici nous touchons aux sommets et aux limites de cet «art». L’habituelle  petite cuisine précédant les élections des conseillers fédéraux a débouché sur un désastre. Certes, le Collège semble plus uni qu'à d'autres époques, mais essentiellement dans la médiocrité.

Tous les départements, à part celui de Mme Leuthard (voir mon billet sur "Doris Leuthard: la divine surprise"), démontrent ce manque d'ambition, de vision. L'impréparation règne partout. Six ministres sur sept qui dysfonctionnent, qui n'ont pour eux que leur ambition personnelle mais qui en manquent cruellement pour leur pays, cela crée une situation d'insécurité pour le pays, ses institutions, ses entreprises et ses habitants.

Que ceux qui ont éjecté le très controversé M. Blocher du Conseil fédéral se demandent ce qu'il aurait pu apporter au fonctionnement du gouvernement en ces temps extrêmement troublés. Que ceux qui ont préféré élire une Simonetta Sommaruga à la place de Mme Karin Keller Sutter s'interrogent sur les conséquences de ce choix. Que ceux qui ont préféré élire un Alain Berset à la place de M. Pierre-Yves Maillard aient le courage de reconnaître qu'ils ont contribué à élire un Collège qui, à force d'être consensuel, en est réduit à une quasi impuissance. Et ce n'est pas le énième compromis veule et lâche du Conseil Fédéral repoussant l'entrée en vigueur de la loi Weber contre les résidences secondaires au 1er janvier 2013 qui redorera leur blason.

Ah, on n'aime pas les têtes qui dépassent dans ce pays. C'est possible de fonctionner ainsi quand les eaux sont lisses et calmes. C'est quasi suicidaire en des temps aussi troublés.

14/08/2012

Qui veut noyer son chien, l’accuse d’avoir la rage (4)

A propos du sauvetage raté de Swissair traité avec mépris (comme le reste) par le journaliste, mentionné dans mon deuxième billet sur ce sujet (voir "Qui veut noyer son chien, l’accuse d’avoir la rage (2)"), j'ai oublié de rappeler les points suivants:

  • combien de milliers d'employés Swissair ont perdu la totalité de leur 2ème pilier ?
  • combien la Confédération et les Cantons, principaux actionnaires de la défunte compagnie, ont perdu en bourse suite à sa faillite ?
  • combien la Confédération, c'est-à-dire encore nous, a dépensé pour créer Swiss, tout cela pour la vendre une bouchée de pain à Lufthansa grâce aux "qualités" de visionnaires et de gestionnaires de notre gouvernement ?

On est très loin des images d'Epinal ou d'une nostalgie romantique des symboles bucoliques de la Suisse.

13/08/2012

Qui veut noyer son chien, l'accuse d'avoir la rage (3)

M. Weber est un passionné qui ne peut s'embarrasser de mots d'ordre. Il a l'étoffe des géants. De ces rares êtres qui savent par eux-mêmes ce qu'ils doivent entreprendre et quels combats méritent d'être menés. Grâce à lui, le Lavaux a été sauvé contre l'avis de ses habitants qui ne pensaient qu'à faire fructifier leur patrimoine foncier. Mais également l'Engadine, le village des Baux de Provence. Delphes dont il est citoyen d'honneur. Il a lutté pour protéger les bébés phoques au Canada et les éléphants au Togo. Entre autres.

Est-ce xénophobe et raciste de dire que la Suisse a un problème de développement et qu'elle devrait limiter la croissance de sa population ? Je pense que c'est parfaitement arbitraire et diffamant de le prétendre.

Est-ce que la Suisse est surpeuplée ? Franchement je ne le sais pas. Ce que je sais par contre et je l'ai déjà écrit dans un billet ("La Suisse aussi doit se restructurer") est que ce pays se développe de façon chaotique et anarchique. La grande décentralisation liée au fédéralisme permet à chaque commune de faire tout et n'importe quoi. Les bâtiments et les infrastructures poussent dans tous les coins, n'importe comment. Des maisons, des usines, des entrepôts, des centres commerciaux poussent partout, comme des champignons. Si l'on n'y prend garde, le plateau suisse ne sera bientôt plus qu'une gigantesque ville avec quelques espaces verts.

Si l'on prend le cas de Genève, à cause de tous les blocages que l'on ne connaît que trop, de la spéculation immobilière, de la frontière, etc.. le bassin des travailleurs genevois va à peu près de Annecy / Bellegarde / St-Gingolph du côté français à Neuchâtel et Villeneuve côté suisse. C'est proprement délirant et cela suppose des migrations de population gigantesques pour une ville de taille encore modeste (900'000 habitants pour le Grand Genève), tous les matins et tous les soirs. Cela met une pression énorme sur les infrastructures et génère une pollution monstrueuse. L'exigence d'une troisième voie CFF entre Genève et Lausanne est d'ores et déjà dépassée. Le temps qu'elle se réalise (on peut rêver) elle sera déjà totalement inadaptée. Il faut immédiatement demander la 4ème voie. Merci pour les riverains. Et c'est ainsi partout en Suisse. Les autoroutes et les transports ferroviaires sont de plus en plus sursaturés. Le logement ne suit pas. A cause de cela il est de plus en plus cher, ce qui oblige les citoyens à vivre de plus en plus loin de leur lieu de travail. Cercle vicieux. L'anarchie menace.

Espérons que cette initiative aura le mérite d'obliger notre classe politique à réfléchir au développement de ce  pays avant qu'il ne soit trop tard. Et grâce au dernier succès de M. Weber, on va peut-être éviter que la spéculation ne continue à miter nos alpages jusqu'au pied des plus hautes montagnes.

Ne laissons pas ce pays aux seules mains de ceux qui ont comme devises: «enrichissons-nous le plus et le plus vite possible tant qu'il en est encore temps» et «après moi, le déluge».

M. Weber fait partie de ces géants qui se battent tous les jours pour des causes qu'ils croient justes. Tous les jours, depuis 50 ans, il doit dépenser des trésors d'énergie, d'imagination. Il doit résister aux attaques mesquines ou ciblées pour lui nuire. Dans un tout autre registre, il me fait penser à un Federer qui lui aussi se bat tous les jours pour être et rester au sommet de son art. J'aimerais que ceux qui scribouillent contre des êtres de cette trempe se demandent humblement combien de secondes, et toute personne ordinaire pourrait être fière si elle pouvait répondre «une», de leur propre vie ils ont été au sommet de leurs professions respectives.

Si j'étais M Weber, j'intenterais un procès à ce journaliste pour diffamation. Mais je ne suis pas un géant, je ne suis qu'un être ordinaire. C'est cela avec les géants, ils regardent ceux qui essayent de leur mordre sauvagement les chevilles, du moins c'est ce qu'ils espèrent, de toute leur hauteur, de toute leur grandeur. Avec consternation parfois. Mais jamais ils ne s'abaissent au niveau de ceux qui les pourchassent de leur hargne, de leur(s) frustration(s) ou au nom de leurs visées politiques et économiques plus ou moins bien déguisées.

Qui veut noyer son chien, l'accuse d'avoir la rage (2)

Je continue ici l'analyse des 2 articles à charge contre M. Franz Weber (voir mon premier billet sur le sujet "Qui veut noyer son chien, l'accuse d'avoir la rage (1)").

Tout y passe ensuite. Du sauvetage de l'hôtel de Giessbach (au bord du lac de Brienz) qui ne serait que la preuve d'un «conservatisme passéiste» alors que c'est une réussite architecturale et patrimoniale. Au sauvetage raté de Swissair, tentative qui lui est bien entendu également reprochée comme étant la preuve de son irréfutable attachement à des symboles du passé. En passant par ce qu'il aurait déclaré à propos de l'armée «(j'en) veux à ceux qui ont détruit notre armée suisse formidable qui a défendu le pays [...] (et à ceux) qui ont jeté la neutralité au panier». Le journaliste, encore lui, en profite pour tenter d'écorner son image en précisant: «on est bien loin de l'image d'antimilitariste que ses adversaires ont cherché à imposer pendant la campagne contre le bruit des F/A-18». A mon avis, la Suisse qui est aujourd'hui littéralement en état de guerre avec ses voisins et ses concurrents économiques profiterait d'avoir encore une armée de 500'000 hommes, crédible, au lieu d'avoir une armée d'opérette dirigée au niveau politique par une personne dont on se demande quelles sont ses compétences en la matière. Cela ne voudrait pas dire que nous enverrions nos porte-avions menacer nos voisins mais cela nous donnerait peut-être un plus grand sentiment de confiance en nous-mêmes, dans les difficiles négociations menées sur tous les fronts et éviterait ainsi à notre gouvernement de baisser la culotte à chaque haussement de cils de tel ou tel gouvernement.

Il lui est même reproché (ô dérision) d'avoir déclaré «aujourd'hui, les jeunes ont le cul qui traîne par terre dans leurs pantalons trop larges. Toutes les valeurs foutent le camp. Les gens n'arrivent même plus à s'habiller correctement». Là non plus je ne vois pas ce que cela a de rétrograde. Toute personne raisonnablement constituée ne peut que trouver pathétique cette façon de s'habiller. Ces jeunes gens me font toujours penser à de petits enfants qui auraient fait dans leurs pampers et dont la maman n'aurait pas encore eu le temps de les changer. Mais quel est l'intérêt d'utiliser des petites phrases aussi anodines pour essayer de rabaisser un homme dont les combats parlent d'eux-mêmes.

L'article se termine sur une nouvelle attaque perfide «c'est à se demander si ce n'est pas pour mieux entretenir le malentendu sur ses idées que Franz Weber a toujours refusé de rejoindre un parti politique».

Eh oui, c'est très déstabilisant pour les esprits ordinaires de ne pouvoir coller une étiquette sur ceux qui les dépassent de la tête et des épaules.

Heureusement que M. Weber n'a jamais rejoint un parti politique car il aurait perdu toute liberté en devant marcher au garde-à-vous au son des slogans concoctés dans les officines des partis.

Je vais reprendre quelques points dans un troisième billet car il y a encore beaucoup à dire face à une telle manipulation de l'information.

12/08/2012

Qui veut noyer son chien, l'accuse d'avoir la rage (1)

J'ai déjà écrit un billet sur M. Franz Weber ("Il nous faut un Franz Weber contre le bruit"), je ne pensais pas en écrire un deuxième, mais l'actualité en a décidé autrement. Depuis qu'il s'est engagé en faveur de l'initiative d'Ecopop, il a eu droit à 2 éditoriaux assassins de M. Fabian Muhieddine dans la TDG (mercredi 8 et samedi 11 aoùt).

Le mercredi 8 août, on apprend de sa plume que cette initiative qui veut limiter le nombre de résidents est forcément xénophobe et qu'en soutenant celle-ci, M. Weber a «franchi la ligne rouge». Et samedi, que «sa croisade contre la surpopulation jette une nouvelle lumière sur le combat de l'écologiste». Très négative comme de bien entendu.

C'est cela qui est pratique avec le prêt-à-penser: il suffit d'appuyer sur un ou deux boutons pour obtenir un raisonnement tout prêt à la sortie de l'imprimante. Depuis le temps que de nombreuses forces dans ce pays tentent de l'abattre et qu'elles n'ont jamais pu le faire à cause de sa popularité et de sa très haute stature morale, ces forces ont peut-être enfin trouvé, croient-elles, la faille dans l'armure.

Dans l'article de samedi qui veut répondre à la question qu'il se pose à lui-même, à savoir «Franz Weber a-t-il trente ans d'avance ou au contraire cent ans de retard ?» le journaliste va chercher dans les engagements passés et surtout les petites phrases lâchées ici et là aux medias par M. Weber les preuves de ce qu'il suggère. Et rien ne permet de supposer que ce Monsieur a parlé avec M. Weber pour savoir ce qu'il pensait vraiment. Non. Mieux vaut fouiller les poubelles. Tout dans cet article est biaisé et malsain. Le choix des mots, les lourds sous-entendus, les attaques frontales, la photo, sont autant de façons de tenter de dénigrer cet homme.

L'article commence en rappelant que M. Weber est «soutenu par les milieux de gauche, notamment écologistes, qu'il aime citer Henri Dunant et passe pour un humaniste». Bien qu'il ne fasse pas bon être considéré comme «soutenu par les milieux de gauche» dans ce pays, notez bien le «passe pour un humaniste». Inutile de commenter cette tournure de phrase qui est très péjorative.

Un paragraphe plus loin, on apprend que M. Weber s'est «engagé dans une nouvelle croisade contre la surpopulation et cela en soutenant une initiative extrémiste d'Ecopop. [...] au nom de la protection de la nature, il s'agit de lutter contre la prolifération de l'être humain».  Là aussi, on peut relever les mots très connotés de «croisade» très employé dans le cadre de la guerre de Bush contre certains pays musulmans, «extrémiste» très utilisé pour dénoncer les partis politiques pratiquant une politique populiste (donc d'extrême-droite) et «prolifération» faisant penser que les initiants considèrent l'être humain comme une vermine dont il faut éviter la prolifération.

Ensuite pour bien souligner de supposées accointances, le journaliste assimile M. Weber à l'UDC en écrivant «A l'image de l'UDC, il glorifie le mythe d'une Suisse ancienne avec 4 millions d'habitants».

Insinuons, insinuons, il en restera toujours quelque chose.

Plus loin, on passe de l'insinuation à l'accusation frontale, lorsque le journaliste écrit «cette semaine, M. Weber a clairement rejoint l'autre extrême (droite s'entend) en disant sur le ton de la barque est pleine: on ne peut mettre dans un appartement plus de personnes qu'il ne peut en contenir. Pour un pays c'est pareil». En quoi ce monsieur a-t-il le droit d'interpréter les propos de M. Weber dans le sens de ce qui a été dit en Suisse à une triste époque pour éviter d'accueillir trop de réfugiés fuyant le nazisme. C'est de la pure calomnie.

Je continuerai l'analyse de cette «information» très orientée dans un prochain billet.

25/07/2012

Limiter l'asile, c'est le sauver

Ce soir, l'émission «Forum» sur la RTS a invité M. Alexandre Casella. En sa qualité d'ancien directeur du HCR, il s'est permis de dire des choses excessivement pertinentes et qui font un bien fou dans le débat proprement délirant sur l'asile.

M. Casella a d'abord rappelé ce qu'était un réfugié (je cite de mémoire): «toute personne qui doit fuir son pays pour des motifs politiques, religieux ou ethniques». Il poursuit en précisant que les réfugiés économiques ne méritent donc pas le statut de réfugié politique et que la Suisse ne devrait même pas entrer en matière sur ces dossiers-là. Il prend en exemple le cas des Tunisiens qui ne sont l'objet d'aucune menace dans leur pays et n'ont donc rien à faire en Suisse et en Europe. Et qu'ils coûtent très cher dans les procédures d'asile, soit environ 20'000 CHF par année et par personne.

M. Casella donne ensuite la dimension du problème en rappelant que la Suisse est un des pays du monde où il y a le plus d'étrangers, où il y a le plus de réfugiés et là où ils sont le mieux traités. Il y a environ un réfugié pour 330 habitants en Suisse, 1 sur 2'000 en Allemagne, 1 sur 7'000 en Italie et 1 sur 100'000 au Japon.

Limiter l'asile aux seuls réfugiés politiques qui le méritent est la seule façon de «sauver l'essence du droit d'asile». Si la Suisse a pêché jusque-là, «c'est par excès de générosité».

Ce point de vue est clair et limpide et éclaire le débat. Ceux qui empêchent le débat, jettent l'opprobre sur ceux qui font leur travail dans les procédures d'asile en essayant de distinguer ceux qui méritent de recevoir le droit d'asile et ceux qui ne le méritent pas, pourrissent le débat et portent une lourde responsabilité dans les tensions sociales liées aux abus manifestes dans le droit d'asile.

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07/07/2012

Il nous faut un Franz Weber contre le bruit

Par une (enfin) belle journée, j'ai décidé de commencer ma saison de marches en montagne (mieux vaut tard que jamais) en faisant une petite montée légère entre Grindelwald et Kleine Scheidegg. Soit mille mètres de dénivelé. J'adore cet endroit qui se trouve au pied de ces 3 géants des Alpes bernoises, l'Eiger, le Mönch et la Jungfrau (les 3 montagnes qui illustrent mon blog, j'en profite pour le préciser).

Las. Je n'avais jamais vu, ou plutôt entendu, cela. J'ai eu droit à une moto tout terrain qui empruntait un sentier pédestre, une dizaine de voitures qui remontaient bien trop haut sur les alpages à mon goût et un ballet littéralement incessant d'avions de tourisme et d'hélicoptères faisant survoler ces belles montagnes à des touristes. Et quand je dis «incessant», cela veut vraiment dire «incessant». Infernal en résumé. Et les set de table de la région qui clament «Experience nature at its best» paraissent surréalistes face à la triste réalité des choses.

Lorsque j'entends tous ces défenseurs de l'autorégulation, de l'autodiscipline, du refus de l'ingérence de l'Etat dans la vie privée des citoyens clamer qu'il faut refuser que l'Etat régule ceci ou cela sous prétexte que les gens sont suffisamment adultes et raisonnables pour décider ce qui est bon ou néfaste pour eux, eh bien je suis désolé, mais cela ne fonctionne jamais. Chaque fois qu'on laisse la responsabilité pleine et entière à l'appréciation de chacun, on finit avec la chienlit. Et ce n'est pas le combat d'arrière-garde de M. Marc Bonnant contre l'interdiction de fumer qui me fera changer d'avis: comment peut-on utiliser une telle intelligence pour des combats aussi peu honorables et peu dignes d'intérêt ?

La chienlit, c'est malheureusement ce qui est en train de se passer à Grindelwald, exactement comme cela se serait passé dans le Lavaux si M. Franz Weber n'avait pas lancé, par deux fois, une initiative pour le sauver. Un jour, malgré eux, les vignerons de ce coin du canton de Vaud ont été fort heureux de se voir inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais ils ont eu la mémoire bien courte et bien ingrate, puisqu'ils n'ont même pas cru bon d'inviter leur sauveur à la cérémonie.

La Suisse devrait ériger une statue en remerciements à ce Guillaume Tell des temps modernes, ce visionnaire infatigable, pour l'ensemble de ses combats. Un homme qui voit, là où les autres sont encore aveugles ou aveuglés par des intérêts personnels et égoïstes qu'ils estiment parfaitement légitimes. Pour autant que nos systèmes exécutif et législatif respectent la volonté populaire clairement exprimée lors de sa très récente initiative pour la limitation des résidences secondaires, on peut espérer mettre un frein relatif à l'emprise de l'homme sur notre patrimoine naturel. Au moins visuellement.

Malheureusement, force est de constater que d'autres pollutions se lancent à l'assaut de nos montagnes. J'en ai fait la cruelle expérience aujourd'hui. Il est urgent de légiférer pour mettre, là aussi, des limites à l'appétit insatiable de l'homme pour des plaisirs discutables, futiles, inutiles, déplacés, absurdes. Avons-nous vraiment, sauf pour gagner un argent facile, besoin d'organiser des norias d'hélicoptères transportant des touristes argentés, pressés et paresseux, à l'assaut des plus beaux sites naturels de notre pays ?

Si nous n'y prenons garde, le moteur à explosion va envahir nos derniers espaces de relative tranquillité et transformera nos montagnes en annexes de nos enfers urbains. Il n'y aura jamais d'autorégulation, pas plus dans ce domaine que dans les autres. Celui qui peut se payer quelque chose se le paye. Et si c'est cher comme un tour en hélicoptère, eh bien c'est encore mieux. Quelle meilleure façon d'afficher sa réussite et de véhiculer son morne ennui blasé que de faire des choses que la majorité ne peut pas se payer ?

Il nous faut un nouveau combat pour sauver nos montagnes en danger !

01/06/2012

La Suisse paye sa vertu très cher

Notre pays a été un des premiers à avoir raison en se dotant de freins à l'endettement. Aujourd'hui, alors que les pays qui nous entourent ne savent comment faire pour sortir de l'impasse, la Suisse est un minuscule îlot de résistance à la crise, au milieu de l'Europe.

Avant la monnaie unique, lorsque la crise frappait un pays européen, eh bien nous savions que l'impact resterait limité, et quand la crise frappait un pays comme la Grèce et sa monnaie, nous savions que cela n'aurait à peu près aucun impact sur nous.

Aujourd'hui, comme hier, le franc suisse est une valeur refuge. La différence, outre la gravité sans précédent de la crise, est qu'elle frappe un bloc. Ce n'est plus le franc français ou la lire italienne, c'est l'euro. Monnaie unique d'un continent disparate tant du point de vue politique qu'économique. Et comme les Etats-Unis et le dollar sont à peu près aussi malades, le risque pour la vertueuse Suisse est grand.

La BNS a dû prendre des décisions courageuses pour soutenir la prospérité de notre pays. Avait-elle le choix, franchement je n'en sais rien. Pas plus que les observateurs les plus avisés. Mais lorsque l'on voit le bilan de la BNS gonfler comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, avec des monnaies plus ou moins «pourries» en plus (44% du bilan en euros), on prend quelque peu peur. Cet engagement est potentiellement hyper dangereux car il fait courir à notre pays un risque systémique aussi énorme que la presque faillite de l'UBS en 2009. Ne rien faire aurait été tout aussi suicidaire. Nous naviguons sur une mer démontée, devant nous garder de Charybde comme de Scylla.

Nous ne sommes ni dans l'UE, ni n'avons adopté sa monnaie unique, mais les soubresauts de la mondialisation ratée (ratée pour les peuples, mais pas pour les actionnaires) et les difficultés quasi inextricables de la zone euro impactent notre pays et hypothèquent notre avenir.

La Confédération et la BNS ont, à l'époque de l'UBS, concocté le plan le plus intelligent et le plus astucieux de sauvetage d'une banque jamais imaginé. Mais si la BNS devait perdre des sommes colossales sur devises, qui viendra à son/notre secours ?

22/04/2012

Sortir du nucléaire coûtera plus cher que prévu

C'est, apparemment, ce que vient de découvrir M. Gerold Bührer, président de la Fédération des entreprises suisses.

N'est-ce pas magnifique de voir que ce que ce Monsieur découvre aujourd'hui n'est rien d'autre que ce que toute personne sensée dit depuis des décennies. Un fond, insuffisamment approvisionné d'ailleurs (voir mon billet du 24 novembre 2011, « Le (bientôt) vrai prix du nucléaire » sur ce sujet), a été créé pour financer cette sortie. Et dans un bel illogisme, il semble vouloir utiliser cet argument pour ne pas en sortir. Un peu comme si on vous disait que vous taper sur la tête avec un marteau faisait mal et que vous répondiez que c'est pour cette raison que vous devez continuer...

Pour M. Bührer, il faut continuer à développer la technologie nucléaire. Bien. Cela nous garantirait-il que la sortie du nucléaire coûtera moins cher ?

Je ne vois pas en quoi une double sortie du nucléaire, celle des réacteurs actuels plus le coût de construction plus que pharaonique de nouvelles centrales auquel il faudra ajouter le coût de leur démantèlement dans 30-40 ans (mais peut-être s'en moque-t-il puisque ce sont nos enfants et petits-enfants qui paieront ?) serait moins cher que de sortir maintenant de cette folie ?

Et ceci ne tient aucun compte des coûts simplement insupportables des accidents d'origine nucléaire, aussi bien en termes humains et environnementaux que financiers. Voir mon billet du 21 avril 2011, « Qui paye(ra) pour Tchernobyl » (et Fukushima) sur ce sujet.
La technologie nucléaire est une folie, une illusion et une solution de facilité qui n'enrichit que les grands investisseurs, puisque justement, après avoir encaissé de copieux bénéfices, ils vont tout faire pour se soustraire à leurs obligations financières dans le démantèlement des réacteurs existants.

Où tout le monde (ou presque) peut être d'accord avec M. Bührer c'est sur la nécessité de réfléchir très sérieusement à notre stratégie future. Il n'y a pas de solution miracle. Aucune énergie alternative ne remplacera le nucléaire d'un coup. Seul un mix énergétique la remplacera. Et je suis quelque peu sceptique sur la question des économies d'énergie: l'être humain est paresseux par nature et entre les belles intentions affichées par beaucoup (je suis pour la protection de l'environnement, c'est ma priorité) et la réalité (je continue de vivre comme si l'approvisionnement énergétique était éternel et illimité) il y a souvent un fossé. De plus, la population de ce pays est en augmentation. Nous sommes à peu près 8 millions d'habitants et les 10 ne sont plus une utopie. Je ne vois dès lors pas comment les « économies d'énergie » seraient la principale solution à notre avenir énergétique. Elles sont indispensables, certes, mais ne feront, au mieux, que de limiter les dégâts.

Mme Leuthard travaille courageusement et intelligemment à l'organisation de notre futur énergétique. Mais un gouvernement ne peut tout faire tout seul. Aucun gouvernement occidental, ultra-libéralisme oblige, n'a plus les moyens de trouver seul les solutions. Nous avons besoin des investisseurs privés pour  investir dans notre futur énergétique.  Ils sont largement responsables du chaos actuel en ayant mis tous les investissements dans le même panier et en refusant d'investir pour trouver une alternative au nucléaire. Ils ont beau jeu de nous dire aujourd'hui qu'il n'y en a pas. Et pour cause !

C'est pourquoi il est si important que les gouvernements fixent un cadre strict à l'avenir de notre approvisionnement énergétique. Le jour où les investisseurs privés verront que nos gouvernements sont sérieux, ils réévalueront leurs stratégies. Pas avant. Espérons qu'alors ils feront le choix du bien commun, le choix d'un avenir positif et respectueux de la Vie. Enfin. Et pour une fois.

20/03/2012

Doris Leuthard: la divine surprise

Sans verser dans une naïveté de mauvais aloi, j'ai suffisamment critiqué Mme Leuthard (voir mon billet "Voilà pourquoi la droite voulait le DETEC") pour pouvoir écrire combien je suis stupéfait par les 2 décisions courageuses prises par elle depuis une année.

Tout d'abord il y a sa volonté très claire de sortir du nucléaire après la catastrophe de Fukushima (et pourtant ses liens avec l'industrie nucléaire sont connus). Et jusqu'à présent elle garde sa ligne sans trembler.

Puis sa volonté très nettement affichée, d'appliquer clairement la volonté du peuple suisse dans la question de la limitation de la construction de résidences secondaires, suite à l'acceptation de l'initiative de Franz Weber. Ce qui lui vaut de recevoir une volée de bois vert, y compris de membres de son propre parti.

Dans les 2 cas, elle aura réagi avec intelligence, finesse, détermination et en parfaite démocrate. En vrai chef d'Etat même, ce qui est suffisamment rare en Suisse pour être souligné. Et pas sûr que M. Leuenberger aurait fait mieux en pareilles circonstances.

Je respecte beaucoup M. Franz Weber, « pour l'ensemble de son œuvre » dirait-on au cinéma. Honnêtement, je n'avais pas une idée arrêtée par rapport à sa dernière initiative, mais plus j'ai entendu ces promoteurs couiner, insulter, invectiver et tenter de manipuler la population, y compris en utilisant l'équipe de football de Sion, et plus je me suis rendu compte combien M. Weber avait une fois de plus raison, de vouloir empêcher certains milieux de s'enrichir sans scrupules et sans respect pour l'environnement.

Dieu merci, malgré toutes les manipulations, l'initiative a abouti. Et merci à Mme Leuthard de se battre pour faire respecter le verdict des urnes.

27/02/2012

Caisse EGK: pas une surprise

Au vu du comportement trop souvent scandaleux des caisses maladie en Suisse, il y a longtemps que je n'éprouve plus le moindre sentiment ni de loyauté, ni de fidélité vis-à-vis de ma caisse maladie.

Au cours de ce tourisme des assureurs, il se trouve que, il y a quelques années, je me suis retrouvé assuré par cette caisse et cela tout simplement parce qu'à un moment donné, elle a été la moins chère pour ma classe d'âge (et autres paramètres entrant dans le calcul des primes).

Eh bien à la fin de la première année (au moins cela) et bien que je n'aie rien coûté à la caisse, j'ai reçu une augmentation phénoménale pour l'année suivante. J'en avais conclu que c'était le fonctionnement normal de cette caisse: on fait des primes défiant toute concurrence pour attirer le chaland et la deuxième année on matraque  le malheureux qui aurait la faiblesse de rester. Et tout cela est la preuve que ce n'est pas juste une chasse aux bons risques: ils augmentent aveuglément en fonction de critères que personne ne connaît ni ne comprend.

Il y a trop d'amateurs ou d'incompétents ou de margoulins dans cette branche économique et c'est pourquoi je milite non seulement pour un contrôle strict des caisses maladie mais bien plutôt pour une caisse maladie unique, sur le très bon modèle de la SUVA.

L'avenir nous dira si le nouveau Conseiller fédéral aura plus d'idées et de succès dans la nécessaire reprise en main des Caisses et si ses convictions survivront au consensus mou du Conseil fédéral.

16/02/2012

Evitons un psychodrame

Je ne me prononcerai pas ici sur l'utilité ou l'inutilité pour la Suisse d'acquérir un nouvel avion de combat. Je dois admettre pourtant, que sur ce terrain, les arguments des uns et des autres restent peu convaincants. Et les lacunes stratégiques inquiétantes de notre ministre de la défense (on se disait qu'il serait difficile de faire pire que le notaire bernois à ce poste et pourtant on en arrive presque à le regretter) n'apportent aucune réponse  quant à l'utilité de ces avions, pas plus qu'aux missions de l'armée en général (à part qu'elle doit être "le meilleur de la mônde").

Parmi les grands arguments des opposants il y a le prix insupportable de ces nouveaux avions, le fait  que la Suisse n'a pas les moyens de les acheter, que cela va grever d'autres budgets et patati et patata.

Or, une fois encore le budget de la Confédération, malgré la crise épouvantable qui secoue l'Occident depuis 2008, a généré un boni de 2 milliards de francs en 2011. Après avoir dégagé plus de 3 milliards en 2010, etc..

Ces avions qui coûteront, au maximum, à peine plus de 3 milliards (on parle régulièrement de nouvelles offres nettement en-dessous de ces 3 milliards ces derniers jours) pourraient donc être payés presque intégralement avec les excédents d'une seule année du budget de la Confédération. Il serait donc temps de cesser de parler d'argent afin de se consacrer à la vraie question des missions de notre armée.

Cela pourrait sans doute nous éviter un nouveau psychodrame national, épuisant et dont nous n'avons que faire et nous permettrait de consacrer notre temps et notre énergie à ces questions fondamentales et ô combien plus vitales pour notre avenir que sont les buts, les missions et la raison d'être de notre armée.

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28/12/2011

La Suisse aussi doit se restructurer

Dans mon billet précédent je parlais du besoin, pour Genève, de supprimer cette pléthore d'Exécutifs qui contribuent à paralyser son développement. Je sais bien que cette idée est encore très utopique et que les communes en question vont se battre becs et ongles pour maintenir le privilège d'administrer leur pré carré et de défendre leurs intérêts parfois étroits (les habitants des communes les plus riches du canton ont-elles la moindre volonté de partager une communauté de destin, ne serait-ce que fiscale, avec les plus pauvres ?)

Genève doit impérativement changer pour s'adapter au rythme imposé par la mondialisation et la compétition de plus en plus frénétique imposée par les autres villes qui toutes cherchent à se profiler sur la scène internationale. Genève doit choisir entre rester un grand village fier de sa réputation planétaire et devenir une véritable métropole au développement intelligent, cohérent, coordonné, et offrant des nouveaux quartiers emblématiques, notamment par leur convivialité et par leur qualité de vie axée autour des normes les plus audacieuses en termes de protection de l'environnement.

Ce qui est vrai pour Genève l'est tout autant pour la Suisse. Ce pays minuscule par la taille, ne l'est certes pas par son rayonnement. Mais pouvons-nous nous permettre de conserver un système de 26 Etats confédérés dans un si petit territoire ? Ici comme là, cela complique immensément la prise de décisions car il faut négocier à tant de niveaux différents et respecter tant de susceptibilités que cela devient une véritable usine à gaz. A mon humble avis, la structure actuelle était parfaite au 19ème siècle, à une époque où la difficulté à se déplacer dans un territoire largement occupé par les Alpes, prévalait. Mais la construction de toutes ces autoroutes et de tous ces tunnels a réduit notre perception de la taille de notre territoire national. Aujourd'hui il me semble absurde, au-delà de l'Image d'Epinal, de continuer de respecter cette ancienne structure.

Certes, sur le plan national, il y a une véritable recherche de fusion des Communes (même si certaines tentatives ont échoué). Cette tendance est louable, même si elle me paraît trop lente. Je crois, toutefois, qu'il faut aller beaucoup plus loin et oser remettre en question des vérités qui sont encore taboues. Je pense que dans un avenir relativement proche, la Suisse devra s'articuler autour de 4,5 ou 6 Régions dont le centre sera une des «grandes» villes. Le découpage devra se faire intelligemment afin de respecter les équilibres linguistiques et économiques afin que la gouvernance du pays reste un subtil équilibre entre ces différentes Régions. Mais 4,5 ou 6 Régions de 1-2 millions d'habitants offriraient une dynamique plus grande et accéléreraient la prise de décision. La fusion de Genève et du Canton de Vaud, dès lors, ne devrait plus être un tabou tant notre communauté de destin est grande (mais ne peut se faire sans que les cantons alémaniques s'engagent dans la même concentration).

Là aussi, il s'agit de penser hors de nos habitudes actuelles, mais si ces mouvements sont bien conçus, il devrait en résulter un grand bien. La concentration des pouvoirs n'empêche pas le respect de l'autre et devrait faciliter l'aménagement du territoire. La structure actuelle encourage au contraire le mitage du territoire (chaque Canton et chaque Commune veut se développer à tout prix pour sauver sa peau). Ce développement galopant et anarchique est un cauchemar et contribue à enlaidir furieusement notre si beau pays. Le jour n'est plus très loin où il sera impossible de traverser la Suisse sans voir partout ces hideuses zones industrielles, artisanales, ces Centres d'achats à la périphérie de nos villes, voire de nos villages. Il reste peu d'années avant que le désastre ne soit consommé et irréversible.

La Suisse doit se repenser autrement, sans pour autant perdre le respect des différences qui fait sa force et son originalité.

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22/09/2011

Trop de mots, pas assez d'actes

Officiellement, le trafic sur les routes nationales a doublé ces 20 dernières années.

Je crains qu'il en soit à peu près de même dans nos villes. En tous les cas, mon nez est convaincu de la hausse constante et considérable de la pollution dans notre pays et dans nos villes. Je suis effaré de l'explosion du nombre de mobylettes qui sillonnent nos rues, été comme hiver, des engins littéralement monstrueux tant ils sont une agression systématique pour nos poumons et nos oreilles. Tout aussi effaré par l'augmentation de vieilles voitures poussives, évidemment sans pot catalytique, dont, même lorsqu'elles se cachent derrière le doux euphémisme de «old timer», n'en sont pas moins des bombes à retardement ruinant tous nos efforts pour améliorer la qualité de l'air. Comme en plus la part des voitures roulant au diesel a également explosé dans le parc automobile, passant de 4-5% il y a 20 ans à près de 40% aujourd'hui , et en n'oubliant pas que le parc automobile suisse détient le triste privilège d'être le plus polluant d'Europe, on comprend que l'air de nos finalement petites villes, devient irrespirable. Tout cela alors que 80% des Suisses se disent «prêts à faire quelque chose pour l'environnement».

Il serait temps de commencer à faire ce quelque chose. Certes, à partir de 2012, les nouvelles voitures diesel devront être équipées d'un filtre à particules, comme dans le reste de l'Europe, mais cela ne suffira pas. De loin pas.

Il faut prendre des décisions courageuses et pourquoi ne pas commencer par ces milliers de camions et de bus qui circulent tous les jours dans notre pays et qui étouffent nos villes.

Il y a des centaines d'automobiles postales et de bus des transports publics qui circulent la journée sur des itinéraires fixes et qui passent la nuit dans un hangar, toujours le même. La même chose peut être dite de milliers de camions de livraison qui ne font que quelques dizaines de kilomètres par jour, depuis leur entrepôt jusqu'à leurs clients. Ces engins extraordinairement bruyants et polluants seraient des candidats parfaits pour introduire les moteurs électriques dans leur exploitation quotidienne. Je suis persuadé qu'avec de la bonne volonté et des décisions ambitieuses, nous pourrions utiliser les milliers de m2  de toits de ces hangars et de ces entrepôts pour produire l'énergie électrique d'origine solaire qui ferait circuler ces véhicules, pour le plus grand bénéfice de nos oreilles et de nos poumons. En bref de notre santé.

Doit-on attendre d'être tous encore plus malades du bruit et de la pollution pour oser enfin prendre des mesures  volontaristes, coercitives au besoin, pour faire avancer les choses dans la bonne direction.

La nature humaine est ainsi faite, comme on l'a vu avec la fumée dans les lieux publics, que si l'on attend sur la bonne volonté des uns et des autres eh bien on peut attendre pour l'éternité. A un moment donné, il faut que l'Etat, qui devrait incarner le rôle de garant du bien vivre ensemble, impose, par toutes les mesures appropriées, un bond en avant qualitatif, que cela plaise ou non à certains.

12/08/2011

Fonds de pension, un double danger

Parmi les mythes véhiculés par la Révolution conservatrice, il y a celui de l'efficacité supérieure du secteur privé sur le secteur public.

Outre qu'il n'est pas forcément extrêmement difficile d'être «efficace» lorsque l'on profite des infrastructures construites à coups de milliards par d'autres (exemple les voies de chemin de fer ou les routes et autoroutes ou les aéroports, etc.. construits par l'Etat justement), que l'on n'a pas une conscience sociale chevillée au corps (voire l'apparition des working poors depuis la dérégulation de l'économie) et que l'on n'hésite pas à aller faire faire tout ou partie de ses activités administratives ou de production en Inde et en Chine, il y a lieu de se poser beaucoup de questions. J'en ai déjà posé beaucoup dans ce blog. Mais aujourd'hui j'aimerais parler d'un autre sujet, celui des Fonds de pension.

En Suisse (mais ce système est également hyper développé aux Etats-Unis par exemple), les Institutions qui sont chargées de faire fructifier notre épargne déposée au titre du deuxième pilier sont entre les mains d'entreprises privées (banques et assurances). Celles-ci sont tenues de payer un taux d'intérêt minimum  en fin d'année (2,5 % à l'heure actuelle). Tout ce qui dépasse ce taux est tout bénéfice pour l'entreprise en question.

Pendant près de 10 années (en gros les 8 années du double mandat de Bill Clinton), Wall Street n'a fait que monter et a permis des plus-values substantielles (10-15 % de profit annuel alors que la Loi fixait le  rendement minimum à 4 %) aux entreprises s'occupant de nos fonds. Je n'ai pas souvenir que lesdites entreprises aient fait le siège du Conseil Fédéral pour se plaindre des plus-values indécentes qu'elles encaissaient sur notre dos. Par contre, au premier vent contraire, en 2001, on les a vues  exiger et obtenir bien entendu (ces entreprises parlent au gouvernement avec un mégaphone hyper puissant alors que nous, simples citoyens, sommes inaudibles), une baisse notable du rendement obligatoire versé aux cotisants (vous et moi). Ceci est une première iniquité notable et une perversion du système.

Dans ce billet, je ne vais pas parler du risque plus que substantiel que ces jeux boursiers font courir à notre épargne qui devrait, en toute logique et salubrité publique, être gérée en «bon père de famille». Non.

J'ai entendu il y a quelques jours que les Fonds de pension représentent environ 30% des acteurs du marché (boursier). Or quel est le but de ces Instituts de placement ? Nous enrichir ? Que nenni. Leur but est de dégager une marge aussi importante que possible entre les rendements qu'elles sont malheureusement (pour elles) obligées de reverser aux cotisants, et les plus-value à inscrire dans leurs Livres.

Et qu'est-ce qui fait à coup sûr grimper les actions d'une entreprise cotée en Bourse ? Oui, la destruction d'emplois.

Nous sommes donc dans un système totalement schizophrène et pervers où ceux qui sont censés défendre nos intérêts de travailleurs (en améliorant le rendement de nos retraites) sont aussi ceux qui, avec notre argent qui plus est, nous plantent un couteau dans le dos, en soutenant et récompensant tout ce qui détruit l'emploi, oui, y compris nos emplois !

Toute cette économie basée sur le profit maximum d'acteurs/prédateurs économiques, où l'Etat a démissionné y compris de son rôle d'arbitre, est gangrénée dans le plus profond de ses viscères car l'être humain n'a pas un niveau de conscience suffisamment élevé pour pouvoir tolérer la concentration d'un pouvoir aussi exorbitant entre les mains de quelques acteurs seulement.

Continuer cette course infernale vers la concentration de richesses, chaque jour plus indécente, entre les mains d'un cercle de plus en plus restreint de personnes (la concentration des richesses et des moyens de production est une dérive inévitable du système capitaliste laissé à lui-même) fait courir un risque mortel à nos Sociétés. Celui de retourner aux rapports de force entre individus dignes du paléolithique ou à une société féodale, avec toutes les convulsions qui en seront les conséquences inévitables.

Quand sortirons-nous de cette fascination pour les thèses de la droite affairiste qui conduit le Monde, par de multiples voies, vers sa propre destruction (et je n'oublie pas la faillite tragique des systèmes communistes) ?

15/06/2011

Berne tergiverse face à la prostitution des mineurs

On nous annonce que les Chambres sont unanimes pour remonter l'âge légal de la prostitution de 16 à 18 ans, mais que le Conseil fédéral se montre pointilleux.

Cela fait des années que ce sujet gravissime est sur la table, de même que la ratification de la Convention européenne sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels. Et le Conseil fédéral n'avance vraiment ni sur l'un ni sur l'autre. Sa justification est que la Suisse préfère répondre aux conditions de la Convention plutôt que d'avancer vite en remontant l'âge légal de la prostitution.

Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants de ces sujets certainement complexes, mais dans le principe, ces sujets sont brûlants et mériteraient des décisions hardies, rapides, volontaires et déterminées.  

Tout parent peut ressentir dans sa chair ce que ces sujets peuvent éveiller d'émotions. Tout parent souhaite que ses enfants soient respectés et protégés. Tout adulte, parent ou non, devrait tout mettre en œuvre pour protéger les plus faibles d'entre nous, les enfants.

Doit-on attendre que les clients prennent l'habitude de rendre visite à des prostitué(e)s mineur(e)s ? Doit-on attendre que les réseaux mafieux s'engouffrent dans cette double brèche, le trafic d'êtres humains et la prostitution des mineur(e)s ? Doit-on attendre qu'un véritable "Milieu" se mette en place en Suisse ?

Nul doute que notre gouvernement fédéral a beaucoup de travail. Nul doute qu'il est probablement sous-dimensionné (autre débat) mais cela excuse-t-il qu'il avance si lentement sur des sujets aussi graves ? Cela excuse-t-il que ce ne soit pas sa priorité, car pendant toutes ces années, la Suisse a signé de nombreuses conventions, lois et règlements de toutes sortes.  

Pour ma part, j'ai honte de vivre dans un pays qui accepte la prostitution d'enfants de 16 ans. J'ai honte de vivre dans un pays incapable de signer la Convention européenne sur la protection des enfants contre l'exploitation et les abus sexuels.

08/05/2011

l'écologie est la principale préoccupation des Romands

Pour combien de temps ai-je tout de suite envie de dire !

Car être "préoccupé" par un problème ne veut pas forcément dire s'attaquer à ce problème. Au-delà de l'effet Fukushima, il y a longtemps que nous savons que les activités humaines mettent la vie sur Terre en péril et que nous sommes lents, très lents, horriblement lents à réagir.

Premier exemple: alors que 80% des Suisses (sondage paru longtemps avant l'accident nucléaire japonais) se disaient "prêts à faire quelque chose pour l'environnement", la Suisse bat régulièrement le triste record du parc automobile le plus polluant d'Europe ! Comprenne qui pourra. En fait, on comprend malheureusement très bien cette situation: la tête nous dit qu'il "faudrait faire quelque chose pour l'environnement", mais notre besoin de reconnaissance sociale et nos tripes nous poussent à acheter un gros 4x4 pour "se faire plaisir". C'est ainsi, et tous les sondages du monde et toutes les campagnes d'information ne pourront rien contre ce besoin congénital de reconnaissance sociale. Et tant pis pour la planète et ses habitants !

Deuxième exemple: il y environ 2 ans, j'ai entendu une séquence proprement surréaliste lors de l'émission "Forum" sur la RSR1, consacrée à l'isolation des bâtiments. Je dis surréaliste car, pour la première et sans doute unique fois, les représentants de tous les partis invités étaient d'accord (je résume le propos): "nous avons toutes les connaissances techniques nécessaires à une bonne isolation des bâtiments afin de rendre le chauffage au fuel une histoire du passé". Et qu'avons-nous fait depuis ? Rien, ou si peu. Et pourtant, quantité de facteurs militeraient en faveur d'un programme national de réduction de notre dépendance aux énergies fossiles.

Ces deux exemples illustrent parfaitement à quel point il est difficile de changer le cours des événements, de changer les mentalités, de changer les façons d'investir de l'argent, de changer les habitudes du public et celles des professionnels d'un secteur donné, quel qu'il soit. En gros, "on a toujours fait comme cela et on ne voit pas pourquoi il faudrait changer notre façon de faire et aller vers l'inconnu".

C'est pourquoi je crois, qu'une fois encore, l'Etat doit jouer un rôle de moteur, un rôle incitatif. Il doit à la fois encourager par des incitations positives (comme des aides fiscales) et introduire des limites ou des interdictions. La carotte et le bâton. Si nous attendons sur l'initiative individuelle, nous risquons d'attendre si longtemps que nous serons tous morts avant. C'était le même problème, par exemple, avec la fumée passive: si l'on avait attendu que les fumeurs atteignent le niveau de conscience sociale nécessaire à ce qu'ils cessent d'eux-mêmes de fumer en public (certains prônaient cela), on aurait attendu encore 2 ou 300 générations. C'était une idée simplement irréaliste et une excuse pour ne rien faire.

Pour en revenir à l'environnement, le problème est qu'il y a des entreprises qui seraient prêtes à investir dans des énergies plus propres, et même certaines qui le font. Respect à elles ! Mais il y en a beaucoup trop qui, de peur de perte de compétitivité, refusent de se lancer les premières. C'est pourquoi, comme pour les fumeurs, il faudra que l'Etat use du bâton. En y rajoutant les carottes, on pourrait faire de la Suisse un pays pionnier dans la protection de l'environnement.

La Suisse est trop petite pour se permettre de gaspiller son patrimoine naturel plus avant !

Je suis en faveur de mesures hardies au niveau:

  • Du parc automobile,
  • De l'isolation des bâtiments,
  • Des énergies renouvelables
  • De l'agriculture, car je pense que le seul avenir de l'agriculture suisse est dans le bio. Nos exploitations sont infiniment trop petites pour rivaliser avec les grandes exploitations que l'on trouve à l'étranger. Alors, de même que nos PME ont su trouver des marchés de niche pour écouler leurs produits et garder vivant un secteur industriel qui a disparu ailleurs (bravo, mille fois bravo à tous ces courageux et brillants entrepreneurs suisses !), il serait temps que notre agriculture fasse le même choix audacieux de la qualité. Elle trouvera elle aussi des marchés de niche pour écouler ses produits qui seraient étiquettés comme venant du seul pays au monde ayant décidé de se consacrer entièrement à une agriculture respectueuse de l'environnement.

Un beau (quadruple) défi, non !

08/04/2011

La Suisse va-t-elle devenir une Réserve de millionnaires ?

Ce pays connaît un véritable «miracle» économique. Il y a 3 ans, les perspectives étaient sombres :

  • La crise des subprimes venait de faire ses premiers ravages
  • Les 2 grandes banques vacillaient sur leurs bases
  • L'UE assénait ses coups de boutoir contre la Suisse menacée d'être ravalée au rang de vulgaire Paradis fiscal
  • L'UBS était dans le collimateur de l'IRS
  • Kadhafi vitupérait à la Tribune de l'ONU pour demander le démantèlement de la Suisse, dans l'indifférence générale (personne pour le faire taire alors qu'il violait la Charte des Nations Unies)
  • La Suisse était seule et isolée face au tyran libyen qui avait pris 2 compatriotes en otage

Et aujourd'hui, d'un coup de baguette magique, la Suisse est redevenue plus attractive que jamais: le franc suisse s'envole sans que cela pèse sur nos exportations, tout le monde veut venir y vivre et y travailler (une Suisse à 9 millions d'habitants est pour bientôt), il n'y a jamais eu autant de frontaliers à travailler en Suisse. Et tout cela fonctionne apparemment formidablement bien et cela devrait même renflouer les caisses des Assurances sociales grâce aux nouvelles cotisations.

Et pourtant, il y a un hic. Et ce hic, c'est le problème du logement. La Suisse est un minuscule territoire, dont les deux-tiers sont occupés par les Alpes. Le plateau suisse devrait à la fois permettre de loger tout le monde, d'assurer une certaine indépendance alimentaire et de permettre aux marchandises et aux personnes de se déplacer (sans parler des superbes lignes à haute tension qui défigurent le paysage un peu partout).

J'ai l'impression que nous avons affaire à 3 problèmes majeurs (il y en a beaucoup d'autres) :

  • Il n'y a pas une vision d'ensemble de l'aménagement du Territoire. Pour une fois, le fédéralisme joue contre nous car chaque Canton et chaque commune jouent leur propre partition et cherchent à profiter de la manne du développement à leur façon
  • Ce retournement de tendance s'est fait de façon chaotique: entre l'ouverture des frontières qui a créé un appel d'air, la crise des subprimes où tout le monde a paré au plus pressé en espérant éviter la foudre (et sans doute aucun, les Autorités suisses ont plutôt mieux géré la crise que dans d'autres pays: voir mon billet "La Suisse et le risque de se surestimer économiquement") et la formidable embellie actuelle, il ne s'est passé que quelques courtes années, ce qui rend impossible la définition d'objectifs à long terme
  • Nous assistons à des changements dans les flux migratoires: là où pendant des décennies, l'immigration était très majoritairement le fait de populations venant de pays pauvres qui venaient chercher du travail, puis le fait de réfugiés politiques fuyant des zones de guerres civiles ou militaires, nous assistons aujourd'hui à une immigration importante de populations venant occuper des emplois à haute valeur ajoutée. Ces personnes ne vont évidemment pas se loger n'importe où et les entreprises qui font venir ces personnes les aident à trouver des logements dans le haut de gamme (j'ai lu que des entreprises dans la région de Genève prenaient à leur charge les premiers 5'000 francs ( ! ) des loyers de leurs cadres)

La Suisse a passé de 6 à 8 millions d'habitants en 40 ans. Elle va passer de 8 à 9 millions en 10 ans. Cela va évidemment créer des tensions importantes car la place se fait rare et l'immobilier stagne pour le plus grand profit de quelques-uns.

Si nous ne voulons pas que les tensions sur le marché de l'immobilier provoquent une envolée des prix encore plus insupportable pour les classes sociales pauvres et moyennes, au profit des hauts salaires qui sont attirés par les entreprises, nous devrions d'urgence réunir des sortes d'Etats généraux de l'aménagement du territoire pour définir ensemble ce que nous voulons faire de ce pays. Les déséquilibres sociaux, l'insuffisance dans l'offre des transports (les classes moyennes sont obligées d'habiter toujours plus loin de leur lieu de travail à cause de la pénurie de logements abordables), l'augmentation drastique du prix des transports vont provoquer des situations toujours plus difficiles à gérer et potentiellement dangereuses sur le plan social.

Il serait tragique de voir de plus en plus de Suisses pauvres ou d'aînés paupérisés devoir aller habiter hors des frontières car ne trouvant plus à se loger dans un pays habité par les hauts revenus travaillant pour les multinationales ou des seniors fortunés venant prendre une retraite dorée dans un pays ayant la réputation d'être un havre de paix pour certains.

28/03/2011

Défendre ce qui nous reste d'indépendance

L'UE a été légitimement voulue par une petite élite pour éviter une nouvelle guerre sur le sol européen. Je n'irai pas jusqu'à dire que la confiscation de ce processus politique a été orchestrée car ces élites doutaient de l'intelligence de leurs concitoyens. Plus probablement, ces politiciens et ces intellectuels estimaient qu'après les terribles plaies laissées par 2 guerres mondiales, les opinions publiques n'étaient pas encore prêtes à pardonner et à s'engager sur le chemin de l'intégration européenne. Dans les années 60, c'était probablement un raisonnement frappé au coin du bon sens, mais cela démontre que cette construction européenne a, dès ses origines, fait fi de l'avis des opinions publiques. Et malheureusement, cet état d'esprit persiste aujourd'hui.

J'ai déjà plusieurs fois abordé le thème de la relation entre la Suisse et l'UE dans mes billets (voir: La Suisse et l'Europe, Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe et La démission de l'Etat). Dans ce dernier billet je rappelle d'ailleurs combien il est important que la Suisse ne se laisse pas «tyranniser» par l'UE qui cherche, par des pressions multiples et réitérées, à lui imposer de reprendre l'acquis communautaire, ce qui reviendrait à tirer un trait sur notre système de démocratie directe.

Dans ce domaine, je suis souvent choqué par la façon dont les journalistes politiques suisses romands (je ne suis pas suffisamment à l'écoute des médias alémaniques pour pouvoir juger des positions des journalistes de ce côté-là de la Sarine) traitent de nos relations avec l'UE. La plupart du temps ils expriment une lâcheté, une complaisance révoltantes en faveur des positions de l'UE, au détriment des intérêts de leur propre pays. A chaque fois se répète le même scénario où le journaliste en question semble anticiper avec avidité les futures pressions de l'UE sur la Suisse, la rupture des négociations, les sanctions éventuelles.

En février 2011, en réponse à un de ces «courageux» journalistes, M. Fulvio Pelli a dit quelque chose de très juste: «En Suisse, on pense beaucoup trop aux problèmes que l'on suppose que l'on pose à l'UE et trop peu aux problèmes que l'UE pose à la Suisse». Ce qui est absolument vrai, car il est de plus en plus difficile pour notre pays de vivre au milieu de cet ensemble à la fois puissant et fragile, riche et extrêmement pauvre, uni en apparence mais où règne le chacun pour soi et qui aime nous tordre le bras chaque fois que c'est possible.

Je trouve qu'il y a une grande confusion dans l'esprit des gens (y compris des journalistes qui devraient faire preuve de plus de maturité) entre le mythe européen (nous sommes les Etats-Unis d'Europe, nous partageons une identité et un destin communs, etc..) et la réalité de sa construction. Lorsque je vois un drapeau de l'UE à l'entrée d'une commune suisse, je me demande vraiment ce que cela veut dire: oui, chaque commune suisse fait partie du continent européen (c'est une entité géographique). Mais non, aucune commune suisse ne fait partie de l'UE (c'est une entité politique et surtout commerciale). Cela ne veut donc strictement rien dire pour une commune suisse d'afficher ce drapeau. A part l'entretien naïf d'un mythe, d'un fantasme.

La Suisse qui a la chance, parfois jusqu'à l'excès d'ailleurs, de gouverner au plus près des intérêts des citoyens grâce au système fédéral et à la démocratie directe (en tout cas c'est le concept idéalisé du modèle suisse), n'a aucun intérêt à entrer dans un espace supranational qui n'aurait que faire des micro intérêts locaux d'un canton suisse et encore moins de ceux d'une commune suisse. L'UE est un assemblage d'Etats hétéroclites, sans projet politique commun, sans politique étrangère commune, sans armée commune, Et qui de surcroît ne prend pas le chemin d'une Confédération d'Etats sur le modèle suisse, pas plus que sur celui de l'autonomie accordée aux Laender allemands. On navigue à vue entre le centralisme à la française et le sauve-qui-peut de chaque pays chaque fois que c'est possible.

Il est normal que la Suisse négocie avec l'Europe car elle est entourée par cette entité politique et commerciale mais il est tout aussi légitime que la Suisse cherche à préserver un maximum d'autonomie face à ce puissant voisin. Cela n'a rien à voir avec «vouloir le beurre et l'argent du beurre» comme se plaisent à le répéter nos journalistes complaisants. Cela correspond à la volonté de ce pays de sauvegarder ce qui lui reste d'autonomie. Et même s'il en reste malheureusement bien peu (construction européenne et Mondialisation obligent), que ce qui reste soit protégé de toutes nos forces !

24/01/2011

Voilà pourquoi la droite voulait le DETEC

Avec la présentation des propositions de D. Leuthard, nous venons d'assister à un bel exemple de distorsion de concurrence entre les transports publics et le transport privé, même si le discours officiel prétend que tout le monde participera à l'effort de façon équitable et équilibrée: d'un côté on parle de doubler le prix de la vignette et de renchérir le prix de l'essence de quelques centimes, de l'autre on se rend compte (pas grâce au discours de Mme Leuthard d'ailleurs) que les prix des transports par le rail vont augmenter de 50%.

Alors reprenons:

  • doublement du prix de la vignette: à première vue, cela semble une mesure très défavorable à la voiture, une vignette qui DOUBLE son prix. Mais dès que l'on y regarde de plus près, on ne parle que de 40.- par année, soit pour une voiture de classe moyenne, une augmentation du budget de 0.04 % (en admettant qu'une telle voiture coûte environ 10'000 CHF par an, amortissement compris)
  • augmentation du prix de l'essence: on parle de 10cts par litre si je ne m'abuse. cela représente une augmentation de 6,5 % sur le seul prix de l'essence, donc une augmentation de très approximativement 1% sur le budget annuel (calculé sur 15'000 kms par an avec une voiture consommant 7l. aux 100 kms).

Donc le rail va augmenter de 50% et la route va augmenter de 1,04% (estimation en l'état actuel des connaissances). Cherchez l'erreur !

Entre la relance du programme nucléaire et ce scandaleux avantage donné aux transports privés on comprend mieux pourquoi Mr. Leuenberger donnait des insomnies aux milieux qui ont favorisé le "putsch" de Mme Leuthard à la tête du DETEC.

Mr. Leuenberger n'était sans doute pas un Ministre très spectaculaire dans son action, mais que savons-nous des obstacles auxquels il a été confronté et du rempart qu'il a pu représenter contre ces mesures scandaleuses. Et une fois de plus c'est la classe moyenne qui n'a soit pas les moyens de se payer une voiture (ou en tout cas une deuxième voiture) ou qui a fait le choix des transports publics pour une raison ou une autre qui devra supporter le poids le plus lourd de ces mesures d'un aveuglement coupable.

Aujourd'hui nous savons que les Ministres de notre pays (et de tous les pays occidentaux d'ailleurs) adorent pérorer sur la protection de l'environnement, mais que dès qu'il faut prendre une décision, elle est toujours en faveur de ce qui pollue le plus (la voiture, le pétrole), de ce qui est le plus dangereux pour les générations futures (le nucléaire) et de ce qui rapporte le plus à l'économie privée dont la puissance des lobbies n'est plus à démontrer. Nous allons finir par amèrement regretter Mr. Leuenberger !

01/11/2010

La Suisse et le risque de se surestimer économiquement

Je me sens généralement très éloigné des positions de "Think Tanks" comme Avenir Suisse. Mais  je ne peux qu'abonder dans le sens de la prise de position de Mr. Thomas Held, le bientôt ancien Président de cette Fondation, lorsqu'il met la Suisse en garde en disant : «La Suisse ne doit pas se surestimer [sur le plan économique]».

Lors de cette crise économique majeure et qui est loin d'avoir déployé tous ses effets pervers, la Suisse a pu compter sur ses forces qui sont importantes:

  • frein à l'endettement des particuliers et des Collectivités publiques (Confédération, Cantons, etc..) qui a prévenu et empêché la dette cumulée de ces différents acteurs économiques de prendre les proportions abyssales connues par d'autres Etats
  • tissu extraordinairement dense de petites et moyennes entreprises innovantes et tournées vers l'exportation au travers de marchés de niche
  • remarquable souplesse et intelligence de la part des entreprises et de la Confédération dans le recours au chômage partiel (plutôt qu'aux licenciements brutaux et massifs connus ailleurs)
  • réservoir de main d'œuvre particulièrement qualifiée (grâce au recours important à l'apprentissage en lieu et place du «tout académique» de certains de nos voisins)
  • immigration massive, à l'échelle de ce pays, de cadres et de travailleurs en provenance de l'UE, ce qui a stimulé la croissance intérieure (il a fallu les loger, les nourrir, accueillir leurs enfants à l'école, etc...).

Tout ceci est absolument remarquable et a permis à la Suisse de faire mieux que la plupart des économies occidentales dans cette tourmente qui a failli tout emporter. Pour donner une meilleure perspective de cette performance, il suffit de se remémorer le fait suivant : bien qu'il ait souvent été reproché à la Suisse de tirer sa prospérité de l'évasion fiscale de ses voisins, il faut se souvenir qu'en 2009, alors que les grandes banques accumulaient les pertes depuis 2 ans (> 60 milliards de CHF entre UBS et Crédit Suisse) et n'avaient plus payé le moindre impôt, la Confédération a remboursé 10 milliards de CHF de sa dette (qui dit mieux !). Ceci prouve magistralement que la Suisse ne vit pas que de l'évasion fiscale. C'est un point particulièrement important à souligner au vu des multiples pressions internes et externes contre le secteur bancaire !

Cela dit,  je rejoins Mr Held, dans sa mise en garde, car l'équilibre économique est un exercice périlleux où rien n'est jamais acquis. La Suisse a aussi ses faiblesses parmi lesquelles :

  • un secteur bancaire surdimensionné qui représente plusieurs fois le PIB de la Suisse, et qui en cas de nouvelle crise grave pourrait entraîner tout le pays dans sa chute, un peu sur le mode islandais
  • une grande dépendance par rapport à la santé économique de nos voisins, Allemagne en tête (le marché intérieur est très petit: 3% des ventes mondiales de Nestlé par exemple)
  • une économie si florissante que le franc suisse est redevenu une valeur refuge, ce qui peut prétériter notre industrie d'exportation (même si celle-ci bénéficie de l'achat de matières premières à moindre coût)
  • corollaire au point précédent, l'engagement formidable de la BNS sur le marché des changes (près de 100 milliards d'Euros achetés en quelques semaines, au moment de la crise grecque) pour tenter d'empêcher la surévaluation du franc suisse par rapport aux monnaies de nos principaux partenaires économiques, ce qui fait courir un risque assez terrifiant (plusieurs dizaines de milliards dans le pire des cas, et ce qui se passe ces jours avec la crise irlandaise, portugaise et la révision à la hausse des déficts de la Grèce n'est fait pour rassurer personne)
  • des Fonds de pension beaucoup trop profondément affectés par l'évolution du marché des actions

Tout ceci amène à féliciter ce pays pour les remarquables performances de son économie mais à l'inciter à rester particulièrement vigilant et à ne surtout pas s'endormir sur ses lauriers.

 

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30/08/2010

la Suisse et l'Europe

 Je suis, comme beaucoup de Suisses, catastrophé du peu de vision de notre classe politique quant à nos rapports avec l'Union Européenne et scandalisé par les pressions de celle-ci pour nous forcer à adhérer à ce club de nations dirigé par les seuls technocrates.

Parler de cela (et ne parlons même pas de la délicieuse attitude des pays européens lors de nos démêlés avec un certain dictateur) suffit à montrer les difficultés qu'il y a à négocier un accord quel qu'il soit: entre un pays qui ne sait pas ce qu'il veut et un club qui se comporte sans respect aucun pour notre souveraineté, l'échec est une nouvelle fois programmé (voir la nouvelle astuce politique de Ch. Blocher).

Or où est véritablement le problème ? A mon avis (et celui de beaucoup d'autres j'espère) il repose essentiellement dans le déficit démocratique de l'Union Européenne: cela en serait fini de la démocratie directe et du droit fondamental du peuple à s'exprimer sur des sujets complexes, fondamentaux, vitaux parfois. Fini la possibilité d'imposer un moratoire sur les OGM (on a vu avec quelle arrogance Monsieur Barroso a levé celui-ci dans l'UE), finie l'interdiction de la libéralisation du marché de l'électricité (même si tout est fait en Suisse, à cause de nos engagements européens,  pour annuler cette volonté populaire pourtant clairement exprimée), fini le droit de s'exprimer sur l'avenir de notre défense nationale, sur l'énergie nucléaire, sur les flux migratoires et que sais-je encore.

En résumé, adhérer à l'Europe, serait pour le peuple suisse une terrible régression politique et démocratique ! Il est capital de dire ces choses, de les nommer clairement, de mettre le doigt là où cela fait mal, afin de sortir de ce psychodrame presque quotidien que nous vivons depuis le rejet de l'accord sur l'EEE en 1992.

C'est cela que notre classe politique devrait avoir le courage de dire et de marteler dans nos négociations avec Bruxelles: vous voulez que nous reprenions l'acquis communautaire ? Eh bien reprenez aussi, et parallèlement, notre acquis démocratique. Le jour où le droit des peuples européens sera reconnu et respecté dans le cadre de la construction européenne et dans son fonctionnement au jour le jour, alors la Suisse pourra envisager avec une certaine sérénité son entrée dans ce grand marché en sachant qu'elle pourra (et saura) insuffler une vie démocratique nouvelle dans ce club jusqu'ici aux mains des politiques et des technocrates.

J'espère que cette vision pourra un jour toucher notre classe politique qui jusqu'à présent vit notre rapport à l'Europe dans le non-dit, la névrose ou la poursuite d'intérêts particuliers.

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