28/10/2011

Le monstre froid a encore frappé

Deux mille emplois en moins chez Novartis, alors que l'entreprise vient de réaliser un bénéfice record ! Et l'on nous explique que l'entreprise doir préparer l'avenir et que les brevets de nombreux médicaments arrivent bientôt à échéance.

Il n'empêche que c'est avec ce genre de comportements que le monstre froid et anonyme (c'est tellement plus pratique de se cacher derrière l'anonymat) va se faire détester encore un peu plus et peut-être un jour faire descendre des nuées d' «indignés» dans les rues de nos villes. Et ce jour-là, ce ne sera pas pour lui conter fleurette.

Je persiste à ne pas comprendre l'aveuglement de nos décideurs car tout prouve que c'est la désindustrialisation de l'Occident qui nous entraîne au bord du gouffre. Cette désindustrialisation voulue par ces mêmes décideurs.

Pas besoin, pourtant, d'être prix Nobel d'économie pour se rendre compte qu'une économie qui paupérise ses propres consommateurs est, par définition, condamnée à la faillite. N'avons-nous pas suffisamment d'exemples criants depuis la crise des subprimes qui a jeté tant d'Américains à la rue ? Que faudra-t-il encore pour ramener ne serait-ce qu'une minuscule lueur de conscience dans les rouages de nos économies et dans les cerveaux des décideurs ?

C'est tout le problème de l'économie privée. Chaque entreprise et chaque Conseil d'administration voit midi à sa porte et n'a que faire des conséquences de ses décisions en dehors de son petit cercle. Supprimer ces emplois va faire gagner 200 millions aux actionnaires de cette entreprise. C'est tout ce qui les intéresse. L'image globale de ses autres conséquences sur le tissu social et économique de ce pays n'a aucune importance à leurs yeux. Pas plus que les cascades de conséquences que cela aura sur :

  • ces employés et leurs familles dans leur comportement de consommateurs
  • les pertes fiscales pour l'Etat
  • les pertes pour tout une série de sous-traitants, etc.., etc..

Le comportement anti-social et aveugle de ces poignées d'actionnaires obscénement riches est en train de tuer nos pays non sans que ceux-ci, et leurs habitants, risquent d'abord de passer par de douloureuses convulsions.

Pour prendre une simple analogie: si dans une forêt un arbre était vraiment plus grand que les autres, étendait ses racines dans toutes les directions pour pomper l'eau et les nutriments du sol et étendait ses branchages loin à la ronde, il tuerait toute vie autour de lui. Cela, le premier imbécile venu le comprendrait.

19:32 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le monstre froid a encore frappé | |  Facebook

18/10/2011

La cupidité est plus forte que les leçons de l'Histoire

Souvent, dans ce blog, je me suis ouvert de ce qui me scandalise, me chagrine et m'inquiète dans la marche du Monde (voir parmi beaucoup d'autres le billet "Le (non) sens des responsabilités du secteur privé"). La liste des déséquilibres et des dysfonctionnements est une interminable litanie et la Terre qui pourrait être un endroit somme toute agréable est transformée en champ de bataille par la cupidité de quelques-uns et la violence de trop nombreux autres.

Nous avons déjà vécu de nombreux cycles qui se sont presque tous mal terminés. Je ne suis pas historien, mais point besoin d'un Doctorat dans cette branche pour se rendre compte que quelques-uns d'entre nous sont en train de créer les conditions d'un nouveau désastre. Quelle forme prendra ce désastre est encore largement ouvert mais je crains que nous ne tracions notre route avec beaucoup de détermination.

De nombreux dangers nous menacent et cela ne vient pas du ciel: pas de météorite monstrueuse à l'horizon, non, juste notre cupidité et/ou notre manque d'amour les uns pour les autres.

Et je dis «notre» car il semblerait que cela fasse partie de ce qu'il faut bien appeler la «nature humaine». En effet, à toutes les époques, sous toutes les latitudes, il y a toujours eu une classe, un groupe, un sexe, une religion qui a dominé l'autre, ou les autres, et souvent avec beaucoup de violence.

Qu'y a-t-il de vicié au cœur de notre espèce pour qu'à chaque fois que nous croyons avoir tué le dragon il renaît sous une autre forme ? Qu'à chaque fois qu'une Révolution renverse un groupe despotique, un autre groupe tout aussi despotique prenne le relais ?

Aujourd'hui les menaces sur notre espèce sont partout:

  • Des financiers/économistes véreux et/ou dogmatiques et leurs affidés politiciens ont mis l'économie planétaire en coupe réglée,
  • Le lobby de l'industrie pharmaceutique dicte l'agenda de la recherche médicale, fait la pluie et le beau temps dans les Académies de médecine et bien sûr nos Ministères de la Santé, et a trop souvent transformé les médecins en simples représentants de commerce de leur industrie,
  • Ces mêmes lobbies travaillent sur des souches de bactéries et de virus en les recombinant, pour des vaccins notamment, dans une grande soupe du diable dont personne ne peut garantir que nous ne nous retrouverons pas un jour face à des souches virales ou bactériennes totalement inconnues de notre système immunitaire, résistantes à tous les traitements et face auxquelles nous serons totalement démunis, d'autant que l'abus d'antibiotiques et de médicaments immuno réducteurs comme la cortisone, affaiblit de nombreux systèmes immunitaires,
  • Le lobby de l'agro-alimentaire modifie de façon irréversible notre façon de produire nos aliments, dénature lesdits aliments, manipule le vivant, s'approprie celui-ci par des brevets et transforme de nombreux agriculteurs en serfs impuissants, voire les pousse au suicide, comme cela arrive souvent en Inde,
  • Le lobby de l'industrie chimique produit tous les jours des tonnes de substances chimiques éminemment nocives qui sont en train d'impacter de façon irréversible également, notre santé et nos capacités de reproduction (la qualité du sperme des nouvelles générations est en baisse dramatique),
  • L'électro-smog est un danger sournois encore mal identifié,
  • Ces atteintes multiples à notre santé par les points cités plus haut font exploser les maladies inflammatoires, allergiques, métaboliques et dégénératives (maladies articulaires, sclérose en plaques, cardiovasculaires, asthme, obésité, diabète, Parkinson, Alzheimer, cancer)
  • Notre appétit frénétique d'énergie nous amène à saccager la nature de multiples façons et les déchets nucléaires sont un terrible fardeau pour l'avenir (au très long cours?) de l'Humanité
  • La criminalité, depuis la petite délinquance jusqu'aux pires maffias du crime organisé, induit une souffrance insupportable pour des millions de gens (pensons ne serait-ce qu'à toutes ces femmes trompées, kidnappées, violées, battues et forcées à la prostitution dans des conditions de violence inimaginables)
  • La misère imposée à tant de milliards d'habitants force un nombre toujours plus grand de pauvres à migrer vers les pays qui apparaissent à leurs yeux d'une insolente richesse. Ces déplacements massifs de population créent des déséquilibres qui, lorsqu'ils atteindront leur paroxysme, risqueront de jeter les communautés les unes contre les autres, sans régler en rien la misère congénitale de leurs pays d'origine

Tout cela nous le voyons tous les jours sous nos yeux. Et pourtant nous sommes comme un train fou, fonçant sans pilote vers l'abîme. Et ceux qui pourraient modifier la course de notre convoi, ne semblent pas vouloir ou pouvoir modifier sa direction. C'est la faillite du capitalisme, comme de tous les autres systèmes avant lui.

Ce système n'a jamais été aussi efficace et «juste» que lorsqu'il avait un puissant contre-pouvoir, le communisme, qui menaçait nos pays par sa surpuissante armée et l'infiltration de ses idéaux dans nos pays, auprès de nombreux intellectuels et de larges couches de la population. En ce temps-là, les tenants du pouvoir économique savaient qu'ils devaient partager leurs richesses, au risque de créer les conditions de l'arrivée au pouvoir des communistes par des voies démocratiques.

Ce partage forcé des richesses a dû créer une grande souffrance chez les ultras riches. Un jour ils ont décidé que cela suffisait. Qu'ils en avaient marre de partager avec tous ces culs terreux. Nous. Et une fantastique opération de propagande, pour faire accréditer les fallacieuses idées de la droite économique la plus extrémiste, a été entreprise auprès des médias par des agences de com, puis des Universités en finançant des chaires d'économie qui ont, depuis, formé des générations d'économistes inféodés à ces cercles et enfin auprès des pouvoirs politiques dans tous les pays «démocratiques» à la fois.

Cela a fonctionné du feu de Dieu et depuis la chute du mur de Berlin les ultras riches nous font payer le prix fort pour toutes leurs souffrances endurées pendant les «trente glorieuses».

Ils ne semblent pas réaliser que la fête n'est pas éternelle et que leurs excès mêmes sont en train de détruire les fondements de leur propre richesse, voire les conditions mêmes de la vie sur Terre.

Jusqu'à quand la cupidité sera-t-elle plus forte que les leçons de l'Histoire ?

 

15/10/2011

Les Banques continuent leurs jérémiades

Selon une simulation effectuée par la banque Goldman Sachs, «les besoins de recapitalisation des Banques européennes pourraient s'élever à 298 milliards d'euros».

Plus un jour sans que les Banques pleurnichent sur leur sort et organisent, savamment (elles ont de bonnes agences de com), leur chantage habituel. Elles parviennent même à occulter (très) momentanément les difficultés des Etats européens. Très momentanément, car il est bien évident que dès que les Etats européens se seront endettés encore plus pour recapitaliser les Banques, les Marchés vont leur tomber dessus pour dénoncer leur inconséquence.

Vraiment un système de fous où les pyromanes sont systématiquement récompensés et où les honnêtes citoyens qui souffrent des dérives des transactions opaques des établissements financiers sont obligés, avec la complicité de leurs gouvernements élus et autistes à leurs peuples, de sauver ceux qui les étouffent.

A l'heure où une action citoyenne est peut-être en train de voir le jour, qui sait à l'échelle mondiale, les Banquiers, les financiers de haut vol, tous les prédateurs et les profiteurs du système, où qu'ils sévissent à la surface de la planète, qu'ils soient voleurs er manipulateurs institutionnalisés à Wall Street, Banquiers apparemment honorables à la Paradeplatz ou communistes «encapitalisés» en Chine, devraient peut-être réfléchir deux fois avant de continuer leurs entreprises de détournement des Institutions en faveur d'une minuscule caste de nantis.

Pour l'instant les Indignés sont encore relativement inaudibles sur la place publique, mais la pression monte petit à petit. Cette colère qui s'accumule contre l'injustice, les mensonges, les manipulations pourrait ressembler à l'accumulation d'énergie qui a lieu pendant des années dans la chambre magmatique sous un volcan: en surface, tout paraît calme et un jour, sans signes avant-coureurs ou presque (visibles seulement par des instruments sophistiqués), c'est l'explosion, dévastatrice généralement.

Pourquoi met-on des instruments aussi sophistiqués pour surveiller des volcans comme le Vésuve et n'a-t-on apparemment aucun instrument sociologique et politique pour comprendre et prévenir la future et peut-être prochaine grosse colère des citoyens qui se sentent de plus en plus floués, abusés, trahis par un système qui ne fonctionne que pour le bénéfice d'une grosse poignée de profiteurs ?

13:22 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : les banques continuent leurs jérémiades, les indignés | |  Facebook

06/10/2011

Ce sont les mêmes

Le FMI, les experts économiques et les inévitables «Marchés» s'inquiètent ouvertement de l'ampleur de la dette européenne (pour ne pas parler de celle tout aussi «monstrueuse» des Etats-Unis) et du manque de réaction concertée des autorités publiques pour juguler son impact sur l'économie en général et sur les banques qui sont à la veille de connaître une crise de même nature et de même ampleur qu'en 2008.

Ces mêmes «experts» appellent à une réponse massive et concertée de nos Etats pour sauver une nouvelle fois l'économie du gouffre au bord duquel elle se trouve.

Si le diagnostic est malheureusement probablement exact, cela ne dit rien des responsabilités des uns et des autres et les recettes qui ont à peu près fonctionné en 2008 ne sont plus applicables en 2011.

Pour mémoire et au risque de me répéter (plusieurs billets sur ce sujet dans ce blog), ce sont ces mêmes experts qui crient au loup qui ont dirigé nos économies, depuis la fin des années 70, vers le gouffre au bord duquel nous nous trouvons tous aujourd'hui, par des mesures qui ont profondément, et pour toujours, modifié les rapports de force économiques, et donc politiques, à la surface de la planète:

  • Dérégulation massive des économie occidentales, dans tous les secteurs
  • Diminution tout aussi massive du rôle de l'Etat en tant qu'arbitre du fonctionnement de l'économie
  • Transfert systématique de nos outils de production vers les pays à très faibles coûts de main d'œuvre, pour le plus grand profit des actionnaires
  • Transformation des économies occidentales en économies de services
  • Transfert tout aussi systématique et massif de richesse des classes pauvres et moyennes vers le 1% le plus riche de la population

Après 30 années de profits monstrueux, de rémunérations et de bonus obscènes, de mise en semi esclavage des laissés-pour-compte de la dérégulation (je pense, par exemple, aux working poors qui tout en ayant un travail à plein temps sont obligés de vivre dans leur voiture car ils ne peuvent plus se payer un loyer, ou à tous ceux qui vivent d'expédients, étranglés par un endettement personnel devenu insupportable, etc..), nous avons connu une première crise gravissime, la crise des suprimes, la plus grave depuis les années 30.

Plutôt que de chercher à trouver des solutions, nos gouvernements ont mis des emplâtres sur des jambes de bois. Gros les emplâtres. Au total, des milliers de milliards de dollars pour sauver les Banques qui, du fait de leur folie spéculative et d'outils financiers pervers et dont elles avaient perdu la maîtrise, ont pris la population et nos Etats en otage: «Soit vous intervenez pour nous sauver, soit ce sera l'Apocalypse».

Nous avons évité l'Apocalypse en 2008. Qu'avons-nous fait depuis ? Rien ou à peu près. Sitôt les Banques sauvées, elles se sont remises à faire des profits monstrueux et à distribuer des bonus obscènes. Parallèlement elles faisaient pression sur nos gouvernements et nos parlements pour les empêcher de prendre des mesures législatives pour empêcher une telle situation à l'avenir. Et elles ont fort bien réussi.

Nos économies ne sont pas malades de l'endettement de nos Etats. Cela n'est que le symptôme. Nos économies sont malades de la désindustrialisation, à l'exception notable de la Suisse et de l'Allemagne, deux pays qui ont su conserver un tissu de PME actives et socialement responsables et qui sont les deux pays qui s'en sortent le mieux, pour l'instant tout du moins.

Ces milliers de milliards de dollars investis en Chine et en Inde, depuis 30 ans, manquent cruellement à nos économies. Des dizaines de millions d'Américains vivent en-dessous du seuil de pauvreté. De même que des dizaines de millions d'Européens. Et des dizaines de millions d'autres ont un pouvoir d'achat à peine supérieur. Au total, cela veut dire qu'il y a probablement plus de 200 millions d'Occidentaux qui ont un pouvoir d'achat qui ne leur permet plus que de survivre. Ces laissés-pour-compte sont obligés de consommer bon marché, donc chinois, ce qui aggrave encore la désindustrialisation.

Tant que nos brillants économistes refuseront de voir qu'ils ont eux-mêmes créé le problème qu'ils dénoncent, tant que les ultras riches refuseront de partager leur richesse plus équitablement, nos Etats continueront d'être ruinés en s'endettant toujours plus pour financer leurs déficits.

La recette qui a fonctionné en 2008 ne pourra pas fonctionner en 2011 car justement les Etats se sont tellement endettés pour sauver les Banques, qu'ils sont aujourd'hui ruinés. Croire que l'on pourra sauver le malade en en remettant une couche, ou en appliquant des cures d'austérité qui vont paupériser des pans encore plus larges de la population c'est un peu comme le médecin qui voyant son malade s'affaiblir de plus en plus va appliquer des remèdes de plus en plus puissants, ceux-là mêmes qui vont tuer le malade. Tout cela parce que le médecin n'a pas compris, ou pas voulu comprendre, la genèse de la maladie.

Ce dont nos économies ont besoin est d'une révision en profondeur de notre tissu économique en les réindustrialisant par l'assèchement des investissements privés en Chine et en Inde au profit de nos économies sinistrées et d'une refonte de la solidarité entre ceux qui ont, qui savent et qui pourraient et ceux qui souffrent de situations qu'ils subissent et sur lesquelles ils ont peu de prise (nous, citoyens ordinaires, avons toutes les peines du monde à nous faire entendre de ceux qui nous gouvernent).

Tout le reste ne sert qu'à prolonger l'agonie du malade et ne permettra pas de quitter longtemps le bord du gouffre.

19:57 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ce sont les mêmes, crise de la dette | |  Facebook

14/08/2011

Emeutes en Angleterre: le mauvais exemple vient d'en-haut

Selon David Cameron, les émeutiers sont, en gros, des voleurs, des brigands, des criminels de droit commun dont la place est devant les Tribunaux.

Si la violence ne se justifie jamais, s'il y a certainement eu une bonne partie de ces émeutiers qui ont profité de ces désordres pour s'approprier des biens auxquels ils n'auraient jamais eu accès par le fruit de leur travail ou leurs allocations sociales diverses, l'explication reste un peu courte.

Car, comme le relève Peter Oborne, l'éditorialiste politique en chef du journal «The Telegraph» : «la criminalité dans nos rues ne peut pas être dissociée de la désintégration morale des plus hauts rangs de la société moderne britannique. Les deux dernières décennies ont vu un déclin terrifiant des standards au sein de l'élite gouvernante britannique. Il est devenu acceptable pour nos politiciens de mentir et de tricher. [...] Il n'y a pas que la jeunesse sauvage de Tottenham qui a oublié qu'elle a des devoirs aussi bien que des droits, mais aussi les riches sauvages de Chelsea et Kensington.»

Ce constat se limite-t-il à la Grande-Bretagne et à son élite politique ? La réponse est clairement non. Cette gangrène morale sévit partout en Occident (je ne parlerai pas ici des pays émergents dont on connaît le penchant pour la corruption...). Et elle ne touche pas que les politiciens, mais aussi beaucoup de hauts responsables de l'économie.

Si l'on prend les Etats-Unis, tout le monde peut encore se rappeler la façon douteuse dont «W» a gagné les élections en 2000. Sans l'aide de son frère gouverneur de Floride et d'une armée de conseillers et d'avocats, pas sûr qu'il aurait été élu. Ensuite, on ne peut être qu'extrêmement préoccupé par la façon dont la droite ultra-libérale, souvent avec l'aide des religieux fondamentalistes a infiltré l'administration américaine, les universités, afin de s'assurer de tenir les leviers du pouvoir même en cas de victoire d'un démocrate. Les Etats-Unis qui se veulent un modèle de démocratie ont un sérieux problème avec celle-ci.

Au niveau économique, on connaît les dérives de beaucoup d'entreprises qui recourent à des spécialistes de PR pour diffuser des informations biaisées. On a vu également les bénéfices scandaleux des banques être redistribués à l'intérieur d'un petit cercle d'élus (140 milliards de $ rien qu'en 2010) alors que ces banques ont été sauvées avec l'argent du contribuable. Et il y a eu le scandale Enron. Mais pour un Enron qui est tombé, il y en a certainement dix qui ont eu la chance, ou l'habileté, de passer entre les gouttes.

Et la Suisse, est-elle mieux lotie ? Pas sûr. Là aussi il y a des liens incestueux entre la classe politique et les grandes entreprises. Et puis quelques jolis scandales qui continuent jour après jour et année après année. Il y a l'assurance maladie par exemple dont tout le système repose sur une soi-disant concurrence alors que l'opacité comptable la plus totale a été organisée avec beaucoup d'habileté par des comptables très créatifs. La gestion des fonds de pension sur lesquels je viens d'écrire un billet "Fonds de pension, un double danger". Un Monsieur Prix qui regarde passer les trains, à savoir la non répercussion de la baisse de l'euro et du dollar sur les produits importés et fait semblant de s'agiter dans son bocal, avec une efficacité inversement proportionnelle à son niveau d'agitation.

Dans le privé, nous avons eu il y a quelques années un ex CEO d'ABB dont j'ai oublié le nom qui, au moment de son départ, avait exigé un versement de plus de 160 million de $ sur son Fonds de pension, au motif que c'était «la seule façon pour lui de maintenir son niveau de vie». Et cela sans rire ! Nous connaissons aussi les salaires indécents de nombreux «capitaines d'industrie». Et le cas très récent de ces ex-directeurs de Swissmetal qui auraient (à ma connaissance encore au conditionnel) touché un confortable parachute doré (il y a eu tellement de lâchers de parachutes dorés dans nos économies occidentales ces dernières années, qu'on aurait bien pu, en 39-45, remplir suffisamment de forteresses volantes de tous ces parachutistes et gagner la guerre plus vite) juste avant de filer à l'anglaise, fortune faite.

Il paraît qu'un  proverbe chinois dit que «le poisson pourrit toujours par la tête». En tous les cas, il n'y a pas que les émeutiers anglais qui devraient être confrontés à la Justice

14:09 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tottenham, peter oborne, le poisson pourrit par la tête | |  Facebook

07/08/2011

Tottenham: entre rêve(s) et réalité ?

Ce quartier de Londres a été le théâtre, samedi, de graves émeutes. Un habitant parlant même de scènes lui rappelant la deuxième guerre mondiale.

Pour le néophyte, Tottenham c'est d'abord un club de football et accessoirement un quartier de Londres:

  • Le club a fait briller les yeux de milliers d'enfants et d'innombrables fans
  • Le quartier cumule toutes les dérives de notre (dés)organisation du monde à la sauce néolibérale

Ce qui se passe à Londres pourrait se produire demain n'importe où en Occident, tant les tensions sociales s'accroissent suite à 3 décennies de dérégulation, de délocalisation des moyens de production, de transferts de richesses, d'immigration massive, de pertes de repères.

Un porte-parole du Premier ministre a dénoncé les violences en disant qu'elles sont «totalement inacceptables», ce qui est juste et que «rien ne justifie les agressions subies par la police et le public, ni les atteintes à la propriété» ce qui l'est également, mais reste un peu court car cela n'apporte aucun éclairage sur ce que certains habitants de ce quartier endurent au quotidien. Ni sur ce que les mesures d'austérité prises par ce gouvernement font peser sur la vie quotidienne des plus pauvres et des plus défavorisés.

Entre rêve(s) et réalité, il doit être difficile, pour beaucoup, de faire ce grand écart dans leur vie quotidienne. Même si aucun lien n'existe entre ce club de football et les émeutes, comment accepter un système qui voit quelques sportifs, sous prétexte qu'ils sont les instruments de la machine à broyer les petites gens (le sport comme nouvel opium du peuple), avoir des revenus monstrueux, pendant qu'une large partie de la population vit d'allocations chômage, d'aides sociales diverses et d'expédients. Comment accepter un système qui tous les jours fait l'étalage de la réussite de quelques happy few (on vient, entre autres, d'assister au mariage planétaire de deux personnages ô combien inutiles à la bonne marche du monde) au détriment d'une immense majorité ayant un quotidien de plus en plus difficile.

Tout cela alors que les mauvaises nouvelles s'accumulent un peu plus tous les jours et que ceux-là mêmes qui ont créé le chaos (les banques, les économistes néo-libéraux, les grands actionnaires, les agences de notation, etc...) sont aussi ceux qui continuent de jeter de l'huile sur le feu en exigeant de nos Etats qu'ils éteignent tous les incendies qu'ils ont eux-mêmes allumés.

Ce comportement est inacceptable et est, comme déjà souvent évoqué dans ce blog, suicidaire. Nous ne sortirons pas de cette crise profonde par des rodomontades, du chantage et des menaces de la part de ceux qui détiennent les clés de l'économie. Il n'y a que deux façons de s'en sortir collectivement:

  • ramener les prélèvements obligatoires des plus riches aux niveaux d'avant la dérégulation, afin de rétablir une juste redistribution des richesses produites par le plus grand nombre
  • réindustrialiser nos économies afin que «l'économie réelle» soit à nouveau capable de produire des richesses socialement acceptables et qui profitent au plus grand nombre

Ces 2 actions sont une urgence nationale pour de nombreux pays de la zone euro et pour les Etats-Unis. On voit clairement que les pays qui s'en sortent le mieux (Allemagne et Suisse en tête, même si pour ce dernier pays la force de sa monnaie est une menace réelle), sont aussi ceux qui ont réussi à conserver un tissu industriel fait de PME actives, dynamiques, inventives et socialement responsables.

02/08/2011

Il nous manque un homme providentiel

Ce soir, j'ai écouté par intermittence le «Téléphone sonne» sur France-Inter, consacré à la crise de la dette. Face à l'accumulation de mauvaises nouvelles et à la gravité de la situation, un des intervenants a conclu en disant (je cite le sens de ses propos) «il nous manque un homme providentiel».

Voilà où nous en sommes: après 30 années de politiques délirantes (j'ai écrit plusieurs billets sur ce thème dans ce blog, voir entre autres "Bientôt l'heure de vérité", "La Grèce préfigure-t-elle ce qui nous arrivera à tous ?"), il nous faut nous en remettre à  l'émergence d'un hypothétique homme providentiel. Nous sommes 7 milliards d'habitants sur cette Terre et il manque UN homme (ou une femme d'ailleurs).

Nous sommes 7 milliards à voir que nous allons dans le mur, mais chacun, muré dans ses certitudes et centré exclusivement sur son nombril continue dans sa logique et ne s'arrêtera, peut-être, qu'une fois DANS le mur. On vient de le voir de façon éclatante avec la crise budgétaire aux Etats-Unis. Le parti républicain qui a trouvé encore plus extrémiste que lui en la personne du Tea Party, a poursuivi dans sa logique d'un refus acharné, mortel, collectivement suicidaire, source de terribles convulsions sociales, de toute hausse d'impôts des plus riches.

Croire que l'on va «régler» cette crise uniquement en diminuant les dépenses est une illusion ou une folie, car cela va entraîner des cascades de conséquences que personne ne peut anticiper véritablement. C'est littéralement jouer aux dés avec l'avenir.

«Il nous manque un homme providentiel».

C'est bien tout le drame de l'Humanité. Périodiquement nous nous mettons dans un pétrin monstrueux par la somme de nos égoïsmes et de notre inconscience collective et la «main invisible» n'est certainement pas la solution pour arbitrer les tensions, les désirs, les égoïsmes des uns et des autres, surtout que l'économie libérale permet à quelques-uns de devenir si puissants que la «main invisible» devient inopérante, n'étant que la main de quelques individus hyper riches et hyper puissants.

«Il nous manque un homme providentiel».

Régulièrement, à toutes les époques, l'Humanité s'est trouvée confrontée à ce choix et celui-ci n'a pas toujours été heureux :

  • Elle a crucifié le Christ
  • Elle a suivi Hitler (et d'innombrables autres dictateurs) jusqu'au bout de sa folie meurtrière

Elle a aussi fait quelques choix moins malheureux avec des êtres animés d'une force de progrès comme  Churchill ou Franklin Delano Roosevelt. Inutile de faire une liste.

Mais je constate que l'Humanité consacre très rapidement, très frivolement et très généreusement, avec une inconscience absolue, des êtres qui ne le méritent pas (des grands sportifs, des people, des chefs d'entreprise qui ne font au fond que du business, des faux prophètes) et les quelques phares de la Conscience qui illuminent les Siècles doivent en général souffrir mille morts et finissent régulièrement en martyrs, leur chair meurtrie par l'indifférence, la haine, la jalousie, les menées hégémoniques ou politiques de leurs contemporains.

Alors à quoi ressemblera notre «sauveur» du début du 21ème siècle ?

Cela donne le vertige de penser qu'encore une fois,  sans doute car elle n'est pas encore devenue adulte, l'Humanité est incapable de trouver son chemin sans devoir s'en remettre à un «homme providentiel». C'est encore la loi du plus fort qui règne dans le bac à sable du préau de l'école. 

Les leçons de l'Histoire n'auront donc servi à rien !

21:21 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : il nous manque un homme providentiel, crise de la dette | |  Facebook

18/07/2011

Bientôt l'heure de vérité ?

En page 9 de la TDG de ce jour, 3 dépêches d'agences qui montrent l'évolution économique du monde à la sauce ultra-libérale:

  • La Chine, très attractive: au premier semestre 2011, les investissements étrangers en Chine ont été de 60,89 milliards de $, en hausse de 18,4% par rapport à la même période de l'année précédente (ce qui représente > 121 milliards sur une base annuelle et > 1'200 milliards sur 10 ans),
  • La zone euro joue son avenir cette semaine: le sauvetage de la Grèce impératif,
  • Dette américaine: la Maison-Blanche rassure, mais le temps presse.

Voilà, ces 3 dépêches résument de façon frappante et tragique, l'évolution du monde depuis le début de la vague d'ultra-libéralisme qui a commencé (en pratique mais pas en théorie) avec l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir en 1980 aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en 1979 en Angleterre.

Des décennies de désinvestissement en Europe et aux Etats-Unis sous prétexte de guerre idéologique contre les syndicats et tous ceux qui ont eu l'outrecuidance de demander, voire d'exiger, une plus juste redistribution des richesses en Occident, tout cela au profit de pays où des profits monstrueux étaient garantis aux actionnaires et aux investisseurs, touchent peut-être à leur fin (par K.-O. d'un des protagonistes). En attendant ce K.-O., cette dépêche prouve que le transfert d'investissements vers la Chine continue et même, se renforce.

Plus l'économie privée investit en Chine et plus elle renforce ce pays économiquement, politiquement et militairement. Moins elle investit en Occident, et plus elle affaiblit nos Etats sur tous ces plans. C'est un système de vases communicants qui finira très mal et tout cela à cause du monstrueux égoïsme de nos ultras riches.

Concernant l'Europe, on sait que de nombreux pays de la zone euro sont touchés et pas seulement la Grèce, ni même les PI(I)GS. Aux Etats-Unis, il nous est signalé que si un accord n'est pas trouvé avant le 2 août, les Etats-Unis devront couper leur budget fédéral de 40 % (!). Le spectre de 1929 est plus que jamais au-dessus de nos têtes.

L'avidité des ultras riches et la servilité des économistes et des politiciens qui se sont mis au service des menées de cette «élite» auront été telles qu'ils auront littéralement détruit leurs propres pays en 2-3 décennies. Un bon résultat si l'on songe que nos pays restent malgré tout leur base culturelle.

C'est vrai, ils pourront rehausser les murs de leurs citadelles avec des fils de fer barbelés et engager encore plus d'agents de sécurité pour avoir l'illusion de vivre comme si de rien n'était. Cela fera toujours quelques chômeurs en moins.

Cette façon des "marchés" et des agences de notation de pointer du doigt les pays qui se démènent dans des difficultés budgétaires insensées, provoquées par la déraison des acteurs de l'économie privée, par des politiciens serviles et par le sauvetage des banques ayant joué au Monopoly, est proprement insupportable. La seul façon de sauver ces pays en proie aux difficultés est:

  • d'accepter une hausse d'impôts de tous ceux qui ont si largement profité de la dérégulation de l'économie ces 30 dernières années
  • de rediriger massivement l'investissement de Chine (voir dépêche numéro une) vers les pays occidentaux qui souffrent le plus

14/07/2011

Rupert Murdoch enfin égratigné

Tous les médias se sont fait l'écho des péripéties concernant l'empire de presse de Rupert Murdoch, le magnat australien des médias.

Il lui est reproché, en Angleterre, d'avoir mis des personnalités sur écoute téléphonique, d'avoir soudoyé des policiers, de faire régner une forme de terreur sur les personnalités en vue (afin de mieux les manipuler) et de faire ou de défaire les premiers ministres.

Les gens concernés semblent stupéfaits, mais il n'y avait que les naïfs ou ceux qui feignent de l'être, pour avoir cru à la virginité de ce personnage. C'est un soulagement de constater qu'enfin la réputation de ce Monsieur et de son empire a été écornée et que ses menées pour accentuer sa prise de contrôle des médias britanniques est, au moins momentanément, stoppée.

En réalité, il serait judicieux que son empire soit démantelé afin de l'empêcher de jouer les faiseurs de rois et d'opinions plus longtemps. Car, au fond,  qui est ce Monsieur ? Quelle légitimité a-t-il pour se permettre d'influencer, chaque jour, l'opinion de millions de lecteurs, d'auditeurs et de téléspectateurs à travers le monde ? Ce n'est qu'un homme comme les autres, à la différence qu'il est très riche et qu'il a décidé d'investir son argent dans la manipulation de l'opinion et pas dans la liberté et la pluralité de l'information.

Mais ce Monsieur n'est pas le seul à poser problème. Il y a d'autres magnats de la presse et de l'économie dans le monde. Certains sont connus comme Silvio Berlusconi en Italie (un autre parangon de vertu et un éminent adepte de la crétinisation des masses), mais la plupart sont inconnus, cachés au sein du Conseil d'administration des Sociétés anonymes.

On voit, une fois de plus, avec cet exemple (et l'on est certainement loin de tout savoir sur l'éventail de ses influences), combien il est dangereux de laisser l'économie privée s'emparer de certains domaines d'activité, sous le regard passif de l'Etat. Ce qui au départ semble n'être qu'un libre jeu de la concurrence, finit rapidement, à coup d'achats et de fusions, par créer des «monstres» qui deviennent si puissants, qu'ils dominent totalement le marché dans lequel leurs talents s'exercent:

  • Ils créent une situation de quasi monopole (ou alors ils créent un cartel déguisé avec les 1-2 «concurrents» qui ont eux-mêmes survécus),
  • Ils dégagent des richesses monstrueuses, mille fois suffisantes pour s'attacher les talents de n'importe quel expert car quand on fait 10-40 milliards de bénéfice (de n'importe quelle devise qui se respecte encore), ANNUELLEMENT, on peut littéralement s'attacher les services de n'importe qui (politiciens y compris) et pour une infime fraction de cette somme,
  • Ils peuvent créer et diffuser une information qui ressemble fallacieusement à de l'information objective mais qui a été «mise en boîte», à notre insu, par une agence spécialisée dans la manipulation de l'opinion publique,
  • Ils peuvent faire pression sur qui bon leur semble pour parvenir à leurs fins

Aujourd'hui, l'Occident n'est pas en danger imminent de basculer vers l'extrême droite ou l'extrême gauche (même si les Etats-Unis des Républicains sont, pour de multiples raisons, une source de réelle préoccupation). La tentation totalitaire existe pourtant et elle se trouve cachée au sein des conseils d'administration de ces grands groupes financiers, industriels, pharmaceutiques, médiatiques qui couvrent la planète entière et dirigent le monde à leur guise.

Afin d'éviter des lendemains très douloureux, et dans un monde idéal, nous devrions, à l'échelle de la planète, décider de démanteler toutes les sociétés dont le chiffre d'affaire dépasse 5-10 milliards de dollars. Il est inacceptable, car hautement malsain et dangereux, de continuer de voir de multiples sociétés privées produire des chiffres d'affaires qui dépassent largement le PIB de nombreux pays.

30/06/2011

La Grèce préfigure-t-elle ce qui nous arrivera à tous ?

La Grèce a sans doute fait des erreurs qui lui sont propres. Mais elle partage une forme de désespérance avec beaucoup d'autres pays européens:

  • L'endettement est stratosphérique,
  • La jeunesse a un avenir plus sombre que celui de la génération qui l'a précédée,
  • Le tissu industriel s'est réduit comme peau de chagrin,
  • Les richesses sont de plus en plus entre les mains de quelques-uns seulement,
  • Nous assistons, impuissants, à la montée en puissance de la Chine (alimentée, comme une chaudière à vapeur, par les formidables investissements effectués par nos entrepreneurs avides de richesse facile) qui sera un redoutable gendarme du monde qui fera, un jour, passer les Etats-Unis pour d'aimables tigres de papier.

Dans une excellente chronique il y a une dizaine de jours, M. Claude Monnier (j'adore sa façon d'écrire et le recul qu'il prend sur les événements pour en dégager les lignes de force potentielles), posait la question de savoir si nous retournions vers une Société féodale. Cette question est totalement pertinente car l'évolution de nos Sociétés fait craindre cette régression, certes sous une forme différente. J'ai à de nombreuses reprises évoqué cette dérive dans différents billets et je ne peux donc qu'abonder dans son sens (voir notamment "Sur les traces des Etats-Unis", "Le (non) sens des responsabilités du secteur privé", "La démission de l'Etat", "Un viol de la démocratie (directe)").

Ce qui arrive à la Grèce ne se limite pas à ce pays. En fait, tous les pays occidentaux sont touchés, peu ou prou:

  • On connaît la situation tragique des Etats-Unis (voir les "Etats-Unis au bord de la banqueroute ?") qui, s'ils n'étaient pas les Etats-Unis justement, auraient déjà depuis longtemps, été sanctionnés par les marchés,
  • Il y a les PI(I)GS,
  • Et hier, on apprend que si l'endettement public en Suisse est sous contrôle, l'endettement privé est si élevé, qu'au moindre éclatement d'une bulle immobilière, c'est tout le pays qui pourrait chavirer,
  • Et ne parlons pas du risque systémique que les grandes banques font courir à notre pays.

Et pendant ce temps «nos» riches sont de plus en plus riches et le reste de la population s'appauvrit d'autant. Sans que nos brillants économistes ne semblent voir le moindre danger et la moindre incongruité à l'évolution potentiellement terrifiante de la situation. Au contraire, ils semblent dire, comme les communistes le disaient, mais à propos du communisme, au bon vieux temps du Stalinisme, que si le libéralisme n'a pas encore démontré tous ses bienfaits, c'est parce qu'il n'y a pas encore assez de libéralisme.

L'Occident paye en fait un double prix:

  • L'ultra-libéralisme
  • Poursuite d'une immigration massive de populations qui voient encore en nos pays des espaces immensément riches où ils pourront trouver une nouvelle chance pour eux et leurs enfants, ce qui risque d'accélérer notre chute par les tensions que cette immigration massive font peser sur notre lien social et sur nos assurances sociales quasi toutes exsangues.

Ce qui me surprend le plus est l'extrême passivité avec laquelle, nous peuples européens, assistons médusés:

  • A cette terrible régression,
  • A la façon dont les ultras riches mènent cette guerre sociale contre nous.

Des échauffourées dans les pays les plus touchés par l'austérité imposée par les marchés, les ultras riches, nos classes politiques inféodées aux puissances de l'argent  seraient, au fond, un signe que la vie circule encore un peu dans ce demi-moribond qu'est l'Europe. Une trop grande passivité ne serait pas le signe d'une grande sagesse, mais la mesure du désespoir des peuples européens.

Le tableau est sombre. Les années qui viennent (si ce n'est les mois ou les semaines) nous diront dans quelle mesure il correspond à la réalité.

11/05/2011

Les Suisses sont moins optimistes

Selon le dernier baromètre publié par le SECO, les Suisses sont moins optimistes concernant leur avenir, car ils craignent pour leur épargne. En cause, une hausse des prix qui rogne leur capacité à épargner.

On apprend ainsi de l'OFS (Office Fédéral de la Statistique), que l'indice suisse des prix a augmenté sous l'effet des vêtements et chaussures (+1.8% sur un mois) et transports (+0.6%). Pour le groupe vêtements et chaussures, on apprend de plus que ce phénomène « s'explique par l'introduction dans les rayonnages des nouvelles collections de saison ».

Une saison des dupes bien évidemment !

Alors face à tant de candeur et de neutralité dans les propos, reprenons juste 2-3 faits pour éclairer cette information qui, une fois de plus, passe comme une lettre à la poste, alors qu'elle devrait tous nous faire nous lever comme un seul homme tant elle dénote un scandale qui dure depuis toujours.

A l'été 2001, peu avant les attentats du 11 septembre, le dollar US oscillait encore entre 1.70 et 1.75 CHF. Ce qui veut dire que, grosso modo (on ne va pas chipoter pour quelques %), le dollar a perdu 50% de sa valeur par rapport au franc suisse en 10 ans. CINQUANTE % ! Or nous savons 2 choses:

  • La plupart des transactions (si ce n'est la totalité) concernant les énergies fossiles sont exprimées en USD, ce qui veut dire que la facture concernant le pétrole, largement utilisé dans les transports, aurait dû FORTEMENT baisser depuis 2001. Or il n'en est rien bien évidemment
  • Un scandale de plus grande ampleur encore, touche l'habillement: le franc suisse a monté contre toutes les devises. On vient de voir dans quelles proportions par rapport au dollar. On sait ce qu'il en est vis-à-vis de l'euro qui s'est littéralement effondré ces derniers mois. Le franc suisse a même régulièrement monté vis-à-vis du yuan chinois ces dernières semaines. Or tout le monde sait que la plupart des habits que nous portons viennent de Chine. Et qu'ils passent ensuite brièvement par les Etats-Unis pour nous être revendus sous d'authentiques marques états-uniennes ne change pas grand-chose à l'affaire (signalons au passage que l'on peut acheter les mêmes habits « made in USA » aux Etats-Unis pour 30% du prix auquel ils sont vendus en Suisse).

Nous avons donc affaire à une vaste couillonnade dont nous sommes tous les victimes. Les prix de l'essence et les prix du groupe « vêtements et chaussures » n'ont aucun rapport, ni de près ni de loin, avec la réalité. Ces prix sont fixés par des cartels qui s'enrichissent monstrueusement sur notre dos avec la bénédiction de nos « autorités » (si on peut encore leur donner ce nom qui évoque, ou a évoqué il y a fort longtemps, une certaine notion de pouvoir). Et qu'ils (les importateurs de vêtements) osent profiter du "changement de collection" pour augmenter encore les prix au point d'impacter l'indice des prix à la consommation alors que le dollar continue sa baisse journalière, et tout cela sans secouer la douce béatitude de Monsieur Prix et du Ministère de l'Economie me laisse sans voix.

Ici, comme ailleurs, les simples citoyens subissent les appétits de quelques financiers sans scrupules qui ont mis nos économies en coupe réglée et qui s'enrichissent sur le dos de la classe moyenne avec une cupidité éhontée. Et l'Etat continue tranquillement sa sieste pendant tout ce temps.

Honte à tous ceux qui participent à ce scandale !

04/05/2011

Les Etats-Unis au bord de la banqueroute ?

C'est un thème qui revient assez régulièrement depuis l'incurie totale qui a régné pendant le double mandat de Bush fils, ses 2 guerres « saintes » et ses remboursements pharaoniques d'impôts aux ultras riches. La situation a achevé de se dégrader avec la chute du Monopoly bancaire qui a failli emporter toutes les économies occidentales (crise qui est encore loin d'avoir déployé tous ses effets pervers).

La mondialisation de l'économie et tout ce que cela sous-entend est un thème dont j'ai souvent traité dans mes billets (voir entre autres «Le (non) sens des responsabilités du secteur privé» et «La perversion de la démocratie»).

Aujourd'hui, après 30 années de mise en pratique de ces « brillantes » idées:

  • délocalisation des outils de production vers les pays pauvres
  • destruction du tissu industriel dans nos économies transformées en des sociétés de service ne produisant que des « biens » virtuels
  • destruction des syndicats et des forces d'opposition qui ne sont plus que les fantômes de leur passé
  • lutte des classes à l'envers pour redonner aux riches tout ce que la rue et la menace soviétique avaient pu arracher par les grèves, les luttes sociales, etc

les Etats-Unis sont si endettés que l'espérance de vie de la machine administrative états-unienne ne dépasse pas le 2 août 2011.  Au-delà, cela dépendra d'un accord, ou non, sur le droit du gouvernement à s'endetter encore plus. Ce qui n'est certainement pas une solution durable.

L'endettement des Etats-Unis s'était déjà monstrueusement creusé pendant le double mandat de Ronald Reagan (père « spirituel » de « W »).

Sous Bill Clinton, à l'inverse, on en était arrivé à considérer que la dette des Etats-Unis allait être totalement remboursée quelques années après la fin de son deuxième mandat  si les choses continuaient leur cours.

L'endettement a repris un cours apocalyptique dès la première présidence de « W » sous l'effet cumulé des 2 guerres et des réductions d'impôts pour les ultras-riches.

Incurie ?
Au début de mon billet, je parle de « l'incurie totale qui a régné pendant le double mandat de Bush fils ». Mais est-ce exact ?

Certes, le fils Bush n'était pas son père et on pourra regretter amèrement, encore longtemps, qu'un tel homme ait pu un jour être nommé président du plus puissant pays de la planète. Il fallait vraiment que ce soit un pays déjà bien malade pour en arriver à de telles extravagances. Mais peut-on pour autant parler d'incurie ?

Ce mot fait penser à incompétence. Alors si Bush fils était cela et bien plus encore, son gouvernement ne l'était pas. Ce qui a été fait et voulu par les éminences grises et les lobbies qui manipulaient le président n'est pas le fruit du hasard ni ne peut être qualifié d'incurie. Le résultat est certes désastreux, mais les forces à l'œuvre ont fait très exactement ce qu'elles voulaient, ce pourquoi elles s'étaient battues de toutes leurs forces, y compris au prix de la manipulation des élections en Floride, pour porter ce piètre rejeton Bush au pouvoir.

Aujourd'hui, il est bientôt temps de payer la facture de ces 30 années de guerre sociale des riches contre les pauvres, de déstructuration sociale, de "détricotage" du lien et de la responsabilité sociale des riches envers les pauvres. Et la récente bataille des Républicains en faveur de la prorogation des cadeaux fiscaux aux ultras riches prouve qu'ils n'ont toujours rien compris. Et je ne suis même pas sûr que ce soient les ultras riches qui payeront le plus lourd tribut de cette guerre sociale. Comme d'habitude.

21/04/2011

Qui paye(ra) pour Tchernobyl ?

Une conférence s'est réunie ce mardi (le 19 avril 2011) à Kiev pour augmenter le fonds de financement du sarcophage de Tchernobyl (coût estimé à ce jour: > 2 milliards de CHF). Cette conférence réunit une cinquantaine de pays donateurs et la somme espérée n'a pas encore pu être réunie.

En lisant benoîtement le compte-rendu de cette conférence je réalise soudain 2-3 choses :

  • Le sarcophage prévu, et si sa construction démarre très prochainement, aura tout de même mis près de 30 ans à être construit. Combien de fuites radioactives pendant tout ce temps avec le sarcophage actuel ?
  • Le sarcophage prévu a une espérance de vie de 100 ans. Si l'humanité est encore à la surface de la Planète à ce moment-là, cela voudra dire que cette génération devra refaire tout ce travail. Et cela tous les 100 ans pendant des centaines de milliers d'années (sauf miracle technologique d'ici-là). Il serait plus qu'intéressant de calculer le coût de tout ce travail de Sisyphe. Et il serait encore plus intéressant de rapporter ce coût pharaonique (normal pour un sarcophage) au bas prix de l'énergie produite dont se vante cette branche
  • Cette conférence réunit 50 pays donateurs. Oui, des pays. Donc des gouvernements. Donc nous, avec nos impôts! Où sont les représentants de l'industrie nucléaire? Quelle sera leur contribution?

Effectivement, il y a fort à parier que la contribution de l'industrie nucléaire à la construction du sarcophage soit égale à zéro.

Une fois de plus l'industrie profite des projets pour se remplir les poches et l'Etat, c'est-à-dire nous, devra  dépenser des milliards pour payer les dégâts (voir aussi mes notes "sortir du nucléaire" et "la démission de l'Etat".

Pourquoi l'industrie nucléaire dans son ensemble n'est-elle pas à la table des donateurs pour au moins participer à la réparation des dégâts occasionnés ?  Je sais, Tchernobyl est un projet de l'ex-URSS et en ce sens, l'industrie nucléaire privée n'a rien à voir avec ce désastre. Bonne réponse.

La question que je me pose c'est: quelle sera la participation de l'industrie privée au nettoyage du site de Fukushima et à la construction du sarcophage qu'il faudra inévitablement construire et reconstruire là-bas ?

12/04/2011

Un viol de la démocratie (directe)

J'ai évoqué dans un précédent billet la tragique situation entourant la nouvelle Loi sur l'imposition des sociétés entrée en vigueur le 1er janvier 2011 qui a conduit à ce désastre fiscal (voir mon billet du 15 mars 2011, "La perversion de la démocratie").

Aujourd'hui, le gouvernement zurichois estime que les droits politiques des citoyens ont été violés lors de la votation fédérale du 24 février 2008 et Mme Margret Kiener-Nellen, Conseillère nationale bernoise, a décidé de porter plainte auprès du Tribunal Fédéral afin d'invalider cette Loi inique. Triplement inique car:

  • Le Parlement s'est prononcé sur une Loi dont les conséquences fiscales étaient gravement sous-évaluées
  • Le Ministre des Finances lui-même, était tombé dans le même piège, par malice, par incompétence ou pour toute autre raison
  • Le Peuple s'est prononcé sur un Objet qui a été gravement mal expliqué et présenté, avec des données totalement fausses

Aujourd'hui, tout le monde est perdant: la Confédération, les Cantons et le Peuple. Seules les grandes Multinationales se frottent les mains car pour elles, 2011 (et les prochaines années), c'est Noël tous les jours.

Tous les jours la Confédération se plaint de ses charges et cherche à se défausser sur les Cantons d'une partie de celles-ci. Tous les jours elle se plaint de ne pouvoir assumer les charges croissantes qui l'accablent. Année après année notre Parlement vote des Lois pour réduire l'engagement de la Confédération dans les programmes sociaux et le développement des infrastructures. Et parallèlement, année après année le même Parlement vote des Lois pour réduire la charge fiscale des entreprises. Ceci expliquant cela, bien entendu. Mais jamais encore le Peuple n'avait été trompé d'une façon aussi scandaleusement grossière. Et puis, au moment où Mme Leuthard nous menace de violentes augmentations des frais de transport, imaginez ce que la Confédération pourrait accomplir avec les 7 milliards de francs perdus !

Alors respect à Madame Margret Kiener-Nellen d'avoir eu le courage d'aller jusqu'au Tribunal. Cette Loi inique doit être invalidée, rediscutée au Parlement et soumise au Peuple dans une version plus conforme à la réalité des chiffres et pas dans une version farfelue.

La droite refuse pour l'instant de remettre cette Loi en question, invoquant la nécessité de respecter "la sécurité du droit". Ces scrupules l'honorent. Mais le devoir d'informer correctement la population ne mérite-t-il pas l'attention de notre classe politique ? C'est en effet avec ce genre de comportements que l'on détruit les fondements mêmes de la démocratie !

Maintenir cette Loi inique à tout prix, comme le veut la majorité bourgeoise du Parlement serait un insupportable viol de la Démocratie, dont nous sommes si fiers par ailleurs, par quelques affairistes opportunistes (rien de nouveau), sans scrupules (rien de nouveau non plus). A notre classe politique de se ressaisir et de prendre conscience du risque qu'il y aurait à poursuivre dans cette voie arrogante et sourde au malaise croissant qui existe entre ceux qui détiennent les pouvoirs et la majorité de la population. Si ce "malaise" a pu faire chuter des dirigeants apparemment aussi indéboulonnables que Ben Ali et Moubarak nos démocraties devraient être attentives aux signaux négatifs qui viennent d'une population pour qui la vie de tous les jours est de plus en plus incertaine et précaire.

09/04/2011

Où va l'Inde ?

A l'heure où notre Ministre de l'économie achève un voyage de travail de 3 jours dans ce vaste pays, j'en profite pour exposer quelques vues sur l'évolution troublante de ce pays particulier entre tous.

Dans mon esprit l'Inde est associée, avec plus ou moins de naïveté, à une mosaïque incroyable de couleurs, d'odeurs, à un fourmillement humain, aux palais des maharajas, à Mère Teresa, au bidonville de la Cité de la joie  et à l'extrême misère de centaines de millions d'habitants.

Mais l'Inde c'est aussi une vie spirituelle exceptionnelle, vécue avec une intensité sans doute inégalée dans le Monde. Ce sont les danses sacrées, les ablutions dans les eaux sacrées du Gange. C'est la Bhagavad-Gita, un des écrits centraux de l'Hindouisme, dont l'enseignement fondamental est d'échapper au cycle des renaissances par la réalisation du Soi. Ce sont les Sâdhu qui par toutes sortes de pratiques de jeûne, de mortification, de renoncement cherchent à s'émanciper du cycle des renaissances par la dissolution dans le divin et la fusion avec la conscience cosmique.

C'est aussi l'histoire du Bouddha, histoire qui s'entremêle à celle de l'Hindouisme et dont les liens réels ou supposés avec cette religion font l'objet d'exégèses par des spécialistes infiniment plus qualifiés que moi.

Et puis c'est aussi la vie spectaculaire du Mahatma Gandhi, frêle avocat indien ayant suivi ses études de droit en Angleterre, et qui a conduit ses premières luttes pour les droits civiques de la communauté indienne en Afrique du Sud.  A son retour en Inde, il mena une lutte pacifique contre les Lois coloniales britanniques, en faveur de la libération des femmes indiennes,  pour la fraternité entre les différentes ethnies et religions coexistant dans ce vaste pays et finalement, en mettant sa vie dans la balance, obtint l'indépendance de son pays.

Aujourd'hui, l'Inde se développe essentiellement en étant devenue le plus grand fournisseur d'informaticiens de la planète. Curieux destin tout de même, car des Sâdhu aux informaticiens qui, même s'ils posent sans complexe la photo de leur gourou sur leur écran d'ordinateur, il y a tout de même un grand écart assez impressionnant. Quel lien y a-t-il entre ces êtres vivant dans une grotte, passant leur temps à réciter des mantras ou à se tenir sur une jambe et ces yuppies modernes vivant à l'occidentale ?

Et puis il y a quelques jours, j'ai entendu que l'Inde était devenue le premier importateur d'armes dans le Monde. Oui, la patrie de Gandhi, le non violent absolu, est devenue cela. Cette double (é/in)volution devrait faire frémir l'âme de ce pays et celle de Gandhi doit pleurer de désespoir. Les Indiens qui sont si fiers de lui l'ont trahi et rangé dans un musée. Ils le ressortent lorsque cela peut flatter leur orgueil national, mais le reste du temps, il n'a visiblement plus rien à dire.

C'est en cela que nous humains, peu importent notre race et notre religion, sommes tous pareils. Ces phares de la Conscience, de quelque degré de Sainteté soient-ils, on est tout à fait prêt à les sanctifier quand cela ne nous coûte rien, à leur construire des temples pour démontrer notre supposée piété, à faire des pélerinages si on peut y gagner quelque indulgence, à battre notre coulpe une ou deux fois l'an. Mais que le reste du temps ils nous laissent gérer nos affaires comme bon nous semble !

Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

 

22:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : où va l'inde, gandhi trahi par son peuple | |  Facebook

30/03/2011

Sortir du nucléaire ?

Avec les événements au Japon, tout le monde, ou presque, ne parle que de cela. Avec force retournements de veste ou opportunisme, plusieurs partis semblent se prononcer en faveur d'une sortie du nucléaire ou au moins en faveur d'un arrêt des vieilles centrales et d'un moratoire sur les nouvelles.

Il est évident que la façon dont les (ir)responsables de la Société Tepco «gèrent» cet accident et ses suites, n'inspire pas une envie irrépressible de construire de nouvelles centrales. Les défenseurs de l'énergie nucléaire ont toujours clamé haut et fort un certain nombre de «vérités» qui se révèlent une fois de plus fausses. Deux ou trois rappels:

  • l'énergie nucléaire est sûre. On a affaire à des merveilles de technologie et tous les scénarii sont envisagés pour empêcher un accident. Résultat : on se retrouve à devoir essayer d'empêcher une fusion du cœur du réacteur avec des lances à incendie ! En termes de haute technologie, on a fait mieux. Un peu comme si l'armée des Etats-Unis essayait d'empêcher les sbires de Kadhafi de massacrer le peuple libyen avec des arcs et des flèches. En tous les cas, toutes les interventions relèvent plus du bricolage que de la maîtrise des événements
  • l'énergie nucléaire est verte puisqu'elle ne dégage pas de CO2 : outre que cela ne tient aucun compte de toute l'énergie grise qu'il faut pour construire une centrale et extraire le minerai, il est évident que chaque accident crée une situation dramatique pour l'environnement
  • l'énergie nucléaire est bon marché: je viens de lire dans la TDG que Tepco est soupçonnée par le gouvernement japonais d'avoir tardé à utiliser l'eau de mer pour refroidir les réacteurs car cela condamnait définitivement cette centrale à cause de la corrosion que l'eau de mer allait entraîner. Et l'on apprend dans le même article que ce beau bébé (6 réacteurs) a coûté au minimum 20 milliards de $. Heureux rappel, car je me demande comment on peut produire de l'énergie à «bon marché» avec des usines qui ont coûté des sommes aussi astronomiques. C'est simplement impossible ! Et puis on ne parle pas, jamais, des frais de démantèlement des vieilles centrales (ce n'est encore jamais arrivé), du stockage des déchets, de leur enfouissement dans des zones géologiques que l'on espère sûres, de la surveillance de ces zones d'entreposage, etc... A moins qu'il soit entendu par les marchands d'énergie nucléaire que c'est l'Etat qui va payer ces frais (cela ferait une fois de plus partie de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des charges et des pertes).

Je suis personnellement viscéralement opposé à l'énergie nucléaire. Pourtant, dans le débat sur le nucléaire qui dure depuis si longtemps, je ne trouve pas mon compte dans les arguments des uns et des autres. Je ne reviendrai pas sur les arguments fallacieux des pro-nucléaires.  Quant aux opposants, ils nous disent qu'il faut sortir du nucléaire, qu'il faut développer les économies d'énergie, qu'il faut développer les énergies renouvelables, qu'il faut couvrir les toits de panneaux solaires et les collines d'éoliennes, etc..

Pour l'instant, et jusqu'à preuve du contraire, je trouve que nous en sommes encore largement au stade de l'incantation. Une lectrice ou un lecteur aurait-il connaissance d'un rapport crédible et détaillé, qui démontre, chiffres crédibles à l'appui (je n'ai aucune envie de lire un rapport dogmatique), comment on peut sortir du nucléaire ?

Oui, je suis pour un ambitieux programme d'isolation des bâtiments, je suis pour le recours à l'énergie solaire dont le potentiel est gigantesque (mais le stockage encore impossible), je suis pour le recours aux éoliennes, aux barrages, à la géothermie, à la biomasse et à la force des vagues et des marées.

Oui à tout cela. Mais nous vivons en Suisse et je ne suis pas certain de la pertinence de certaines solutions dans certaines circonstances. Un système, quel qu'il soit, ne doit pas être dimensionné uniquement pour les moments où tout est idéal, il doit aussi prévoir des cas extrêmes. Et on ne peut pas raisonner en termes de pourcentages. Dire: "tel pays a couvert 40% de ses besoins en électricité avec l'énergie éolienne" ne dit pas grand-chose des moments où il n'y avait pas de vent, de ce qu'il est advenu à ce moment-là et des énergies auxquelles il a fallu recourir. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais rien lu qui explique comment nous ferons avec les seules énergies renouvelables, dans le scénario suivant :

  • nous sommes en hiver et les jours sont courts
  • le plateau suisse est couvert depuis un mois par un stratus implacable
  • il fait entre -10 et -15 jour et nuit
  • le niveau des barrages est très bas car l'automne et le début de l'hiver ont été très secs
  • le vent est quasi nul

Y a-t-il une étude quelconque qui ait analysé la façon dont nous allons faire face à une situation comme celle décrite ci-dessus, situation somme toute banale et qui a lieu à peu près chaque hiver en Suisse ? J'espère que la réponse n'est pas : «importer de l'énergie en provenance du parc nucléaire français».

Une lectrice ou un lecteur a-t-il une réponse à cette question ? Car avant de sortir du nucléaire, il faudrait sortir de l'incantation et des contes de fée et adopter une véritable stratégie industrielle qui tienne compte de tous les paramètres. Et j'aimerais vivement voir cette stratégie écrite noir sur blanc.

27/03/2011

La démission de l'Etat

Un éditorial paru le 16 mars dans la TDG sur l'accident nucléaire au Japon, rappelle que le sismologue Takashi Nakata de l'Institut de technologie d'Hiroshima avait confié en 2007, au site d'information Bloomberg, qu'au Japon, en matière de sécurité nucléaire: «ce sont les mêmes personnes qui font les règles, mènent les études et valident les inspections. Et les régulateurs se contentent de signer ce qu'on leur soumet».

Est-ce vraiment une surprise, cela ne se passe-t-il qu'au Japon et cela ne concerne-t-il que l'énergie nucléaire?

Quand on voit la démission générale de l'Etat, obligatoire suite aux innombrables baisses d'impôts (cadeaux au profit de l'économie privée et de ses actionnaires) dans tous les Etats dits «développés» (en tous les cas pas développés dans le sens d'une véritable prise de responsabilités par rapport aux générations futures), je crains fort que la réponse soit non.

Aux Etats-Unis, à Washington, on estime à 100'000 personnes (oui, vous avez bien lu !), le nombre de lobbyistes travaillant à influencer l'appareil législatif de ce pays. Aux Etats-Unis toujours, en 2000, lorsque Bush jr est arrivé au pouvoir, il a fait nommer un ancien de Monsanto à la tête de l'EPA (Environmental Protection Agency). Ce qui correspondait à peu près à nommer Al Capone à la tête du FBI (vous me direz qu'un certain J. Edgar Hoover en a été son directeur pendant 49 ans et le moins que l'on puisse dire est qu'il est un personnage controversé). Cela avait pour but de permettre à cet insider d'influencer très exactement les réglementations qui gênaient cette Industrie (la pharmaco-chimie) aux entournures. Et c'est ce qui a été fait.

Et ne nous faisons aucune espèce d'illusion, ce qui se passe aux Etats-Unis se fait également à Bruxelles (il n'est que de voir avec quelle célérité Manuel Barroso s'est empressé d'annuler le moratoire sur les OGM sitôt réélu à la tête de la Commission européenne). Et se fait également à Berne. La seule différence est une question d'échelle. Mais notre Parlement de milice favorise le recours à des spécialistes des différents domaines concernés par le travail législatif. Et ces experts ne viennent évidemment pas de mouvements alter-mondialistes ou de ce que l'on appelle de différents vocables (Société civile, etc..). Non, ces experts viennent évidemment de l'Industrie, des Pharmas, des Banques, de l'agro-alimentaire, des Assurances, etc.. Et leur but est, bien évidemment aussi, de laisser autant de liberté de manœuvre que possible à la branche économique qu'ils représentent.

Et c'est pourquoi, nous, les simples citoyens, sommes systématiquement perdants car ni nos Droits, ni nos intérêts, ni notre santé, ni notre protection sous une forme ou une autre ne sont défendus dans nos Parlements respectifs. En fait nous élisons des représentants politiques qui s'engagent à nous défendre et qui sitôt élus font collusion avec des Intérêts qui nous sont trop souvent opposés. C'est une autre grande perversion de ce que l'on appelle la «démocratie.»

Nous avons encore cette chance unique, en Suisse, de pouvoir régulièrement voter sur des objets importants et parfois de mettre un frein à des appétits démesurés. C'est pourquoi il est capital à mes yeux de ne pas nous laisser «tyranniser» par l'UE, car une entrée dans cette zone encore non démocratique dans son fonctionnement, signifierait un abandon de cette Liberté et de ce Pouvoir uniques au Monde.

15/03/2011

La perversion de la démocratie

«Problématique» a dit la Conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf pour parler du somptueux cadeau fiscal accordé aux plus riches, à ceux qui bénéficient de façon éhontée et suicidaire depuis 30 de la libéralisation de l'économie: la suppression de l'impôt sur les dividendes.

 «Problématique !» En termes politiques de 2011, cela veut dire à peu près : «On est vraiment embarrassé pendant 5 minutes de devoir annoncer cela à la population suisse qui travaille et qui paye des charges de plus en plus lourdes, mais on ne reviendra pas en arrière». Un moment de honte est si vite oublié.

 Alors reprenons succinctement:

  • Dans les années 2000, le Ministre des finances concocte un plan de réformes pour soutenir les PME
  • Fait partie de ce plan, la suppression de l'impôt sur les dividendes, avec effet rétroactif jusqu'en ... 1997 (pourquoi pas les années 60 après tout, vraiment trop timides ces lobbyistes)
  • Le manque à gagner pour la Confédération est estimé à 84 millions
  • Cette somme est annoncée dans le prospectus envoyé par la Confédération à la population dans l'optique de la votation sur ce projet qui a eu lieu en 2008
  • 3 ans plus tard, et APRES l'entrée en vigueur de cette Loi, on s'aperçoit soudain que le manque à gagner ne sera pas de 84 millions, mais de 7 ... MILLIARDS

 Qui va payer la différence ? Bien vu ! La classe moyenne, bien sûr, qui devra payer cela soit par des charges supplémentaires partout où cela sera possible (transports, essence, assurance maladie, TVA...), soit par la suite des coupes dans les prestations (AVS, AI, chômage...) ou dans les subventions (aux hôpitaux...) ou encore par la suppression de projets d'intérêt général (infrastructures de transport...).

 Voilà où va nous conduire l'incurie (ou le cynisme) d'une partie au moins de la classe politique et économique de ce pays. Car de deux choses l'une :

  • Ou bien ceux qui ont concocté ce plan et l'ont débattu aux Chambres fédérales croyaient vraiment qu'il allait coûter 84 millions et alors ils sont des incapables
  • Ou bien certains le savaient pertinemment et n'ont rien dit pour parvenir plus facilement et rapidement à leurs fins

Dans les 2 cas le résultat est le même et ceux qui ont participé à cette incurie ou à cette manipulation devraient être identifiés et sanctionnés (ce qui n'aura bien évidemment pas lieu mais on peut toujours rêver). Cette Loi devrait être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Peuple, tant celui-ci a voté en connaissance de cause. C'est la seule solution pour respecter ce que nous appelons fièrement: la démocratie

 Car on assiste vraiment là, à un sommet de perversion de la démocratie :

  • Non seulement le Peuple suisse a une nouvelle fois accepté de faire un cadeau fiscal à une minuscule frange de la population (ce qui est détestable), sous le couvert d'aider les PME (ce qui peut être positif sous certaines conditions). Et cela ne peut être qu'une forme de perversion des esprits que la majorité de la population qui souffre tous les jours pour survivre dans une Société de plus en plus dure et compétitive accepte de faire des cadeaux à une frange de la population qui est déjà riche au-delà de l'entendement et de l'éthique qui devrait prévaloir à l'organisation de nos Sociétés (soi-disant) développées
  • Mais en plus le Peuple suisse a été grossièrement induit en erreur, par cynisme ou par incompétence ou les deux à la fois.

 J'ai entendu l'arrogance de Mme Brunschwig-Graf hier soir à Forum (RSR1) défendant ce projet bec et ongles, arguant du fait que la suppression de cet impôt profitait à tout le monde :

  • Premièrement cela est fallacieux car en dessous d'un certain niveau de vie, il est tout simplement impossible d'acheter ne serait-ce qu'une action (on voit que cette personne ne connaît pas les fins de mois difficiles)
  • Pour ceux de la classe moyenne qui peuvent acheter quelques actions, on parle au mieux de portefeuilles de quelques milliers ou de quelques dizaines de milliers de francs. Ce ne sont pas non plus ces personnes qui vont vraiment profiter de cette Loi
  • Les vrais gagnants ce sont les actionnaires de ces grands groupes qui gèrent des portefeuilles qui se chiffrent entre quelques dizaines de millions et plusieurs milliards de francs. Ceux-là sont les seuls vrais gagnants de cette Loi !

L'arrogance de Mme Brunschwig-Graf et sa détermination à les défendre sont vraiment scandaleux et écoeurants. Mais elle n'est, probablement, qu'un bon petit soldat au service de cette oligarchie qui détient le pouvoir économique.

Après le choc très récent annoncé par Mme Leuthard de l'augmentation des prix des transports (notamment du rail), le téléscopage de ces 2 annonces à quelques petites semaines d'intervalle ne peut que rendre cette situation encore plus insupportable. A un  moment où la Confédération aurait besoin d'argent frais pour financer des infrastructures d'intérêt général, l'annonce des avantages accordés à quelques-uns ne peut que rendre la situation encore plus inacceptable.

Cette Loi doit être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Parlement et du Peuple.

 

 

 

13/12/2010

Marchands d'aliénation

Dans un billet précédent, j'ai longuement abordé la question de ce qui apparaît à mes yeux comme le (non) sens des responsabilités du secteur privé. Dans ce billet, je voudrais mettre en lumière le côté parfois machiavélique de l'esprit marchand qui pousse certaines entreprises à vendre leurs produits (matériels ou virtuels) avec un cynisme sans bornes. Et face à leurs menées, nos Sociétés sans boussoles et qui ont depuis longtemps rejeté toute référence à un Esprit supérieur, sont bien démunies pour imposer des limites. Et je n'évoquerai même pas la collusion qui peut exister entre nos gouvernants et ces entreprises apparemment toute puissantes, tant ce serait enfoncer des portes ouvertes.

Nous parlons beaucoup du dopage dans le domaine du sport et dissertons à l'envi sur tel ou tel sportif lorsqu'il se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Mais ne devrions-nous pas admettre que le dopage (et qui parle de dopage parle aussi d'addiction) dépasse largement le domaine du sport d'élite et même du sport tout court ?

Si l'on se réfère au dopage comme étant la prise de substances pouvant affecter positivement (au moins dans un premier temps) nos
performances et/ou modifier les perceptions de nos limites et/ou nous permettre de supporter un quotidien qui serait autrement trop  problématique, alors force est de constater que le dopage, légal ou illégal, est beaucoup plus répandu que communément admis. Qu'il est là, tout près de nous. Que pour beaucoup, le premier geste du matin est d'allumer une cigarette ou de se faire chauffer un café. Et que notre journée se déroule ainsi, de stimuli en stimuli, à chaque baisse de régime.

Et des substances nous permettant de booster nos performances ou de surmonter une frustration, il en existe des quantités (quelques exemples connus):

  • alcool: voici une drogue légale (je ne parle pas de la personne qui boit un verre de temps en temps en connaisseur) qui après des succès remarquables dans la lutte contre sa surconsommation a un succès de plus en plus important parmi la jeunesse. Certes il y a quelques cantons qui ont tenté d'édicter des lois pour essayer de limiter l'accès à l'alcool, des adolescents. Cette politique a-t-elle réussi ? Non, bien sûr. Et je dirais même que l'Etat a une attitude ambiguë. En effet, d'un côté il cherche à limiter l'accès des jeunes à ce produit et de l'autre il autorise les fabriquants à mettre sur le marché des substances alcoolisées particulièrement perverses qui sont clairement faites (je pense ici aux alcools forts et hyper sucrés, appelés alcopop) pour habituer un public de plus en plus jeune à boire de plus en plus, tout en étant trompé sur la nature réelle de ces produits grâce aux quantités énormes de sucre qu'ils contiennent. Ne doit-on pas s'alarmer en constatant que de nos jours, on trouve des pré-ados de 10-12 ans qui sont déjà profondément (et probablement irréversiblement) alcooliques ?
  • tabac: le même constat prévaut dans le domaine du tabac. D'un côté l'Etat cherche à limiter la consommation de tabac en en augmentant le prix et en limitant les espaces publics où l'usage du tabac est autorisé. Mais de l'autre nous savons que l'Etat autorise les fabriquants à ajouter toutes sortes de substances dans les cigarettes qui augmentent la dépendance. Et le résultat est que l'on peut vraiment douter des statistiques tendant à démontrer que le pourcentage de fumeurs diminue régulièrement. Au contraire, j'ai l'impression subjective que les fumeurs sont, après une baisse relative, à nouveau de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes
  • fumette: là aussi nous assistons à une banalisation impensable il y a encore une génération, de cette pratique parmi les jeunes (et les moins jeunes). Et la fumette qui touche une proportion inouïe de jeunes est évidemment intimement liée à l'usage précoce du tabac
  • café: une industrie planétaire est organisée autour de notre consommation de café. Cette substance a un cours sur les marchés mondiaux et des pays entiers ont le commerce du café comme principale source de devises
  • médicaments de "confort": que d'argent dépensé pour acheter des substances qui certes apportent une illusion de soulagement, mais qui souvent conduisent à une intoxication de notre milieu intérieur, un ralentissement de notre métabolisme et à une aggravation de nos symptômes initiaux
  • sport(-spectacle): je ne pense pas ici au sport de plein air qui fait le plus grand bien s'il est pratiqué dans un bon esprit. Non je pense à ces milliers de spectateurs qui chaque week-end envahissent les stades de football et les patinoires de nos pays. Là ils y apprennent les instincts les plus rudimentaires et parfois les plus bas , ils y apprennent la haine de l'autre  (ma dernière visite, en 2004, à une patinoire, s'est soldée par une sortie encadrée par la police anti-émeutes en grande tenue). Et bien sûr l'alcool y coule à flots (en une autre occasion j'ai vraiment eu peur dans un train lorsqu'à la gare de Fribourg le train dans lequel je me trouvais a été soudain envahi par quelques centaines de spectateurs fortement alcoolisés, d'une équipe de hockey). Je pense aussi aux centaines de rendez-vous internationaux qui rythment le calendrier toute l'année, qui mettent en scène des sportifs surmédiatisés et scandaleusement bien payés. Entre le sport local et les grands rendez-vous internationaux on peut vraiment en conclure que le sport-spectacle est devenu le nouvel opium du peuple: aujourd'hui les églises sont presque vides et les foules "communient" à d'autres (s)cènes
  • variétés/divertissements: là aussi l'industrie spécialisée produit à l'année de nouveaux "artistes" plus ou moins talentueux et, lorsqu'il s'agit de jeunes femmes, fort jolies et passablement dévêtues. Et je ne parle pas du "modèle" proposé à nos enfants par des spectacles ou des clips faisant la promotion d'une décadence des moeurs et des esprits qui devrait nous faire tous réfléchir
  • télé(-réalité): une autre façon de visiter les abîmes de la conscience humaine et d'abrutir des foules fatiguées par une vie harassante et qui n'aspirent qu'à se "vider l'esprit"
  • internet: encore un outil qui aurait pu être formidable par l'accès à l'information pour le plus grand nombre. Mais si l'on parle volontiers de cela et de la fracture numérique entre le Nord et le Sud, on omet souvent de dire que 80% du trafic sur internet va vers des sites pornographiques
  • téléphonie mobile: encore une"merveilleuse" invention. Mais lorsque l'on pense que l'industrie a couvert (avec notre aide enthousiaste de consommateurs) la planète d'antennes de téléphonie mobile, donc d'un smog électromagnétique dont les effets sont encore minimisés, on se demande vraiment s'il valait la peine de faire tout cela et de se mettre tous en danger, lorsque l'on entend la nature de 99% des conversations


Suite à ce catalogue non exhaustif, on peut se demander où et quand, dans un tel modèle de société, les êtres (vous, moi) trouvent le temps et l'énergie pour se retrouver, retrouver leur "centre", retrouver leur "musique" intérieure alors que tout est fait pour nous attirer à l'extérieur de nous-mêmes afin de devenir des consommateurs de plus en plus effrénés de satisfactions matérielles et matérialistes? Quelle est la légitimité d'un modèle de société qui nous fournit tous les moyens pour éviter de "risquer" d'accéder à notre silence intérieur, à notre conscience, tout cela au profit d'acteurs économiques qui s'enrichissent de notre aliénation ?

 

20:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : liberté, aliénation, esprit marchand pervers | |  Facebook

23/11/2010

Le (non) sens des responsabilités du secteur privé

En ces temps économiques plus que troublés, tout le monde s'interroge sur le sens des responsabilités (sociales, économiques, civiques) de larges pans de l'économie privée. Et l'interrogation est légitime, tant ce sens des responsabilités semble inversement proportionnel à la somme des bénéfices que les entreprises génèrent : autant les petites et moyennes entreprises ont un véritable esprit à la fois entrepreneurial et socialement responsable, autant les grands groupes ne répondent qu'à la pression de leurs actionnaires qui récompensent, par des envolées boursières, tout ce qui détruit la cohésion sociale et la solidarité considérées comme des charges insupportables (on l'a vu encore le 17 novembre 2010, avec l'annonce des résultats de Roche et bientôt peut-être avec ceux de Novartis). Et, parallèlement, attribuent des salaires indécents et des parachutes dorés à ceux qui mettent en œuvre ces politiques.

Ce projet politique et économique, aussi appelé la «Révolution conservatrice», s'est dessiné aux Etats-Unis dans les années (19)70 et a permis, en empruntant à la Gauche qu'elle combattait avec acharnement son arme suprême, la propagande, de porter au pouvoir Ronald Reagan, un Président charismatique et particulièrement bien conseillé dans cette tâche.

L'Administration Reagan s'est lancée avec enthousiasme dans 2 tâches lourdes de sens au regard de l'Histoire :

  • Sur le plan militaire, la course aux armements a placé la barre si haut avec le fameux, et probablement fumeux, projet dit de la «Guerre des étoiles» que l'Union soviétique a implosé
  • Sur le plan économique, la Révolution conservatrice a essaimé dans toutes les économies occidentales et a eu des effets parfois particulièrement pervers en favorisant «la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes»

La fameuse propagande, pour schématiser, dit que l'Etat est lourd, inefficace, coûte cher, qu'il est un frein à l'initiative individuelle et à la Liberté (rien que cela) et que la meilleure des choses serait qu'il soit le plus mince et le plus discret possible. Bref, qu'il est le problème et pas la solution. A l'inverse, l'économie privée est parée de toutes les vertus en ce qu'elle crée des richesses, des emplois et assure le bonheur de tous en laissant libre cours à la créativité et à l'esprit d'initiative de chacun.

Après une trentaine d'années d'application presque systématique de cette politique et le recul que le temps permet, les résultats répondent-ils aux promesses ? Le citoyen moyen est-il plus heureux, plus libre, plus créatif, plus responsable, plus riche éventuellement qu'il y a 30 ans ?

Entre la propagande et la réalité à quoi a-t-on véritablement assisté ?

  • Sous l'égide de l'OMC, une ouverture systématique des économies jusqu'alors nationales et protégées de la concurrence, pour arriver à une sorte de grand marché où tout acteur économique peut être actif partout
  • une délocalisation massive des emplois industriels et de service, vers des économies où la main d'œuvre est bon marché et corvéable à merci (ce qui a permis de casser les reins des syndicats, un contre-pouvoir jugé intolérable)
  • des investissements tout aussi massifs dans ces économies qui n'étaient pas encore émergentes
  • une mise en concurrence des travailleurs de tous les pays avec la menace de délocalisation au cas où les travailleurs occidentaux n'accepteraient pas de réduire leurs acquis sociaux
  • une lutte âpre dans les Parlements de toutes nos Nations occidentales pour faire accepter à la classe moyenne la diminution de ses avantages et la hausse de ses charges (on y assiste également en Suisse: les Lois sont modifiées pour diminuer les prestations de l'assurance chômage, ou tenter de raboter celles du 2ème pilier, on s'attaque à l'AI ou au marché de l'électricité. Et l'on augmente la TVA. Et une fois que tout ceci est acquis, on retourne à la case départ pour initier un nouveau cycle de coupes dans les budgets et les programmes sociaux)
  • un phénoménal transfert de richesse légal (car légiféré) des classes pauvres et moyennes vers le 1% des gens les plus riches de nos sociétés respectives
  • une augmentation qualifiée par beaucoup, d'indécente, y compris par les économistes dits «de droite», des salaires des grands patrons
  • un affaiblissement concerté, voulu et légalisé par nos Parlements nationaux, de toutes les Lois de protection des travailleurs, de l'environnement, des consommateurs, etc..
  • la crise des subprimes, qui n'est que le résultat de 30 années de dérégulation, qui a failli tout emporter sur son passage (même si cette crise est loin, très loin, d'être terminée)

Par l'énumération de ce petit catalogue, on constate qu'on est assez loin des lendemains qui chantent annoncés  par nos brillants penseurs. Pour enfoncer un peu plus le clou, je vais prendre 2-3 exemples qui me paraissent assez significatifs :

  • Attentats du 11 septembre : que n'a-t-on déjà dit sur cet événement dramatique. On sait ce qu'il en est advenu avec les guerres en Afghanistan et en Irak qui sont en train d'enliser la puissante armée des Etats-Unis et de ruiner le pays (voir le livre de Joseph Stiglitz : «Une guerre à 3'000 milliards de $»). Or si lors de cet événement tragique l'Etat a pris ses responsabilités (je ne juge pas ici du bien-fondé ou non d'entrer en guerre, c'est un autre débat), si les Etats-Unis ont été noyés sous un délire patriotique qui a muselé la plupart des voix qui auraient pu (ou dû) s'opposer à la guerre en Irak (exemple : le New-York Times), qu'a fait le secteur privé pendant ce temps ? Il a au mieux gelé les embauches et au pire licencié en masse, profitant assez cyniquement de ce tragique événement pour continuer de diminuer ses coûts de production et augmenter ses bénéfices
  • Crise des subprimes : après avoir transformé l'économie mondiale en un gigantesque casino et avoir vu tout le système au bord de l'effondrement, il n'y eut d'autre recours que d'appeler l'Etat au secours pour venir renflouer des banques au bord de la faillite. Qu'a fait depuis l'économie privée ? Elle a recommencé, comme avant, à engranger des bénéfices monstrueux, à distribuer des bonus qui dépassent l'entendement (140 milliards de $ pour les seules banques américaines en 2010), à licencier à tour de bras, à expulser de leurs maisons les gens qui se sont faits prendre au piège, en bref : elle n'a rien compris et en refusant le jeu de la solidarité, en refusant de créer des emplois, elle aggrave et prolonge une crise qu'elle a elle-même provoquée
  • Chine : là aussi, le secteur privé, dans son avidité à engranger des profits faciles et sa volonté implacable de casser les reins des syndicats, a créé par ses investissements massifs et ses transferts de technologie, un «monstre» à la Frankenstein qui se retournera un jour prochain contre ses créateurs (la célèbre phrase de Lénine «les capitalistes nous vendront un jour la corde avec laquelle nous allons les pendre» trouvera peut-être son épilogue prophétique avec la Chine plutôt qu'avec l'Union soviétique. En fait, nous ne leur avons même pas vendu la corde, nous la leur avons donnée). Un pays devenu incontournable, de plus en plus arrogant politiquement et puissant militairement et technologiquement, et qui tient aujourd'hui les cordons de la bourse mondiale (que feraient les Etats-Unis sans les prêts chinois ?)

Et l'Etat dans tout cela ? Il est, comme rêvé par nos mages de l'économie libérale, de plus en plus faible : les innombrables baisses d'impôts ont entraîné des réductions proportionnelles des budgets de tous les Ministères, y compris de ceux censés contrôler l'économie privée. Et de plus en plus inféodé aux puissances de l'argent.

Quant au secteur privé, il est comme un enfant, sans limites, ne sachant pas s'imposer des règles du jeu (car la compétition et le profit maximum régissent tout). Il est devenu l'un de ces enfants-rois qui cassent leurs jouets (si vous refusez de faire ce que l'on veut nous allons délocaliser), font des crises de nerfs dès qu'une limite s'oppose à leurs désirs (si vous augmentez nos impôts nous allons déménager) et qui mettent leurs parents sous une pression constante (nous voulons payer moins d'impôts, nous voulons moins de règles contraignantes) afin de satisfaire tous leurs caprices.

Mais on a vu avec la crise des subprimes que lorsque l'enfant-roi a cassé ses jouets il a été bien content d'appeler ses parents au secours pour que ceux-ci viennent les réparer. Les parents se sont exécutés, mais ceux-ci n'ayant pas d'assurance en responsabilité civile, la famille entière (vous, moi) va devoir payer pendant au moins 10-20 ans les dégâts causés par ce sale gosse capricieux.

Alors où tout cela nous mène-t-il ?

Paupériser les classes les plus défavorisées de la Société ainsi que les classes moyennes, permet sans doute à quelques-uns de faire de très profitables bénéfices à court et à moyen terme, mais la crise des subprimes a montré de façon dramatique les limites de ce modèle économique car c'est toute la dynamique économique de nos sociétés, basée sur la consommation, qui est mise en péril : lorsque des millions ou des dizaines de millions de gens, selon la taille des pays, sont touchés dans leur pouvoir d'achat, des pans entiers de l'économie s'effondrent (immobilier, automobile, etc..). C'est aussi vrai de la cohésion sociale fondée sur le principe que chacun devrait avoir une chance de vivre dans la dignité.

Il est grave de la part de nos décideurs qui ont les moyens politiques, économiques et intellectuels de modifier le cours des événements, de continuer jour après jour, loi après loi, d'aggraver la situation économique et sociale, au risque de se diriger vers un état de guerre entre couches sociales (les terribles cures d'austérité de certains pays, PIGS et Grande-Bretagne en tête, pourraient initier de graves conflits sociaux) et/ou entre Etats, car jamais probablement dans l'histoire de l' Humanité les grands déséquilibres ne se sont (ne serait-ce que momentanément) dénoués autrement que dans des conflits sanglants.

Aujourd'hui nous avons la chance d'être informés comme jamais, nous avons accès à toutes les leçons de l'histoire pour nous prévenir du danger et pourtant nous continuons, dans tous les domaines, à foncer dans le mur !

La dérégulation a été si loin qu'il est littéralement impossible de revenir en arrière. Et s'il paraît logique que l'Etat ne joue pas le rôle d'entrepreneur (on connaît la faillite totale de tous les systèmes où l'Etat a voulu jouer tous les rôles), il faut d'urgence redéfinir les devoirs et les responsabilités de chacun :

  • à l'Etat de définir et de faire respecter les règles du jeu (en s'en donnant les moyens)
  • aux entrepreneurs privés de créer de la richesse socialement responsable

 

13:26 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : économie, politique, suisse, secteur privé vs secteur public | |  Facebook