13/05/2017

Etats-Unis : autopsie du naufrage républicain

Le parti républicain qui cristallise en son sein les pires ferments de haine de la société américaine a une très lourde responsabilité historique. Ne serait-ce que pour avoir orchestré le vol des élections de l’an 2000 au profit de Bush jr, avec toutes les conséquences apocalyptiques que cela a entraîné. Pendant les 8 années de la Présidence Obama, il a aiguisé sa haine et sa rancœur et s’est aligné derrière Trump, le candidat devenu président qui montre son mépris total des Lois et sa volonté de faire entrer son pays dans son monde alternatif fait de mensonges, de brutalité, d’intimidation, de corruption, de népotisme et d’incompétence. Et le parti républicain non seulement se tait mais continue de le soutenir.

Pendant la dernière année de sa Présidence, le parti républicain a empêché Obama de nommer un juge à la Cour suprême au prétexte que dans la dernière année de son mandat un Président n’est plus légitime. Puis lorsque les démocrates ont tenté d’empêcher la nomination d’un juge ultra-conservateur, les républicains du Sénat, le 6 avril, ont changé les règles de nomination. Il suffit désormais de la majorité simple (51 voix sur 100) au lieu de la majorité qualifiée (60 voix sur 100) pour élire un juge. C’était « l’option nucléaire », terme qui exprime bien la gravité de ce changement sur l’équilibre des pouvoirs aux Etats-Unis.

La saga sur l’Obamacare est du même tonneau. Après avoir lamentablement échoué une première fois à l’annuler, Trump, avec la complicité active de son parti, a réussi à faire passer quelque chose. Une loi inique (883 milliards de dollars de rabais fiscaux pour les ultras-riches, ce qui va faire perdre leur couverture maladie à des millions d’Américains, alors que pendant la campagne il avait promis de faire une loi couvrant plus de citoyens pour une fraction du coût) que même les représentants républicains n’avaient pas lu. Il fallait sauver la face, faire passer n’importe quoi. Même la liste des courses au supermarché du coin aurait eu les faveurs du parti républicain tant la panique était en train de les gagner.

Cette semaine Trump s’est attaqué au directeur du FBI. Sombre histoire que celle-ci. Après s’être peut-être fait manipuler pour qu’il rouvre l’enquête sur les e-mails d’Hillary Clinton 10 jours avant les élections (ce qui lui a sans doute fait perdre celles-ci) et de la refermer quelques jours plus tard (le 6 novembre) car le FBI n’avait rien trouvé de nouveau, il s’est attaqué à l’enquête sur les liens entre l’équipe de campagne de Trump et la Russie. Si Trump ne pouvait que le remercier d’avoir contribué à le faire élire, il était en rage de le voir s’approcher d’un peu trop près dans son enquête sur ce que l’on commence aux Etats-Unis à appeler le « Kremlingate ». Alors cette semaine il a fait venir le vice-ministre de la justice (le ministre avait dû se récuser dans toute affaire touchant à la Russie après avoir menti sur ses propres contacts russes) pour qu’il lui écrive une note justifiant le licenciement de James Comey pour incompétence, entre autres dans « la gestion des e-mails d’Hillary Clinton » (sic). Puis il l’a licencié en arguant du fait que la demande venait du patron du Directeur du FBI. Ensuite la machine de propagande s’est emparée de ce narratif et l’on a pu voir les différents porte-parole et le vice-président colporter cette salade dans les différents médias. Mais cela a dû faire de l’ombre à l’ego de Trump. Alors il n’a pu s’empêcher d’aller dire autre chose sur un autre média : « Indépendamment du rapport [établi par le vice-ministre de la justice] j’allais de toute façon licencier Comey ». Puis il l’a menacé ouvertement dans un tweet vendredi matin : «James Comey ferait bien d'espérer qu'il n'existe pas d' enregistrements de nos conversations avant qu'il ne commence à faire des révélations à la presse!» Ce qui ressemble furieusement à une tentative d’intimidation de témoin. Et le parti républicain non seulement se tait mais continue de le soutenir activement. De toutes ses forces.

Ce qui est très inquiétant dans ce qui se passe est que, visiblement, et comme je le craignais déjà dans ma note du 10 novembre, il n’y a plus de contre-pouvoir aux Etats-Unis ( « Trump: la responsabilité historique de nos élites »). Trump peut dire n’importe quoi, tweeter des absurdités en cascades, promouvoir des Lois iniques, licencier des Directeurs d’Agences fédérales, menacer ceux qui pourraient parler de ses liens avec la Russie, faire dire tout et n’importe quoi à ses porte-parole avant de les contredire lui-même 5 minutes plus tard, engager ses proches sans mandat en leur permettant ainsi d’avoir accès à des informations ultra confidentielles, violer toutes les Lois d’éthique et de bonne gouvernance, se comporter en apprenti dictateur, les Républicains continuent de faire corps derrière lui. Et à part les humoristes et les journalistes qui ont encore un cerveau il ne reste rien de l’équilibre des pouvoirs dans la démocratie américaine qui ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Tout cela grâce à la dérive du parti républicain qui est depuis toujours traversé par de puissantes forces d’extrême droite. Et ce qui est à noter est que la dérive de Trump vers une dictature n’est pas le fruit d’un projet politique. Il est beaucoup trop inculte et beaucoup trop stupide pour qu’on puisse lui faire ce « crédit » (si tant est que cela en ait jamais été un). Non sa dérive autoritaire n’est qu’au service de son narcissisme incommensurable.

Alors une république et un parti peuvent-ils se déshonorer pour servir l’ego d’un minus ? Quoiqu’il arrive, cette dérive qui est en marche depuis longtemps et qui culmine avec la présidence Trump sera le grand stigmate qui, espérons-le, hantera ce parti pour toujours.

Commentaires

Il faut évoluer un peu. En quoi ses liens supposés avec la Russie puissent ils être néfastes ? Le temps de la guerre froide est fini la seule vraie guerre qui nous menace c'est celle que l'islamisme nous livre et dans cette guerre là Poutine s'avère être un allié plus qu'un ennemi. Quand aux libertés soit disant respectées dans nos démocraties il n'y a qu'a voir comment les décisions du peuples sont ignorées par nos gouvernements qu'ils soient suisse ou européens. Le fric a toujours fait tourner le monde et ceux qui prétendent défendre les valeurs humaines sont les premiers à s'en foutre plein les poches.
Trump est déjà très riche comme Blocher il ne font pas de la politique pour l'être encore plus mais pour assurer à leurs pays respectifs leurs souverainetés et non pas les soumettre aux dictas d'autres pays dirigés par des sociaux démocrates qui n ont pas su faire fortune tout seul et passent leur temps à dépenser l'argent qu'ils n'ont pas su gagné mais celui qu'ils confisquent aux citoyens qui essaient de se faire une situation.

Écrit par : norbert maendly | 13/05/2017

@Norbert Maendly

Libre à vous de penser que soutenir Trump est une évolution de la pensée. Pour moi c'est l'exact opposé tant il incarne les passions les plus abjectes de l'être humain.

Je suis également en colère contre les élites qui ont, par leur comportement amoral et immoral, favorisé l'émergence de "politiciens" comme Trump. Je m'en suis ouvert à de nombreuses reprises dans ce blog en mettant en avant leur responsabilité accablante en regard de l'histoire de nos démocraties. Mais j'espère que la colère ne m'entraînera jamais sur le chemin menant au reniement de mes convictions.

Beaucoup d'autres ont suivi ce chemin. il a conduit aux heures les plus sombres de l'Humanité. L'Europe est très bien placée pour appréhender les risques inhérents à ces dérives. Aujourd'hui, plus que jamais, les Etats-Unis sont confrontés aux mêmes dangers que les peuples européens l'ont été en des temps pas si lointains. Puissent-ils se réveiller avant de tomber dans le précipice.

Écrit par : Gérard Meyer | 13/05/2017

En essayant de voir le bon coté de la Trump-chose, je me dis que si l`Union des États d`Amérique du Nord (United States of America) survit a la Trumperie, elle risque d`en devenir meilleure car Trump va faire clairement ressortir ce qui rend malade les USA depuis le regne des Bush, notamment le complexe de supériorité raciale et culturelle de ses élites dites "conservatives" ainsi que l`idéologie du fric accumulé comme mesure de la valeur de l`etre humain.

Écrit par : Jean Jarogh | 15/05/2017

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