30/04/2017

Trump : 100 jours, cela se fête ?

Pour un président normal, oui ! Pour lui, c’est nettement plus ambigu. Alors qu’il continue de découvrir sa fonction avec toujours la même candeur apparente (je cite de mémoire 3 de ses remarques désarmantes) :

  • « Savez-vous que l’arme nucléaire est dévastatrice » à une journaliste le lendemain de son intronisation et après avoir été briefé par les militaires responsables de l’arme nucléaire
  • « Nul ne savait à quel point l’assurance maladie était un domaine compliqué » après le premier échec de sa tentative d’abrogation de l’Obamacare
  • « Etre président des Etats-Unis c’est plus de travail que je ne l’avais imaginé », le jour de ses 100 premiers jours.

On est loin de ses vantardises pendant la campagne électorale où tout était simple : le premier jour il allait abolir et remplacer Obamacare avec un projet qui serait meilleur (inclurait plus de monde) et qui coûterait une fraction (sic) d’Obamacare (je crois que nous sommes bien placés en Suisse pour nous méfier de ce genre de propos). Et en 100 jours l’Amérique serait « great again » !

Le plus préoccupant est qu’après 100 jours, il a le plus faible taux de nomination de responsables aux postes clés de son administration de l’histoire. En tout cas récente. Ce qui veut dire que le gouvernement est littéralement paralysé faute de combattants. Et que parmi les quelques nominés, plusieurs ont déjà démissionné, ont été démissionné ou se sont rétractés. Grâce à cela et à sa totale méconnaissance du personnel politique, il est obligé de confier des tâches incroyablement difficiles et complexes à son beau-fils Jared Kushner. Qu’on en juge :

  • Amener la paix au Proche-Orient (lol)
  • Réformer le fonctionnement de la justice
  • Diriger le bureau américain de l’innovation
  • Réformer l’aide aux vétérans
  • Lutter contre les addictions (aux drogues dures)
  • Réorganiser l’ensemble du gouvernement fédéral

Tout cela alors qu’il n’a que 39 ans, aucune expérience dans un gouvernement et pourrait être rapidement poussé à la démission par l’enquête sur les liens de l’équipe Trump avec la Russie. C’est bien joli de vouloir « vider le marigot ». Encore faut-il savoir comment et de qui s’entourer.

La deuxième chose qui est préoccupante (on peine à trouver un domaine qui ne l’est pas) c’est de voir à quel point il est influençable. Lui qui se présentait comme le roi de la négociation semble se faire retourner comme une crêpe en quelques minutes de discussion et donner raison au dernier qui a parlé. Pendant la campagne, il voulait :

  • S’attaquer à la Chine afin qu’elle cesse de manipuler sa monnaie. Promesse abandonnée suite à la visite du président chinois
  • Annuler le traité commercial (NAFTA) avec le Canada et le Mexique : maintenant il veut seulement renégocier l’accord après avoir discuté quelques minutes au téléphone avec le Premier ministre canadien et le Président mexicain
  • Faire construire le mur et le faire payer par le Mexique. Il est au mieux remis aux calendes mexicaines

Il pensait également que l’OTAN était obsolète. Tout cela parce qu’il ne savait pas vraiment, selon ses propres termes, ce qu’était l’OTAN. Après quelques minutes de briefing il ne pense plus cela.

Alors qu’a-t-il fait pendant ses 100 jours, à part se vanter ? Pas grand-chose :

  • Il a signé de nombreux décrets, dangereux pour la planète ou pour nous tous (j’ai déjà cité quelques exemples dans des notes précédentes et cela ne s’arrange pas). C’est facile. Il suffit de savoir écrire son nom au bas d’une page rédigée par d’autres
  • Il a réussi à faire nommer un juge ultra-conservateur à la Cour suprême grâce à 1) l’obstruction pendant l’entier de la dernière année du double mandat d’Obama à la nomination du juge choisi par lui et 2) au changement des règles de nomination d’un juge par le Sénat après avoir rencontré des difficultés avec les sénateurs démocrates.

A part cela ? Rien !

Comme il a visiblement la capacité de concentration d’un enfant de 5 ans et son niveau de culture politique, il peine. Car être Président, cela demande du travail. Beaucoup de travail. Avec de nombreux acteurs différents, y compris hors de sa famille politique. Cette semaine il était très agité car il voulait à tout prix « montrer quelque chose » pour ses 100 jours (tout en prétendant que cette échéance ne voulait rien dire). Alors il a essayé cela :

  • Refaire passer son projet de Trumpcare. C’est la version où les Américains qui ont les moyens se désolidarisent de ceux qui ont des difficultés. C’est une constante chez les Républicains : se désolidariser des pauvres. Ils haïssent Obamacare car ce projet les oblige à un minimum de solidarité. Sa tentative a heureusement échoué une seconde fois
  • Présenté un projet de réforme des impôts. Selon tous les observateurs, une tentative pathétique de présenter quelque chose. N’importe quoi. Et c’était vraiment n’importe quoi : quelques idées rudimentaires et inexploitables, dont les cadeaux fiscaux aux ultras-riches, jetées à la hâte sur une feuille A4. Mais les Républicains n’ont-ils pas toujours été ceux qui creusent les déficits en donnant des cadeaux fiscaux aux ultras-riches et en augmentant les dépenses militaires afin d’obliger ensuite les démocrates à baisser le budget de l’Etat (ce qui se produit dans toutes nos « démocraties », Suisse comprise où la droite baisse systématiquement les impôts des plus riches avant de couper dans les budgets de l'Etat et de faire porter la charge sur la classe moyenne) ?

Finalement, la seule législation passée devant le Congrès pendant ces 100 premiers jours aura été celle qui évite pendant 7 jours (!) au gouvernement de fermer faute de financement. Sinon rien. Le Congrès n’a rien sur quoi légiférer car l’Exécutif ne lui a rien présenté. En 100 jours. C’est du jamais vu ! Et comme tous les observateurs le disent, la première année pour un président est cruciale car l’année suivante il y a les élections partielles et tous les membres du Congrès deviennent très prudents de peur de déplaire à leurs électeurs.

Alors est-ce qu’il y a de quoi fêter ? Je dirais oui, mais pour ... les opposants à Trump. Il va certes faire un maximum de dégâts avec ses décrets intempestifs, mais il n’est pas près de faire passer une Loi (beaucoup plus difficile à faire passer et à abroger qu’un décret).

Le seul domaine où il pourrait faire d’immenses dégâts c’est concernant la paix et la stabilité dans le monde. Sur le front militaire, son impulsivité peut lui permettre de prendre des décisions rapides, avec un minimum de travail, de connaissances et de réflexion et, potentiellement, un maximum de satisfaction narcissique.

Perspective effrayante !

23/04/2017

Frontaliers : certains propos n’aident pas à la cohésion transfrontalière

Deux articles ont retenu mon attention ces derniers jours. Essentiellement par l’outrance des propos tenus par des élus/politiciens français.

Le premier, en date du 12 avril, concernait les indemnisations chômage des frontaliers. C’est un véritable bal des pleureuses du côté français. Rendez-vous compte, il peut arriver que les frontaliers se retrouvent au chômage ! Et même si tout est fait dans les règles de l’art et que la Suisse a couvert 28,5 % desdites allocations aux frontaliers en 2014 (131 millions d’euros sur 460), certains élus/politiciens français trouvent cela insupportable. Selon Quentin Mayerat, directeur de campagne de Benoît Hamon (il a autant de chances d’être élu que ma grand-mère) : « C’est un hold-up financier qui force le contribuable français à assurer une indemnité proportionnelle à un salaire suisse généralement trois fois supérieur au français ». Quant à Cemil Sanli, candidat de la France insoumise de Mélenchon en Haute-Savoie, il nous livre une analyse digne d’un jésuite « La Suisse ne peut pas prendre (sic) nos forces de travail tout en se déresponsabilisant en cas de chômage ». Doit-on rappeler à ces messieurs que ce règlement a été défini et accepté par les 28 pays membres de l’UE et que la Suisse a adopté ce droit européen dans le cadre des accords sur la libre circulation des personnes. Et deuxièmement que s’il n’y avait pas de travail en Suisse pour les français il y aurait près de 300'000 chômeurs de plus en France. Sans compter tous les emplois indirects induits (bâtiment, santé, éducation, consommation, etc..) par cette manne financière, se montant en 2014 (et en hausse constante) à 16 milliards d’euros, rapatriée par les frontaliers.

Le deuxième, en date du 22 avril, concerne le fait que les TPG se permettent de former et d’engager des résidents genevois au lieu d’engager 100% de frontaliers. Ce qui provoque l’ire d’Antoine Vieillard, maire de St-Julien : « Avec quelle impudeur les autorités cantonales genevoises se targuent de violer les principes qui fondent les accords bilatéraux et de libre circulation tout en les défendant publiquement à chaque votation ». Mais ce monsieur va encore plus loin en disant : « Cette politique discriminatoire érigée en politique cantonale est économiquement absurde. Quand on recrute sur le passeport plutôt que sur l’expérience, on prend le risque de recruter des chauffeurs de bus qui multiplient les accidents (sic) ou de placer la vie des Genevois dans les mains d’infirmiers moins expérimentés (re sic) ». Si la sollicitude de monsieur Vieillard me touche, ses propos sont un fatras d’erreurs et d’insultes. Les erreurs proviennent du fait que je ne vois pas en quoi le fait de former des chômeurs serait une atteinte à la libre circulation. La deuxième erreur provient du fait qu’il parle « d’embauche sur la base du passeport » alors que la formation et l’embauche se font sur la base du lieu de résidence ce qui n’est pas du tout la même chose. Et doit-on lui rappeler que lorsque il y a une vingtaine d’années la Migros a essayé d’ouvrir une succursale dans la région d’Annecy elle s’est heurtée à tous les barrages possibles et imaginables sur la base de la préférence nationale ? Lorsque les français empêchent une entreprise suisse de s’implanter en France ils font preuve de patriotisme et lorsque les Suisses tentent de donner une nouvelle chance à des chômeurs résidant en Suisse, ils sont des violeurs d’accords. Quant aux insultes et au mépris ils sont évidents dans cette scandaleuse citation : « … on prend le risque de recruter des chauffeurs de bus qui multiplient les accidents ou de placer la vie des Genevois dans les mains d’infirmiers moins expérimentés. » Donc pour monsieur Vieillard, les résidents genevois sont des crétins incapables de conduire ou de soigner des malades dans un hôpital. Charmant !

Certains/beaucoup feraient mieux de se taire avant de dire des stupidités et les propos outranciers contenus dans les 2 articles cités ne font rien, mais alors rien, pour améliorer la cohésion dans le Grand Genève !