31/05/2014

Élections européennes: la France appartient-elle au Nord ou au Sud?

Il suffit de partir quelques jours en vacances pour retrouver, au retour, le chaos dans nos médias préférés. Partout il n’est question que de tremblement de terre, de séisme ou autre éruption volcanique pour qualifier les résultats des partis qualifiés de populistes ou d’extrême droite aux élections européennes du 25 mai.

La première chose qui m’étonne est que le résultat ne soit pas encore plus marqué. Lorsque vous avez 27 millions de chômeurs sur un continent où l’immense majorité de la population a été bien éduquée, que dans certains pays, entre 25 et 50 % de la jeunesse est au chômage, je m’étonne de la résilience des citoyens européens.

La deuxième chose, relevée par tous les observateurs, est que c’est là où cela va le plus mal que la droite extrême a fait ses plus mauvais scores. Est-ce le souvenir sans doute encore très présent des sinistres dictatures d’extrême droite au Portugal, en Espagne et en Grèce qui a retenu les électeurs de jamais revoter pour ces monstres? 

Comme en Suisse le 9 février, on voit clairement un fossé entre villes et campagnes. Paris a résisté à la vague Bleu Marine tout comme Londres a résisté à l’attraction du parti anti-européen UKIP. Les villes résistent encore car c’est là que se concentrent celles et ceux qui parviennent à tirer leur épingle du jeu de la mondialisation. Combien de temps serviront-elles encore de garde-fous contre la montée de la colère et de la frustration de toutes celles et de tous ceux qui sont laissés sur le carreau?

Face à la globalisation de l’économie, face au transfert des 27 millions d’emplois de l’Europe vers la Chine, face à l’immigration depuis longtemps hors de contrôle, nos «élites» n’ont aucune réponse convaincante. Ils continuent de refuser de regarder la dure réalité qui frappe nombre de leurs concitoyens. Ils continuent de prétendre que la mondialisation est une bonne chose alors que tout le monde peut se rendre compte de ses effets pervers.

Si elle avait été faite par une politique des cercles, permettant d’abord une remise à niveau des économies des pays du sud et de l’est de l’Europe, avant de s’attaquer à un cercle plus excentré et ainsi de suite, la mondialisation aurait pu réussir et elle aurait entraîné l’adhésion des peuples. En sautant la case européenne, proche et plus lointaine, pour aller directement à la case Chine, les architectes de la mondialisation ont clairement signifié leur mépris des peuples européens et étatsuniens et leur volonté forcenée d’un enrichissement facile, rapide et sans limites.

Nous reprochons souvent à nos «élites» d’échouer dans leur politique. Eh bien c’est faux! Ils n’échouent pas du tout. Ils réussissent au contraire à merveille. Si nous regardons le programme politique et économique des tenants de la révolution conservatrice dans les années 80 (voir entre autres les notes «Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (1)» et «La fin de la classe moyenne»), nous nous apercevons qu’ils ont parfaitement suivi leur carnet de route. Ce n’est pas un échec. C’est un succès total. Enfin presque total. Il reste bien encore quelques vestiges de l’état social à détruire. Et ils ne s’arrêteront pas avant d’avoir saccagé ce qui reste de solidarité dans nos Sociétés. C’est cela que les peuples européens devraient comprendre et intégrer. Tout ce que nous vivons depuis la chute du Mur est voulu et délibéré. Ce n’est pas un échec de politiques plus ou moins malheureuses. C’est le très exact résultat de toutes les politiques voulues et savamment mises en œuvre par nos élites politiques et économiques.

Cela dit et à la décharge des tenants de cette politique, il faut bien avouer que les syndicats avaient abusé de leur pouvoir de rétorsion et de blocage de la société et des entreprises pendant les 30 glorieuses. Pendant mes vacances, je discutais avec un chef d’entreprise wallon. Il me faisait part de son désarroi par rapport à l’avenir de son pays. Il faisait une claire distinction entre la partie flamande, travailleuse, sans doute inspirée par le pragmatisme allemand et en bonne santé économique et la partie francophone trop calquée sur le «modèle français», arc-boutée sur ses acquis et incapable de redynamiser une économie sclérosée.

Face à une mondialisation irréversible, les pays qui s’en sortent (Allemagne, Suède, Norvège, Suisse, Autriche…) sont ceux qui se battent sur les marchés mondiaux et qui font face courageusement à leurs compétiteurs. Ceux qui coulent sont ceux qui cherchent pathétiquement à préserver leurs acquis. La France, elle, semble avoir un pied dans le camp des pays du Nord car elle se permet de flirter avec l’extrême droite et un autre, nettement plus important, dans celui des pays du Sud par son refus du changement. On se demande encore de quel côté elle va basculer.

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