15/02/2014

Initiative de l’UDC: ne nous laissons pas déstabiliser

Ne nous laissons pas déstabiliser par tous ceux qui expriment leurs rognes et leurs frustrations pour tenter de discréditer les uns ou les autres et diluer le résultat des votations de dimanche en semant la zizanie confédérale.

Les propos de ceux qui dénoncent le patriotisme réel ou fantasmé des uns ou des autres, de ceux qui souhaitent que tel ministre soit envoyé comme négociateur en chef à Bruxelles (Dieu nous préserve, je ne l’enverrais même pas acheter un kg de bananes), de ceux encore qui souhaitent que les quotas soient attribués aux cantons au prorata du résultat des votations prouvent que les politiciens français ayant réagi aux résultats de dimanche n’ont pas le monopole des âneries (voir mon précédent billet «Initiative de l’UDC: et pan sur le pif».

Le peuple suisse a voté avec sa maturité habituelle. Il a envoyé un message fort à la classe politique:

«Nous voulons maîtriser notre développement».

Rappelons que la population suisse, depuis l’ouverture des frontières et à cause du formidable succès et du pouvoir d’attraction de notre économie, croît de 1% par année. C’est énorme. Cela équivaut à devoir construire une ville de la taille de Lucerne CHAQUE année. Rapporté à l’échelle de la France, c’est comme si le solde migratoire était de 650'000 personnes. Alors qu’en 2013 il a été de moins de 300'000 sur un territoire immensément plus grand et dont les 2/3 ne sont pas occupés par les Alpes. Mais l’économie suisse a créé plus de 600'000 emplois ces dernières années, et pas dans la finance contrairement aux clichés qui ont cours dans certaines rédactions de médias européens, alors que, soit dit en passant, la France en a perdu encore plus.

Je crois, en fin de compte, que le peuple suisse a voté en faveur de la Lex Weber pour protéger ses paysages alpins contre la folie spéculative et qu’il a voté en faveur de l’initiative de l’UDC pour protéger le plateau suisse contre le développement anarchique auquel nous assistons depuis l’ouverture des frontières. Nous sommes heureux des succès de notre économie mais ces succès doivent être encadrés intelligemment par une politique adaptée et ne pas nous donner l’impression que c’est un train fou qui va détruire ce qui reste de notre identité nationale. Qui voudrait qu’avec les années et à ce rythme, le plateau suisse soit transformé en une gigantesque ville de Genève à Romanshorn ?

Donc en votant ainsi, nous avons été collectivement cohérents d’une votation à l’autre. Le seul problème de l’initiative de l’UDC était son libellé. Il était efficace politiquement parlant mais il ouvrait la porte aux interprétations xénophobes ce que n’ont pas manqué de faire certains observateurs malveillants. Mais ce n’est pas du tout la mentalité de notre population ouverte sur le monde.

C’est dur la politique et je ne souhaiterais pas cette carrière à mon pire ennemi. Entre la soumission au chef, les négociations jusqu’au bout de la nuit pour des queues de cerise, le respect des consignes y compris au prix de ses convictions, la politique est une machine à uniformiser et à broyer les êtres et leur identité. Ne laissons pas les frustrations de ces politiciens nous déstabiliser.

Commentaires

"Donc en votant ainsi, nous avons été collectivement cohérents d’une votation à l’autre. Le seul problème de l’initiative de l’UDC était son libellé. Il était efficace politiquement parlant mais il ouvrait la porte aux interprétations xénophobes ce que n’ont pas manqué de faire certains observateurs malveillants. Mais ce n’est pas du tout la mentalité de notre population ouverte sur le monde."

Ouverte sur le monde ? A lire les commentaires sur les blogs dans lesquels les anti-européens se lâchent avec une rare méchanceté allant jusqu'à prétendre que les naturalisés ne sont pas de vrais Suisses et autres aménités du même genre, j'ai quelques doutes. Je ne parlerai même pas du sentiment anti-frontalier à Genève.

Il faudra quand même que la Suisse et les Suisses comprennent que lorsqu'on joue avec les autres, il n'est pas très poli de changer les règles du jeu et ensuite accuser les autres d'être mauvais joueurs ! On veut changer les règles ? Soit. Mais acceptons-en les conséquences. L'une d'elles, les félicitations des partis d'extrême droite européenne ne me réjouit pas particulièrement.

N'oublions pas que l'Europe, quelle que soit son imperfection, est un gage de stabilité qui devrait profiter à chacun. Aussi bien, refuser de s'y associer alors que la Suisse pourrait - aurait pu ? - en être un moteur me chagrine, le mot est faible.

Au point où nous en sommes, tentons une comparaison hasardeuse : que se passerait-il si un canton suisse décidait de quitter la Confédération parce que les décisions bernoises ne lui plaisaient plus. Faudrait-il en conclure que le dit canton est irresponsable ou que la Confédération est tentaculaire
et dominatrice ?

Vous avez enfin une vision assez sombre des politiciens que je peux partager. Ils oublient trop souvent qu'ils sont au service de leurs électeurs. Doit-on pour autant cesser de voter ?

La démocratie directe dont on se gargarise est une belle idée mais qui nous conduit à une parcellisation du "pouvoir". Et je ne suis pas sûr que le citoyen, contrairement à ce que l'on entend, vote en fonction de l'intérêt général. Les siens d'abord.

Bien cordialement

Écrit par : Michel Sommer | 15/02/2014

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