28/01/2014

La France et son «problème» suisse

Heureusement, la grande majorité des citoyens français a une bonne image de la Suisse. Ils sont venus, viennent ou viendront passer leurs vacances dans notre pays. Il y a ceux aussi, travailleurs, cadres, chefs d’entreprise, qui viennent ici car ils savent qu’ils y trouveront un cadre de vie agréable et des conditions propices au développement de leur carrière ou de leur entreprise. 

Et puis il y a les autres. Ceux pour qui la Suisse n’est qu’un havre de bandits recyclant l’argent sale ou de citoyens indignes pratiquant l’évasion fiscale. Ils ne s’intéressent pas vraiment à notre pays, n’ont aucune intention d’en étudier le fonctionnement et les institutions et se plaisent simplement à répéter en boucles leurs poncifs: l’économie suisse est une économie du crime et il faut tout mettre en œuvre pour lui faire rendre gorge.

Je suis un auditeur régulier de France-Inter et cette attitude transpire en permanence sur cette antenne. Soit ce pays semble ne pas exister pour ses journalistes, soit il est question de paradis fiscal, d’évasion fiscale, etc.. Jamais ils ne s’intéressent à autre chose. Jamais ils ne cherchent à comprendre la véritable structure de notre économie. Jamais ils n’informent l’auditeur français que la finance ne représente que 10-13% du PIB. Jamais ils n’informent le citoyen français que la Confédération a un budget équilibré bien que les 2 grandes banques ne paient plus d’impôt depuis 2008 et la crise des subprimes. Et lorsque les journalistes évoquent le rejet, par le peuple, de certains objets pour améliorer les prestations sociales, ce n’est que pour mieux se moquer et il ne leur vient jamais à l’idée que si notre pays est globalement riche, c’est parce que nous sommes prêts à travailler d’abord et avons une approche très raisonnable et équilibrée des relations au sein de l’entreprise.

Dans ce pays dont les journalistes économiques et politiques ont une attitude si équivoque vis-à-vis de l’Allemagne et ses succès économiques, on en arrive facilement à la conclusion que ce pays obtient ses succès au détriment de ses partenaires européens.

Quant à la Suisse, n’en parlons surtout pas. Et pourtant, si l’Allemagne obtient ses succès économiques à cause d’un dumping salarial, que dire de la Suisse ? C’est probablement le pays du monde dont le coût du travail est le plus élevé au monde, dont la monnaie est en réévaluation quasi permanente (il suffit de regarder les cours des principales devises vis-à-vis du CHF depuis 40 ans) et pourtant nos entreprises survivent et prospèrent dans un environnement extraordinairement difficile. Depuis l’ouverture des frontières, des centaines de milliers d’Européens (chaque année nous sommes obligés de construire une ville de la taille de Lucerne) sont venus tenter leur chance ici. Ce qui a encore amélioré la productivité et permis l’expansion économique de notre pays.

Et que se passe-t-il pendant ce temps chez nos voisins ? Le chômage augmente et augmente encore. Et la catastrophe finale n’est évitée que grâce à des plans emplois pour les jeunes. Dans ce pays, il ne fait pas bon avoir moins de 27-28 ans et plus de 50 ans. Et il y a longtemps qu’ils «bénéficient» de la retraite à 60 ans et des 35h. Il n’y a bientôt plus qu’un noyau d’actifs devant soutenir un nombre de plus en plus important d’inactifs de toute catégorie. C’est effrayant. Quid d’une réflexion en profondeur sur les institutions ? Quid d’une remise en question de ces vieilles certitudes qui mènent ce pays à son déclin inexorable ?

Et dans un domaine plus léger, on retrouve cette même jalousie de certains journalistes, sportifs cette fois-ci, vis-à-vis des succès de notre pays. Impensable pour ces journalistes bon teint d’admettre et de reporter que nos sportifs obtiennent des succès. Ce qui pour d’autres donnerait lieu à une information méritant un développement est susurré du bout des lèvres lorsqu’il s’agit d’un sportif suisse. On l’a encore vu très récemment avec la fabuleuse, et méritée, victoire de Stan à Melbourne et la pauvreté avec laquelle celle-ci a été évoquée sur les ondes de cette radio, alors qu'une victoire dans un tournoi du grand Chelem est un événement sportif considérable. Lamentable.

La France est malade de sa croyance en la toute-puissance du Père, ce monarque dont ils ont fait rouler la tête dans la sciure mais pas dans leur cœur et dans leur tête. C’est un pays dont trop de citoyens et ce qui est plus grave, la vaste majorité des journalistes hypnotisés par la lumière du pouvoir, sont encore infantilisés par cette croyance absurde en l’omnipotence d’un seul homme. Et tant que les français n’auront pas fait une nouvelle révolution, des esprits cette fois-ci, ils resteront ces citoyens immatures, incapables de prendre leur destin en mains et attendant tout de la figure tutélaire, nommée tous les 5 ans avec les «pleins» pouvoirs (ce qui ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui).

L’élite politique française aurait grand intérêt à étudier les institutions et le tissu économique de notre pays au lieu de se complaire dans ses certitudes qui ne racontent rien, n’expliquent rien et ne font que la priver d’une plus salutaire grille de lecture.

04/01/2014

Le Tiers-Monde au cœur de l’Europe

Je viens d’entendre le reportage de la RSR: «Grèce: survivre sans l’Etat». Un reportage hallucinant qui montre à quelles extrémités (près de 30% des Grecs n’ont plus accès à la santé publique), mènent les politiques économiques et financières en vigueur depuis la chute de l’Union soviétique.

Le Tiers-Monde est caractérisé par un Etat faible et corrompu qui n’assume pas les tâches de base dont un pays a besoin pour fonctionner et permettre à chacun de vivre dans la dignité. C’est exactement ce qui est en train de se développer en Europe, en Grèce bien sûr, mais aussi dans de nombreux autres pays (Espagne, Portugal…) touchés violemment par la crise économique qui a frappé l’Occident en 2008-2009.

Et quand la réponse à la crise est celle voulue par les économistes du FMI et les technocrates de Bruxelles, cela favorise le développement de régions européennes entières qui glissent vers le Tiers-Monde.

Pendant ce temps, condition sine qua non, les ultras-riches font tout ce qui est en leur pouvoir et leur pouvoir est grand, pour diminuer leur participation à la solidarité nationale par l’impôt. Ils paient des armées d’avocats et de fiscalistes pour contourner leurs obligations et last but not least, créent des Fondations philanthropiques qui ont pour effet:

  • De permettre une «optimisation» supplémentaire de leurs impôts
  • De flatter leur ego

Et le monde et l’Europe restent impuissants à mettre un terme à ces scandales qui se développent sous nos yeux depuis 3 décennies. Jusqu’où l’Europe s’abaissera-t-elle dans sa tiers-mondisation?