12/06/2013

L'inflexible

C'est le titre de la biographie consacrée à Mme Widmer-Schlumpf publiée en 2011.

Elle est peut-être "inflexible" à l'intérieur de nos frontières nationales  et face à nos parlementaires mais force est de constater que dans les négociations avec les gouvernements étrangers on cherche vainement où se trouve cette qualité. Pour l'instant on a plutôt le sentiment d'une reculade  systématique. La meilleure preuve étant justement que l'on se trouve aujourd’hui avec un Parlement qui doit accepter un arrêté urgent en ne connaissant pas les termes de l'accord et en n’ayant aucune garantie que cela va véritablement régler le problème d'une façon définitive.

La seule garantie, apparemment, est cette petite phrase de la Ministre: "les Etats-Unis [sauront] se montrer «fair-play» si les banques suisses collaborent". Je ne sais pas si cette "petite phrase" vous rassure, mais pour moi c'est le signe même de la mauvaise qualité de cet accord et qu'il ne résout rien. Et quant à croire au fair-play des Etats-Unis, cela montre que la dame inflexible est encore occupée à jouer avec ses poupées en attendant le Père Noël. Pathétique. Autant jouer à la roulette russe avec 6 balles dans le chargeur.

Mme Widmer-Schlumpf n'est tout simplement pas à la hauteur de la situation. Il est urgent de changer de Ministre pour mener à bien ces négociations.  Mais qui dans le Collège actuel ferait mieux qu'elle ?

La seule personne qui semble garder la tête sur les épaules en amenant des arguments étayés (et pas des grand principes plus ou moins fumeux) et des propositions est M. Thomas Minder. Premièrement, il a rappelé que «En Suisse, c’est toujours le droit suisse qui s’applique jusqu’à preuve du contraire.» Deuxièmement  il a parlé d’échec d’une négociation et a interrogé ses collègues sénateurs: «Pensez-vous réellement que les poursuites contre les banques suisses cesseront avec cet accord unilatéral?» Ce qui est d'une évidence éclatante et seuls les naïfs du pays de Heidi pourraient croire à un tel conte de fée.

Si le Parlement accepte ce texte, ce sera la porte ouverte à tous les chantages, non seulement de la part des Etats-Unis mais l'UE va s'engouffrer dans la brèche béante et nous soumettra à tous ses diktats. Finalement Le sénateur schaffhousois, tout en en profitant pour mettre en accusation les agissements des banques suisses a  [...exigé un accord d’état à état, seule manière qui permettrait de sécuriser la place bancaire suisse]. C'est effectivement le seul chemin viable à long terme. Cet "accord" doit être jeté aux orties et les deux pays doivent négocier un accord global qui certes punira la place financière suisse pour ses agissements du passé mais garantira également une remise à zéro des compteurs.

Charge au secteur bancaire de changer ses pratiques.

11/06/2013

Turquie: Le bras de fer continue

Depuis le début de la crise que traverse le pays (voir également la note "Turquie: vers un espoir de changement"), crise qui comme chacun le sait va au-delà du réaménagement de la Place Taksim, le premier ministre réagit en sultan outragé dont une bande de galeux a l'outrecuidance de défier l'autorité.

Ses réactions sont quasi pathétiques et son discours empli de "moi je" et de la liste de tout ce qui lui appartient dans ce pays ("mon pouvoir", "mon maire", "mon gouverneur"…). Ses menaces répétées devant des foules de supporter ne sont rien d'autre que des appels à la violence, à la haine, au meurtre (qui sait à quelles extrémités une foule dont la haine a été attisée peut se laisser aller), en un mot un appel à la guerre civile. C'est tout simplement ahurissant d'inconscience et d'irresponsabilité. Comme si cet homme et ses partisans fanatiques voulaient en finir une bonne fois avec tous ceux qui osent résister à l'islamisation de ce pays. Qu'un chef de gouvernement d'un pays qui se prétend démocratique appelle ses partisans à la guerre civile révèle son vrai visage.  

Il avait préféré, jusqu’à présent, une habile tactique pour mener à bien les changements menant à une Société dont la religion devait être le nouveau fondement. Au fil du temps, le pouvoir était devenu de plus en plus intransigeant et n'hésitait pas à intimider ses opposants. Aujourd'hui la rue a forcé M. Erdogan à révéler sa vraie nature. Si un bain de sang devait être le prochain dénouement de cette contestation, la responsabilité écrasante de ce grand malheur en reviendrait entièrement à cet homme dur, intransigeant et déterminé à mener ses réformes jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix.

M. Erdogan, vous ne faites plus illusion, votre masque de soi-disant démocrate est tombé.

10/06/2013

Un plébiscite ambigu sur l'asile ?

C'est le titre de l'éditorial de M. Pierre Ruetschi dans la TDG de ce jour. Outre qu'il est assez piquant d'oser qualifier "d'ambigu" un résultat positif à plus de 78% (78,5), c'est tout simplement faux. La seule chose qui soit ambiguë dans tout cela, c'est l'éditorial lui-même. Reprenons quelques-uns des propos de M. Ruetschi (dont j'apprécie souvent les éditoriaux par ailleurs)…

[…Le vert du vote sur l'asile pâlit sensiblement en passant sur la Suisse romande…]. Certes les scores sont légèrement inférieurs à la moyenne nationale, mais même les 61% d'acceptation à Genève restent impressionnants et un message absolument limpide.

Plus loin on peut lire: [Cela ne fait aucun doute, une partie des Suisses a voté les yeux bandés, sans s'intéresser au détail des mesures, selon un réflexe de crainte et de repli…]. Magnifique. C'est le cliché habituel de l'élite bien-pensante: si vous osez vous poser des questions c'est que vous avez peur de l'autre, de l'étranger en particulier, que vous êtes xénophobe, voire raciste. Et les vraies dérives qui s'offrent tous les jours à la vue des citoyens de ce pays sont systématiquement occultées.

Plus loin encore, après avoir pris le peuple suisse pour un ramassis de crétins, l'éditorialiste nous dit: […Osons croire qu'une bonne frange des votants a compris l'esprit qui a animé Simonetta Sommaruga pour entreprendre d'urgence cette réforme.] Ouf, nous voilà rassurés, nous ne sommes pas tous pris pour des flans.

Il rappelle ensuite que: […le cœur même des mesures proposées par la conseillère fédérale [est] une puissante accélération du processus de traitement des dossiers. Sa lenteur actuelle renvoie les requérants dans la rue et exacerbe les tensions. Les Suisses se sentent menacés par une population désoeuvrée et marginalement criminelle tandis que les requérants sont contraints de végéter quatre ans ou plus pour connaître leur sort]. Je crois que M. Ruetschi a parfaitement résumé l'enjeu de cette modification de la Loi et le pourquoi de son acceptation massive. Et je pense que le peuple suisse a parfaitement compris ces enjeux. Cette illumination n’est pas réservée à quelques journalistes et politiciens distingués.

Enfin je citerai encore ce paragraphe: [C'est bien cette nouvelle célérité dans le traitement qui peut changer la donne de la politique de l'asile. Et qui explique le vert sans tache de la carte du oui. Le vert de l'espoir]. Soudain, d'un seul coup d'un seul, cette votation qui était le signe de la peur, du repli et de la xénophobie latente du peuple suisse devient le message de l'espoir. Comprenne qui pourra. Je crois qu'à force de faire de l'équilibrisme entre ce qu'il pense peut-être vraiment au fond de lui et l'obligation de s'en tenir à la langue de bois habituelle sur ces question, M Ruetschi ne sait plus vraiment où il en est. D'où la confusion extrême de son éditorial.

Je pense que le peuple suisse a voté avec une grande maturité, comme il le fait dans l'écrasante majorité des cas et je dis cela volontiers, même si je ne vote pas toujours comme ladite majorité. Il a fait preuve de courage en plébiscitant les courageuses réformes entreprises par Mme Sommaruga. Et le rédacteur en chef d'un journal suisse devrait avoir cela à l'esprit en interprétant le résultat des votations. Traiter implicitement les gens d'idiots en les soupçonnant d'avoir voté "la tête dans le sac" est une insulte à l'intelligence et à la haute conscience politique de ses concitoyens.

03/06/2013

Turquie: vers un espoir de changement ?

Hasard  de la vie, c'est quasiment avec un billet sur la Turquie, publié le 13 septembre 2010 (voir "Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe") que j'avais entamé ce blog (c'était la deuxième note). Dans ce billet, j'insistais sur l'importance du choix à faire par ce pays entre une société clairement et irrévocablement séculière, apte à entrer dans l'Europe et une Turquie aspirée par l'islamisation méthodique et déterminée de la société et devenant un piège potentiellement mortel pour cette même Europe.

Depuis, derrière quelques actions pour continuer de rendre la Turquie euro-compatible, l'islamisation de la Turquie n'a fait que s'accentuer. Tout le monde est touché: l'armée a été décapitée (elle était ressentie comme une menace potentielle par le pouvoir en place), la Justice a subi le même sort que l'armée, les médias et des intellectuels sont soumis à l'autoritarisme et à l'intimidation.

Or nous assistons depuis quelques jours à de très intéressants développements. Il y a donc bien une jeunesse dans ce pays (et pas seulement à Istanbul), sécularisée, moderne, rejetant les tentatives du pouvoir de remettre en question tout ce que ce pays avait d'original dans le monde musulman. Ces manifestations dont l'ampleur et l'étendue ont surpris un pouvoir de plus en plus autoritaire, sont durement réprimées.

Ce pays est peut-être à un tournant dans ce difficile exercice d'équilibrisme. Fera-t-il enfin un choix entre le passéisme obscurantiste malheureusement plébiscité dans les urnes, et un futur laïque, moderne et civilisé imposé par la force de la rue, où la religion sera à sa juste place, c'est-à-dire une affaire de conscience entre soi et soi ?