10/06/2013

Un plébiscite ambigu sur l'asile ?

C'est le titre de l'éditorial de M. Pierre Ruetschi dans la TDG de ce jour. Outre qu'il est assez piquant d'oser qualifier "d'ambigu" un résultat positif à plus de 78% (78,5), c'est tout simplement faux. La seule chose qui soit ambiguë dans tout cela, c'est l'éditorial lui-même. Reprenons quelques-uns des propos de M. Ruetschi (dont j'apprécie souvent les éditoriaux par ailleurs)…

[…Le vert du vote sur l'asile pâlit sensiblement en passant sur la Suisse romande…]. Certes les scores sont légèrement inférieurs à la moyenne nationale, mais même les 61% d'acceptation à Genève restent impressionnants et un message absolument limpide.

Plus loin on peut lire: [Cela ne fait aucun doute, une partie des Suisses a voté les yeux bandés, sans s'intéresser au détail des mesures, selon un réflexe de crainte et de repli…]. Magnifique. C'est le cliché habituel de l'élite bien-pensante: si vous osez vous poser des questions c'est que vous avez peur de l'autre, de l'étranger en particulier, que vous êtes xénophobe, voire raciste. Et les vraies dérives qui s'offrent tous les jours à la vue des citoyens de ce pays sont systématiquement occultées.

Plus loin encore, après avoir pris le peuple suisse pour un ramassis de crétins, l'éditorialiste nous dit: […Osons croire qu'une bonne frange des votants a compris l'esprit qui a animé Simonetta Sommaruga pour entreprendre d'urgence cette réforme.] Ouf, nous voilà rassurés, nous ne sommes pas tous pris pour des flans.

Il rappelle ensuite que: […le cœur même des mesures proposées par la conseillère fédérale [est] une puissante accélération du processus de traitement des dossiers. Sa lenteur actuelle renvoie les requérants dans la rue et exacerbe les tensions. Les Suisses se sentent menacés par une population désoeuvrée et marginalement criminelle tandis que les requérants sont contraints de végéter quatre ans ou plus pour connaître leur sort]. Je crois que M. Ruetschi a parfaitement résumé l'enjeu de cette modification de la Loi et le pourquoi de son acceptation massive. Et je pense que le peuple suisse a parfaitement compris ces enjeux. Cette illumination n’est pas réservée à quelques journalistes et politiciens distingués.

Enfin je citerai encore ce paragraphe: [C'est bien cette nouvelle célérité dans le traitement qui peut changer la donne de la politique de l'asile. Et qui explique le vert sans tache de la carte du oui. Le vert de l'espoir]. Soudain, d'un seul coup d'un seul, cette votation qui était le signe de la peur, du repli et de la xénophobie latente du peuple suisse devient le message de l'espoir. Comprenne qui pourra. Je crois qu'à force de faire de l'équilibrisme entre ce qu'il pense peut-être vraiment au fond de lui et l'obligation de s'en tenir à la langue de bois habituelle sur ces question, M Ruetschi ne sait plus vraiment où il en est. D'où la confusion extrême de son éditorial.

Je pense que le peuple suisse a voté avec une grande maturité, comme il le fait dans l'écrasante majorité des cas et je dis cela volontiers, même si je ne vote pas toujours comme ladite majorité. Il a fait preuve de courage en plébiscitant les courageuses réformes entreprises par Mme Sommaruga. Et le rédacteur en chef d'un journal suisse devrait avoir cela à l'esprit en interprétant le résultat des votations. Traiter implicitement les gens d'idiots en les soupçonnant d'avoir voté "la tête dans le sac" est une insulte à l'intelligence et à la haute conscience politique de ses concitoyens.

Commentaires

Votre analyse mériterait un éditorial...dans la TDG.
Quand l'initiative sur l'élection du CF est rejetée par 75 % des votants, alors les médias s'accordent à dire qu'elle a été balayée par le peuple; sous entendu que le dit peuple a voté intelligemment...Mais, les mêmes votants, ou presque, ont également plébiscité le même jour la loi sur l'asile...Mais là, tout d'un coup, le peuple est moins intelligent, pour ne pas dire carrément stupide sur cette affaire..Comprenne qui pourra...

Pour revenir à M. Ruetschi, il ne faut pas oublier qu'il doit faire le grand écart dans l'analyse du vote sur l'asile. D'une part, il doit tenir compte des souhaits de quelques gauchistes locaux dont quelques socialistes; ça c'est le politiquement correct de rigueur, mais d'autre part, il ne peut désavouer clairement cette nouvelle loi concoctée par une CF socialiste qui elle tient un discours pour le moins responsable et réaliste...

En fait, M Ruetschi est "très fort" lorsqu'il s'attaque aux "mauvaises" causes ou aux "mauvais politiques" locaux ou nationaux...Il faut tout de même préciser qu'il ne risque pas grand choses dans pareilles circonstances puisqu'il est dans les clous de la bien-pensance. Même pas courageux et encore moins téméraire.

Écrit par : Exprof | 10/06/2013

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