19/02/2013

Le carnage économique de l’Occident continue

Pas un jour sans que les médias ne nous apportent des « images » déchirantes du déclin économique de l’Occident. Le même mal frappe partout. Il a pour noms égoïsme forcené, haine des plus faibles que soi, collusion entre les élites politiques et économiques, corruption, cartels, lobbies, manipulation des institutions démocratiques au profit d’une minuscule caste de super nantis et de leurs affidés, mondialisation sans garde-fous. 

Depuis l’explosion du bloc de l’Est, nous assistons à la désindustrialisation à marche forcée de l’Occident. Au nom du seul profit de quelques-uns. Pendant 10-20 ans la majorité de la population a cru que cela pouvait fonctionner car cela ne touchait, durement, que les plus fragiles d’entre nous. Puis la peste de la précarité et de la pauvreté a commencé à remonter l’échelle sociale. De plus en plus d’Américains sont assistés d’une façon ou d’une autre par l’Etat (en 2010, près de la moitié (48.5 %) des ménages américains vivaient dans des foyers recevant des subsides fédéraux contre 37.7% en 1998: voir mon billet du 13.2.2012:  " Paupérisation: un avertissement de plus "). Plus près de nous, il y a eu les émeutes en Angleterre (voir mes 2 billets des 25 et 26 juin 2012 « En Angleterre, des millions d'enfants ne sont pas assez nourris »). Il y a un mois environ, dans la TDG, ce bouleversant article sur ces enfants portugais qui vont le ventre vide à l’école (et ce n’est qu’un symptôme parmi beaucoup d’autres), comme dans un pays du Tiers-Monde. 

La même précarité se constate dans de larges franges de la population en Grèce bien sûr, en Espagne, en Italie, en France également où une portion de plus en plus importante de la population doit être assistée et risque d’entraîner le pays dans une spirale sans issue. Quand de nombreux citoyens ne sont pas carrément abandonnés par l’Etat. 

Aujourd’hui, dans la TDG 3 articles très intéressants et hautement symptomatiques de cette peste sociale et économique : 

  • Italie : l’usine Fiat de Turin a passé en 5 ans (!) d’une production de 209'000 voitures à 37'000. On peut imaginer la répercussion sur l’emploi et sur le niveau de vie de toute la région,
  • Angleterre : l’usine Jaguar de Halewood près de Liverpool qui a été rachetée par les Indiens de Tata a vu sa force de travail passer de 50'000 ouvriers lors de ses belles années à 4'000 environ aujourd’hui (et au plus fort de la crise en 2008, on était descendu à 1'800),
  • Suisse : c’est un tableau plus contrasté mais tout aussi dangereux. Plus contrasté car notre pays n’a jamais connu ces géants industriels monomaniaques. Les forces de la Suisse ayant toujours été l’innovation, l’excellence, la paix sociale et la diversification dans des niches à forte valeur ajoutée. Aujourd’hui ce modèle est lui aussi en danger. L’année passée, plusieurs fleurons de nos PME (dont 2 dans le domaine de l’appareillage médical) sont passés en mains étrangères. Et cette année le tourisme des prédateurs continue. Les financiers étrangers ont compris qu’il y avait des bijoux à acheter, qu’on pouvait transférer le know-how à l’étranger afin de produire les merveilles du génie helvétique dans des usines travaillant à bas coûts. Et puis, composante importante de ce tourisme des prédateurs, grâce ou à cause de la naïveté indécrottable de notre attachement à l’économie de marché, ces prédateurs savent que personne ne viendra protéger nos perles industrielles, menaçant ainsi l’exception industrielle suisse, au milieu d’un continent en pleine déliquescence. Encore un petit effort et nous rejoindrons les autres pays européens et les Etats-Unis dans ce désert industriel qui entraîne dans l’inexorable pauvreté des pans entiers de la Société. Avant que cela n’entraîne le plus grand nombre.

Et pendant ce temps, nos élites continuent de pérorer sur les bienfaits du libéralisme économique et M. Vasella a essayé (mais qui sait quelle est la véritable nature de l’accord signé avec Novartis) le hold-up (presque) parfait.

Commentaires

Je m'abstiendrai de commenter votre post sur le fond, car ce serait tout un programme et le temps me manque. Je dois néanmoins revenir sur un des exemples que vous citez, celui de l'achat de Jaguar (et le Land Rover d'ailleurs) par le groupe indien Tata. Si le site de Halewood a bel et bien connu des jours meilleurs (du moins en termes d'effectifs), c'était toutefois dans les années 1970 et 1980! Ce qui a réellement détruit l'industrie automobile britannique, ce ne sont pas tant les affreuses multinationales étrangères, mais bien l'obstination et l'obstruction syndicale de l'époque, couplée à une gestion particulièrement catastrophique de l'ensemble nationalisé qui s'appelait alors "British Leyland" (BL) et qui, avec 150'000 salariés (ce qui me fait d'ailleurs douter du chiffre de 50'000 emplois sur le seul site de Halewood, car Longbridge à lui seul en comptait déjà plus de 100'000), regroupait quasiment toute la production automobile des marques "historiques" du pays, Jaguar compris. C'est Ford qui reprit Jaguar en 1989, puis qui reprit Land Rover en 2000 à BMW (qui l'avait acheté auparavant à BL), pour créer l'entité fusionnée "Jaguar Land Rover" (JLR). Le groupe indien Tata a repris JLR à Ford en 2009. S'agissant de l'emploi, JLR compte aujourd'hui 24'000 salariés. Depuis, le seul site de Halewood a vu le nombre d'emplois tripler pour atteindre 4500, et en embauche 1000 supplémentaires (v. http://www.autocar.co.uk/car-news/industry/jlrs-halewood-plant-enters-24hr-production). C'est vrai que Jaguar et Land Rover sont des marques qui ont le vent en poupe. Mais si le consommateur boude Peugeot ou Fiat, ça n'a rien à voir avec la mondialisation, les multinationales ou les affreux financiers.

Écrit par : Ashwani Singh | 20/02/2013

@Ashwani Singh

Tout le monde reconnaît les abus encouragés par des syndicats revanchards et souvent passablement sclérosés.

Depuis la chute du Mur et la fin de la menace communiste, une revanche magistrale a pris place et ceux qui ont dû, avec le couteau sur la gorge, céder une partie de leur richesse se livrent à tous les abus.

Si vous ne voyez pas les conséquences sociales de cette immense libération des appétits les plus insensés, c'est que vous regardez opportunément ailleurs.

Écrit par : Gérard Meyer | 20/02/2013

"Depuis la chute du Mur et la fin de la menace communiste, une revanche magistrale a pris place et ceux qui ont dû, avec le couteau sur la gorge, céder une partie de leur richesse se livrent à tous les abus."

Exactement. Individualisme forcené, égoïsme sans frein, aucune vision d'avenir, voilà l'état de nos bourgeoisies occidentales qui n'ont plus besoin des peuples pour leur économie de casino.

Écrit par : Johann | 20/02/2013

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