30/11/2012

Politique et insécurité: paroles, paroles, paroles

La sécurité est un thème qui préoccupe les citoyens de notre pays (et de tous les pays européens), et la réponse de la classe politique est tout sauf satisfaisante.

A gauche, on connaît les a priori idéologiques qui empêchent toute évolution pragmatique et raisonnable du débat: ils attendent encore le grand soir qui va révolutionner les relations sociales à un  degré tel que cela va régler tous les problèmes à la fois. Je schématisme bien évidemment, mais penser que l'on va régler les problèmes d'insécurité en Suisse (et en Europe) en changeant fondamentalement l'organisation du Monde et la structure sociale, économique et politique des pays dont proviennent les immigrants (dont quelques représentants, on parle de 3 à 400 personnes à Genève,  gonflent démesurément les statistiques de la criminalité) est à peu près aussi réaliste que d'attendre le retour du Messie.

Quant à la droite, au-delà des propos musclés de certains de ses ténors (entre Sarkozy qui voulait "nettoyer les banlieues au Kärcher" et Blocher dont on connaît la rhétorique), eh bien on attend encore. Ils ont tous les deux occupé des positions leur permettant de faire avancer leurs idées et pourtant on n'a rien vu. Ou si peu. M. Blocher s'est même permis le luxe de refuser la création d'une véritable police fédérale qui serait bien utile aujourd'hui pour lutter plus efficacement contre le crime organisé (argent de la mafia, blanchiment d'argent, trafic de drogue, réseaux criminels de traite d'êtres humains, etc..) qui a profité de l'ouverture des frontières pour s'implanter en Suisse.

C'est tout le problème de la droite qui est également enfermée dans ses a priori idéologiques. Ce ne sont pas les mêmes que ceux de la gauche, mais ils sont tout aussi tenaces. On touche ici au rôle de l'Etat, à l'étendue de ses pouvoirs et de sa puissance. Pour la droite, l'Etat doit rester aussi "mince" que possible et ne surtout pas risquer de retrouver une place qui pourrait le rendre dérangeant pour tous ceux qui profitent d'un Etat faible. Et ils sont nombreux. Depuis 2008 et la plus formidable crise économique depuis 1929, nous en payons tous les jours le prix.

Et pour engager des policiers et construire des places de prison, seules façons connues et pragmatiques de lutter contre la criminalité, il faut de l'argent. Beaucoup d'argent. Et là on rentre en conflit frontal avec un des autres dogmes de la droite: le refus acharné d'augmenter les impôts de ceux qui seuls pourraient économiquement le supporter, est le tabou suprême qui a rang de véritable religion.

Tant que nous, citoyens honnêtes et payant nos impôts sans possibilité aucune de frauder le fisc, serons pris en otages entre les tenants de ces 2 idéologies, nous paierons le prix élevé de l'insécurité, partout où elle s'exerce. Cela peut nous toucher à la maison, dans notre voiture, dans la rue, etc… Cela peut nous toucher nous-même ou n'importe quel membre de notre famille. Et penser que le crime organisé s'implante en Suisse est une perspective effrayante qui devrait créer une sorte d'union nationale pour l'enrayer s'il en est encore temps.

Alors que le temps presse sur tous les fronts, certains de nos élus ont cru bon de renvoyer la très urgente révision du code de procédure pénale en commission. Encore une occasion gâchée de ramener un peu de bon sens dans ce pays.

09/11/2012

La Floride: une république bananière ?

Les Etats-Unis qui aiment donner des leçons de démocratie au reste du monde devraient se pencher sur ce qui se passe en Floride.

Tout le monde se souvient de la scandaleuse manipulation électorale qui avait permis de confisquer le vote des habitants de la Floride, et finalement des Etats-Unis, en faveur de W en 2000. Déjà en cette occasion, alors que le propre frère de W était gouverneur de Floride, cet Etat s'était distingué par des méthodes dignes des pires républiques bananières.

Avant les élections de 2012, des soupçons de fraude s'étaient faits jour. Il semble que tout avait été préparé pour rejouer le même scénario qu’en 2000 et l'on peut imaginer ce qu'il se serait produit si l'élection du Président avait été suspendue aux résultats électoraux de ce seul Etat. On tremblait d'avoir à revivre ces heures sombres.

Aujourd’hui, vendredi 9 novembre 2012, le résultat du vote en Floride n’a toujours pas été annoncé. Selon les responsables électoraux, la raison de ce retard est la participation extrêmement élevée. Mais de l'avis des experts dont fait partie Lance de Haven-Smith, professeur à l'université de Floride, la raison de ce chaos est ailleurs: «le désordre aurait été orchestré par les responsables républicains locaux […] La vérité est que les responsables républicains de Floride sont impliqués dans une démarche de sabotage de l'organisation des élections en cherchant notamment à diminuer la participation». Des électeurs démocrates bien évidemment.

Selon le Miami Herald d'aujourd'hui, Mme Brett Doster, conseillère de la campagne Romney en Floride, a déclaré: "On pensait (...) avoir fait ce qu'il fallait pour gagner. Clairement, ce n'est pas le cas", reconnaissant ainsi implicitement la victoire d'Obama dans cet Etat.

J'espère que lorsqu'elle déclare : "On pensait (...) avoir fait ce qu'il fallait pour gagner", elle ne se réfère qu'à des actes parfaitement légaux, mais au vu des précédants et du fait que l'élection de 2012 était annoncée comme extrêmement serrée, la tentation a dû être grande, pour les républicains, de préparer un plan B similaire à celui de l'an 2000 au cas où le sort de l'élection aurait dépendu de l'issue du scrutin en Floride. Presque un aveu donc.

Il faudra que ce pays mette de l'ordre dans ce dangereux foutoir, au risque de provoquer de nouvelles dérives insupportables dans ce pays qui se veut le phare de la démocratie dans le monde.

01/11/2012

Nouveau cadeau du secteur privé

Après analyse approfondie, la Confédération a dénombré quelque 38'000 sites pollués en Suisse. C’est ce que relate la TDG de ce jour.

Certes ce ne sont pas tous des Seveso en puissance, mais tout de même. L’analyse a démontré que    «50% des 38'000 sites pollués sont des aires industrielles, 40% d'anciennes décharges, 10% des stands de tir et 1% des lieux d'accident». On apprend ensuite que «environ deux tiers [de ces sites] sont situés sur le Plateau, soit là où se trouvent les plus grandes réserves d'eau. Un attention particulière devra donc être portée à la protection de cet environnement: près de 60% des sites pollués se trouvent à proximité d'eaux souterraines exploitables, a indiqué jeudi l'OFEV».

Toute activité humaine a des conséquences sur l’environnement et les activités industrielles ont souvent des conséquences sérieuses sur celui-ci. Ce qui est gênant dans tout cela est que les industriels réclament toujours les meilleures conditions-cadres pour pouvoir se développer, mais qu’ils ne sont jamais appelés à assumer leurs responsabilités lors de la cessation de leurs activités.

C’est exactement ce qui se produit ici, car qu’apprend-on un peu plus loin ?

Certes, «un projet de la commission de l'environnement du Conseil des Etats vise à permettre aux autorités de réclamer une garantie financière aux entreprises responsables pour les frais occasionnés par les mesures d'investigation, de surveillance et d'assainissement». Et un peu plus loin que «à l'heure actuelle, en principe, les collectivités ne prennent les frais d'assainissement à leur charge que si les responsables ne peuvent être identifiés ou sont insolvables».

Magnifique … si c’était vrai ! Dans la réalité, et toujours précisé dans le même article, «de complexes procédures de droit commercial conduisent au final, cantons et communes à devoir payer. La facture peut atteindre dans certains cas des centaines de millions de francs». Nous y voilà ! C’est joliment et brutalement exprimé.

J’aimerais d'alleurs savoir dans quel pourcentage de cas nous suivons la procédure «idéale», selon moi, du pollueur-payeur et dans combien de cas l’Etat, c’est-à-dire nous, doit assumer l’irresponsabilité du secteur privé ?

Je rappelle cela car nous avons, dans tous les pays occidentaux, une gigantesque épée de Damoclès au-dessus de nos têtes: l’industrie nucléaire. Tant qu’il s’agit de s’enrichir avec une industrie hautement problématique, nos brillants industriels sont très fiers de leur outil de travail. Mais quand il s’agira de démanteler le parc nucléaire je parie qu’ils feront tout pour se soustraire à leurs obligations. Le démantèlement des centrales, rien qu’en Suisse, est estimé à 40 milliards de CHF. Les industriels sont censés contribuer à un fonds spécial pour cet effet. Or, à ce jour, ce fonds ne s’élève qu’à 4 malheureux milliards de CHF.

La Suisse ayant décidé de sortir du nucléaire à moyen terme, je vois mal comment nous allons alimenter ce fonds à hauteur des besoins, dans les 10 à 15 prochaines années. Gageons qu’une fois encore nous n’aurons que les yeux pour pleurer: pendant des décennies, des industriels et des actionnaires se seront immensément enrichis puis, avec la fin de cette industrie, nous qui avons déjà payé l’électricité produite à un prix exorbitant pendant des décennies, nous devrons payer une deuxième fois pour démanteler les centrales et assainir les sites.

L’industrie privée qui se gargarise si volontiers de sa supériorité sur le secteur public (écoutons la campagne du candidat républicain aux Etats-Unis) oublie tout simplement volontiers qu’elle:

  • ne construit aucune infrastructure pour développer son business
  • n’assume aucune responsabilité sociale, puisqu’au moindre revers, elle confie à l’Etat le soin de prendre soin des laissés-pour-compte
  • n’assume aucune responsabilité environnementale puisqu’elle s’arrange systématiquement pour laisser la facture finale au même Etat qu’elle fustige si volontiers.

Et malheureusement nos Etats ayant systématiquement abdiqué leurs prérogatives face aux entrepreneurs privés, ce n’est pas près de changer.

21:26 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouveau cadeau du secteur privé, ofev, industrie nucléaire | |  Facebook