07/07/2012

Il nous faut un Franz Weber contre le bruit

Par une (enfin) belle journée, j'ai décidé de commencer ma saison de marches en montagne (mieux vaut tard que jamais) en faisant une petite montée légère entre Grindelwald et Kleine Scheidegg. Soit mille mètres de dénivelé. J'adore cet endroit qui se trouve au pied de ces 3 géants des Alpes bernoises, l'Eiger, le Mönch et la Jungfrau (les 3 montagnes qui illustrent mon blog, j'en profite pour le préciser).

Las. Je n'avais jamais vu, ou plutôt entendu, cela. J'ai eu droit à une moto tout terrain qui empruntait un sentier pédestre, une dizaine de voitures qui remontaient bien trop haut sur les alpages à mon goût et un ballet littéralement incessant d'avions de tourisme et d'hélicoptères faisant survoler ces belles montagnes à des touristes. Et quand je dis «incessant», cela veut vraiment dire «incessant». Infernal en résumé. Et les set de table de la région qui clament «Experience nature at its best» paraissent surréalistes face à la triste réalité des choses.

Lorsque j'entends tous ces défenseurs de l'autorégulation, de l'autodiscipline, du refus de l'ingérence de l'Etat dans la vie privée des citoyens clamer qu'il faut refuser que l'Etat régule ceci ou cela sous prétexte que les gens sont suffisamment adultes et raisonnables pour décider ce qui est bon ou néfaste pour eux, eh bien je suis désolé, mais cela ne fonctionne jamais. Chaque fois qu'on laisse la responsabilité pleine et entière à l'appréciation de chacun, on finit avec la chienlit. Et ce n'est pas le combat d'arrière-garde de M. Marc Bonnant contre l'interdiction de fumer qui me fera changer d'avis: comment peut-on utiliser une telle intelligence pour des combats aussi peu honorables et peu dignes d'intérêt ?

La chienlit, c'est malheureusement ce qui est en train de se passer à Grindelwald, exactement comme cela se serait passé dans le Lavaux si M. Franz Weber n'avait pas lancé, par deux fois, une initiative pour le sauver. Un jour, malgré eux, les vignerons de ce coin du canton de Vaud ont été fort heureux de se voir inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais ils ont eu la mémoire bien courte et bien ingrate, puisqu'ils n'ont même pas cru bon d'inviter leur sauveur à la cérémonie.

La Suisse devrait ériger une statue en remerciements à ce Guillaume Tell des temps modernes, ce visionnaire infatigable, pour l'ensemble de ses combats. Un homme qui voit, là où les autres sont encore aveugles ou aveuglés par des intérêts personnels et égoïstes qu'ils estiment parfaitement légitimes. Pour autant que nos systèmes exécutif et législatif respectent la volonté populaire clairement exprimée lors de sa très récente initiative pour la limitation des résidences secondaires, on peut espérer mettre un frein relatif à l'emprise de l'homme sur notre patrimoine naturel. Au moins visuellement.

Malheureusement, force est de constater que d'autres pollutions se lancent à l'assaut de nos montagnes. J'en ai fait la cruelle expérience aujourd'hui. Il est urgent de légiférer pour mettre, là aussi, des limites à l'appétit insatiable de l'homme pour des plaisirs discutables, futiles, inutiles, déplacés, absurdes. Avons-nous vraiment, sauf pour gagner un argent facile, besoin d'organiser des norias d'hélicoptères transportant des touristes argentés, pressés et paresseux, à l'assaut des plus beaux sites naturels de notre pays ?

Si nous n'y prenons garde, le moteur à explosion va envahir nos derniers espaces de relative tranquillité et transformera nos montagnes en annexes de nos enfers urbains. Il n'y aura jamais d'autorégulation, pas plus dans ce domaine que dans les autres. Celui qui peut se payer quelque chose se le paye. Et si c'est cher comme un tour en hélicoptère, eh bien c'est encore mieux. Quelle meilleure façon d'afficher sa réussite et de véhiculer son morne ennui blasé que de faire des choses que la majorité ne peut pas se payer ?

Il nous faut un nouveau combat pour sauver nos montagnes en danger !

Les commentaires sont fermés.