01/06/2012

La Suisse paye sa vertu très cher

Notre pays a été un des premiers à avoir raison en se dotant de freins à l'endettement. Aujourd'hui, alors que les pays qui nous entourent ne savent comment faire pour sortir de l'impasse, la Suisse est un minuscule îlot de résistance à la crise, au milieu de l'Europe.

Avant la monnaie unique, lorsque la crise frappait un pays européen, eh bien nous savions que l'impact resterait limité, et quand la crise frappait un pays comme la Grèce et sa monnaie, nous savions que cela n'aurait à peu près aucun impact sur nous.

Aujourd'hui, comme hier, le franc suisse est une valeur refuge. La différence, outre la gravité sans précédent de la crise, est qu'elle frappe un bloc. Ce n'est plus le franc français ou la lire italienne, c'est l'euro. Monnaie unique d'un continent disparate tant du point de vue politique qu'économique. Et comme les Etats-Unis et le dollar sont à peu près aussi malades, le risque pour la vertueuse Suisse est grand.

La BNS a dû prendre des décisions courageuses pour soutenir la prospérité de notre pays. Avait-elle le choix, franchement je n'en sais rien. Pas plus que les observateurs les plus avisés. Mais lorsque l'on voit le bilan de la BNS gonfler comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, avec des monnaies plus ou moins «pourries» en plus (44% du bilan en euros), on prend quelque peu peur. Cet engagement est potentiellement hyper dangereux car il fait courir à notre pays un risque systémique aussi énorme que la presque faillite de l'UBS en 2009. Ne rien faire aurait été tout aussi suicidaire. Nous naviguons sur une mer démontée, devant nous garder de Charybde comme de Scylla.

Nous ne sommes ni dans l'UE, ni n'avons adopté sa monnaie unique, mais les soubresauts de la mondialisation ratée (ratée pour les peuples, mais pas pour les actionnaires) et les difficultés quasi inextricables de la zone euro impactent notre pays et hypothèquent notre avenir.

La Confédération et la BNS ont, à l'époque de l'UBS, concocté le plan le plus intelligent et le plus astucieux de sauvetage d'une banque jamais imaginé. Mais si la BNS devait perdre des sommes colossales sur devises, qui viendra à son/notre secours ?

Commentaires

Fidèle lecteur de vos billets, pour cette fois je ne partage pas votre analyse de la situation !

Certes la Suisse n'appartient pas à l'UE, ni à la zone Euro, pourtant son sort économique est intimement lié à celui des pays de la zone Euro. L'UE est notre premier client et la BNS ne pouvait assister sans réactions à la montée du CHF par rapport à l'euro, c'est pourquoi elle a pris (à mon humble avis ...) une sage décision en fixant un prix plancher de 1,20 CHF pour 1 Euro en septembre dernier. Cette décision a permis de limiter les dégâts de notre balance commerciale, même si les Euros qui constituent le 44% de son bilan (je n'ai pas vérifié ...) sont un montant énorme, ils ne représentent pas un danger en soi. Certes la BNS ne pourra pas distribuer ses bénéfices aux cantons, mais ce n'est pas son rôle premier, lequel reste la politique monétaire et la stabilité des prix.

Fallait-il plutôt privilégier les résultats de placements pour en faire bénéficier les budgets des cantons ou contribuer à maintenir l'essor économique de la Suisse ? En privilégiant la politique monétaire, la BNS est restée dans la mission qui lui a été confiée par la Confédération.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 01/06/2012

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