15/05/2012

Helsinki: encore raté

Pour les amateurs suisses de hockey sur glace, les années (trop nombreuses) se suivent et se ressemblent: une équipe qui se construit sur la base d'un bon championnat à l'échelle internationale (on a vu pendant le lock-out de la NHL que les joueurs suisses n'étaient pas loin des superstars de la NHL), des joueurs qui semblent vouloir s'affirmer, quelques brillants succès aux Jeux olympiques ou aux Championnats du monde contre les «monstres» planétaires que sont le Canada, la Russie, la Suède ou la République tchèque. Et puis patatras, il arrive toujours un moment où ce bel ensemble se fragilise, les pires défauts refont surface et l'équipe se liquéfie contre des nobody au pire moment.

C'est exactement ce qui est arrivé encore une fois. Certes, elle n'a cette fois-ci battu ni la Finlande, ni le Canada mais a très bien joué contre ces 2 équipes au sommet de la hiérarchie mondiale. Et puis arrive la France, qui, sans vouloir vexer personne, est en hockey sur glace à peine supérieure à ce que représente le Luxembourg dans le monde du football et ces Messieurs se payent le luxe de se trouer complètement, ruinant en 60 minutes, tout le travail accompli pendant l'année écoulée. Quel gâchis !

Comment des joueurs qui n'ont que leur désir de jouer en NHL à la bouche peuvent-ils fusiller leur avenir en 60 minutes avec un si bel et si récurrent enthousiasme ?

Je ne sais où se niche le problème. Ce que je vois est que des équipes qui viennent de nulle part (Allemagne, Danemark, Norvège) sont capables de rattraper la Suisse en quelques courtes années (il y a 3 ans, la Norvège n'était même pas le Liechtenstein du hockey), alors que les joueurs suisses qui semblent travailler comme des brutes depuis plus de 25 ans,  échouent systématiquement au moment de toucher au Graal.

Alors est-ce dans la tête, Docteur ?

Les sportifs suisses, à part de formidables et brillantissimes exceptions (Federer, bien évidemment, qui est au sommet de la hiérarchie mondiale et le meilleur tennisman de tous les temps, Mark Streit qui a su se faire respecter en NHL et a ouvert la porte aux autres hockeyeurs suisses, Didier Cuche l'inoubliable géant, Stéphane Chapuisat et Alexander Frei, les brillants footballeurs aux nerfs d'acier, Fabian Cancellara, le cycliste de l'impossible et heureusement beaucoup d'autres que je ne peux citer ici, faute de place), n'ont jamais brillé par leur grinta, leur capacité à renverser les montagnes, d'être le David qui terrasse le Goliath. Trop souvent, le sportif suisse semble se satisfaire de sa situation, semble décidé à respecter la hiérarchie, semble saisi du respect sacré devant plus fort que lui (ou supposé tel), refuse de «tuer le père». Trop lisse. Trop gentil. Trop dans le rang. Pas de têtes qui dépassent.

Je me suis souvent intéressé au sport en ce qu'il représente (peut-être) une part de l'âme d'un pays.

Le sport suisse est-il à l'image de notre pays, capable d'être brillantissime, mais tremblant devant le plus fort ? Est-ce que nous préférons mettre toute notre énergie dans un métier honnête, sérieux et souvent sans surprise ? Sont-ce près de 2 siècles de neutralité qui ont fait que nous avons perdu le goût et la capacité de nous battre, enterrant du même coup l'héritage de nos valeureux ancêtres mercenaires-soldats ? Avons-nous tellement intégré le respect de la hiérarchie et la soumission à l'Autorité que nous en avons perdu un peu de notre testostérone (ou un autre ingrédient nécessaire à la victoire) ?

Lorsque l'on voit l'état d'impréparation de notre Gouvernement et des Ministres qui le composent face à de graves questions (le très pathétique Ministre de la Défense et l'imbroglio de l'avenir et des missions de l'armée, la naïveté d'un autre face au tyran d'opérette libyen, etc..) on prend peur, effectivement. Face à l'agressivité des gouvernements de pays soi-disant «amis» et au vu de la rapidité avec laquelle nos Ministres baissent la culotte lorsqu'ils se font sermonner par plus «grands» dans la cour de l'école, on se dit qu'il y a encore du travail à faire avant que la Suisse, en tant que pays, se reconnaisse le droit d'exister et de gagner sur la scène internationale, alors que, paradoxalement, nous le faisons très bien dans l'économie privée.

Vous reprendrez bien un peu de psychothérapie collective ?

20:09 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : helsinki: encore raté, ueli maurer, merz, federer, cuche, sportifs suisses | |  Facebook

Commentaires

Je remarque que les sportifs nommés ici sont au sommet dans des sports individuels (sauf Chapuisat et Frei). Est-ce qu'il y aurait quelque chose à creuser là ?
L'esprit d'équipe, la cohérence d'une formation nationale est quelque chose de délicat. A-t-on vraiment les infrastructures nécesssaires, les conditions-cadre, les coaches (ou simplement l'argent) pour bâtir une équipe solide, que ce soit en foot ou en hockey sur glace ?
Ceci dit, je me demande si on pourrait attendre d'un pays avec 7 millons d'habitants d'être au top partout ! Si on pense au foot, ceux qui tiennent le haut du classement sur plusieurs années, ce sont souvent des nations avec un vivier 10 fois supérieur à la Suisse.
La Finlande a moins d'habitants que la Suisse et ces temps, elle n'est forte qu'en hockey sur glace. Par rapport à une époque glorieuse, l'athlétisme et le ski ne vont pas bien, le foot n'a jamais été au niveau de la Suisse. Il n'y a personne en cyclisme, vaguement 1-2 joueurs de tennis et toujours des courreurs-automobile. :-))
Contrairement à vous, je crois qu'en Suisse, on est tellement habitué à être excellent partout, malgré la petite taille du pays, qu'on a de la peine à voir chuter son équipe, si près du but.
La comparaison avec la politique économique ou la politique tout court est pertinente : il y a des moments, où il est difficile de jouer dans la cour des grands, lorsqu'on est vraiment petit, dans aucune alliance et un peu mal-aimé des caïds de cette cour de récré, parce qu'on est surdoué et de famille riche.
Certes, la Suisse peut se montrer encore une fois futée et habile et je ne lui souhaite que de réussir à se défendre au milieu de ce monde dont les règles de jeu sont peut-être en train de changer.

Écrit par : Calendula | 15/05/2012

" Ce que je vois est que des équipes qui viennent de nulle part (Allemagne, Danemark, Norvège) sont capables de rattraper la Suisse en quelques courtes années (il y a 3 ans, la Norvège n'était même pas le Liechtenstein du hockey), "

Elle est un peu exagéré votre argumentation. C'est l'Allemangne qui a été rattrapée par la Suisse. L'Allemagne ex RFA fut dans les années 80 un pensionnaire du groupe A de 8 équipes, ( Canada, Techoslovaquie, URSS, Finlande Suède, USA et le premier du groupe B qui était relégué directement l'année suivante )pendant que la Suisse végétait dans le groupe B où elle ne brillait pas chaque année. Groupe B ou figurait justement la Norvège, et généralement l'Italie, la Pologne, la Roumanie, la Yougoslavie, les pays bas, la RDA. De toute ces nations, c'est bien la Suisse qui est sorti du lot à partir des années 90. Cette année ce fut un fiasco. Ce qui n'était pas arrivé depuis 10 ans. Soyons un peu tolérant.

D.J

Écrit par : D.J | 16/05/2012

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