22/04/2012

Sortir du nucléaire coûtera plus cher que prévu

C'est, apparemment, ce que vient de découvrir M. Gerold Bührer, président de la Fédération des entreprises suisses.

N'est-ce pas magnifique de voir que ce que ce Monsieur découvre aujourd'hui n'est rien d'autre que ce que toute personne sensée dit depuis des décennies. Un fond, insuffisamment approvisionné d'ailleurs (voir mon billet du 24 novembre 2011, « Le (bientôt) vrai prix du nucléaire » sur ce sujet), a été créé pour financer cette sortie. Et dans un bel illogisme, il semble vouloir utiliser cet argument pour ne pas en sortir. Un peu comme si on vous disait que vous taper sur la tête avec un marteau faisait mal et que vous répondiez que c'est pour cette raison que vous devez continuer...

Pour M. Bührer, il faut continuer à développer la technologie nucléaire. Bien. Cela nous garantirait-il que la sortie du nucléaire coûtera moins cher ?

Je ne vois pas en quoi une double sortie du nucléaire, celle des réacteurs actuels plus le coût de construction plus que pharaonique de nouvelles centrales auquel il faudra ajouter le coût de leur démantèlement dans 30-40 ans (mais peut-être s'en moque-t-il puisque ce sont nos enfants et petits-enfants qui paieront ?) serait moins cher que de sortir maintenant de cette folie ?

Et ceci ne tient aucun compte des coûts simplement insupportables des accidents d'origine nucléaire, aussi bien en termes humains et environnementaux que financiers. Voir mon billet du 21 avril 2011, « Qui paye(ra) pour Tchernobyl » (et Fukushima) sur ce sujet.
La technologie nucléaire est une folie, une illusion et une solution de facilité qui n'enrichit que les grands investisseurs, puisque justement, après avoir encaissé de copieux bénéfices, ils vont tout faire pour se soustraire à leurs obligations financières dans le démantèlement des réacteurs existants.

Où tout le monde (ou presque) peut être d'accord avec M. Bührer c'est sur la nécessité de réfléchir très sérieusement à notre stratégie future. Il n'y a pas de solution miracle. Aucune énergie alternative ne remplacera le nucléaire d'un coup. Seul un mix énergétique la remplacera. Et je suis quelque peu sceptique sur la question des économies d'énergie: l'être humain est paresseux par nature et entre les belles intentions affichées par beaucoup (je suis pour la protection de l'environnement, c'est ma priorité) et la réalité (je continue de vivre comme si l'approvisionnement énergétique était éternel et illimité) il y a souvent un fossé. De plus, la population de ce pays est en augmentation. Nous sommes à peu près 8 millions d'habitants et les 10 ne sont plus une utopie. Je ne vois dès lors pas comment les « économies d'énergie » seraient la principale solution à notre avenir énergétique. Elles sont indispensables, certes, mais ne feront, au mieux, que de limiter les dégâts.

Mme Leuthard travaille courageusement et intelligemment à l'organisation de notre futur énergétique. Mais un gouvernement ne peut tout faire tout seul. Aucun gouvernement occidental, ultra-libéralisme oblige, n'a plus les moyens de trouver seul les solutions. Nous avons besoin des investisseurs privés pour  investir dans notre futur énergétique.  Ils sont largement responsables du chaos actuel en ayant mis tous les investissements dans le même panier et en refusant d'investir pour trouver une alternative au nucléaire. Ils ont beau jeu de nous dire aujourd'hui qu'il n'y en a pas. Et pour cause !

C'est pourquoi il est si important que les gouvernements fixent un cadre strict à l'avenir de notre approvisionnement énergétique. Le jour où les investisseurs privés verront que nos gouvernements sont sérieux, ils réévalueront leurs stratégies. Pas avant. Espérons qu'alors ils feront le choix du bien commun, le choix d'un avenir positif et respectueux de la Vie. Enfin. Et pour une fois.

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