29/02/2012

L'Occident est mal barré

Excellent éditorial (comme toujours) de M. Claude Monnier, aujourd'hui, dans la TDG. Il rappelle le danger considérable que représenterait, pour nos pays, une alliance politique, économique et militaire de la Chine et de la Russie.

Cela fait des années que je suis choqué et préoccupé par la façon méprisante dont nos pays traitent la Russie. Certes, à l'époque de l'URSS, ce pays n'était pas notre ami et nous a fait souffrir de mille et une façons. Une guerre d'une ampleur encore jamais vue a été évitée de justesse à plusieurs reprises. Mais de là à tomber dans cet aveuglement géostratégique qui nous a menés à mépriser ouvertement ce grand pays...

La Russie n'est pas (encore) un pays qui fonctionne comme nos démocraties. Et bien sûr, Poutine n'est pas un grand démocrate. Mais est-ce une raison pour traiter ce pays avec mépris ou condescendance ou ostracisme ? La Russie est un pays fier de sa grandeur, de sa puissance militaire passée, de sa vaste culture. Notre mépris ne peut que radicaliser son élite politique, économique et militaire.

Imaginez une seule seconde une telle alliance avec la Chine. Oui, cela représenterait une population de plus de 1.6 milliards d'habitants. Deux pays vastes comme l'ensemble du reste du monde (ou presque). Des matières premières quasi illimitées. Une puissance militaire qui sera bientôt terrifiante, surtout si l'on met cela en balance avec l'état économique et militaire des Etats-Unis (qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant le double mandat historiquement calamiteux sur absolument tous les plans du rejeton Bush) et la couardise et la lâcheté militaires légendaires des pays européens.

Ce pari ou ce manque de conscience politique est dangereux pour notre avenir. A vrai dire, et contrairement à ce que nous nous ingénions à faire depuis l'implosion de l'empire soviétique, nous devrions leur tendre la main, les amadouer, tisser tous les liens possibles et imaginables et pour tout dire, tendre, à terme, à faire entrer la Russie dans l'OTAN.

Face à la montée en puissance de la Chine, financée par la cupidité sans fin de nos entreprises privées, il est suicidaire de continuer d'humilier la Russie, meilleur moyen de la pousser dans les bras de la Chine.

Entre le risque d'une alliance entre la Russie et la Chine et le développement sur le flanc sud de l'Europe de pays qui risquent plus ou moins rapidement de basculer dans un radicalisme religieux et politique qui nous sera bien entendu totalement hostile, l'Occident aura à peine « réglé » le cas iranien qu'il pourrait se retrouver confronté à la plus formidable alliance militaire de tous les temps.

Espérons que nos pays vont bientôt se réveiller et regarder la Russie avec les yeux que ce grand pays mérite.

27/02/2012

Caisse EGK: pas une surprise

Au vu du comportement trop souvent scandaleux des caisses maladie en Suisse, il y a longtemps que je n'éprouve plus le moindre sentiment ni de loyauté, ni de fidélité vis-à-vis de ma caisse maladie.

Au cours de ce tourisme des assureurs, il se trouve que, il y a quelques années, je me suis retrouvé assuré par cette caisse et cela tout simplement parce qu'à un moment donné, elle a été la moins chère pour ma classe d'âge (et autres paramètres entrant dans le calcul des primes).

Eh bien à la fin de la première année (au moins cela) et bien que je n'aie rien coûté à la caisse, j'ai reçu une augmentation phénoménale pour l'année suivante. J'en avais conclu que c'était le fonctionnement normal de cette caisse: on fait des primes défiant toute concurrence pour attirer le chaland et la deuxième année on matraque  le malheureux qui aurait la faiblesse de rester. Et tout cela est la preuve que ce n'est pas juste une chasse aux bons risques: ils augmentent aveuglément en fonction de critères que personne ne connaît ni ne comprend.

Il y a trop d'amateurs ou d'incompétents ou de margoulins dans cette branche économique et c'est pourquoi je milite non seulement pour un contrôle strict des caisses maladie mais bien plutôt pour une caisse maladie unique, sur le très bon modèle de la SUVA.

L'avenir nous dira si le nouveau Conseiller fédéral aura plus d'idées et de succès dans la nécessaire reprise en main des Caisses et si ses convictions survivront au consensus mou du Conseil fédéral.

22/02/2012

Ne méritent-ils que notre mépris ?

Dans un éditorial de ce jour dans la TDG, M. Benjamin Chaix évoque l'agression particulièrement lâche et sordide de deux jeunes « zizous » contre une vieille dame de 79 ans. Devant leur absence totale de remords, de regrets, de pitié pour leur victime, le journaliste conclut en disant: «ces deux malheureux zizous, comme l'individu qui a agressé une jeune femme dans son jardin 24 h. plus tard [...] et tous ceux qui considèrent Genève comme leur terrain de chasse, ne méritent que notre mépris le plus profond».

Vraiment ?

Est-ce une nouvelle forme de bouclier contre la criminalité de toute sorte et de toutes origines qui monte à Genève et dans toute la Suisse romande (au minimum) ? Devrions-nous passer quelques minutes chaque jour à «mépriser ces pauvres âmes errantes» pour nous protéger de leurs menées criminelles ?

En tant que membre de la classe moyenne, je me sens vraiment pris en otage entre les ultras riches qui accaparent les richesses, y compris ces oligarchies régnantes et corrompues dans les pays du Tiers-monde et les ultras pauvres en provenance de ces mêmes pays (ou des banlieues «tiers-mondisées» du pays voisin) qui viennent en Suisse pour piller tout ce qu'ils peuvent piller. Cette situation est insupportable sur les deux plans car c'est le plus souvent la classe moyenne qui souffre le plus.

Le seul moyen de rétablir la situation est que nos élites retrouvent leurs esprits et acceptent de partager leurs richesses de façon plus équitable (par une fiscalité plus juste) et que parallèlement nos Sociétés instaurent la tolérance zéro pour ceux qui ne peuvent ou ne veulent envisager de gagner leur vie autrement que par des activités criminelles.

20:03 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ne méritent-ils que notre mépris ?, zizous, benjamin chaix | |  Facebook

16/02/2012

Evitons un psychodrame

Je ne me prononcerai pas ici sur l'utilité ou l'inutilité pour la Suisse d'acquérir un nouvel avion de combat. Je dois admettre pourtant, que sur ce terrain, les arguments des uns et des autres restent peu convaincants. Et les lacunes stratégiques inquiétantes de notre ministre de la défense (on se disait qu'il serait difficile de faire pire que le notaire bernois à ce poste et pourtant on en arrive presque à le regretter) n'apportent aucune réponse  quant à l'utilité de ces avions, pas plus qu'aux missions de l'armée en général (à part qu'elle doit être "le meilleur de la mônde").

Parmi les grands arguments des opposants il y a le prix insupportable de ces nouveaux avions, le fait  que la Suisse n'a pas les moyens de les acheter, que cela va grever d'autres budgets et patati et patata.

Or, une fois encore le budget de la Confédération, malgré la crise épouvantable qui secoue l'Occident depuis 2008, a généré un boni de 2 milliards de francs en 2011. Après avoir dégagé plus de 3 milliards en 2010, etc..

Ces avions qui coûteront, au maximum, à peine plus de 3 milliards (on parle régulièrement de nouvelles offres nettement en-dessous de ces 3 milliards ces derniers jours) pourraient donc être payés presque intégralement avec les excédents d'une seule année du budget de la Confédération. Il serait donc temps de cesser de parler d'argent afin de se consacrer à la vraie question des missions de notre armée.

Cela pourrait sans doute nous éviter un nouveau psychodrame national, épuisant et dont nous n'avons que faire et nous permettrait de consacrer notre temps et notre énergie à ces questions fondamentales et ô combien plus vitales pour notre avenir que sont les buts, les missions et la raison d'être de notre armée.

19:21 Publié dans Suisse - ses défis | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : evitons un psychodrame, avions de combat, ueli maurer | |  Facebook

13/02/2012

Paupérisation: un avertissement de plus

Après une nuit d'émeute à Athènes, la situation montre que le cours des événements reste extrêmement préoccupant et que les réponses apportées à presque 30 années de dérégulation sont mauvaises, inadaptées et aussi dangereuses que la dérégulation elle-même.

Pour l'instant, la Grèce est le pays européen le plus sauvagement touché par l'indifférence et l'égoïsme monstrueux des élites politiques et économiques. Mais le temps est sans doute proche où l'exaspération, et même la rage (l'indignation ne suffira plus), vont s'emparer d'autres populations européennes. Et ce jour-là il fera vilain temps sur l'Europe.

Pour l'instant la situation reste étonnamment "sous contrôle" même dans les autres pays eux aussi au bord de l'asphyxie, à savoir l'Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne et bientôt l'Italie et la France. Il faut croire que dans ces pays, la classe moyenne arrive encore tant bien que mal à survivre et qu'elle peut prendre en charge ses enfants pas encore tombés du nid. Mais pour combien de temps ? Vous ne pouvez pas vivre jusqu'à 40 ans chez vos parents et dépendre d'eux pour tout, tout en étant éventuellement surdiplômé.

Et aujourd'hui il y avait un très intéressant article dans le New York Times sur la situation sociale aux Etats-Unis (ici le lien: "Even Critics of Safety Net Increasingly Depend on It").

Cet article montre de façon éloquente le glissement progressif de couches entières de la Société américaine d'une strate sociale à une autre. Le rêve américain ne fonctionne plus. Il n'est plus qu'une incantation sans réelle substance. La réalité frappe, y compris des citoyens qui continuent de croire et de voter pour ceux-là mêmes qui les poignardent socialement et politiquement dans le dos.

Quelques exemples cités dans cet article:

  • Un homme de 57 ans, qui a soutenu en 2010 la campagne d'un membre du Tea Party  et qui soutient les réductions du train de vie de l'Etat se voit contraint de recevoir, depuis plusieurs années déjà, des subsides du gouvernement permettant à ses trois enfants en âge d'être scolarisés, de petit-déjeuner et de déjeuner aux frais de l'Etat fédéral. Sa mère de 88 ans a également été opérée deux fois de la hanche aux frais de Medicare (le système d'assurance-santé géré par le gouvernement des États-Unis au bénéfice des personnes de plus de 65 ans ou répondant à certains critères, mis en place en 1965 par le Président démocrate Lyndon B Johnson, successeur de JFK). Et il ne paye plus d'impôts fédéraux, ses revenus étant trop bas,
  • Au départ, ces subsides fédéraux avaient été créés pour protéger les américains de la pauvreté extrême ("abject poverty"). De nos jours, la mission de ces programmes consiste de plus en plus en la création de filets pour empêcher que la classe moyenne ne tombe dans la pauvreté (les pauvres ne touchaient plus, en 2007, soit AVANT la crise des subprimes mais après les très généreux programmes de réduction des impôts pour les ultras riches voulus par W, le "compassionate republican" (!) que 36% des fonds alloués à ces programmes contre 54% en 1979,
  • En 2010, près de la moitié (48.5 %) des ménages américains vivaient dans des foyers recevant des subsides fédéraux contre 37.7% en 1998,
  • En 2000, le gouvernement fédéral et les Etats américains dépensaient 37 cents pour chaque $ touché en revenus. Dix ans plus tard, après 3 lois de réduction d'impôts des plus riches, 2 récessions et l'extension du programme Medicare, c'est 66 cents pour chaque $ de revenus qui sont dépensés.

C'est exactement les ingrédients pour nous mener au désastre social et aux émeutes qui l'accompagneront.

Nos élites politiques et financières continuent de souffrir d'un autisme social et politique, pathologique. Cet autisme est en train de détruire le tissu social de nos pays pour le seul bénéfice d'une infime minorité qui se goberge sur la ruine de pans entiers de la Société.

J'ai souvent écrit sur cet autisme et sur les mécanismes de l'exclusion sociale. Je vois que la crise grecque (et occidentale) continue dans l'indifférence générale.

Les émeutes d'hier soir sont un avertissement de plus. Que faudra-t-il pour sortir nos élites de leur autisme profond et de leur égoïsme monstrueux ?

06/02/2012

De l'eau socialement responsable

Invité passionnant ce matin dans l'émission « Les petits matins » de Georges Pop, M. Renaud de Watteville, fondateur de Swiss Fresh Water (SFW), une jeune startup vaudoise, devenue Fondation le 13 janvier, qui apporte une vraie réponse au manque d'eau potable dans les pays pauvres.

Ils proposent une machine portable (80 kg) de dessalement d'eau de mer, fonctionnant à l'énergie solaire et permettant de produire 500 à 2'000 litres d'eau par jour. Au-delà de l'appareil, c'est le système de distribution mis en place qui est profondément original. Le microcrédit vient au secours des communautés pauvres, l'opérateur de la machine est élu démocratiquement par la communauté, le prix du litre d'eau est compétitif, la surveillance technique de la machine est faite par télémétrie, ce qui veut dire que l'entreprise suit jour après jour les performances de chaque machine et peut réagir en cas de baisse de performance ou de panne.

C'est une vraie réponse, écologique, non polluante, saine financièrement, politiquement et socialement, adaptée à de petites communautés.

Dire qu'il y 3-4 ans, le président de nos voisins, toujours volontaire pour se transformer en VRP de l'industrie nucléaire française, avait fait le tour des pays d'Afrique du nord pour leur vendre des centrales nucléaires pour dessaler l'eau de mer. Il avait signé des contrats avec des régimes aussi démocratiques et stables que l'Egypte (Moubarak avait déjà plus de 80 ans et l'avenir, après lui, plus qu'incertain), la Libye (on pouvait dire à peu près la même chose de ce pays) et l'Algérie (les Islamistes sont en embuscade et prendront le pouvoir à la première occasion). Cette folie (ne serait-il pas charmant, aujourd'hui, après les événements que l'on sait, d'avoir des pays nucléarisés en Afrique du nord) n'a heureusement pas eu le temps de se réaliser et j'espère qu'elle ne se réalisera jamais. Et tout cela dans des pays qui ne manquent pas de soleil.

Ne faut-il pas être un forcené pour vouloir vendre des systèmes de dessalement d'eau de mer d'origine nucléaire dans des pays qui sont, politiquement et socialement, des bombes à retardement  alors que le soleil ne manque pas et qu'il pourrait faire le même travail sans créer tous les risques engendrés par la filière nucléaire ?

Merci à cette jeune société, innovante et socialement responsable, d'amener de vraies réponses à de vraies questions. Elle va sans doute moins enrichir les actionnaires de grands groupes prêts à prendre tous les risques au nom du profit aveugle, mais chaque litre d'eau produit le sera au profit de la communauté et n'engendrera pas les risques géopolitiques et écologiques créés par l'industrie nucléaire.

05/02/2012

Interdiction de périmètre

Face au comportement criminel de certains requérants, on apprend dans la TDG, que le chef de l'Office fédéral des migrations parle de mieux écouter les propositions des cantons afin d'empêcher que certains requérants qui « menacent l'ordre public et la sécurité » nuisent à la grande majorité des requérants qui respectent nos Lois.

Parmi les propositions concrètes que ce M. Gattiker est prêt à envisager, celle consistant dans le fait qu'un juge puisse par exemple, interdire à un requérant délinquant d'accéder à certains quartiers. «S'il s'y rend quand même, le juge pénal pourrait le faire enfermer».

Nous voilà rassurés !

Cela me rappelle furieusement la plaisanterie concoctée par les « autorités » municipales lausannoises en décembre 2008 ou 2009 (je ne suis plus sûr) qui consistait exactement en cela: interdire le centre-ville de Lausanne à certains délinquants pour permettre au brave citoyen de faire ses achats de Noël sans être dérangé. Et pour faire bon poids, le journal qui avait publié cet extraordinaire acte d'autorité, avait cru bon de titrer cet article : « Les autorités lausannoises promettent l'enfer aux dealers ».

Ce morceau de bravoure (l'enfer promis) consistait donc en :

  • une interdiction de périmètre (pendant le seul mois de décembre)
  • le renvoi des contrevenants dans le canton dans lequel ils avaient déposé leur demande d'asile

J'imagine volontiers les pintes de bonne humeur que cet enfer promis doit générer chez ces pauvres requérants car l'enfer promis ressemble au Club méditerranée pour ces dealers qui ont souvent eu affaire à une répression autrement plus sophistiquée dans leur pays d'origine.

Il aura fallu plusieurs années pour que ces mesures cantonales hardies remontent jusqu'à Berne. Combien de décennies devrons-nous encore attendre jusqu'à ce que de véritables mesures soient prises contre les dealers qui pourrissent le centre de toutes les villes suisses ?

17:41 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : interdiction de périmètre, odm, lois sur l'asile | |  Facebook