28/12/2011

La Suisse aussi doit se restructurer

Dans mon billet précédent je parlais du besoin, pour Genève, de supprimer cette pléthore d'Exécutifs qui contribuent à paralyser son développement. Je sais bien que cette idée est encore très utopique et que les communes en question vont se battre becs et ongles pour maintenir le privilège d'administrer leur pré carré et de défendre leurs intérêts parfois étroits (les habitants des communes les plus riches du canton ont-elles la moindre volonté de partager une communauté de destin, ne serait-ce que fiscale, avec les plus pauvres ?)

Genève doit impérativement changer pour s'adapter au rythme imposé par la mondialisation et la compétition de plus en plus frénétique imposée par les autres villes qui toutes cherchent à se profiler sur la scène internationale. Genève doit choisir entre rester un grand village fier de sa réputation planétaire et devenir une véritable métropole au développement intelligent, cohérent, coordonné, et offrant des nouveaux quartiers emblématiques, notamment par leur convivialité et par leur qualité de vie axée autour des normes les plus audacieuses en termes de protection de l'environnement.

Ce qui est vrai pour Genève l'est tout autant pour la Suisse. Ce pays minuscule par la taille, ne l'est certes pas par son rayonnement. Mais pouvons-nous nous permettre de conserver un système de 26 Etats confédérés dans un si petit territoire ? Ici comme là, cela complique immensément la prise de décisions car il faut négocier à tant de niveaux différents et respecter tant de susceptibilités que cela devient une véritable usine à gaz. A mon humble avis, la structure actuelle était parfaite au 19ème siècle, à une époque où la difficulté à se déplacer dans un territoire largement occupé par les Alpes, prévalait. Mais la construction de toutes ces autoroutes et de tous ces tunnels a réduit notre perception de la taille de notre territoire national. Aujourd'hui il me semble absurde, au-delà de l'Image d'Epinal, de continuer de respecter cette ancienne structure.

Certes, sur le plan national, il y a une véritable recherche de fusion des Communes (même si certaines tentatives ont échoué). Cette tendance est louable, même si elle me paraît trop lente. Je crois, toutefois, qu'il faut aller beaucoup plus loin et oser remettre en question des vérités qui sont encore taboues. Je pense que dans un avenir relativement proche, la Suisse devra s'articuler autour de 4,5 ou 6 Régions dont le centre sera une des «grandes» villes. Le découpage devra se faire intelligemment afin de respecter les équilibres linguistiques et économiques afin que la gouvernance du pays reste un subtil équilibre entre ces différentes Régions. Mais 4,5 ou 6 Régions de 1-2 millions d'habitants offriraient une dynamique plus grande et accéléreraient la prise de décision. La fusion de Genève et du Canton de Vaud, dès lors, ne devrait plus être un tabou tant notre communauté de destin est grande (mais ne peut se faire sans que les cantons alémaniques s'engagent dans la même concentration).

Là aussi, il s'agit de penser hors de nos habitudes actuelles, mais si ces mouvements sont bien conçus, il devrait en résulter un grand bien. La concentration des pouvoirs n'empêche pas le respect de l'autre et devrait faciliter l'aménagement du territoire. La structure actuelle encourage au contraire le mitage du territoire (chaque Canton et chaque Commune veut se développer à tout prix pour sauver sa peau). Ce développement galopant et anarchique est un cauchemar et contribue à enlaidir furieusement notre si beau pays. Le jour n'est plus très loin où il sera impossible de traverser la Suisse sans voir partout ces hideuses zones industrielles, artisanales, ces Centres d'achats à la périphérie de nos villes, voire de nos villages. Il reste peu d'années avant que le désastre ne soit consommé et irréversible.

La Suisse doit se repenser autrement, sans pour autant perdre le respect des différences qui fait sa force et son originalité.

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18/12/2011

Encore raté ?

Le changement de réseau et d'horaires des TPG n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre. Le courroux de beaucoup d'usagers est-il mérité ou non, seul l'avenir répondra vraiment à cette question, car il y a, à ce jour, trop d'émotions négatives qui empoisonnent le débat.

Au-delà de ces questions, il y a aussi le réaménagement de la place Bel-Air qui ne laisse pas indifférent. Encore une fois, l'aménagement d'une place ou d'un rond-point à Genève laisse un sentiment, au mieux, d'amateurisme, au pire d'incompétence crasse. Il n'est que de penser à la tristement «célèbre» place Cornavin. Et puis, si l'on suit les voies du tram 12, on a le privilège de passer, depuis Carouge, à la place des Augustins, puis au rond-point de Plainpalais, près de la place Bel-Air, et ensuite, après avoir suivi la tristounette rue du Marché (qui devrait être la plus belle de Genève mais qui n'est qu'une triste rue faite de bric et de broc), on arrive au non moins inénarrable rond-point de Rive. Un collier de «perles», mais de perles dignes de la foire aux cancres.

Qu'est-ce qui fait que Genève semble incapable d'insuffler un peu d'imagination, de perspective, de beauté, de saine « grandeur» dans son développement ? Pourquoi penser si «petit», si étriqué, si dénué d'imagination ? Est-ce encore le terrible esprit puritain de Calvin qui pèse sur la ville et qui bride les esprits et interdit aux uns et aux autres de se donner le droit de créer et de s'offrir un cadre de vie agréable et digne de la réputation, par ailleurs planétaire, de Genève ? Si tel devait être le cas, alors il serait largement temps de secouer ces résidus de mauvaise conscience et de culpabilité mal placées et mal vécues.

J'ai déjà écrit sur le développement de Genève (voir «Genève a mal à son développement») et je vois que rien n'avance. Comme d'habitude. Si ce n'est pas l'esprit de Calvin qui nous joue des tours, je suis en tous les cas plus que jamais convaincu qu'il y a trop de niveaux de décisions et trop d'acteurs dans ce petit mouchoir de poche que représente Genève. Pensez qu'il y a 48 (!) communes dans ce minuscule territoire. Et comme il y a aussi un gouvernement cantonal, il y a donc, pour tout projet ou presque, 49 exécutifs à convaincre, dont tous défendent leur pré-carré et des intérêts parfois largement égoïstes. Cela en plus de toutes les Associations privées qui se font et se défont au gré de leurs intérêts pour bloquer quasiment tous les projets. Et comme nous parlons volontiers d'agglomération franco-valdo-genevoise (je préférerais pour ma part parler tout simplement de l'«agglomération genevoise»), cela veut dire qu'il faut non seulement mettre d'accord 49 exécutifs, mais qu'il faut, du côté suisse, négocier avec le canton de Vaud, avec la Confédération (qui a été trop longtemps, pour les genevois, une entité ressentie comme étant aussi proche que la planète Mars), avec les Régies fédérales comme les CFF et du côté français, avec les communes limitrophes, et éventuellement avec l'état français, et on a vu trop souvent que le partenaire français savait largement manier la mauvaise foi dans ses rapports avec Genève et avec la Suisse.

Alors a-t-on vraiment besoin de 49 exécutifs ? Personnellement, et je vais cette fois-ci beaucoup plus loin que dans le billet cité plus haut, je serais favorable à la suppression de 48 de ces exécutifs, afin d'administrer ce territoire avec un seul Exécutif de magistrats compétents et qui n'auraient pas besoin de respecter les susceptibilités, les atermoiements et les bâtons dans les roues de tous ces acteurs qui voient midi à leur porte. La structure actuelle bloque tout, étouffe Genève et l'empêche de se développer au rythme nécessaire aux changements de plus en plus rapides que la marche du Monde nous impose.

Comment voulez-vous faire avancer un projet, quel qu'il soit, lorsqu'il faut négocier avec 49 exécutifs genevois plus le Canton de Vaud, plus la Confédération, plus l'une ou l'autre Régie fédérale plus les communes françaises, voire l'état centralisé français ? Rien d'étonnant qu'il faille plus de 80 (!) ans pour arriver à donner enfin le premier coup de pioche au CEVA (et encore les derniers recours n'ont pas été levés), comme cela avait été le cas pour la réhabilitation du quartier des Grottes et il est à craindre qu'il en faudra autant pour le contournement autoroutier est de Genève. Quant au PAV, il semble déjà qu'on épuisera autant de directeurs du projet que Christian Constantin épuise d'entraîneurs, avant de parvenir, ne serait-ce qu'à dessiner un projet quelque peu cohérent sur le papier.

Je trouve cela dramatique et infiniment triste et stérile et je serais d'avis de mettre un grand coup de balai dans tous ces petits royaumes qui empêchent Genève de vivre et de grandir intelligemment et en accord avec sa réputation planétaire. Un seul exécutif permettrait d'avoir une vision globale, courageuse et déterminée du développement de cette ville-canton, ou de ce canton-ville, et de négocier d'une seule voix, forte, avec la Confédération et avec les voisins vaudois et français.

14/12/2011

Un souvenir de Noël

C'est bientôt Noël et je vais proposer un texte qui est radicalement différent de ceux que je propose régulièrement dans mon blog. Il concerne Noël, une façon de le fêter, c'est peut-être autobiographique. Peu importe finalement.

Mon frère et moi sommes dans le hall de l'appartement, à la porte du salon, à attendre, le cœur haletant et les yeux brillants, l'ouverture du Saint des Saints.

Ce moment tant attendu ne survenait pas sans une longue attente et une minutieuse préparation.

Tout commençait par un calendrier rituellement suspendu au-dessus du lit. Chaque jour c'était la joie d'ouvrir une nouvelle fenêtre contenant une petite image: bougie ou décoration de Noël. Dieu qu'il était difficile de résister à l'envie d'ouvrir la plus grande, celle du 24, qui devait renfermer à elle seule tout le mystère de Noël.

Ensuite il y avait, avec ma mère, des visites discrètes, mais ciblées, dans les magasins pour permettre à mes parents de trouver LE cadeau qui allait combler tous mes vœux. Je me rappelle notamment de ce camion avec ses larges roues et sa remorque transportant une grue. Ah que je l'ai voulu ce camion !

Mais le chemin vers Noël n'était pas toujours de tout repos. Il me revient cette scène se déroulant dans un grand magasin: une estrade, dessus un gros bonhomme tout habillé de rouge. Je fais la queue, impatient d'aller vers lui. Tout semble bien se passer pour les autres enfants. Mais lorsque ce géant caché derrière une barbe blanche, avec sa voix grave, osa d'autorité m'empoigner et me poser sur ses genoux, il provoqua en moi une véritable terreur. J'ai hoqueté jusqu'à ce qu'il me relâche et me laisse courir vers ma mère. Heureusement, mon frère plus âgé que moi de 3 ans, a rapidement mis un terme aux maléfices du Père Noël en me révélant, sans ambages, qu'il n'existait pas et qu'il n'était qu'une invention des grandes personnes.

Ce fut à la fois un soulagement et une grande déception de constater que mes parents pouvaient me mentir avec tant d'aplomb.

Enfin, après un temps qui semblait durer une éternité, c'était LE grand jour. Le jour de l'ouverture de cette fameuse 24ème porte. Et même s'il fallait encore patienter jusqu'au soir, ça y était, le moment tant espéré était là, à portée de main. Ma journée se déroulait dans la fièvre, alors que je faisais semblant d'être raisonnable.

Ce soir-là, la grand-tante de Berne était invitée. Je ne l'ai jamais connue qu'âgée, même si elle ne l'était pas tant qu'elle ne l'apparaissait à mes yeux d'enfant. Une petite dame légèrement voûtée, avec une bonté lumineuse sur le visage, sous un chignon uniformément blanc. Mais à certains moments, ce visage pouvait aussi laisser transparaître tout le puritanisme d'une religion vécue dans la Foi et la peur. Si elle avait été catholique, elle serait sans doute entrée dans les Ordres, tant elle était pieuse. Mais étant protestante, elle a finalement vécu une vie digne d'une religieuse, tout en la menant dans le monde profane. Elle ne venait jamais les mains vides et étant une pâtissière exceptionnelle, amenait toujours avec elle des spécialités bernoises dont nous raffolions.

Lorsque tout le monde était prêt, nous étions, mon frère et moi, éloignés temporairement de la porte du salon pendant que l'un de nos parents s'y glissait pour allumer toutes les bougies du sapin.

Cette fois était la bonne et la porte du salon s'ouvrait enfin sur la scène absolument féerique de ce grand sapin croulant sous les guirlandes et les boules multicolores et dont seule la flamme des bougies illuminait la pièce d'une lueur magique.

Maintenant, bien que l'attente se poursuivit jusqu'à la fin du repas et la traditionnelle récitation d'une poésie, moment vécu comme un ultime supplice sur le chemin de la Félicité, nous pouvions, mon frère et moi, supporter ces quelques heures qui nous séparaient encore de l'ouverture des cadeaux sagement disposés sous le sapin.

Leur ouverture, lorsqu'elle survenait enfin, ressemblait au repas des grands fauves. Tout devait aller le plus vite possible et après avoir tout ouvert et jonché le sol des beaux papiers d'emballage, nous passions le reste de la soirée à jouer avec les ficelles et  les cartons.

20:30 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : un souvenir de noël | |  Facebook

08/12/2011

Entre la peste et le choléra

Ce qui était à craindre (voir mon billet "Va-t-on vraiment vers la démocratie") est en train de se dérouler sous nos yeux, le printemps arabe amène au pouvoir les islamistes que les dictateurs tunisiens, égyptiens, libyens avaient tenu à l'écart.

Nos gouvernements ont cautionné, en son temps, ces dictateurs pour des raisons de real politique. Aujourd'hui, face à la révolte légitime de ces peuples opprimés et martyrisés par des régimes iniques, ces mêmes gouvernements ont retourné leur veste et soutenu la révolte de la rue. Y compris par des moyens militaires considérables dans le cas libyen.

Nous avons tous suivi ces événements dramatiques et avions tous l'espoir que ces révoltes déboucheraient sur une véritable démocratisation de ces pays. Hélas, ces pays ont répondu à une autre logique et les islamistes étant les seules formations structurées et prêtes à revendiquer le pouvoir après 20 ou 30 années de dictature ont connu les succès électoraux que l'on connaît. Et ces mouvements islamistes, souvent avec l'argent saoudien toujours prêt à encourager le développement d'un Islam conquérant et militant, ont su tisser un filet social nécessaire face à des régimes fondamentalement producteurs d'injustices.

Un des derniers dictateurs encore en place se trouve en Syrie et là aussi, nous savons que la rue réclame sa démission en appelant à la démocratie. Mais il y a fort à parier que si le gouvernement de Bachar el-Assad devait tomber, il serait remplacé par des islamistes comme dans tous les autres pays arabes récemment «libérés». Et, poursuivant sur leur lancée «vertueuse», nos gouvernements font pression sur le régime syrien pour le pousser vers la porte. Israël et l'Europe, le monde même, se trouveraient alors confrontés à une toute nouvelle réalité, remplie d'incertitudes.

Mais force est de reconnaître que le soutien de nos Etats à des dictateurs créant des Sociétés socialement fondamentalement injustes et l'intransigeance politique extrême d'Israël ont fait le lit des Islamistes.

Le remplacement des dictateurs politiques par des dictateurs religieux est évidemment une perspective cauchemardesque pour nos démocraties et pour Israël. Et seul l'avenir nous dira si ce cauchemar deviendra réalité.