28/11/2011

Sourds aux prophètes

C'est malheureusement une vieille chanson qui veut que les meilleur(e)s d'entre nous nous préviennent des dangers et que leur voix, sauf rare exception soit systématiquement ignorée. Et lorsqu'elle l'est, au mieux, elle devient un dogme et on passe les 2'000 années suivantes à se chamailler comme des chiffonniers sur chaque mot et chaque virgule.

J'ai déjà écrit sur ce sujet («Il nous manque un homme providentiel») et comme je viens de lire un texte («Le pèlerinage aux sources») de Lanza del Vasto, écrit en 1937 lors d'un voyage à Ceylan (ex Sri Lanka) et en Inde auprès de Gandhi, qui résonne assez bien, je trouve, avec ce que nous vivons en ce moment, cette domination implacable de l'homme par l'homme à travers un «système» de plus en plus effréné et inhumain, j'ai eu envie de le partager avec vous.

Chacun pourra actualiser ce texte à loisir, et les adaptations à notre temps et à la mondialisation sont fort faciles:

«Si les gens d'aujourd'hui ne sont pas convaincus du caractère fâcheux d'un système qui les a menés de crise en krach, de faillite en révolte, de révolution en conflagration; qui gâte la paix, la rend affairée et soucieuse; qui fait de la guerre un cataclysme universel, presque aussi désastreux pour les vainqueurs que pour les vaincus; qui ôte son sens à la vie et sa valeur à l'effort; qui consomme l'enlaidissement du monde et l'abrutissement du peuple; si les gens d'aujourd'hui accusent n'importe qui des grands maux qui les accablent, en attribuant la cause à n'importe quoi plutôt qu'au développement de la machine, c'est qu'il n'est pas de sourd mieux bouché que celui qui ne veut rien entendre.

Il faut que la puérile admiration pour les brillants jouets qui les amusent, il faut que l'exaltation fanatique pour l'idole qu'ils se sont forgée, et à laquelle ils sont prêts à sacrifier leurs enfants, leur ait tourné la tête et fermé les yeux à l'évidence pour qu'ils continuent d'espérer du progrès indéfini de la machine, l'avènement d'un âge d'or.

Ne parlons pas des bouleversements que le progrès des machines fait sans cesse subir aux institutions humaines, parlons seulement des avantages par lesquels elles allèchent le sot.

Elles épargnent du temps, elles épargnent des peines, elles produisent l'abondance, elles multiplient les échanges et amènent un contact plus intime entre les peuples, elles finiront par assurer à tous les hommes un loisir perpétuel, dit-on.

S'il est vrai qu'elles épargnent du temps, comment se fait-il que dans les pays où les machines règnent, on ne rencontre que des gens pressés et qui n'ont jamais le temps ? Alors que dans ceux où l'homme fait tout de ses mains, il trouve le temps de tout faire et du temps en outre, autant qu'il en veut, pour ne rien faire.

S'il est vrai qu'elles épargnent de la peine, pourquoi tout le monde se montre-t-il affairé là où elles règnent, attelé à des tâches ingrates, fragmentées, précipitées par le mouvement des machines, à des travaux qui usent l'homme, l'étriquent, l'affolent et l'ennuyent ? Cette épargne de peine, en vaut-elle la peine ?

S'il est vrai qu'elles produisent l'abondance, comment se fait-il que là où elles règnent, règne aussi, dans tel quartier bien caché, la misère la plus atroce et la plus étrange ? Comment, si elles produisent l'abondance, ne peuvent-elles produire la satisfaction ? La surproduction et le chômage ont logiquement accompagné le progrès des machines, tant qu'on n'a pas fait une guerre, trouvé un trou pour y jeter le trop-plein.

S'il est vrai qu'elles ont multiplié les échanges et rendu les contacts plus intimes entre les peuples, il ne faut pas s'étonner que lesdits peuples en éprouvent les uns pour les autres, une irritation sans précédents.

[...]

A dire vrai, l'homme a besoin du travail plus encore que du salaire. [...] Car le but du travail n'est pas tant de faire des objets que de faire des hommes. L'homme se fait en faisant quelque chose.

[...]

Mais pour que le travail même, et non le payement seul, profite à l'homme il faut que ce soit un travail humain, un travail où l'homme entier soit engagé: son corps, son cœur, son intellect, son goût. L'artisan qui façonne un objet, le polit, le décore, le vend, l'approprie aux désirs de celui à qui il le destine, accomplit un travail humain. Le paysan qui donne vie aux champs et fait prospérer le bétail par une œuvre accordée aux saisons, mène à bien une tâche d'homme libre. Tandis que l'ouvrier enchaîné au travail à la chaîne, qui de seconde en seconde répète le même geste à la vitesse dictée par la machine, s'émiette en un travail sans but pour lui, sans fin, sans goût ni sens. Le temps qu'il y passe est temps perdu, vendu: il vend non son œuvre mais le temps de sa vie. Il vend ce qu'un homme libre ne vend pas: sa vie. C'est un esclave».

 

Heureux ceux qui, dans cette économie mondialisée, peuvent encore revendiquer leur plein statut d'Homme libre ?

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24/11/2011

Le (bientôt) vrai prix du nucléaire

Intéressante information (ou utile rappel) communiquée aujourd'hui par l'Office fédéral de l'énergie, «la désaffectation des centrales nucléaires en Suisse, devrait coûter au moins 20,65 milliards de francs pour les cinq centrales», soit 10% de plus qu'annoncé précédemment.

Plus de 20 milliards (!) et cela ne concerne QUE la Suisse.

A noter encore que ces coûts ne concernent que «la phase qui suit immédiatement (c'est moi qui souligne) la mise hors service ainsi que la désaffectation de l'installation et la gestion des déchets radioactifs». Et ne concernent donc pas, j'insiste lourdement, les coûts à TRES long terme, de surveillance des sites d'entreposage des déchets radioactifs, sites qu'il faudra surveiller pendant des centaines, voire des milliers d'années, ce qui dépasse de toute façon l'entendement humain.

Leur financement est assuré par «deux fonds indépendants financés par les exploitants», précise l'OFEN. Ce que cette agence omet pudiquement de préciser ici est que ces 2 fonds sont à peu près vides, puisqu'ils ne contiennent qu'un peu plus de 4 milliards de CHF. On est donc très loin du compte. Et je trouve que c'est là un véritable scandale. Un de plus.

Au vu de l'expérience que l'on a de ce genre de dossiers, j'en conclus 2-3 choses:

  • une fois de plus l'Etat se met à plat ventre devant l'économie privée en n'osant pas exiger de cette dernière d'assumer en temps et en heure, la totalité de ses responsabilités
  • le prix soi-disant bas du kwh nucléaire est une arnaque car il ne correspond pas au coût réel de l'énergie nucléaire (cela fait longtemps que de nombreuses voix dénoncent cette manipulation de l'opinion publique)
  • il est urgentissime que l'Etat récupère la différence entre le coût réel et le montant qui a été collecté jusqu'à présent.

Le jour où il s'agira de démanteler les centrales, la question se posera, en effet, de savoir qui paiera vraiment ces coûts. Si le coût supplémentaire (différence entre le montant placé dans ces fonds et le coût réel du démantèlement) devait n'être que de 2-3 milliards de francs, nous (nous les citoyens contribuables) pourrions encore espérer voir la couleur de cet argent. Mais si la différence est de 20 milliards (ou plus), je suis prêt à parier gros que l'économie privée fera ce qu'elle sait très bien faire dans ce genre de situation: elle se déclarera en faillite et l'Etat, c'est-à-dire NOUS, devra assumer la totalité des coûts. En résumé: les électriciens se seront fait une fortune colossale pendant 30-40 ans et nous devrons payer pour le démantèlement. Une nouvelle version, une de plus, de ce que l'on appelle à très juste titre «la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes».

J'ai déjà écrit sur le sujet du nucléaire dans 2 billets («Sortir du nucléaire» et «Qui paye(ra) pour Tchernobyl»). J'y explique plus ou moins mon sentiment à ce sujet et je posais quelques questions basiques sur un sujet complexe. Puisque nous sommes rentrés dans ce système pervers il y a plus de 30 ans, avec l'assurance que la science allait trouver la solution technologique pour retraiter les déchets, ce qui n'est toujours pas le cas comme chacun sait, et qu'aucun investissement n'a été engagé dans des énergies plus propres mais sans doute moins juteuses pour les propriétaires, il va falloir sortir avec intelligence de ce guêpier car il n'y a pas de solution simple.

Mais je suis, une fois de plus, scandalisé par la légèreté ou l'inconséquence ou la complicité de nos Etats avec l'économie privée. Quand donc aurons-nous le courage politique de mettre en place des Etats qui exerceront véritablement leur pouvoir et cesseront de se faire danser sur le ventre par une minuscule «élite» (peut-on vraiment appeler «élite» des êtres qui utilisent leur intelligence, la chance qu'ils ont eue de naître dans la bonne famille, de faire de bonnes études dans les meilleures universités pour manipuler à leur guise le reste de la population ?) de requins prêts à tout pour s'enrichir sur le dos de l'immense majorité de la population, honnête et laborieuse.

Ce scandale (la domination de l'immense majorité de la population par une minuscule frange de prédateurs) qui dure depuis toujours et qui est en train, dans sa version moderne, de nous mener au bord d'une des pires crises économiques de l'histoire de l'Humanité doit cesser. Si nos gouvernants continuent de se limiter à faire de beaux discours et à se montrer incapables de reprendre le pouvoir, des lendemains très douloureux s'annoncent pour tout le monde.

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17/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (3)

Il est toujours plus facile de critiquer un système que de le réformer. C'est bien connu et c'est exactement ce que je fais ici, même si je pense que depuis que j'ai initié ce blog, j'ai proposé de nombreuses réponses à de nombreuses questions.

Alors "comment faire pour sortir du capitalisme?", c'est la question que me pose Androïde.

La première difficulté est que tous les autres systèmes qui ont été expérimentés ont été au moins aussi totalitaires et dictatoriaux que le capitalisme triomphant.

Même si le capitalisme, dans sa version actuelle, n'a pas encore révélé toutes ses potentialités à devenir la nouvelle tyrannie, son potentiel à le devenir est tout simplement stupéfiant et n'a sans doute jamais été égalé dans l'histoire de l'Humanité. Non seulement il est tyrannique par définition, mais en plus il peut profiter de toutes les avancées technologiques à sa disposition.

Si l'on veut dresser un tableau apocalyptique de la situation, on peut relever les points suivants :

  • concentration, je me répète, de plus en plus étroite des pouvoirs et des richesses entre un nombre de plus en plus restreint d'individus et d'entreprises,
  • lobbyisme intense: on considère qu'à Washington, 100'000 (oui, une ville de la taille de Winterthur) personnes travaillent à faire du lobbyisme auprès des représentants au Congrès. Ils sont spécialistes (il y a aussi des secrétaires, etc..) dans tous les domaines et ont de l'argent à profusion, des connaissances techniques hyper pointues dans leurs domaines respectifs, largement supérieures à celles des membres du Congrès qu'ils sont chargés de convaincre ou d'épauler dans les différentes commissions (ne nous leurrons pas, il se passe exactement la même chose à Bruxelles, à Paris ou à Berne),
  • les think tanks de droite sont abondamment dotés en financement et sont payés pour produire des idées, fallacieuses pour la plupart,
  • ceux qui détiennent le pouvoir économique ont les moyens d'«acheter» littéralement n'importe qui et ne s'en privent pas. Entre les lobbyistes, les membres des think tanks, des (pseudo-)journalistes peu scrupuleux, des spin doctors, des boîtes de public relations, ils détiennent tous les leviers afin de formater, de manipuler et de mettre en boîte n'importe quelle information, y compris la plus biaisée, en lui donnant l'apparence d'une information neutre et objective, issue d'une rédaction (journal, télévision, etc..) indépendante de toute pression,
  • pulvérisation de la solidarité entre travailleurs par les méthodes déjà évoquées dans les 2 billets précédents,
  • une agriculture qui marche sur la tête,
  • savant entretien de la pauvreté et de la pénurie dans les pays du tiers-monde, là où le pillage des ressources naturelles et la spéculation insensée et abjecte sur les produits de première nécessité et le soutien à des gouvernements corrompus obligent des millions d'habitants à tenter l'immigration dans nos pays, à un coût social, culturel et humain de plus en plus insupportable
  • société du spectacle omniprésente capable de participer à la manipulation des foules fatiguées et stressées par la compétition permanente qui lui/nous est imposée,
  • lorsque l'un d'entre nous «tombe», le «gentil» système (assurances maladie/sécurité sociale + pharmas) vient à notre «secours» en distribuant gratuitement (façon de parler) force neuroleptiques et autres camisoles chimiques, propres à nous rendre définitivement passifs et aliénés (ce qui est double bénéfice pour les pharmas), ce qui me fait m'interroger, certains jours, sur les «bienfaits» d'un accès garanti et facilité au système de (pseudo)santé,
  • les quelques «phares» de l'Humanité, comme Jean Ziegler, sont traînés devant les Tribunaux car ils osent dire certaines vérités, alors que les oligarques qui organisent l'aliénation de l'Humanité et devraient comparaître devant les Tribunaux pour crimes contre l'Humanité reçoivent tous les honneurs et toutes les récompenses.

Je m'arrêterai là.

Alors "comment faire pour sortir du capitalisme?"

Le problème n'est pas le capitalisme, ou le socialisme ou le communisme. Le problème c'est l'homme. Le problème est dissimulé en l'homme. C'est cette force de compétition, ce besoin forcené de reconnaissance, ce désir viscéral d'être au-dessus des autres, meilleur, plus beau, plus grand, plus riche, avec un plus grand zizi, une plus belle voiture, un plus gros yacht.

Regardez les rues de nos villes, regardez la comédie humaine qui se joue tous les jours sous nos yeux: partout, du bas en haut de l'échelle sociale on retrouve cette vanité, ce besoin inextinguible de se démarquer des autres, ce besoin d'écraser celui que l'on ressent comme plus faible que soi (ses employés, sa femme ou son chien). Ce n'est pas l'esprit de solidarité qui domine la plupart du temps dans le cœur des êtres humains, c'est la compétition et l'égoïsme. Nous avons donc tous une part de responsabilité dans ce qui nous arrive aujourd'hui, même s'il est évident que plus l'on monte dans la pyramide, plus grande est notre responsabilité.

Ce n'est pas un énième système politique qui changera les choses. Ce énième système échouera comme tous les autres. Le communisme a essayé de «rééduquer» l'être humain, on a vu comment tout cela s'est terminé. Pourquoi un nouveau système parviendrait-il à changer l'homme, là où tous les autres ont échoué ?

Non, il faudrait une sorte d'immense prise de conscience collective, il faudrait que chacun d'entre nous vive son propre «Chemin de Damas», comme celui qui allait devenir St Paul, peu après la mort du Christ. Seule une transformation de nos consciences et de nos cœurs parviendra à changer le destin de l'Humanité. Pas un système politique, quel qu'il soit.

Et là je sais que je nage en pleine utopie. En attendant, essayons de faire ce que nous pouvons, là où nous le pouvons, afin de résister à ce système pervers et aliénant en ne comptant pas sur la classe politique, elle-même aliénée. Si tous, nous arrêtions d'acheter les produits des grandes entreprises les plus dangereuses, les plus perverses et aliénantes, ce système arrogant pourrait s'effondrer en un rien de temps. Résistons également aux faux prophètes, à tous ceux qui font profession de nous manipuler d'une façon ou d'une autre. Ce serait un début. Une prise de conscience salutaire. Peut-être la perspective de cette impasse sera-t-elle l'occasion de ce bouleversement des consciences ? C'est notre plus grand (et seul ?) espoir.

15/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (2)

Mme Merkel vient de dire que "l'Europe traverse sa pire crise depuis 1945". Et on peut bien évidemment dire exactement la même chose des Etats-Unis.

Alors, est-ce le fruit du hasard ou de la malchance ou d'une malédiction plus ou moins divine ?

Non, c'est le résultat exact, mathématique, économique autant que sociologique de plus de 20 années de dérégulation: de l'économie, de la protection de l'environnement, de la protection des travailleurs, de la morale (comme évoqué dans le billet précédent). Nous sommes arrivés au stade où nos Sociétés sont sur le point de basculer vers l'abîme. Je crois, je veux croire, que nous avons encore le choix, même si ce choix est essentiellement entre les mains d'une petite poignée d'oligarques qui tiennent à leurs privilèges par-dessus tout.

L'histoire n'est qu'une succession de conflits où la défense des intérêts des puissants était déguisée en intérêt national, patriotique, afin d'entraîner l'adhésion des sans grades à la défense de leurs intérêts. Combien d'hommes, de femmes et d'enfants, en Europe, en Asie, ou ailleurs sont morts pour défendre l'intérêt étroit d'empereurs, de rois, de princes, de ducs, de  comtes, de seigneurs ou de potentats locaux. Même l'Eglise a utilisé la manipulation des consciences pour parvenir à des fins de puissance séculière.

Et lorsque les intérêts de ces puissants étaient vraiment menacés, eh bien on n'a pas hésité à utiliser les grands moyens, y compris au 20ème siècle: Franco en Espagne a été le bras armé de ceux qui défendaient leurs privilèges. Idem pour Pinochet au Chili. Et Hitler a eu, au moins au début, la bienveillance de ceux qui le voyaient comme le meilleur rempart au bolchévisme.

Aujourd'hui, ces mêmes forces, ont déguisé leurs paroles en tenant un discours de propagande en faveur de la "liberté d'entreprendre", liberté savamment confondue avec la liberté tout court. Nous tous, ou presque, avons foncé dans ce piège, tout cela pour nous apercevoir, mais un peu tard, que nous étions devenus les jouets d'une nouvelle aliénation: fruit de l'hyper individualisme, de l'égoïsme décomplexé, du refus de la solidarité sociale, de la mise en compétition de travailleurs vivant dans des univers sociaux, culturels et économiques diamétralement opposés. Tout cela a créé une situation insupportable pour beaucoup et potentiellement explosive, car ceux qui, en Occident, profitent encore du système, sont de moins en moins nombreux.

Les anciens seigneurs féodaux ont été remplacés par les membres des conseils d'administration des grandes sociétés multinationales. Les nouveaux seigneurs portent costume/cravate, sont anonymes, voyagent en jet privé, et tutoient la classe politique qu'ils considèrent comme étant à leur service.

Le but de ces nouveaux seigneurs, ceux qui détiennent une grande partie des clés de notre avenir commun à travers les choix d'investissement qu'ils feront et ne feront pas, n'est pas d'améliorer notre environnement social, ni de favoriser la protection de l'environnement. Leur but est de continuer de s'enrichir et de concentrer les pouvoirs. Quel qu'en soit le coût social et environnemental. C'est pourquoi ils nous mènent à cette impasse totale, sur tous les plans, car les intérêts égoïstes de quelques-uns ne peuvent en aucun cas représenter des forces positives, des forces de vie, des forces au service de ce que l'on appelle communément la "vie", même si on ignore son essence profonde, ou qu'on l'affuble de noms divers et variés.

Le but d'une pharma n'est pas de guérir, son but est de vendre de plus en plus de médicaments. Le but d'un cigarettier est de vendre de plus en plus de cigarettes, Celui d'un fournisseur d'électricité..., y compris d'origine nucléaire. Etc.., etc..

C'est un étrange aspect de cette force de vie: quel que soit le système, que l'on parle d'une plante, d'un animal, d'un être humain ou d'une entreprise, une fois «en vie», il/elle va faire tout ce qui est en son pouvoir pour vivre, grandir, se développer y compris au détriment de ses voisins. Un animal prédateur n'a aucun état d'âme lorsqu'il attaque puis dévore sa proie. Au fond, une entreprise ne se comporte pas autrement.

Il n'y a que lorsque l'humain intègre une dimension supérieure, la liberté de conscience apportée par l'Amour qu'il peut surmonter les pulsions de mort qui font apparemment partie de la vie.

14/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (1)

J'ai longuement décrit ce que je pense du système politico-économique dans lequel nous vivons, et ses dérapages spectaculaires depuis la fin de l'empire soviétique. L'effondrement du communisme, de sa surpuissante armée et des sortes de métastases du communisme que représentaient les partis communistes et certains syndicats au cœur même de nos démocraties, a été un tournant historique qui a mis fin à 30 années magiques sur le plan économique pour nos sociétés occidentales (appelées, assez justement, les «30 glorieuses»).

Aujourd'hui, beaucoup s'interrogent. Heureusement.

J'ai entendu le philosophe Dany Robert Dufour dire en résumé, que l'on n'avait pas seulement dérégulé l'économie, mais également «dérégulé la morale». C'est effectivement un des grands pièges proposés par les tenants du système néo-libéral à travers un message sous-jacent, je cite encore M. Dufour : «jouissez, on s'occupe du reste», le «reste» étant bien évidemment le verrouillage total du système politico-économique au profit d'une caste minuscule (le «on»). Nous voyons cela tous les jours (version moderne du fameux «panem et circenses») dans la façon, entre mille autres exemples, dont la société du spectacle s'occupe de nous distraire, de mille façons également, en nous détournant de notre responsabilité de prendre notre destin en main. Je suis littéralement horrifié, par exemple, par le «modèle» décadent et pervers proposé à nos enfants, filles et garçons, à travers des artistes certes doué(e)s, la plupart du temps, mais qui poussent la provocation, la décadence et l'érotisation de leurs prestations de plus ou plus loin.

Jusqu'à présent, et je me suis souvent exprimé sur ce point dans ce blog à travers un grand nombre de billets, je pensais que les concepteurs du néo-libéralisme avaient certes une haine profonde des «gauchistes» et des pauvres, de tous ceux qui les avaient obligés à partager leurs précieuses richesses pendant ces 30 années de parenthèses dans l'interminable histoire des monstruosités commises par l'homme contre les autres hommes. Qu'ils avaient décidé d'y mettre bon ordre et avaient pour cela inventé le concept de «révolution conservatrice» (voir entre autres le billet «Le (non) sens des responsabilités du secteur privé»). Qu'ils avaient décidé de «briser la nuque» des syndicats, des pauvres et des classes moyennes en délocalisant la production des biens matériels vers des pays du tiers-monde, afin d'instaurer la précarité, la division («diviser pour régner»), la concurrence, la précarité dans nos sociétés par trop vindicatives et revendicatrices. Mais je pensais que la crise qui sévit depuis 2007-2008 était le fait d'un dérapage imprévu, que personne n'avait pu avoir l'esprit suffisamment pervers pour avoir sciemment orchestré un scénario du pire aussi catastrophique.

Las, selon certains penseurs, cette situation est délibérée. Ce n'est pas un dérapage. Le but du néo-libéralisme était, dès le début, de ramener la masse des citoyens de nos sociétés occidentales au même niveau de vie et d'absence de protection sociale que les sociétés du tiers-monde. En clair, de recréer une société féodale.

Cette vision est terrifiante quant à ses conséquences et éclaire d'une lumière encore plus glauque les événements tragiques que traversent nos pays. Par contre elle explique beaucoup mieux l'enchaînement des décisions politiques et économiques depuis le lendemain (au sens littéral du mot) de la chute du mur de Berlin. Cela donne le vertige de penser ainsi mais tout devient plus clair.

La suite dans un prochain billet.

11/11/2011

Les «Marchés», ces nouveaux dictateurs

Nos pays subissent de nouvelles attaques, violentes, des fameux «Marchés» depuis quelques mois, au point que déjà deux gouvernements sont tombés, en Grèce et en Italie. Là où l'indignation populaire a malheureusement échoué à faire partir les gouvernements en place, il a suffi que les agences de notation abaissent la note de certains pays et que quelques manipulations bien senties soient opérées sur les taux d'intérêt pour réussir une sorte de «coup d'état»: faire démissionner des gouvernements démocratiquement élus.

C'est une vraie question qui se pose ici car quelle est la légitimité des acteurs du «Marché» pour faire tomber des gouvernements ?

Premièrement, nous autres citoyens lambda, aurions aimé que ces agences de notation soient aussi exigeantes avec les banques dans les années qui ont précédé la crise des subprimes. Or non seulement elles n'ont pas fait preuve de vigilance avec celles qui prenaient des risques insensés, mais encore sont-elles soupçonnées d'avoir couvert certains agissements.

Deuxièmement, ces fiers redresseurs de tort qui mettent nos pays socialement à feu et à sang (abaisser la note d'un pays c'est faire augmenter les taux d'intérêt auxquels un pays peut emprunter de l'argent et c'est donc le pousser à appliquer de cruels plans d'austérité qui frappent durement les plus fragiles d'entre nous), oublient à la vitesse de l'éclair que si les Etats sont endettés à des hauteurs stratosphériques, ce n'est pas uniquement parce que nos pays vivaient depuis longtemps au-dessus de leurs moyens, mais aussi parce qu'ils sont venus au secours des banques qui menaçaient de tout emporter dans leur chute. Chacun sait cela.

Cette arrogance est vraiment inacceptable. Et il est triste de constater que tous nos gouvernements se plient docilement au dictat de ces quelques soi-disant «experts» qui imposent une forme de dictature sur le fonctionnement de nos Etats, avec toutes les conséquences sociales qui en découleront forcément.

L'économie privée qui est cause de tous nos maux actuels avec sa façon de tout exiger de l'Etat (infrastructures optimales, baisses d'impôts, niveau élevé de l'enseignement, prise en charge des salariés licenciés, service de santé de première classe, etc, etc..) et de ne rien vouloir partager de ses gigantesques profits n'est jamais sanctionnée pour ses comportements antisociaux par les «Marchés». Bien au contraire: plus une entreprise se comportera de manière prédatrice et antisociale et plus elle sera récompensée. Alors que lorsqu'un Etat assume ses responsabilités sociales, il est cruellement sanctionné. Nous marchons donc sur la tête pour le plus grand profit d'une poignée d'individus.

Ces nouveaux dictateurs jouent un jeu politique et économique extrêmement dangereux et socialement totalement irresponsable.

Quand donc les «Autorités» politiques se décideront-elles à remettre de l'ordre dans cette chienlit qui gangrène la vie politique, économique et sociale à l'échelle planétaire ?

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02/11/2011

Vivement un siècle des Lumières

L'aveuglement, l'obscurantisme, cette façon très particulière qu'a l'être humain de s'identifier à tel point à une cause qu'il en perd toute forme d'intelligence pour n'être plus qu'un être prêt à frapper tous ceux qui ne sont pas d'accord avec sa supposée vérité, a encore frappé.

On a pu entendre, heureusement, quelques représentants d'un Islam qui se veut modéré, venir condamner l'attentat contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo. C'est heureux. Malheureusement, dans la bouche de certains il y avait un «mais» qui parlait des convictions profondes de certains qui avaient été heurtées. Et de nous expliquer les divers aspects du blasphème dans cette religion.

Ce qui me chagrine justement, est que l'on peut lui faire dire à peu près n'importe quoi. Selon les jours, selon l'interlocuteur, selon les circonstances, on nous parlera soit d'une religion de paix, soit l'on exaltera le fanatisme pour pousser à la guerre sainte, aux attentats, aux bombes humaines et que sais-je encore. Tout cela à partir des mêmes textes. Pour être une religion de paix, c'est néanmoins, depuis 50 ans, la religion au nom de laquelle le plus de crimes auront été commis. Et le message lancé en même temps que les 2 cocktails Molotov (c'est l'état des connaissances sur cette affaire à l'heure où j'écris) est clair: "Tremblez tous ceux qui faites usage de votre liberté de penser, nous ferons régner la terreur, au besoin, pour vous faire taire".

La deuxième chose qui me chagrine est cette notion de blasphème. Qu'un être humain puisse s'arroger le droit de décider ce qu'est un blasphème et ce qui ne l'est pas est le signe d'un orgueil parfaitement aveuglant. Qui sommes-nous pour discriminer ainsi et condamner à mort celui qui sera considéré comme ayant blasphémé ? Le blasphème, si blasphème il devait y avoir, est une chose qui ne regarde que Dieu et/ou ses Saints et la personne qui a éventuellement blasphémé. Mais certainement pas des êtres ordinaires, le plus souvent incapables de vivre à la hauteur des exigences de leur propre religion, et vivant avec tous les aveuglements ordinaires.

Le christianisme, il y a fort longtemps heureusement, a connu les mêmes dérives et en a mené plus d'un au bûcher sous ce même prétexte. Depuis lors, et à cause même de ses excès, l'Occident a donné naissance au siècle des Lumières et à la science, reléguant la religion à une question privée ne regardant que Dieu et le croyant.

Croire que l'homme peut faire justice lui-même, au nom de Dieu, est aberrant et le signe d'un obscurantisme moyenâgeux. Car en définitive, c'est à Dieu et à LUI SEUL, de reconnaître les siens.

Il est urgent que l'Islam vive son siècle des Lumières.

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