24/11/2011

Le (bientôt) vrai prix du nucléaire

Intéressante information (ou utile rappel) communiquée aujourd'hui par l'Office fédéral de l'énergie, «la désaffectation des centrales nucléaires en Suisse, devrait coûter au moins 20,65 milliards de francs pour les cinq centrales», soit 10% de plus qu'annoncé précédemment.

Plus de 20 milliards (!) et cela ne concerne QUE la Suisse.

A noter encore que ces coûts ne concernent que «la phase qui suit immédiatement (c'est moi qui souligne) la mise hors service ainsi que la désaffectation de l'installation et la gestion des déchets radioactifs». Et ne concernent donc pas, j'insiste lourdement, les coûts à TRES long terme, de surveillance des sites d'entreposage des déchets radioactifs, sites qu'il faudra surveiller pendant des centaines, voire des milliers d'années, ce qui dépasse de toute façon l'entendement humain.

Leur financement est assuré par «deux fonds indépendants financés par les exploitants», précise l'OFEN. Ce que cette agence omet pudiquement de préciser ici est que ces 2 fonds sont à peu près vides, puisqu'ils ne contiennent qu'un peu plus de 4 milliards de CHF. On est donc très loin du compte. Et je trouve que c'est là un véritable scandale. Un de plus.

Au vu de l'expérience que l'on a de ce genre de dossiers, j'en conclus 2-3 choses:

  • une fois de plus l'Etat se met à plat ventre devant l'économie privée en n'osant pas exiger de cette dernière d'assumer en temps et en heure, la totalité de ses responsabilités
  • le prix soi-disant bas du kwh nucléaire est une arnaque car il ne correspond pas au coût réel de l'énergie nucléaire (cela fait longtemps que de nombreuses voix dénoncent cette manipulation de l'opinion publique)
  • il est urgentissime que l'Etat récupère la différence entre le coût réel et le montant qui a été collecté jusqu'à présent.

Le jour où il s'agira de démanteler les centrales, la question se posera, en effet, de savoir qui paiera vraiment ces coûts. Si le coût supplémentaire (différence entre le montant placé dans ces fonds et le coût réel du démantèlement) devait n'être que de 2-3 milliards de francs, nous (nous les citoyens contribuables) pourrions encore espérer voir la couleur de cet argent. Mais si la différence est de 20 milliards (ou plus), je suis prêt à parier gros que l'économie privée fera ce qu'elle sait très bien faire dans ce genre de situation: elle se déclarera en faillite et l'Etat, c'est-à-dire NOUS, devra assumer la totalité des coûts. En résumé: les électriciens se seront fait une fortune colossale pendant 30-40 ans et nous devrons payer pour le démantèlement. Une nouvelle version, une de plus, de ce que l'on appelle à très juste titre «la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes».

J'ai déjà écrit sur le sujet du nucléaire dans 2 billets («Sortir du nucléaire» et «Qui paye(ra) pour Tchernobyl»). J'y explique plus ou moins mon sentiment à ce sujet et je posais quelques questions basiques sur un sujet complexe. Puisque nous sommes rentrés dans ce système pervers il y a plus de 30 ans, avec l'assurance que la science allait trouver la solution technologique pour retraiter les déchets, ce qui n'est toujours pas le cas comme chacun sait, et qu'aucun investissement n'a été engagé dans des énergies plus propres mais sans doute moins juteuses pour les propriétaires, il va falloir sortir avec intelligence de ce guêpier car il n'y a pas de solution simple.

Mais je suis, une fois de plus, scandalisé par la légèreté ou l'inconséquence ou la complicité de nos Etats avec l'économie privée. Quand donc aurons-nous le courage politique de mettre en place des Etats qui exerceront véritablement leur pouvoir et cesseront de se faire danser sur le ventre par une minuscule «élite» (peut-on vraiment appeler «élite» des êtres qui utilisent leur intelligence, la chance qu'ils ont eue de naître dans la bonne famille, de faire de bonnes études dans les meilleures universités pour manipuler à leur guise le reste de la population ?) de requins prêts à tout pour s'enrichir sur le dos de l'immense majorité de la population, honnête et laborieuse.

Ce scandale (la domination de l'immense majorité de la population par une minuscule frange de prédateurs) qui dure depuis toujours et qui est en train, dans sa version moderne, de nous mener au bord d'une des pires crises économiques de l'histoire de l'Humanité doit cesser. Si nos gouvernants continuent de se limiter à faire de beaux discours et à se montrer incapables de reprendre le pouvoir, des lendemains très douloureux s'annoncent pour tout le monde.

20:59 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le (bientôt) vrai prix du nucléaire | |  Facebook

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