14/11/2011

Le néo-libéralisme nous mène à une impasse totale (1)

J'ai longuement décrit ce que je pense du système politico-économique dans lequel nous vivons, et ses dérapages spectaculaires depuis la fin de l'empire soviétique. L'effondrement du communisme, de sa surpuissante armée et des sortes de métastases du communisme que représentaient les partis communistes et certains syndicats au cœur même de nos démocraties, a été un tournant historique qui a mis fin à 30 années magiques sur le plan économique pour nos sociétés occidentales (appelées, assez justement, les «30 glorieuses»).

Aujourd'hui, beaucoup s'interrogent. Heureusement.

J'ai entendu le philosophe Dany Robert Dufour dire en résumé, que l'on n'avait pas seulement dérégulé l'économie, mais également «dérégulé la morale». C'est effectivement un des grands pièges proposés par les tenants du système néo-libéral à travers un message sous-jacent, je cite encore M. Dufour : «jouissez, on s'occupe du reste», le «reste» étant bien évidemment le verrouillage total du système politico-économique au profit d'une caste minuscule (le «on»). Nous voyons cela tous les jours (version moderne du fameux «panem et circenses») dans la façon, entre mille autres exemples, dont la société du spectacle s'occupe de nous distraire, de mille façons également, en nous détournant de notre responsabilité de prendre notre destin en main. Je suis littéralement horrifié, par exemple, par le «modèle» décadent et pervers proposé à nos enfants, filles et garçons, à travers des artistes certes doué(e)s, la plupart du temps, mais qui poussent la provocation, la décadence et l'érotisation de leurs prestations de plus ou plus loin.

Jusqu'à présent, et je me suis souvent exprimé sur ce point dans ce blog à travers un grand nombre de billets, je pensais que les concepteurs du néo-libéralisme avaient certes une haine profonde des «gauchistes» et des pauvres, de tous ceux qui les avaient obligés à partager leurs précieuses richesses pendant ces 30 années de parenthèses dans l'interminable histoire des monstruosités commises par l'homme contre les autres hommes. Qu'ils avaient décidé d'y mettre bon ordre et avaient pour cela inventé le concept de «révolution conservatrice» (voir entre autres le billet «Le (non) sens des responsabilités du secteur privé»). Qu'ils avaient décidé de «briser la nuque» des syndicats, des pauvres et des classes moyennes en délocalisant la production des biens matériels vers des pays du tiers-monde, afin d'instaurer la précarité, la division («diviser pour régner»), la concurrence, la précarité dans nos sociétés par trop vindicatives et revendicatrices. Mais je pensais que la crise qui sévit depuis 2007-2008 était le fait d'un dérapage imprévu, que personne n'avait pu avoir l'esprit suffisamment pervers pour avoir sciemment orchestré un scénario du pire aussi catastrophique.

Las, selon certains penseurs, cette situation est délibérée. Ce n'est pas un dérapage. Le but du néo-libéralisme était, dès le début, de ramener la masse des citoyens de nos sociétés occidentales au même niveau de vie et d'absence de protection sociale que les sociétés du tiers-monde. En clair, de recréer une société féodale.

Cette vision est terrifiante quant à ses conséquences et éclaire d'une lumière encore plus glauque les événements tragiques que traversent nos pays. Par contre elle explique beaucoup mieux l'enchaînement des décisions politiques et économiques depuis le lendemain (au sens littéral du mot) de la chute du mur de Berlin. Cela donne le vertige de penser ainsi mais tout devient plus clair.

La suite dans un prochain billet.

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