22/10/2011

On a les icônes que l'on se donne

Après le décès attendu de Steve Jobs, on a assisté aux scènes qui sont devenues habituelles, chaque fois qu'une personnalité appréciée du grand public, décède: des fleurs, des larmes, des messages sur la toile, la création d'une sorte de transe collective passablement irrationnelle.

On l'a vécu en son temps avec la Princesse Diana qui était certes une très jolie femme et qui a eu la bonté de serrer un ou deux enfants sidéens dans ses bras, mais méritait-elle les démonstrations  médiatiques et populaires qui ont entouré son décès dans les circonstances tragiques que tout le monde connaît ?

Plus récemment, ce furent des scènes tout aussi excessives après le décès de Michael Jackson. Alors, oui, il était un grand danseur et un musicien exceptionnel. Mais après ? En tant qu'icône, qu'avait-il à proposer ? Sa fin montre surtout une extrême souffrance, une immense solitude et certainement une perte de ses repères.

Concernant Steve Jobs, le «génie» qui a changé la vie de tant d'internautes (dixit certains témoignages), je viens d'entendre une émission sur la RSR1 («La pomme qui empoisonne les Chinois»), qui dénonce les terribles dégâts environnementaux causés par les usines Apple en Chine. Et le fait qu'Apple a longtemps refusé de coopérer. C'est la face cachée d'Apple.

Nous acclamons cet homme comme une sorte de Messie de la Toile alors qu'il a activement favorisé la création d'usines extrêmement polluantes en Chine, qui ont causé de graves troubles de la santé (jusqu'à des cancers) des habitants voisins de ses usines. Le Messie n'avait pas les mains vraiment propres.

C'est un des autres méfaits de la globalisation de l'économie: non seulement cela a eu pour effet de détruire le tissu industriel producteur de richesses dans nos pays, au profit des seuls actionnaires des entreprises ayant délocalisé, mais ces mêmes entreprises en ont profité pour produire non seulement à très bas prix, mais en violation flagrante et scandaleuse de toutes les Lois (non existantes dans ces pays émergents) de protection des travailleurs et de l'environnement.

L'économie mondialisée est une absurdité à tous points de vue: chaque jour des milliers de navires, sillonnent les mers du monde pour transporter les matières premières d'un coin à l'autre. Et autant qui transportent des biens de consommation d'un pays à l'autre, à la recherche du moindre coût :

  • Des animaux élevés en Europe pour profiter des subventions partent au Liban (par exemple) pour être équarris, avant de revenir en Europe pour y être vendus
  • Idem pour les crevettes pêchées ici, décortiquées là et revendues encore ailleurs
  • Et bien sûr tous les produits venant de l'usine du monde, la Chine, vendus en Occident.

Tout cela (les exemples pullulent) utilise des quantités monstrueuses de pétrole, une ressource que l'on sait limitée, et prouve encore plus l'absurdité du système. Pourra-t-on encore longtemps accepter un système qui:

  • Met en compétition des travailleurs vivant dans des époques différentes (nos entreprises profitent, en Chine, de conditions cadres qui existaient en Europe à l'époque de la Révolution industrielle, au milieu du 19ème siècle),
  • Détruit notre tissu industriel et, par là-même, va détruire tout ce que les grands combats syndicaux ont réussi à arracher aux tenants du capital (on voit à quel point le filet social est attaqué dans nos pays et est en passe d'être détruit dans les pays qui sont aux abois, comme la Grèce)
  • Détruit l'environnement en profitant de la soif de développement des pays du Tiers-Monde et de la cupidité inextinguible des potentats locaux

Si je reconnais que Steve Jobs avait un génie industriel qui lui était propre, je ne peux oublier la face sombre du personnage et de l'entreprise qu'il a créée.

20:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : on a les icônes que l'on se donne, steve jobs | |  Facebook

Commentaires

("Plus récemment, ce furent des scènes tout aussi excessives après le décès de Michael Jackson. Alors, oui, il était un grand danseur et un MUSICIEN exceptionnel"). MUSICIEN? EXCUSEZ MOI, MAIS IL N’ÉTAIT PAS MUSICIEN. CE N’ÉTAIT PAS LUI QUI JOUAIT DE LA MUSIQUE, NI EN CONCERT, NI EN STUDIO.

Écrit par : lola | 23/10/2011

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