19/08/2011

La sécurité à Genève: tout le monde en parle

Je suis pour la libre circulation, mais je suis contre la gangrène qui s'installe insidieusement dans cette ville. 

Concernant la qualité de la vie à Genève et le rayonnement international de cette ville, l'accélération des événements touchant à la sécurité des habitants donne une fâcheuse image de cette ville que nous aimons tant. Entre les agressions de personnes, l'explosion des vols avec/sans effraction, les «petites frappes» des banlieues françaises venant faire leurs emplettes à Genève, les joueurs de bonneteau, les coups de feu, les mendiants interdits mais qui continuent de mendier, les dealers qui occupent des lieux fréquentés et «travaillent» en toute impunité, la saleté dans les rues, les débarras sauvages, les campements sauvages sous les ponts et ailleurs, le dumping salarial en faveur des migrants et des frontaliers, tout cela donne une fâcheuse image de l'ouverture des frontières.

Dans leur hâte frénétique à l'enrichissement personnel et leur haine farouche de l'Etat-arbitre protecteur de l'environnement, des travailleurs, des consommateurs et d'une certaine éthique, nos brillants esprits néo-libéraux ont juste oublié que si l'Etat était par trop affaibli, il ne pourrait certes plus assumer son rôle d'arbitre et de régulateur, ce qui était leur but et est tout bénéfice pour les prédateurs en question, mais qu'il serait également trop affaibli pour assurer sa sécurité. Et la sécurité des honnêtes citoyens par la même occasion.

La comparaison qui suit vous paraîtra peut-être abusive, mais je suis personnellement convaincu que l'on peut tirer des parallèles entre une nation à travers le corps social qui le constitue et le microcosme que représente, en comparaison, un corps humain. Dans les 2 cas nous avons:

  • un gouvernement central: ici un exécutif, là un cerveau
  • des gouvernements régionaux: ce n'est pas parce que nous n'avons pas encore su identifier le siège du «gouvernement» de nos organes que celui-ci n'existe pas. On voit bien à quel point un organe sain a une identité qui fait qu'il se comporte de façon différente de tous les autres organes: un cœur est un cœur et ne se comporte jamais comme un rein ou un estomac, et cela dès les premières divisions cellulaires de l'embryon qui vont amener les premières cellules, toutes identiques, à se spécialiser, selon une modalité encore (à ma connaissance) totalement mystérieuse
  • un système de protection qui assure la sécurité: ici une armée et une police, là un système immunitaire qui s'assure en permanence que ce qui n'appartient pas au «soi» (bactérie, virus, etc..) ou qui dévie du «soi» (cellule ayant perdu son identité et devenant cancéreuse) est promptement détruit
  • une production de biens et de services: ici des usines et des entreprises diverses et variées, là des cellules qui travaillent 24/24 à produire des protéines, des hormones, des enzymes, des cellules de notre système immunitaire, etc...
  • un système de transport: d'un côté nos routes, autoroutes, aéroports et de l'autre notre système vasculaire et veineux, notre système lymphatique, qui apportent les nutriments et emportent les déchets (sans oublier qu'il y a même un système de transport à l'intérieur de chacune de nos cellules)

Je pourrais multiplier ces analogies presque à l'infini, mais ce n'est pas le but.

Ce que je souhaite juste montrer ici, c'est qu'un organisme humain est un ensemble cohérent et que ce qui rompt cette cohérence s'appelle «maladie». La maladie pouvant être plus ou moins sérieuse, depuis la simple inflammation locale jusqu'à celles qui emportent encore trop souvent la vie comme le cancer (voir mes billets "Quatre Suisses sur dix feront un cancer (1)" et suivants) et le sida.

Je ne vois pas de différence notable, si ce n'est l'échelle, entre un organisme humain et une nation  (voire même l'ensemble de la planète).

Aujourd'hui, nous, simples citoyens qui aspirons à vivre dans une ville correctement gérée y compris au plan de la sécurité, sommes pris en otage entre des forces irréconciliables:

  • d'un côté, les tenants du libéralisme effréné qui veulent affaiblir l'Etat par tous les moyens, y compris au prix de la sécurité de tous (à l'exception notable des USA qui se sont arrogés le rôle de gendarmes du monde avec leur armée surdimensionnée mais qui, avec leurs difficultés budgétaires, risquent de devoir revoir, drastiquement, leurs prétentions à la baisse)
  • de l'autre, les tenants de l'angélisme, vivants avec des utopies plein les mirettes

Le message sous-jacent systématique des tenants de l'angélisme est que ceux qui veulent s'attaquer aux problèmes sont des racistes et des xénophobes. Ce message répété jusqu'à l'absurde est suffisamment pernicieux pour parvenir à paralyser les âmes de bonne volonté qui auraient le désir de faire quelque chose. Cette incapacité à agir crée une situation qui deviendra de plus en plus difficile à vivre et peut-être même explosive, et cela partout en Occident.

Bien sûr, personne n'a envie des revivre les ignominies qui ont si profondément bouleversé l'Europe pendant la 2ème guerre mondiale et le racisme et la xénophobie doivent être combattus. Mais cela doit-il nous rendre aveugles aujourd'hui ?

Un Etat sans armée (ou une armée croupion comme l'armée suisse) et sans police (ou une police qui n'en a plus que le nom, passant le plus clair de son temps à effectuer des tâches administratives) c'est comme un corps humain sans système immunitaire. Et comment appelle-t-on cela dans le corps humain: le sida !

20:32 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sécurité à genève en question | |  Facebook

Commentaires

Et samedi, dans la TDG, on apprenait que "des bandes organisées menacent les employés des établissements [5 étoiles] et agressent les touristes. Une cellule de crise a été mise en place".

Et plus loin on lit: "La petite criminalité? Les hôteliers genevois connaissent bien. C'est une calamité avec laquelle ils doivent composer, tous les jours, depuis de nombreuses années. dernièrement, un mal plus destructeur a fait son nid à Genève: l'agression physique de touristes. Par qui? Des bandes organisées". Etc, etc...

C'est la première fois que j'entends parler de cette problématique. Mais si l'on ajoute cela à la cherté du franc suisse, on a une parfaite recette pour faire fuir les clients fortunés de Genève. Et cela s'ajoute à la liste de plus en plus longue des atteintes à la sécurité des biens et des personnes. Et vous avez bien lu, même si la situation se dégrade encore, ce phénomène a commencé il y a de "nombreuses années". Et visiblement, aucun début de solution n'a été trouvé. Le problème a sans doute été "pudiquement" caché sous la moquette, avec tous les autres.

Écrit par : Gérard Meyer | 21/08/2011

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