15/08/2011

Le futile pèse plus que l'essentiel

Avez-vous remarqué comme l'Humanité (il y a finalement peu de différences entre les peuples sur ces sujets) peut être formidablement efficace pour le développement de choses majoritairement futiles et illusoires et peine à développer des stratégies (méthodes, lois, technologies, etc..) qui, au sens propre du terme, seraient d'importance vitale.

Je me faisais une fois de plus cette réflexion l'autre jour, en voyant le développement extraordinaire et fulgurant des technologies de l'information et la lenteur affligeante des changements en faveur de la sauvegarde de l'environnement.

D'un côté, en quelques courtes décennies, on est passé de rien (littéralement) à un maillage incroyablement serré de réseaux terrestres, aériens, satellitaires même, permettant de transporter l'information, la voix et l'image. Plus une seule personne à la surface de cette planète ne peut, ni ne veut, vivre sans être dans la situation de pouvoir se connecter instantanément, par ordinateur ou téléphone portable interposés (etc..), à tout et parfois n'importe quoi.

Le discours officiel veut que ces nouvelles technologies permettent, comme jamais, d'accéder au savoir, comblent le fossé entre les gens et les communautés, permettent d'être en permanence connecté à ses proches, d'évoluer dans des réseaux sociaux et même de conduire et de réussir des Révolutions. Nous serions donc entrés dans un Monde féerique, où il suffirait de se connecter à la Toile pour être un génie baignant dans la félicité procurée par la présence réelle et virtuelle de sa famille et de ses amis.

La réalité est toutefois nettement plus prosaïque. On a beau avoir une foule d' «amis» sur Facebook on peut être aussi seul qu'avant l'invention de ces réseaux. L'accès au savoir est une réalité et est une bénédiction (même s'il est parfois bien difficile de séparer le bon grain de l'ivraie) mais c'est à relativiser lorsque l'on pense que 80% du trafic sur internet sert à la pornographie et que probablement 98% des appels téléphoniques sur nos portables servent à des conversations futiles qui auraient pu attendre le moment d'accéder à un téléphone fixe.

Et pourtant, malgré toutes ces réserves, ce formidable maillage planétaire a été accompli en un rien de temps. Les investisseurs ont profité de notre besoin, parfois compulsif, de communiquer pour développer un business qui génère des centaines de milliards de chiffre d'affaires annuel.

De l'autre côté, la protection de l'environnement qui est pourtant une nécessité existentielle pour nous, nos enfants et toutes les générations qui suivront, reste considérée comme une charge dont personne ne veut assumer les coûts. Les nouvelles technologies qui pourraient remplacer les centrales nucléaires, ces «monstres» centralisés entre les mains de quelques-uns, sont vues comme une menace par les investisseurs, car ces unités nouvelles pourraient être beaucoup plus décentralisées et échapper, en partie au moins, aux mains de ces entreprises monopolistiques.

Et pourtant, nous disons tous aimer les enfants et encore plus nos enfants. Nous les chérissons. Rêvons de vivre au moins jusqu'au moment où nous verrons nos petits-enfants démontrer qu'ils font leur chemin dans leur propre vie à travers leur scolarité, leurs études, leur profession, leur mariage, etc..

Tout cela alors que notre façon de vivre prépare une planète qui sera de plus en plus dégradée, par notre propre faute, l'environnement étant chargé de polluants de toutes sortes dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons et avec laquelle nous irriguons nos cultures, dans la terre où poussent nos légumes et sur laquelle se développent les animaux qui nous donnent tant d'éléments nutritifs indispensables. Même l'investisseur au cœur sec a des enfants et petits-enfants qu'il dit aimer et pour lesquels il veut le meilleur. Et les enfants et petits-enfants de ce même investisseur respirent le même air que nos enfants, boivent la même eau que nos enfants, même si elle est de source, mangent les mêmes aliments même s'ils peuvent se payer le meilleur du bio. Mais ils ne vivent pas hors sol. Ils grandissent sur cette Terre et risquent de souffrir des mêmes eczémas, du même asthme que les enfants de parents moins fortunés. Et le plus coûteux des médecins ne leur donnera que de la cortisone pour «soigner» tout cela. Or une vie sous cortisone n'est pas une vie enviable. Que l'on soit riche ou pauvre.

Et pourtant, nous tous, globalement (même s'il y a quelques pionniers généreux qui payent de leur personne pour un monde meilleur), au moment de faire des choix vitaux, nous optons pratiquement systématiquement pour la mauvaise solution, celle qui pèsera sur l'avenir de nos enfants et de l'Humanité au sens large.  Un exemple parmi des centaines d'autres possibles: qui serait prêt à payer 20, 30 ou 40 centimes sur chaque litre d'essence afin de financer un véritable programme, ambitieux et courageux, visant à nous faire sortir de notre dépendance extrême et pathologique aux énergies fossiles ?

Cette forme de schizophrénie, celle qui prétend que nous sommes prêts à tout pour le bien de nos enfants alors que nous aggravons jour après jour l'état de la planète que nous allons leur donner en héritage (et ne parlons pas de l'état des finances, des dettes, des charges sociales, etc que nous allons leur léguer par la même occasion) est vraiment préoccupante.

Pourquoi sommes-nous si extraordinairement efficaces globalement à produire de la futilité et tout aussi extraordinairement incapables de trouver et mettre en œuvre les solutions INDISPENSABLES à l'avenir de la Planète et de nos enfants ?

Vraie et grave question !

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