30/06/2011

La Grèce préfigure-t-elle ce qui nous arrivera à tous ?

La Grèce a sans doute fait des erreurs qui lui sont propres. Mais elle partage une forme de désespérance avec beaucoup d'autres pays européens:

  • L'endettement est stratosphérique,
  • La jeunesse a un avenir plus sombre que celui de la génération qui l'a précédée,
  • Le tissu industriel s'est réduit comme peau de chagrin,
  • Les richesses sont de plus en plus entre les mains de quelques-uns seulement,
  • Nous assistons, impuissants, à la montée en puissance de la Chine (alimentée, comme une chaudière à vapeur, par les formidables investissements effectués par nos entrepreneurs avides de richesse facile) qui sera un redoutable gendarme du monde qui fera, un jour, passer les Etats-Unis pour d'aimables tigres de papier.

Dans une excellente chronique il y a une dizaine de jours, M. Claude Monnier (j'adore sa façon d'écrire et le recul qu'il prend sur les événements pour en dégager les lignes de force potentielles), posait la question de savoir si nous retournions vers une Société féodale. Cette question est totalement pertinente car l'évolution de nos Sociétés fait craindre cette régression, certes sous une forme différente. J'ai à de nombreuses reprises évoqué cette dérive dans différents billets et je ne peux donc qu'abonder dans son sens (voir notamment "Sur les traces des Etats-Unis", "Le (non) sens des responsabilités du secteur privé", "La démission de l'Etat", "Un viol de la démocratie (directe)").

Ce qui arrive à la Grèce ne se limite pas à ce pays. En fait, tous les pays occidentaux sont touchés, peu ou prou:

  • On connaît la situation tragique des Etats-Unis (voir les "Etats-Unis au bord de la banqueroute ?") qui, s'ils n'étaient pas les Etats-Unis justement, auraient déjà depuis longtemps, été sanctionnés par les marchés,
  • Il y a les PI(I)GS,
  • Et hier, on apprend que si l'endettement public en Suisse est sous contrôle, l'endettement privé est si élevé, qu'au moindre éclatement d'une bulle immobilière, c'est tout le pays qui pourrait chavirer,
  • Et ne parlons pas du risque systémique que les grandes banques font courir à notre pays.

Et pendant ce temps «nos» riches sont de plus en plus riches et le reste de la population s'appauvrit d'autant. Sans que nos brillants économistes ne semblent voir le moindre danger et la moindre incongruité à l'évolution potentiellement terrifiante de la situation. Au contraire, ils semblent dire, comme les communistes le disaient, mais à propos du communisme, au bon vieux temps du Stalinisme, que si le libéralisme n'a pas encore démontré tous ses bienfaits, c'est parce qu'il n'y a pas encore assez de libéralisme.

L'Occident paye en fait un double prix:

  • L'ultra-libéralisme
  • Poursuite d'une immigration massive de populations qui voient encore en nos pays des espaces immensément riches où ils pourront trouver une nouvelle chance pour eux et leurs enfants, ce qui risque d'accélérer notre chute par les tensions que cette immigration massive font peser sur notre lien social et sur nos assurances sociales quasi toutes exsangues.

Ce qui me surprend le plus est l'extrême passivité avec laquelle, nous peuples européens, assistons médusés:

  • A cette terrible régression,
  • A la façon dont les ultras riches mènent cette guerre sociale contre nous.

Des échauffourées dans les pays les plus touchés par l'austérité imposée par les marchés, les ultras riches, nos classes politiques inféodées aux puissances de l'argent  seraient, au fond, un signe que la vie circule encore un peu dans ce demi-moribond qu'est l'Europe. Une trop grande passivité ne serait pas le signe d'une grande sagesse, mais la mesure du désespoir des peuples européens.

Le tableau est sombre. Les années qui viennent (si ce n'est les mois ou les semaines) nous diront dans quelle mesure il correspond à la réalité.

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