27/04/2011

Faut-il accueillir toute la misère du monde ?

A l'heure où l'arrivée de dizaines de milliers de migrants tunisiens met les liens entre nations européennes à rude épreuve, il vaut la peine de se reposer, une énième fois, cette question.

Il y a quelques années, alors que je voyageais au Viêt Nam, j'avais été frappé et choqué par les nombreux enfants des rues (16'000 à l'époque).  Je m'en étais alors ouvert à un Vietnamien travaillant pour une ONG française et je lui avais demandé ce qu'il pensait de l'ouverture d'une maison pour les accueillir, les former et leur donner de vraies chances dans la vie. Sa réponse avait été négative et sur le moment j'avais  commencé à douter de sa santé mentale. Et puis il m'avait expliqué une chose très sensée. En gros, cela donne ceci : «Si vous ouvrez une maison qui donnera aide, protection et formation aux enfants des rues de Saïgon, vous allez créer un appel d'air à travers tout le pays et si vous arrivez à aider une cinquantaine d'enfants avec cette maison, vous allez en faire venir des milliers qui n'auront pas cette chance. Il faut aider les enfants là où ils sont, avant qu'ils quittent leur famille ».

Depuis, chaque fois que je pense aux nombreux problèmes posés à nos pays par cet afflux continuel et désordonné de migrants originaires du monde entier, je repense à cet homme et à la pertinence de ses propos, car je pense que l'on peut réfléchir à l'identique en Europe et en Amérique du nord.

Et ce qui nous plombe, est qu'il est impossible de tenir un débat raisonnable dans nos pays sur ces questions. Les seuls qui s'expriment sont les tenants des extrêmes (j'avais déjà évoqué cela dans un billet "De quoi parle-t-on ?") : d'un côté les tenants d'un angélisme aveugle qui font le lit des extrémistes (à mon avis) et de l'autre, les extrémistes, ceux qui réagissent de façon parfois épidermique à la présence des étrangers.  

Alors, il y a une question que j'aimerais poser aux tenants de l'angélisme, ceux qui montent au front chaque fois qu'ils débusquent une injustice quelconque :  pourquoi vous contentez-vous de protéger ceux qui arrivent chez nous (pour beaucoup, arriver en Europe, cela signifie réunir l'argent de toute une vie pour payer des passeurs pour qui ce n'est qu'un ignoble business, traverser la moitié d'un continent, prendre des risques insensés que beaucoup payent de leur vie et arriver sur un continent parfois hostile) ?  Pourquoi acceptez-vous ce dilemme monstrueux qui est que seuls ceux qui ont eu le courage de braver tous ces dangers ont le droit de profiter de cette nouvelle chance ? Pourquoi ne définissez-vous pas le seuil de pauvreté à partir duquel nous, européens, nous nous devons de leur donner une seconde chance et conséquemment, pourquoi n'organisez-vous pas des ponts aériens pour faire venir tous ceux qui remplissent ces critères.

Poser la question ainsi, montre l'absurdité de cette triste comptabilité (on parle littéralement de milliards d'immigrants potentiels) et les problèmes insurmontables liés aux problématiques sociales, politiques, économiques, ethniques et religieuses qui empêchent tant de pays de nourrir correctement leurs propres enfants. Et c'est là que cela rejoint ce que cet homme vietnamien me disait. Accueillir, nourrir, loger, éduquer ces migrants qui viennent en Occident comme ces enfants des rues arrivent à Saïgon, c'est créer un immense appel d'air qui ne peut que continuer d'aggraver la situation.

Personnellement, et puisque je ne vois guère de possibilité de remettre de l'ordre, à l'échelle planétaire, dans ce Capharnaüm, je suis en faveur d'un contrat (comme déjà exposé dans le billet cité plus haut) qui définirait les droits et les devoirs des immigrants vis-à-vis de leur pays d'accueil et qui devrait être signé par les migrants souhaitant s'établir dans un pays donné. Cela nous permettrait de nous assurer que ces migrants comprennent notre univers, s'engagent à respecter nos us et coutumes politiques, culturels et religieux et à terme, à s'intégrer. Ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui.

Chaque fois que je lis ou entends que tel ou tel pays, canton, commune, établissement scolaire se trouvent confrontés à des musulmans qui cherchent à interdire la célébration de Noël ou les crucifix dans les classes, veulent interdire à leur fille d'aller en classe de natation, exigent un carré musulman dans les cimetières, menacent des adolescentes pendant leur cours de gymnastique (c'est arrivé il y a quelques mois près de la mosquée du Petit-Saconnex, sous prétexte d'une tenue impudique à leurs yeux), exigent de construire des minarets, bloquent les rues de certaines villes françaises pendant la prière, refusent d'enlever leur voile même lors d'un contrôle de police, portent ostensiblement barbe et autres signes extérieurs d'appartenance à la tendance extrémiste de leur religion (une façon très explicite de nous transmettre le message qu'ils conchient nos traditions, notre culture et que non seulement ils ne s'intégreront jamais mais qu'au contraire, ils souhaitent instaurer, à terme, la charia dans leur nouveau pays), je pense que nous avons un sérieux problème et que celui-ci vient du fait que nous n'avons pas su mettre un cadre à cette immigration désordonnée. La même chose vaut pour ces migrants, d'où qu'ils viennent (Europe ou Afrique), qui croient que le trafic de drogue ou la traite d'êtres humains sont, somme toute, les voies les plus rapides vers la richesse.

Alors OUI à une immigration contrôlée et offerte à des migrants s'engageant par écrit à respecter leur pays d'accueil dans TOUTES ses dimensions et NON à ceux qui ne viennent que pour importer leur violence et leur mal-être social et religieux.

21/04/2011

Qui paye(ra) pour Tchernobyl ?

Une conférence s'est réunie ce mardi (le 19 avril 2011) à Kiev pour augmenter le fonds de financement du sarcophage de Tchernobyl (coût estimé à ce jour: > 2 milliards de CHF). Cette conférence réunit une cinquantaine de pays donateurs et la somme espérée n'a pas encore pu être réunie.

En lisant benoîtement le compte-rendu de cette conférence je réalise soudain 2-3 choses :

  • Le sarcophage prévu, et si sa construction démarre très prochainement, aura tout de même mis près de 30 ans à être construit. Combien de fuites radioactives pendant tout ce temps avec le sarcophage actuel ?
  • Le sarcophage prévu a une espérance de vie de 100 ans. Si l'humanité est encore à la surface de la Planète à ce moment-là, cela voudra dire que cette génération devra refaire tout ce travail. Et cela tous les 100 ans pendant des centaines de milliers d'années (sauf miracle technologique d'ici-là). Il serait plus qu'intéressant de calculer le coût de tout ce travail de Sisyphe. Et il serait encore plus intéressant de rapporter ce coût pharaonique (normal pour un sarcophage) au bas prix de l'énergie produite dont se vante cette branche
  • Cette conférence réunit 50 pays donateurs. Oui, des pays. Donc des gouvernements. Donc nous, avec nos impôts! Où sont les représentants de l'industrie nucléaire? Quelle sera leur contribution?

Effectivement, il y a fort à parier que la contribution de l'industrie nucléaire à la construction du sarcophage soit égale à zéro.

Une fois de plus l'industrie profite des projets pour se remplir les poches et l'Etat, c'est-à-dire nous, devra  dépenser des milliards pour payer les dégâts (voir aussi mes notes "sortir du nucléaire" et "la démission de l'Etat".

Pourquoi l'industrie nucléaire dans son ensemble n'est-elle pas à la table des donateurs pour au moins participer à la réparation des dégâts occasionnés ?  Je sais, Tchernobyl est un projet de l'ex-URSS et en ce sens, l'industrie nucléaire privée n'a rien à voir avec ce désastre. Bonne réponse.

La question que je me pose c'est: quelle sera la participation de l'industrie privée au nettoyage du site de Fukushima et à la construction du sarcophage qu'il faudra inévitablement construire et reconstruire là-bas ?

19/04/2011

Pour ou contre les caméras de surveillance

Ce matin à la RSR, le débat de 8:15 portait sur les caméras de surveillance. Pierre Dessemontet, géographe, membre de la commission électorale du Parti socialiste semblait perplexe et rappelait le danger potentiel que ces moyens techniques pouvaient faire courir à la démocratie. Je ne sais pas si je résume correctement sa pensée, mais il ne serait pas le premier à penser de la sorte à gauche. Oui je préférerais également une police de proximité à des caméras de surveillance mais franchement, est-ce que vraiment c'est cela qui met la démocratie en danger ?

Il y a infiniment plus de danger dans le fonctionnement même de nos Sociétés et les caméras de surveillance ne sont qu'un épiphénomène microscopique par rapport aux dangers qui sont là. Bien réels eux. La tentation du totalitarisme est là, dans nos Sociétés, même si elle est bien cachée.

La tentation totalitaire se cache dans les Conseils d'administration des grandes multinationales, des grandes Banques, de l'industrie pharmaceutiques.

La tentation totalitaire c'est l'accaparement des médias par quelques magnats de la presse comme Rupert Murdoch dans les pays anglophones qui les utilise pour faire passer ses idées politiques. Comme Silvio Berlusconi en Italie qui les utilise pour décérébrer sa population.

La tentation totalitaire c'est l' accaparement des richesses mondiales par quelques financiers et industriels qui trustent tous les postes d'influence.

La tentation totalitaire c'est la guerre que les riches mènent aux pauvres dans l'industrie, dans la finance, dans l' agriculture.

La tentation totalitaire c'est l'accaparement du pouvoir législatif et exécutif par les lobbies des grandes multinationales qui ont tout pouvoir sur notre classe politique pour «légaliser» cette guerre des riches contre les pauvres et lui donner le vernis «démocratique».

La tentation totalitaire, c'est lorsque le Parlement d'un pays et les citoyens de ce même pays votent démocratiquement pour soulager fiscalement les PME et s'aperçoivent 2 ans plus tard qu'ils ont fait un somptueux cadeau fiscal de 7 milliards aux actionnaires des grandes multinationales.

La tentation totalitaire c'est l'industrie pharmaceutique qui manipule l'OMS pour imposer sa folie vaccinale contre la grippe A-H1N1 (et les milliards de profits qui vont avec prélevés sur nos impôts).

La tentation totalitaire c'est l'industrie pharmaceutique, encore elle, qui est juge et partie dans les tests menant à l'autorisation de mise sur le marché d'un nouveau médicament.

La tentation totalitaire c'est l'industrie pharmaceutique, toujours elle, qui a imposé sa médecine chimique à nos Académies de médecine, a érigé cela en dogme, et travaille inlassablement à détruire et décrédibiliser toute autre voie de soins.

La tentation totalitaire, c'est l'industrie chimique qui impose les OGM aux populations qui n'en veulent pas, aux paysans qui se retrouvent pris dans une nasse qui les enferme jusqu'à la mort parfois (des dizaines de milliers de paysans indiens se sont suicidés car ruinés par le «modèle» agricole proposé par les multinationales comme Monsanto). Mais qui s'en soucie ?

La tentation totalitaire, ce sont les grandes banques qui jouent au Monopoly et qui font chantage sur les gouvernements pour venir les sauver de la faillite provoquée par leur propre folie.

La tentation totalitaire, ce sont ces grands actionnaires qui sanctionnent une entreprise qui ferait moins de 10 milliards de bénéfice annuel et qui les obligent à licencier leur personnel ou à le délocaliser en Chine pour être de plus en plus profitables.

La tentation totalitaire, c'est le parti républicain américain qui a imposé et qui continue d'imposer de toutes ses forces des cadeaux fiscaux somptueux en faveur des plus riches, cadeaux qui sont en train de ruiner ce pays, engagé de plus dans deux guerres voulues par ce même parti.

Face à cela, la problématique des caméras de surveillance apparaît comme un bien petit «problème». Mais il est symptomatique car il est évident qu'une Société aussi égoïste, qui mène une telle guerre contre les pauvres et les "petites gens" va générer une certaine violence de ces mêmes pauvres qui n'en peuvent plus. A partir de là, il ne faut pas s'étonner que certains, dans leur désespoir, passent à l'acte. Attention, je ne les excuse pas. Je me contente de constater.

Mais plus notre Société globalisée sera déséquilibrée et plus les problèmes sociaux se multiplieront. Et plus ils se multiplieront et plus il faudra poser de caméras de surveillance et construire des ghettos hyper protégés pour les ultra riches.

12/04/2011

Un viol de la démocratie (directe)

J'ai évoqué dans un précédent billet la tragique situation entourant la nouvelle Loi sur l'imposition des sociétés entrée en vigueur le 1er janvier 2011 qui a conduit à ce désastre fiscal (voir mon billet du 15 mars 2011, "La perversion de la démocratie").

Aujourd'hui, le gouvernement zurichois estime que les droits politiques des citoyens ont été violés lors de la votation fédérale du 24 février 2008 et Mme Margret Kiener-Nellen, Conseillère nationale bernoise, a décidé de porter plainte auprès du Tribunal Fédéral afin d'invalider cette Loi inique. Triplement inique car:

  • Le Parlement s'est prononcé sur une Loi dont les conséquences fiscales étaient gravement sous-évaluées
  • Le Ministre des Finances lui-même, était tombé dans le même piège, par malice, par incompétence ou pour toute autre raison
  • Le Peuple s'est prononcé sur un Objet qui a été gravement mal expliqué et présenté, avec des données totalement fausses

Aujourd'hui, tout le monde est perdant: la Confédération, les Cantons et le Peuple. Seules les grandes Multinationales se frottent les mains car pour elles, 2011 (et les prochaines années), c'est Noël tous les jours.

Tous les jours la Confédération se plaint de ses charges et cherche à se défausser sur les Cantons d'une partie de celles-ci. Tous les jours elle se plaint de ne pouvoir assumer les charges croissantes qui l'accablent. Année après année notre Parlement vote des Lois pour réduire l'engagement de la Confédération dans les programmes sociaux et le développement des infrastructures. Et parallèlement, année après année le même Parlement vote des Lois pour réduire la charge fiscale des entreprises. Ceci expliquant cela, bien entendu. Mais jamais encore le Peuple n'avait été trompé d'une façon aussi scandaleusement grossière. Et puis, au moment où Mme Leuthard nous menace de violentes augmentations des frais de transport, imaginez ce que la Confédération pourrait accomplir avec les 7 milliards de francs perdus !

Alors respect à Madame Margret Kiener-Nellen d'avoir eu le courage d'aller jusqu'au Tribunal. Cette Loi inique doit être invalidée, rediscutée au Parlement et soumise au Peuple dans une version plus conforme à la réalité des chiffres et pas dans une version farfelue.

La droite refuse pour l'instant de remettre cette Loi en question, invoquant la nécessité de respecter "la sécurité du droit". Ces scrupules l'honorent. Mais le devoir d'informer correctement la population ne mérite-t-il pas l'attention de notre classe politique ? C'est en effet avec ce genre de comportements que l'on détruit les fondements mêmes de la démocratie !

Maintenir cette Loi inique à tout prix, comme le veut la majorité bourgeoise du Parlement serait un insupportable viol de la Démocratie, dont nous sommes si fiers par ailleurs, par quelques affairistes opportunistes (rien de nouveau), sans scrupules (rien de nouveau non plus). A notre classe politique de se ressaisir et de prendre conscience du risque qu'il y aurait à poursuivre dans cette voie arrogante et sourde au malaise croissant qui existe entre ceux qui détiennent les pouvoirs et la majorité de la population. Si ce "malaise" a pu faire chuter des dirigeants apparemment aussi indéboulonnables que Ben Ali et Moubarak nos démocraties devraient être attentives aux signaux négatifs qui viennent d'une population pour qui la vie de tous les jours est de plus en plus incertaine et précaire.

09/04/2011

Où va l'Inde ?

A l'heure où notre Ministre de l'économie achève un voyage de travail de 3 jours dans ce vaste pays, j'en profite pour exposer quelques vues sur l'évolution troublante de ce pays particulier entre tous.

Dans mon esprit l'Inde est associée, avec plus ou moins de naïveté, à une mosaïque incroyable de couleurs, d'odeurs, à un fourmillement humain, aux palais des maharajas, à Mère Teresa, au bidonville de la Cité de la joie  et à l'extrême misère de centaines de millions d'habitants.

Mais l'Inde c'est aussi une vie spirituelle exceptionnelle, vécue avec une intensité sans doute inégalée dans le Monde. Ce sont les danses sacrées, les ablutions dans les eaux sacrées du Gange. C'est la Bhagavad-Gita, un des écrits centraux de l'Hindouisme, dont l'enseignement fondamental est d'échapper au cycle des renaissances par la réalisation du Soi. Ce sont les Sâdhu qui par toutes sortes de pratiques de jeûne, de mortification, de renoncement cherchent à s'émanciper du cycle des renaissances par la dissolution dans le divin et la fusion avec la conscience cosmique.

C'est aussi l'histoire du Bouddha, histoire qui s'entremêle à celle de l'Hindouisme et dont les liens réels ou supposés avec cette religion font l'objet d'exégèses par des spécialistes infiniment plus qualifiés que moi.

Et puis c'est aussi la vie spectaculaire du Mahatma Gandhi, frêle avocat indien ayant suivi ses études de droit en Angleterre, et qui a conduit ses premières luttes pour les droits civiques de la communauté indienne en Afrique du Sud.  A son retour en Inde, il mena une lutte pacifique contre les Lois coloniales britanniques, en faveur de la libération des femmes indiennes,  pour la fraternité entre les différentes ethnies et religions coexistant dans ce vaste pays et finalement, en mettant sa vie dans la balance, obtint l'indépendance de son pays.

Aujourd'hui, l'Inde se développe essentiellement en étant devenue le plus grand fournisseur d'informaticiens de la planète. Curieux destin tout de même, car des Sâdhu aux informaticiens qui, même s'ils posent sans complexe la photo de leur gourou sur leur écran d'ordinateur, il y a tout de même un grand écart assez impressionnant. Quel lien y a-t-il entre ces êtres vivant dans une grotte, passant leur temps à réciter des mantras ou à se tenir sur une jambe et ces yuppies modernes vivant à l'occidentale ?

Et puis il y a quelques jours, j'ai entendu que l'Inde était devenue le premier importateur d'armes dans le Monde. Oui, la patrie de Gandhi, le non violent absolu, est devenue cela. Cette double (é/in)volution devrait faire frémir l'âme de ce pays et celle de Gandhi doit pleurer de désespoir. Les Indiens qui sont si fiers de lui l'ont trahi et rangé dans un musée. Ils le ressortent lorsque cela peut flatter leur orgueil national, mais le reste du temps, il n'a visiblement plus rien à dire.

C'est en cela que nous humains, peu importent notre race et notre religion, sommes tous pareils. Ces phares de la Conscience, de quelque degré de Sainteté soient-ils, on est tout à fait prêt à les sanctifier quand cela ne nous coûte rien, à leur construire des temples pour démontrer notre supposée piété, à faire des pélerinages si on peut y gagner quelque indulgence, à battre notre coulpe une ou deux fois l'an. Mais que le reste du temps ils nous laissent gérer nos affaires comme bon nous semble !

Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

 

22:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : où va l'inde, gandhi trahi par son peuple | |  Facebook

08/04/2011

La Suisse va-t-elle devenir une Réserve de millionnaires ?

Ce pays connaît un véritable «miracle» économique. Il y a 3 ans, les perspectives étaient sombres :

  • La crise des subprimes venait de faire ses premiers ravages
  • Les 2 grandes banques vacillaient sur leurs bases
  • L'UE assénait ses coups de boutoir contre la Suisse menacée d'être ravalée au rang de vulgaire Paradis fiscal
  • L'UBS était dans le collimateur de l'IRS
  • Kadhafi vitupérait à la Tribune de l'ONU pour demander le démantèlement de la Suisse, dans l'indifférence générale (personne pour le faire taire alors qu'il violait la Charte des Nations Unies)
  • La Suisse était seule et isolée face au tyran libyen qui avait pris 2 compatriotes en otage

Et aujourd'hui, d'un coup de baguette magique, la Suisse est redevenue plus attractive que jamais: le franc suisse s'envole sans que cela pèse sur nos exportations, tout le monde veut venir y vivre et y travailler (une Suisse à 9 millions d'habitants est pour bientôt), il n'y a jamais eu autant de frontaliers à travailler en Suisse. Et tout cela fonctionne apparemment formidablement bien et cela devrait même renflouer les caisses des Assurances sociales grâce aux nouvelles cotisations.

Et pourtant, il y a un hic. Et ce hic, c'est le problème du logement. La Suisse est un minuscule territoire, dont les deux-tiers sont occupés par les Alpes. Le plateau suisse devrait à la fois permettre de loger tout le monde, d'assurer une certaine indépendance alimentaire et de permettre aux marchandises et aux personnes de se déplacer (sans parler des superbes lignes à haute tension qui défigurent le paysage un peu partout).

J'ai l'impression que nous avons affaire à 3 problèmes majeurs (il y en a beaucoup d'autres) :

  • Il n'y a pas une vision d'ensemble de l'aménagement du Territoire. Pour une fois, le fédéralisme joue contre nous car chaque Canton et chaque commune jouent leur propre partition et cherchent à profiter de la manne du développement à leur façon
  • Ce retournement de tendance s'est fait de façon chaotique: entre l'ouverture des frontières qui a créé un appel d'air, la crise des subprimes où tout le monde a paré au plus pressé en espérant éviter la foudre (et sans doute aucun, les Autorités suisses ont plutôt mieux géré la crise que dans d'autres pays: voir mon billet "La Suisse et le risque de se surestimer économiquement") et la formidable embellie actuelle, il ne s'est passé que quelques courtes années, ce qui rend impossible la définition d'objectifs à long terme
  • Nous assistons à des changements dans les flux migratoires: là où pendant des décennies, l'immigration était très majoritairement le fait de populations venant de pays pauvres qui venaient chercher du travail, puis le fait de réfugiés politiques fuyant des zones de guerres civiles ou militaires, nous assistons aujourd'hui à une immigration importante de populations venant occuper des emplois à haute valeur ajoutée. Ces personnes ne vont évidemment pas se loger n'importe où et les entreprises qui font venir ces personnes les aident à trouver des logements dans le haut de gamme (j'ai lu que des entreprises dans la région de Genève prenaient à leur charge les premiers 5'000 francs ( ! ) des loyers de leurs cadres)

La Suisse a passé de 6 à 8 millions d'habitants en 40 ans. Elle va passer de 8 à 9 millions en 10 ans. Cela va évidemment créer des tensions importantes car la place se fait rare et l'immobilier stagne pour le plus grand profit de quelques-uns.

Si nous ne voulons pas que les tensions sur le marché de l'immobilier provoquent une envolée des prix encore plus insupportable pour les classes sociales pauvres et moyennes, au profit des hauts salaires qui sont attirés par les entreprises, nous devrions d'urgence réunir des sortes d'Etats généraux de l'aménagement du territoire pour définir ensemble ce que nous voulons faire de ce pays. Les déséquilibres sociaux, l'insuffisance dans l'offre des transports (les classes moyennes sont obligées d'habiter toujours plus loin de leur lieu de travail à cause de la pénurie de logements abordables), l'augmentation drastique du prix des transports vont provoquer des situations toujours plus difficiles à gérer et potentiellement dangereuses sur le plan social.

Il serait tragique de voir de plus en plus de Suisses pauvres ou d'aînés paupérisés devoir aller habiter hors des frontières car ne trouvant plus à se loger dans un pays habité par les hauts revenus travaillant pour les multinationales ou des seniors fortunés venant prendre une retraite dorée dans un pays ayant la réputation d'être un havre de paix pour certains.

Combien "vaut" René Prêtre

Selon ce que j'ai pu lire dans la presse, le grand cardiologue René Prêtre gagne environ 500'000 CHF par an. C'est certes une somme conséquente, mais je trouve que l'approche de ce grand Monsieur est éminemment saine et respectable. En l'entendant parler, on a vraiment le sentiment que ce qui compte, ce n'est ni le salaire, ni la gloriole, ni tous ces besoins détestables qui parasitent l'esprit de tant de gens qui sont parvenus au sommet de leur carrière. Non, ce qu'il fait, Monsieur Prêtre le fait par amour de son métier. Et je le crois volontiers.

Aucun doute que d'autres travaillent aussi par amour pour leur métier, Aucun doute que d'autres ont aussi développé des compétences. Mais est-il vraiment normal que nous en soyons arrivés aux excès auxquels nous assistons tous les jours depuis que le libéralisme sauvage a déferlé sur nos pays.

Pour devenir un cardiologue de la trempe de Monsieur Prêtre, il faut 15 ans de formation post-grade et de l'aveu même de Monsieur Prêtre, il ne peut pas s'arrêter plus d'une semaine, car déjà il commence à perdre un soupçon de précision. Cela me fait penser à Yehudi Menuhin qui disait «Lorsque je ne joue pas un jour je m'en rends compte. Lorsque je ne joue pas deux jours, ma femme s'en rend compte. Lorsque je ne joue pas trois jours, le public s'en rend compte». Alors, lorsque certains Happy fews vont se pavaner sur leurs yachts pour impressionner leurs semblables, dans une suprême vacuité intellectuelle et spirituelle, Monsieur René Prêtre va opérer des enfants dans le tiers-monde pour le compte de sa Fondation.

Alors je me pose quelques questions. La Société doit-elle continuer d'accepter:

  • Qu'un Tiger Woods (un exemple parmi quelques autres) puisse devenir MILLIARDAIRE en $ en quelques années juste parce qu'il sait taper dans une baballe ? Certes, il sert les intérêts marketing de quelques sociétés, mais qu'apporte-t-il à LA Société ?
  • Que des sportifs et des artistes de variété gagnent des dizaines de millions de $ chaque année ?
  • Que des chefs d'entreprise en gagnent autant, y compris lorsqu'ils sont incompétents et nuisibles au développement de leur entreprise (sans parler des désastres sociaux qu'ils occasionnent en précipitant leurs employés dans la précarité et le chômage)?
  • Que des traders qui font un travail souvent plus que douteux sur le plan éthique (qui se comportent même trop souvent comme des parasites et des prédateurs) gagnent des bonus ANNUELS qui peuvent se monter à plusieurs centaines de millions de $ ?
  • Pour conclure, peut-on laisser cette question à l'appréciation individuelle ?

Certes il y a un René Prêtre qui pourrait certainement gagner plus si son but était son enrichissement personnel et qui ne le fait pas car ce Monsieur a une Conscience qui l'honore. Mais pour un René Prêtre, combien de personnes qui ont totalement perdu le sens des réalités et qui se perdent dans une fuite en avant à la plus grosse rémunération possible ?

C'est sans doute là qu'une initiative «contre les salaires abusifs» comme celle de Thomas Minder pourrait apporter des réponses, au moins en partie. En réalité, cette question est devenue planétaire et la réponse devrait être une réponse concertée à l'échelle de la planète. Ce qui n'est évidemment pas pour demain au vu de la dangereuse compétition qui dérègle le monde dans tous ses aspects.