30/03/2011

Sortir du nucléaire ?

Avec les événements au Japon, tout le monde, ou presque, ne parle que de cela. Avec force retournements de veste ou opportunisme, plusieurs partis semblent se prononcer en faveur d'une sortie du nucléaire ou au moins en faveur d'un arrêt des vieilles centrales et d'un moratoire sur les nouvelles.

Il est évident que la façon dont les (ir)responsables de la Société Tepco «gèrent» cet accident et ses suites, n'inspire pas une envie irrépressible de construire de nouvelles centrales. Les défenseurs de l'énergie nucléaire ont toujours clamé haut et fort un certain nombre de «vérités» qui se révèlent une fois de plus fausses. Deux ou trois rappels:

  • l'énergie nucléaire est sûre. On a affaire à des merveilles de technologie et tous les scénarii sont envisagés pour empêcher un accident. Résultat : on se retrouve à devoir essayer d'empêcher une fusion du cœur du réacteur avec des lances à incendie ! En termes de haute technologie, on a fait mieux. Un peu comme si l'armée des Etats-Unis essayait d'empêcher les sbires de Kadhafi de massacrer le peuple libyen avec des arcs et des flèches. En tous les cas, toutes les interventions relèvent plus du bricolage que de la maîtrise des événements
  • l'énergie nucléaire est verte puisqu'elle ne dégage pas de CO2 : outre que cela ne tient aucun compte de toute l'énergie grise qu'il faut pour construire une centrale et extraire le minerai, il est évident que chaque accident crée une situation dramatique pour l'environnement
  • l'énergie nucléaire est bon marché: je viens de lire dans la TDG que Tepco est soupçonnée par le gouvernement japonais d'avoir tardé à utiliser l'eau de mer pour refroidir les réacteurs car cela condamnait définitivement cette centrale à cause de la corrosion que l'eau de mer allait entraîner. Et l'on apprend dans le même article que ce beau bébé (6 réacteurs) a coûté au minimum 20 milliards de $. Heureux rappel, car je me demande comment on peut produire de l'énergie à «bon marché» avec des usines qui ont coûté des sommes aussi astronomiques. C'est simplement impossible ! Et puis on ne parle pas, jamais, des frais de démantèlement des vieilles centrales (ce n'est encore jamais arrivé), du stockage des déchets, de leur enfouissement dans des zones géologiques que l'on espère sûres, de la surveillance de ces zones d'entreposage, etc... A moins qu'il soit entendu par les marchands d'énergie nucléaire que c'est l'Etat qui va payer ces frais (cela ferait une fois de plus partie de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des charges et des pertes).

Je suis personnellement viscéralement opposé à l'énergie nucléaire. Pourtant, dans le débat sur le nucléaire qui dure depuis si longtemps, je ne trouve pas mon compte dans les arguments des uns et des autres. Je ne reviendrai pas sur les arguments fallacieux des pro-nucléaires.  Quant aux opposants, ils nous disent qu'il faut sortir du nucléaire, qu'il faut développer les économies d'énergie, qu'il faut développer les énergies renouvelables, qu'il faut couvrir les toits de panneaux solaires et les collines d'éoliennes, etc..

Pour l'instant, et jusqu'à preuve du contraire, je trouve que nous en sommes encore largement au stade de l'incantation. Une lectrice ou un lecteur aurait-il connaissance d'un rapport crédible et détaillé, qui démontre, chiffres crédibles à l'appui (je n'ai aucune envie de lire un rapport dogmatique), comment on peut sortir du nucléaire ?

Oui, je suis pour un ambitieux programme d'isolation des bâtiments, je suis pour le recours à l'énergie solaire dont le potentiel est gigantesque (mais le stockage encore impossible), je suis pour le recours aux éoliennes, aux barrages, à la géothermie, à la biomasse et à la force des vagues et des marées.

Oui à tout cela. Mais nous vivons en Suisse et je ne suis pas certain de la pertinence de certaines solutions dans certaines circonstances. Un système, quel qu'il soit, ne doit pas être dimensionné uniquement pour les moments où tout est idéal, il doit aussi prévoir des cas extrêmes. Et on ne peut pas raisonner en termes de pourcentages. Dire: "tel pays a couvert 40% de ses besoins en électricité avec l'énergie éolienne" ne dit pas grand-chose des moments où il n'y avait pas de vent, de ce qu'il est advenu à ce moment-là et des énergies auxquelles il a fallu recourir. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais rien lu qui explique comment nous ferons avec les seules énergies renouvelables, dans le scénario suivant :

  • nous sommes en hiver et les jours sont courts
  • le plateau suisse est couvert depuis un mois par un stratus implacable
  • il fait entre -10 et -15 jour et nuit
  • le niveau des barrages est très bas car l'automne et le début de l'hiver ont été très secs
  • le vent est quasi nul

Y a-t-il une étude quelconque qui ait analysé la façon dont nous allons faire face à une situation comme celle décrite ci-dessus, situation somme toute banale et qui a lieu à peu près chaque hiver en Suisse ? J'espère que la réponse n'est pas : «importer de l'énergie en provenance du parc nucléaire français».

Une lectrice ou un lecteur a-t-il une réponse à cette question ? Car avant de sortir du nucléaire, il faudrait sortir de l'incantation et des contes de fée et adopter une véritable stratégie industrielle qui tienne compte de tous les paramètres. Et j'aimerais vivement voir cette stratégie écrite noir sur blanc.

28/03/2011

Défendre ce qui nous reste d'indépendance

L'UE a été légitimement voulue par une petite élite pour éviter une nouvelle guerre sur le sol européen. Je n'irai pas jusqu'à dire que la confiscation de ce processus politique a été orchestrée car ces élites doutaient de l'intelligence de leurs concitoyens. Plus probablement, ces politiciens et ces intellectuels estimaient qu'après les terribles plaies laissées par 2 guerres mondiales, les opinions publiques n'étaient pas encore prêtes à pardonner et à s'engager sur le chemin de l'intégration européenne. Dans les années 60, c'était probablement un raisonnement frappé au coin du bon sens, mais cela démontre que cette construction européenne a, dès ses origines, fait fi de l'avis des opinions publiques. Et malheureusement, cet état d'esprit persiste aujourd'hui.

J'ai déjà plusieurs fois abordé le thème de la relation entre la Suisse et l'UE dans mes billets (voir: La Suisse et l'Europe, Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe et La démission de l'Etat). Dans ce dernier billet je rappelle d'ailleurs combien il est important que la Suisse ne se laisse pas «tyranniser» par l'UE qui cherche, par des pressions multiples et réitérées, à lui imposer de reprendre l'acquis communautaire, ce qui reviendrait à tirer un trait sur notre système de démocratie directe.

Dans ce domaine, je suis souvent choqué par la façon dont les journalistes politiques suisses romands (je ne suis pas suffisamment à l'écoute des médias alémaniques pour pouvoir juger des positions des journalistes de ce côté-là de la Sarine) traitent de nos relations avec l'UE. La plupart du temps ils expriment une lâcheté, une complaisance révoltantes en faveur des positions de l'UE, au détriment des intérêts de leur propre pays. A chaque fois se répète le même scénario où le journaliste en question semble anticiper avec avidité les futures pressions de l'UE sur la Suisse, la rupture des négociations, les sanctions éventuelles.

En février 2011, en réponse à un de ces «courageux» journalistes, M. Fulvio Pelli a dit quelque chose de très juste: «En Suisse, on pense beaucoup trop aux problèmes que l'on suppose que l'on pose à l'UE et trop peu aux problèmes que l'UE pose à la Suisse». Ce qui est absolument vrai, car il est de plus en plus difficile pour notre pays de vivre au milieu de cet ensemble à la fois puissant et fragile, riche et extrêmement pauvre, uni en apparence mais où règne le chacun pour soi et qui aime nous tordre le bras chaque fois que c'est possible.

Je trouve qu'il y a une grande confusion dans l'esprit des gens (y compris des journalistes qui devraient faire preuve de plus de maturité) entre le mythe européen (nous sommes les Etats-Unis d'Europe, nous partageons une identité et un destin communs, etc..) et la réalité de sa construction. Lorsque je vois un drapeau de l'UE à l'entrée d'une commune suisse, je me demande vraiment ce que cela veut dire: oui, chaque commune suisse fait partie du continent européen (c'est une entité géographique). Mais non, aucune commune suisse ne fait partie de l'UE (c'est une entité politique et surtout commerciale). Cela ne veut donc strictement rien dire pour une commune suisse d'afficher ce drapeau. A part l'entretien naïf d'un mythe, d'un fantasme.

La Suisse qui a la chance, parfois jusqu'à l'excès d'ailleurs, de gouverner au plus près des intérêts des citoyens grâce au système fédéral et à la démocratie directe (en tout cas c'est le concept idéalisé du modèle suisse), n'a aucun intérêt à entrer dans un espace supranational qui n'aurait que faire des micro intérêts locaux d'un canton suisse et encore moins de ceux d'une commune suisse. L'UE est un assemblage d'Etats hétéroclites, sans projet politique commun, sans politique étrangère commune, sans armée commune, Et qui de surcroît ne prend pas le chemin d'une Confédération d'Etats sur le modèle suisse, pas plus que sur celui de l'autonomie accordée aux Laender allemands. On navigue à vue entre le centralisme à la française et le sauve-qui-peut de chaque pays chaque fois que c'est possible.

Il est normal que la Suisse négocie avec l'Europe car elle est entourée par cette entité politique et commerciale mais il est tout aussi légitime que la Suisse cherche à préserver un maximum d'autonomie face à ce puissant voisin. Cela n'a rien à voir avec «vouloir le beurre et l'argent du beurre» comme se plaisent à le répéter nos journalistes complaisants. Cela correspond à la volonté de ce pays de sauvegarder ce qui lui reste d'autonomie. Et même s'il en reste malheureusement bien peu (construction européenne et Mondialisation obligent), que ce qui reste soit protégé de toutes nos forces !

27/03/2011

La démission de l'Etat

Un éditorial paru le 16 mars dans la TDG sur l'accident nucléaire au Japon, rappelle que le sismologue Takashi Nakata de l'Institut de technologie d'Hiroshima avait confié en 2007, au site d'information Bloomberg, qu'au Japon, en matière de sécurité nucléaire: «ce sont les mêmes personnes qui font les règles, mènent les études et valident les inspections. Et les régulateurs se contentent de signer ce qu'on leur soumet».

Est-ce vraiment une surprise, cela ne se passe-t-il qu'au Japon et cela ne concerne-t-il que l'énergie nucléaire?

Quand on voit la démission générale de l'Etat, obligatoire suite aux innombrables baisses d'impôts (cadeaux au profit de l'économie privée et de ses actionnaires) dans tous les Etats dits «développés» (en tous les cas pas développés dans le sens d'une véritable prise de responsabilités par rapport aux générations futures), je crains fort que la réponse soit non.

Aux Etats-Unis, à Washington, on estime à 100'000 personnes (oui, vous avez bien lu !), le nombre de lobbyistes travaillant à influencer l'appareil législatif de ce pays. Aux Etats-Unis toujours, en 2000, lorsque Bush jr est arrivé au pouvoir, il a fait nommer un ancien de Monsanto à la tête de l'EPA (Environmental Protection Agency). Ce qui correspondait à peu près à nommer Al Capone à la tête du FBI (vous me direz qu'un certain J. Edgar Hoover en a été son directeur pendant 49 ans et le moins que l'on puisse dire est qu'il est un personnage controversé). Cela avait pour but de permettre à cet insider d'influencer très exactement les réglementations qui gênaient cette Industrie (la pharmaco-chimie) aux entournures. Et c'est ce qui a été fait.

Et ne nous faisons aucune espèce d'illusion, ce qui se passe aux Etats-Unis se fait également à Bruxelles (il n'est que de voir avec quelle célérité Manuel Barroso s'est empressé d'annuler le moratoire sur les OGM sitôt réélu à la tête de la Commission européenne). Et se fait également à Berne. La seule différence est une question d'échelle. Mais notre Parlement de milice favorise le recours à des spécialistes des différents domaines concernés par le travail législatif. Et ces experts ne viennent évidemment pas de mouvements alter-mondialistes ou de ce que l'on appelle de différents vocables (Société civile, etc..). Non, ces experts viennent évidemment de l'Industrie, des Pharmas, des Banques, de l'agro-alimentaire, des Assurances, etc.. Et leur but est, bien évidemment aussi, de laisser autant de liberté de manœuvre que possible à la branche économique qu'ils représentent.

Et c'est pourquoi, nous, les simples citoyens, sommes systématiquement perdants car ni nos Droits, ni nos intérêts, ni notre santé, ni notre protection sous une forme ou une autre ne sont défendus dans nos Parlements respectifs. En fait nous élisons des représentants politiques qui s'engagent à nous défendre et qui sitôt élus font collusion avec des Intérêts qui nous sont trop souvent opposés. C'est une autre grande perversion de ce que l'on appelle la «démocratie.»

Nous avons encore cette chance unique, en Suisse, de pouvoir régulièrement voter sur des objets importants et parfois de mettre un frein à des appétits démesurés. C'est pourquoi il est capital à mes yeux de ne pas nous laisser «tyranniser» par l'UE, car une entrée dans cette zone encore non démocratique dans son fonctionnement, signifierait un abandon de cette Liberté et de ce Pouvoir uniques au Monde.

20/03/2011

Sur les traces des Etats-Unis ?

Lorsque je suis arrivé aux Etats-Unis en l'an 2000, une des premières choses que mes nouveaux collègues m'ont dite a été : «Si tu dois avoir une entrevue en tête-à-tête avec une collègue féminine, ne ferme pas la porte, tu pourrais ensuite être poursuivi pour harcèlement sexuel ».

Mythe ou réalité, cela m'a brutalement amené dans une autre réalité, celle de ce pays procédurier, peuplé d'armées d'avocats qui, en manque de travail, en inventent avec une créativité digne d'éloge. Cette omniprésence des avocats fait que tout le monde, à tout moment, dans n'importe quelle circonstance de la vie, peut se retrouver poursuivi ou se voir opposer une procédure ne correspondant pas à la réalité. Un exemple authentique cité par mes nouveaux collègues: vous avez un accident de voiture. La partie adverse reconnaît ses torts. Vous établissez un constat à l'amiable et vous envoyez le tout à vos assurances respectives. Vous pensez que tout va bien. Quinze jours plus tard, vous constatez que la partie adverse s'est rétractée sur tout, qu'elle dénonce tout ce qu'elle avait signé, avec l'aide de son avocat. Vous êtes embarqué dans une procédure sans fin qui vire au cauchemar.

Après l'affaire de ce jeune étudiant plagiaire genevois qui avait, me semble-t-il, obtenu gain de cause devant la justice et surtout la très récente affaire de cette avocate genevoise qui a accepté de déposer une plainte pénale surréaliste contre la Police genevoise pour "Délit manqué de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui" au nom d'un des malfrats qui ont attaqué un bureau de change à Thônex et dont le groupe avait riposté à l'arme lourde contre la Police genevoise qui tentait de s'interposer (voir mon billet du 8 mars 2011, «Avocat, un bien joli métier», je me demande si nous ne sommes pas lentement en train de glisser sur la même pente que les Etats-Unis.

Nous avons copié la façon désastreuse de se nourrir des américains et comme par hasard l'obésité explose dans nos pays européens. De la même façon, depuis 30 ans, les pays européens ont adopté le crédo ultra libéral américain pour organiser notre économie et nous en voyons les répercussions sociales. Serions-nous en plus en train d'importer cette mentalité procédurière pour occuper nos avocats désoeuvrés?

Cette dérive ne fait que renforcer l'amoralité de nos Sociétés où un petit groupe d'élus, une oligarchie, a mis nos pays en coupe réglée. Cette déliquescence de la Morale qui devrait présider à l'organisation de nos Sociétés fait que beaucoup ont l'impression d'une rapide régression sociale qui semble nous ramener à une époque où il n'y avait que deux classes sociales : les riches et puissants (la Noblesse avec l'aide de l'Eglise) et les pauvres et miséreux (les paysans). Aujourd'hui, tout a changé, au moins en apparence. La Noblesse a à peu près disparu, elle a été remplacée par ces Familles qui possèdent un capital financier, industriel, patrimonial, intellectuel qui font que quelques centaines de familles détiennent des revenus supérieurs à ceux des deux milliards d'habitants les plus pauvres de la Terre. L'Eglise n'a plus de pouvoir, elle a été remplacée par une classe politique qui a abdiqué tout pouvoir pour être au service de cette «Elite». A l'opposé, la majorité des pauvres, au moins dans nos pays occidentaux, ne sont plus des paysans, mais des travailleurs qui ont de moins en moins le sentiment de détenir toutes les clés de leur avenir.

Les derniers remparts contre cette déliquescence sont une foule de petites gens, gens honnêtes et travailleurs qui continuent de croire en des valeurs supérieures comme l'honnêteté et la solidarité et des chefs d'entreprises petites, moyennes, familiales et à taille humaine qui ont encore la conscience de leur responsabilité sociale.

15/03/2011

La perversion de la démocratie

«Problématique» a dit la Conseillère fédérale Evelyne Widmer-Schlumpf pour parler du somptueux cadeau fiscal accordé aux plus riches, à ceux qui bénéficient de façon éhontée et suicidaire depuis 30 de la libéralisation de l'économie: la suppression de l'impôt sur les dividendes.

 «Problématique !» En termes politiques de 2011, cela veut dire à peu près : «On est vraiment embarrassé pendant 5 minutes de devoir annoncer cela à la population suisse qui travaille et qui paye des charges de plus en plus lourdes, mais on ne reviendra pas en arrière». Un moment de honte est si vite oublié.

 Alors reprenons succinctement:

  • Dans les années 2000, le Ministre des finances concocte un plan de réformes pour soutenir les PME
  • Fait partie de ce plan, la suppression de l'impôt sur les dividendes, avec effet rétroactif jusqu'en ... 1997 (pourquoi pas les années 60 après tout, vraiment trop timides ces lobbyistes)
  • Le manque à gagner pour la Confédération est estimé à 84 millions
  • Cette somme est annoncée dans le prospectus envoyé par la Confédération à la population dans l'optique de la votation sur ce projet qui a eu lieu en 2008
  • 3 ans plus tard, et APRES l'entrée en vigueur de cette Loi, on s'aperçoit soudain que le manque à gagner ne sera pas de 84 millions, mais de 7 ... MILLIARDS

 Qui va payer la différence ? Bien vu ! La classe moyenne, bien sûr, qui devra payer cela soit par des charges supplémentaires partout où cela sera possible (transports, essence, assurance maladie, TVA...), soit par la suite des coupes dans les prestations (AVS, AI, chômage...) ou dans les subventions (aux hôpitaux...) ou encore par la suppression de projets d'intérêt général (infrastructures de transport...).

 Voilà où va nous conduire l'incurie (ou le cynisme) d'une partie au moins de la classe politique et économique de ce pays. Car de deux choses l'une :

  • Ou bien ceux qui ont concocté ce plan et l'ont débattu aux Chambres fédérales croyaient vraiment qu'il allait coûter 84 millions et alors ils sont des incapables
  • Ou bien certains le savaient pertinemment et n'ont rien dit pour parvenir plus facilement et rapidement à leurs fins

Dans les 2 cas le résultat est le même et ceux qui ont participé à cette incurie ou à cette manipulation devraient être identifiés et sanctionnés (ce qui n'aura bien évidemment pas lieu mais on peut toujours rêver). Cette Loi devrait être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Peuple, tant celui-ci a voté en connaissance de cause. C'est la seule solution pour respecter ce que nous appelons fièrement: la démocratie

 Car on assiste vraiment là, à un sommet de perversion de la démocratie :

  • Non seulement le Peuple suisse a une nouvelle fois accepté de faire un cadeau fiscal à une minuscule frange de la population (ce qui est détestable), sous le couvert d'aider les PME (ce qui peut être positif sous certaines conditions). Et cela ne peut être qu'une forme de perversion des esprits que la majorité de la population qui souffre tous les jours pour survivre dans une Société de plus en plus dure et compétitive accepte de faire des cadeaux à une frange de la population qui est déjà riche au-delà de l'entendement et de l'éthique qui devrait prévaloir à l'organisation de nos Sociétés (soi-disant) développées
  • Mais en plus le Peuple suisse a été grossièrement induit en erreur, par cynisme ou par incompétence ou les deux à la fois.

 J'ai entendu l'arrogance de Mme Brunschwig-Graf hier soir à Forum (RSR1) défendant ce projet bec et ongles, arguant du fait que la suppression de cet impôt profitait à tout le monde :

  • Premièrement cela est fallacieux car en dessous d'un certain niveau de vie, il est tout simplement impossible d'acheter ne serait-ce qu'une action (on voit que cette personne ne connaît pas les fins de mois difficiles)
  • Pour ceux de la classe moyenne qui peuvent acheter quelques actions, on parle au mieux de portefeuilles de quelques milliers ou de quelques dizaines de milliers de francs. Ce ne sont pas non plus ces personnes qui vont vraiment profiter de cette Loi
  • Les vrais gagnants ce sont les actionnaires de ces grands groupes qui gèrent des portefeuilles qui se chiffrent entre quelques dizaines de millions et plusieurs milliards de francs. Ceux-là sont les seuls vrais gagnants de cette Loi !

L'arrogance de Mme Brunschwig-Graf et sa détermination à les défendre sont vraiment scandaleux et écoeurants. Mais elle n'est, probablement, qu'un bon petit soldat au service de cette oligarchie qui détient le pouvoir économique.

Après le choc très récent annoncé par Mme Leuthard de l'augmentation des prix des transports (notamment du rail), le téléscopage de ces 2 annonces à quelques petites semaines d'intervalle ne peut que rendre cette situation encore plus insupportable. A un  moment où la Confédération aurait besoin d'argent frais pour financer des infrastructures d'intérêt général, l'annonce des avantages accordés à quelques-uns ne peut que rendre la situation encore plus inacceptable.

Cette Loi doit être annulée et soumise à nouveau à l'appréciation du Parlement et du Peuple.

 

 

 

08/03/2011

Avocat, un bien joli métier

Je viens d'entendre à la radio (RSR1) qu'un avocat genevois avait accepté de déposer plainte pénale contre la Police genevoise pour "Délit manqué de meurtre et mise en danger de la vie d'autrui". Jusque-là, cela paraît plausible, car les bavures policières, cela existe, malheureusement.

Et puis, on apprend les circonstances qui ont amené la Police à tirer sur un des malfrats qui avait attaqué le bureau de change de Thônex. De la bouche  du journaliste qui interrogeait cet avocat, on apprend que lesdits malfrats ont tiré à l'arme lourde sur les policiers qui intervenaient et ceci n'a pas été démenti par l'avocat qui a déposé cette plainte. Ensuite le client de cet avocat a cherché à s'échapper, il s'est apparemment séparé du groupe, et non armé à ce moment-là en tout cas, a cherché à voler une voiture dans laquelle se trouvait une femme au volant. C'est à ce moment-là que la police a tiré, à hauteur de la poitrine selon les termes de la plainte.

Je n'étais pas là pour assister à la scène, ni vous très vraisemblablement. Mais je vous laisse imaginer la scène:

  • des brigands attaquent une succursule bancaire
  • lorsque la police intervient, les malfratas n'hésitent pas à leur tirer dessus à l'arme lourde
  • lorsque la police repère un des malfrats en train de voler une voiture occupée par une femme, elle tire pour l'immobiliser (pour le tuer selon les termes de la plainte)

Alors je me demande vraiment si, dans le feu de l'action (c'est le cas de le dire), la police a eu le temps de s'assurer que cet homme (pour rappel un ou plusieurs membres du groupe ont tiré sur la Police à l'arme lourde (!) quelques minutes ou secondes auparavant) était désarmé. Les Policiers sont certes formés et payés pour intervenir dans des situations difficiles. Mais sont-ils des surhommes capables de clairvoyance en toute circonstance, même lorsque leur vie est clairement menacée ?

C'est un bien beau métier que celui d'avocat qui permet, dans le calme d'un bureau feutré, de déposer plainte contre des hommes qui risquent leur vie tous les jours sur le terrain, dans une ville où la délinquance augmente chaque année.

Je suggère à la Police d'intervenir désormais avec des pistolets à eau et une équipe de soutien psychologique pour porter immédiatement assistance aux brigands qui n'auraient pu accomplir leurs forfaits. En effet, imaginez Mesdames et Messieurs les membres du jury, la terrible déception que cela doit représenter pour ce pauvre homme qui rêvait depuis des mois, des années peut-être, de tout ce qu'il allait pouvoir accomplir grâce aux biens astucieusement dérobés par un cambriolage (au fond, un simple transfert de richesse) audacieux et patiemment organisé. Cela doit représenter un tel traumatisme qu'il est indispensable que la Société apporte immédiatement assistance et soutien psychologique.

Oui, c'est un bien beau métier que celui d'avocat. Et Genève nous a déjà démontré qu'elle regorge d'avocats prêts à s'engager pour de nobles causes. Un certain avocat, localement célèbre, n'a-t-il pas soutenu la très sympathique famille Kadhafi qui avait subi les ignobles exactions de la Police genevoise, alors qu'un des membres de cette respectable famille était en train de tenter patiemment d'inculquer quelques rudiments de politesse à des employés de maison peu versés dans cet art. Heureusement qu'une veille démocratique existe pour éviter ces dérives qui ne pourraient que nous emmener vers un Etat totalitaire si l'on n'y prenait garde.