30/03/2011

Sortir du nucléaire ?

Avec les événements au Japon, tout le monde, ou presque, ne parle que de cela. Avec force retournements de veste ou opportunisme, plusieurs partis semblent se prononcer en faveur d'une sortie du nucléaire ou au moins en faveur d'un arrêt des vieilles centrales et d'un moratoire sur les nouvelles.

Il est évident que la façon dont les (ir)responsables de la Société Tepco «gèrent» cet accident et ses suites, n'inspire pas une envie irrépressible de construire de nouvelles centrales. Les défenseurs de l'énergie nucléaire ont toujours clamé haut et fort un certain nombre de «vérités» qui se révèlent une fois de plus fausses. Deux ou trois rappels:

  • l'énergie nucléaire est sûre. On a affaire à des merveilles de technologie et tous les scénarii sont envisagés pour empêcher un accident. Résultat : on se retrouve à devoir essayer d'empêcher une fusion du cœur du réacteur avec des lances à incendie ! En termes de haute technologie, on a fait mieux. Un peu comme si l'armée des Etats-Unis essayait d'empêcher les sbires de Kadhafi de massacrer le peuple libyen avec des arcs et des flèches. En tous les cas, toutes les interventions relèvent plus du bricolage que de la maîtrise des événements
  • l'énergie nucléaire est verte puisqu'elle ne dégage pas de CO2 : outre que cela ne tient aucun compte de toute l'énergie grise qu'il faut pour construire une centrale et extraire le minerai, il est évident que chaque accident crée une situation dramatique pour l'environnement
  • l'énergie nucléaire est bon marché: je viens de lire dans la TDG que Tepco est soupçonnée par le gouvernement japonais d'avoir tardé à utiliser l'eau de mer pour refroidir les réacteurs car cela condamnait définitivement cette centrale à cause de la corrosion que l'eau de mer allait entraîner. Et l'on apprend dans le même article que ce beau bébé (6 réacteurs) a coûté au minimum 20 milliards de $. Heureux rappel, car je me demande comment on peut produire de l'énergie à «bon marché» avec des usines qui ont coûté des sommes aussi astronomiques. C'est simplement impossible ! Et puis on ne parle pas, jamais, des frais de démantèlement des vieilles centrales (ce n'est encore jamais arrivé), du stockage des déchets, de leur enfouissement dans des zones géologiques que l'on espère sûres, de la surveillance de ces zones d'entreposage, etc... A moins qu'il soit entendu par les marchands d'énergie nucléaire que c'est l'Etat qui va payer ces frais (cela ferait une fois de plus partie de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des charges et des pertes).

Je suis personnellement viscéralement opposé à l'énergie nucléaire. Pourtant, dans le débat sur le nucléaire qui dure depuis si longtemps, je ne trouve pas mon compte dans les arguments des uns et des autres. Je ne reviendrai pas sur les arguments fallacieux des pro-nucléaires.  Quant aux opposants, ils nous disent qu'il faut sortir du nucléaire, qu'il faut développer les économies d'énergie, qu'il faut développer les énergies renouvelables, qu'il faut couvrir les toits de panneaux solaires et les collines d'éoliennes, etc..

Pour l'instant, et jusqu'à preuve du contraire, je trouve que nous en sommes encore largement au stade de l'incantation. Une lectrice ou un lecteur aurait-il connaissance d'un rapport crédible et détaillé, qui démontre, chiffres crédibles à l'appui (je n'ai aucune envie de lire un rapport dogmatique), comment on peut sortir du nucléaire ?

Oui, je suis pour un ambitieux programme d'isolation des bâtiments, je suis pour le recours à l'énergie solaire dont le potentiel est gigantesque (mais le stockage encore impossible), je suis pour le recours aux éoliennes, aux barrages, à la géothermie, à la biomasse et à la force des vagues et des marées.

Oui à tout cela. Mais nous vivons en Suisse et je ne suis pas certain de la pertinence de certaines solutions dans certaines circonstances. Un système, quel qu'il soit, ne doit pas être dimensionné uniquement pour les moments où tout est idéal, il doit aussi prévoir des cas extrêmes. Et on ne peut pas raisonner en termes de pourcentages. Dire: "tel pays a couvert 40% de ses besoins en électricité avec l'énergie éolienne" ne dit pas grand-chose des moments où il n'y avait pas de vent, de ce qu'il est advenu à ce moment-là et des énergies auxquelles il a fallu recourir. Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais rien lu qui explique comment nous ferons avec les seules énergies renouvelables, dans le scénario suivant :

  • nous sommes en hiver et les jours sont courts
  • le plateau suisse est couvert depuis un mois par un stratus implacable
  • il fait entre -10 et -15 jour et nuit
  • le niveau des barrages est très bas car l'automne et le début de l'hiver ont été très secs
  • le vent est quasi nul

Y a-t-il une étude quelconque qui ait analysé la façon dont nous allons faire face à une situation comme celle décrite ci-dessus, situation somme toute banale et qui a lieu à peu près chaque hiver en Suisse ? J'espère que la réponse n'est pas : «importer de l'énergie en provenance du parc nucléaire français».

Une lectrice ou un lecteur a-t-il une réponse à cette question ? Car avant de sortir du nucléaire, il faudrait sortir de l'incantation et des contes de fée et adopter une véritable stratégie industrielle qui tienne compte de tous les paramètres. Et j'aimerais vivement voir cette stratégie écrite noir sur blanc.

Commentaires

On ne sortira jamais du nucléaire. La vie sur terre n'est possible que grâce à l'énergie nucléaire. Nous sommes constamment à la merci de 2 grosses centrales de fusion nucléaire et ce depuis la nuit des temps. L'une est sous nos pieds (le coeur de la terre), l'autre au dessus de nos têtes (le soleil; ce qui sous-entend que l'énergie solaire est indirectement de l'énergie nucléaire hé hé hé). Le seul inconvénient est qu'on la maitrise mal et qu'elle peut poser certains petits (infimes) problèmes mais qu'à cela ne tienne.

Vouloir s'en débarrasser est utopique et impossible.

Vouloir la maîtriser est plus raisonnable.

Vouloir diminuer son utilisation est souhaitable.

Écrit par : Dzodzet | 30/03/2011

J'allais oublier l'énergie hydraulique est également nucléaire (sans soleil pas d'eau mais de la glace).

L'énergie éolienne aussi, sans différences de températures (donc de soleil) pas de vent.

Écrit par : Dzodzet | 30/03/2011

Bravo pour ces questions tout à fait justes!
Je partage pleinement votre approche du sujet.
Mais au fond, qu'est ce qui nous empêche, lors de situations particulières, d adopter des comportements de consommation particulier?

Écrit par : Arno | 30/03/2011

La seule chose qui nous en empêche c'est notre fainéantise. A part les coups de pieds au cul je ne connais pas d'autre remède. Sur ce, bonne nuit!

Écrit par : Dzodzet | 30/03/2011

"Une lectrice ou un lecteur aurait-il connaissance d'un rapport crédible et détaillé, qui démontre, chiffres crédibles à l'appui (je n'ai aucune envie de lire un rapport dogmatique), comment on peut sortir du nucléaire ?"
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Bonjour,
23 références à propos du 100% énergies renouvelables.
Je vous invite en particulier à consulter les références n°2 et n°4.
Pour la référence 4, la partie 2 porte sur les aspects économiques.

Écrit par : OlivierD2011 | 30/03/2011

"Une lectrice ou un lecteur aurait-il connaissance d'un rapport crédible et détaillé, qui démontre, chiffres crédibles à l'appui (je n'ai aucune envie de lire un rapport dogmatique), comment on peut sortir du nucléaire ?"
---
Bonjour,
23 références à propos du 100% énergies renouvelables:
http://vse-france.over-blog.fr/pages/references_100_energies_renouvelables-4833552.html
Je vous invite en particulier à consulter les références n°2 et n°4.
Pour la référence 4, la partie 2 porte sur les aspects économiques.

Écrit par : OlivierD2011 | 30/03/2011

Etant en pleine formation sur l'environnement, je peux tenter de répondre à la question posée...

Pour le moment, à ma (faible) connaissance, il n'y a effectivement pas de rapport comme celui demandé... mais cela pourrait bien se faire sous peu. Je pense que pour sortir du nucléaire, il faudrait faire des investissements massifs (plusieurs centaines de millions au bas mot) dans le solaire et l'éolien, qui serviraient à faire remonter l'eau de nos lacs dans les retenues des barrages, comme stockage d'énergie à grande échelle on fait difficilement mieux. Les batteries ne sont en effet pour le moment pas assez efficaces et il faudrait beaucoup trop de matières premières pour en avoir une assez grande réserve.

Mais attention, le détournement du nucléaire ne saurait se faire sans mettre de frein à la consommation d'énergie! Il faudrait un programme massif d'isolation pour tous les bâtiments de plus de X années, et en profiter pour ajouter des aides (là aussi massives) sur l'installation de chauffe-eau solaires (Car un panneau solaire pour l'eau consomme beaucoup moins d'énergie à fabriquer qu'un panneau de même taille photovoltaïque). Ces chauffe-eau ont l'avantage de diminuer les émissions de CO2 des installations à mazout, et de diminuer la consommation de courant pour les systèmes électriques.

Ces deux systèmes, ainsi que le gaz, pourraient au moins partiellement être remplacées par l'énergie de la biomasse (surtout le bois qui est sous-exploité) de façon à baisser encore plus la consommation de courant tout en diminuant le CO2.


Évidemment, tout l'argent nécessaire (au final plusieurs milliards, à priori...) et la volonté politique de VRAIMENT faire changer les choses, c'est très très difficile à obtenir... (plus que pour sauver l'UBS, tiens...) et probablement que la suisse sortira du nucléaire quand les poules auront des dents.

Maintenant, un petit exemple pratique d'économies d'énergies appliquées, parce que si chacun s'y met, on peut déjà faire de grandes choses...

Mon ordinateur de bureau consomme environ 250 watts: 220 pour la tour et 30 entre l'écran et les hauts parleurs. Je possède aussi un ultraportable, qui consomme 8 watts. Pour ne pas me détruire les yeux tout en économisant du courant, je n'utilise presque plus le gros ordinateur. à la place, le portable avec l'écran de bureau et les hauts-parleurs pour le confort, et une consommation de 38 watts, soit une diminution de presque 85% de consommation pour un confort équivalent, même si, je vous l'accorde, la puissance de calcul est largement prétéritée... mais ça tombe bien puisque l'on sous-exploite totalement nos ordinateurs, sauf pour les jeux...

Écrit par : Pangolin | 30/03/2011

"je suis pour le recours à l'énergie solaire dont le potentiel est gigantesque (mais le stockage encore impossible)"

C'est faux. Les panneaux solaires chauffent l'eau qui est stockée dans une citerne isolée et restitue la chaleur à bon escient.

Et puis merde, un peu moins de confort n'a jamais tué personne. Mais les gens deviennent frileux à force de chauffer leur maison ou appart à +22°C...

Il y a aussi cette étude allemande proposant de couvrir une partie du Sahara avec du photovoltaïque. Même en hiver le ciel y est tout bleu.

Et puis le gaspillage... vous avez pensé au gaspillage? Combien d'heures où l'ordinateur ou la tv restent allumés pour des conneries, des abrutissements?

Finalement les gens deviendront plus intelligents avec certaines privations.

Pensez à toutes les économies d'énergie si les gens allaient dormir la nuit au lieu de le faire la journée.

Et bien sûr d'accord avec Dzodzet. C'est l'un des noeuds du problème.

Écrit par : Johann | 30/03/2011

Plan de route: Energies renouvelables Suisse

Zurich, 9 janvier 2007. Un approvisionnement énergétique durable est possible en Suisse. Les sources indigènes d’énergie renouvelable peuvent y apporter une contribution décisive. Telle est la conclusion à laquelle parvient la nouvelle étude «Plan de route: énergies renouvelables Suisse», publiée par l’Académie suisse des sciences techniques (SATW). L’objectif visé n’est cependant réalisable ni à court terme, ni facilement.

http://www.satw.ch/publikationen/schriften/39_roadmap_f.pdf

Écrit par : Richard Golay | 31/03/2011

"aujourd'hui, je n'ai jamais rien lu qui explique comment nous ferons avec les seules énergies renouvelables, dans le scénario suivant :

* nous sommes en hiver et les jours sont courts
* le plateau suisse est couvert depuis un mois par un stratus implacable
* il fait entre -10 et -15 jour et nuit
* le niveau des barrages est très bas car l'automne et le début de l'hiver ont été très secs
* le vent est quasi nul"


Heu, comment les Suisses ont-ils survécu dans ces conditions avant le XXème siècle?

Même sans vouloir retourner 100 ans en arrière, nous pouvons sans problèmes baisser un peu nos exigences de confort d'une part et chercher de nouvelles sources d'énergie d'autre part.

Bonne nuit! L.Berlue

Écrit par : Lulu Berlue | 31/03/2011

Merci à tous pour vos contributions intéressantes. Je vais lire les dossiers conseillés avec intérêt.

A l. Berlue, je répondrai qu'il n'y a pas plus de 3 générations, à la campagne, seule la cuisine était chauffée par un poêle à bois qui servait aussi bien à cuire les aliments qu'à chauffer la cuisine, pièce principale de la maison. Les autres pièces ne recevaient qu'un minimum de "chaleur" par le passage du tuyau d'évacuation des fumées. Cela permettait à peine de maintenir les chambres à coucher à zéro degré en hiver. Certes les gens ont survécu à cela, mais je ne suis pas sûr que nous irions en chantant vers un avenir aussi glacial.

Concernant le projet allemand en Afrique du Nord, oui, c'est sans doute un excellent projet. Mais, même au Sahara, le soleil est absent pendant de longues heures chaque nuit.

Nous savons tous que, jusqu'à présent, les milieux qui ont les moyens d'investir dans la production d'énergie ont des dizaines de milliards à dépenser dans les forages pétroliers et la construction de centrales nucléaires, mais seulement quelques maigres millions dans les énergies renouvelables. C'est tout de même là que se situe un des noeuds du problème.

Écrit par : Gérard Meyer | 31/03/2011

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